lundi 30 novembre 2020

Coronavirus: des élèves plus stressés et moins confiants en leur capacité de réussir

Coronavirus: des élèves plus stressés et moins confiants en leur capacité de réussir
Une étude menée conjointement par l’UCLouvain et l’ULiège s’est penchée sur le bien-être et la motivation des élèves du secondaire à la rentrée scolaire. Si l’impact positif du retour à l’école sur les apprentissages fait l’unanimité, le bien-être est en souffrance.

Moindre sentiment de bonheur, émotions positives moins fréquentes...: «rentrée» n’a pas rimé avec «félicité» pour les ados... - Belga.
 
Par Charlotte Hutin Le Soir
Depuis le début de la crise sanitaire et la fermeture des écoles, enseignants et parents se préoccupent de savoir si leurs ados pourront rattraper le retard éventuel. Une question plus que légitime. Mais qu’en est-il de leur motivation et de leur bien-être en temps de pandémie ? En partenariat avec la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB), les universités de l’UCLouvain et de l’ULiège se sont livrées à un état des lieux de la situation. La première fois en juin dernier, et voici aujourd’hui en exclusivité les résultats de la seconde partie de l’enquête menée peu de temps après la rentrée de septembre. Une période de grande incertitude face au nouveau virus, rythmée par un important taux d’absentéisme chez les enseignants.
1
Les plus âgés, moins heureux
Moindre sentiment de bonheur, émotions positives moins fréquentes, accroissement des émotions négatives et des symptômes somatiques : pour les élèves du 2e et du 3e degré de l’enseignement secondaire, la rentrée ne semble pas forcément rimer avec félicité. Durant les mois de septembre-octobre, ils sont seulement 58 % à s’être sentis « heureux » ou « très heureux ». Contre 68 % en juin dernier – et 77 % lors de l’enquête HBSC menée en Belgique francophone en 2018. En juin, 14,4 % des élèves se disaient même « très heureux ». Avec toutefois une forte disparité entre les adolescents : « Pour les élèves harcelés à l’école, le premier confinement a été vécu comme un soulagement. D’autres, à l’inverse, se sont retrouvés désemparés de devoir étudier à la maison », souligne Sébastien Dellisse, docteure en sciences de l’éducation et chargée de cours à l’UCLouvain. « Mais chez la plupart, nous observions une nette diminution du stress scolaire. Sans doute en raison de la suppression des examens de fin d’année et de l’absence d’évaluation certificative. Ce qui n’est plus le cas en septembre avec des élèves qui se sentent déjà dépassés », ajoute sa collègue Noémie Baudoin.
2
Des jeunes plus résilients
Du côté des plus jeunes en revanche (les 12-14 ans), la crise sanitaire semblerait avoir un impact moindre sur le sentiment de bonheur. 73 % des élèves du 1er degré secondaire se disent « heureux » voire « très heureux ». En 2018, ils étaient 80 %. Pas de différence significative donc. Même chose pour les émotions positives ressenties qui n’ont pas diminué après la rentrée. « De manière générale, le bien-être diminue tout au long de l’adolescence », ajoute Noémie Baudoin. « C’est une période plus sensible. » A cet âge-là, les relations avec les pairs prennent plus d’importance. Pour Benoît Galand, professeur de sciences de l’éducation à l’UCLouvain, « la privation de contacts sociaux pourrait expliquer cette différence. Avec l’allongement de la crise sanitaire, il y a un phénomène d’usure face auquel les jeunes seraient plus résilients. »
3
Une confiance en soi à la dérive
Depuis la rentrée et la reprise – partielle en ce moment – des cours en présentiel, les élèves du secondaire se sentent moins à l’aise vis-à-vis de leur scolarité. Un constat inquiétant, selon les chercheurs. « D’habitude, il y a une augmentation de la confiance de l’élève en ses capacités scolaires après les vacances d’été. Les élèves sont reboostés. Cette année, ce n’est pas le cas. Et cela risque de ne pas s’arranger avec le temps », déplore Benoît Galand. D’habitude, on observe en effet une diminution du sentiment d’efficacité personnel au fur et à mesure de l’année scolaire. « Les élèves vont faire face à de nouveaux apprentissages et aux évaluations où ils risquent d’être confrontés à leur retard. Or, la combinaison de l’échec et du sentiment qu’on ne va pas y arriver est un facteur de risque au décrochage scolaire. » D’où l’enjeu pour les enseignants de redonner confiance aux élèves dans leur capacité à comprendre et réaliser ce qui leur est demandé.
4
Ras le masque
On le sait, la réouverture des écoles s’est assortie de mesures sanitaires strictes pour l’ensemble des élèves du secondaire. Port du masque, désinfection des mains, limitation des contacts à l’heure du dîner… Pourtant, un mois après la rentrée, ils étaient 40 % à avoir peur de contracter le coronavirus à l’école et 44 % à ne pas être totalement rassurés par les mesures sanitaires mises en place. Quant au port du masque, une majorité (53 %) dit ne pas s’être facilement habituée à le porter. Mais tous les élèves ne sont pas logés à la même enseigne. Ceux qui vivent moins bien les mesures sanitaires sont les élèves qui perçoivent moins de soutien de la part de leurs enseignants, qui sont moins motivés par l’école, qui ont moins de ressources à la maison et qui ressentent de l’inquiétude chez leurs parents.
Pour Noémie Baudoin, ces résultats interpellent : « Cela pourrait témoigner d’une perte de confiance vis-à-vis de l’institution scolaire. Plutôt que débattre du port ou du masque, il faudrait plutôt faire en sorte que tout le monde le vive bien. » Benoît Galand insiste, lui, sur l’importance d’adapter les campagnes de prévention. « Les jeunes de milieux défavorisés pourraient moins bien vivre les mesures en raison d’une moindre connaissance de la manière dont se propage le virus. D’où l’intérêt, en termes de santé publique, d’avoir des messages plus ciblés. »
Méthodologie
L’enquête est basée sur des questions à choix multiples portant principalement sur la motivation et le bien-être des élèves, ainsi qu’une question ouverte. Le vécu des mesures sanitaires a également été questionné. Entre le 22 septembre et le 11 octobre dernier, 3.267 répondants ont complété le sondage disponible en ligne (ordinateur ou smartphone). Parmi ces répondants, 2.423 élèves de secondaire âgés entre 11 et 21 ans ont rempli a minima 30 % du questionnaire. Seules ces réponses ont été retenues pour l’analyse des résultats.
Bien que l’échantillon soit très diversifié, les élèves plus favorisés ou présentant une meilleure réussite scolaire sont surreprésentés par rapport à l’ensemble de la population. Un biais classique dans les enquêtes en ligne. « Notre échantillon n’est pas représentatif de la population. Il faut prendre les résultats avec précaution », souligne Sébastien Delisse. « Toutefois, au vu de la taille de l’échantillon, nous n’aurions pas quelque chose de sensiblement différent pour les grandes tendances », ajoute Benoît Galand.
Les chiffres
42 %
Le pourcentage d’élèves des 2e et 3e degrés de l’enseignement secondaire qui se disent « pas très heureux », voire « pas heureux du tout », au moment de la rentrée scolaire. Ils étaient 32 % en juin dernier et 23 % en 2018. La crise sanitaire et la longueur de celle-ci sembleraient avoir un impact significatif sur leur bien-être.
53 %
Les élèves du secondaire ont du mal à s’accoutumer au port du masque. Les deux principales raisons avancées sont : la difficulté à suivre le cours lorsque l’enseignant porte un masque et d’entrer en relation avec les autres élèves. La difficulté à prendre la parole est évoquée dans une moindre mesure. Avec encore une fois des différences entre les catégories d’élèves. Ceux du 1er degré semblent s’être habitués plus facilement.
78 %
Parmi les élèves des 2e et 3e degrés, plus de trois sur quatre se disent stressés par les cours. Dans le 1er degré, ils sont 72 %. Des résultats en nette augmentation par rapport au mois de juin dernier. La reprise des évaluations certificatives n’y serait pas pour rien.
Benoît Galand (UCLouvain): «Les sources habituelles d’inégalités sont exacerbées»


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
COMME LE MONDE CHANGE.

On me parle ici de la scolarité de mes petits enfants, une génération plus protégée, choyée, chouchoutée que toutes celles qui l’ont précédée et qui furent éduquées avec plus de rudesse, moins de ménagements,  je parle pas de celle de mes parents et grands parents dont la guerre a trempé le caractère.
Je parle d’ici, chez nous dans les milieux dits privilégiés, hyper protégés. Autrefois l’école était une machine à discipliner les masses pour en faire des pions pour l’usine et/ou des soldats pour la champ de bataille.
La discipline a déserté l’école mais d’autre maux la gangrènent : le harcèlement, les drogues, le décrochage, l’ennui surtout.
Ailleurs, là où règne la misère matérielle et morale c’est l’enfer pour les ados dans les écoles de la relégation où l’égalité des chances n’est qu’un slogan creux, un cache misère de l’échec et du redoublement. 
Il serait temps qu’enfin les politiques se réveillent pour réfléchir à une réforme en profondeur de l’école. Est-il concevable que l’on force des ados en pleine puberté à demeurer assis et désormais masqués des heures durant sur une chaise ou un banc ? Pour y écouter patiemment, le plus souvent passivement une enseignante plus ou moins bien formée dans des matières scolaires pas vraiment passionnantes. Ne faut-il pas repenser radicalement la façon d’enseigner le français dans des écoles où ce n’est que très rarement la langue maternelle des élèves ?
Et quid de l’enseignement du néerlandais qui ne rend personne bilingue malgré les quatre à cinq heures hebdomadaires qui lui sont consacrées. Quid de l’utilité du latin et du grec, ces vieilleries héritées de l’enseignement des jésuites, j’entends hurler dans la salle des profs les lobbyistes auto proclamés du syndicat des langues mortes. Et quid de l’enseignement des sciences qui prépare si efficacement à l’université que 80% des candidats échouent aux examens d’entrée de médecine et de polytech ? Et les maths, parlons des maths, ce filtre social  qui sert d’entonnoir à formater les élites. Dans les familles qualifiés de privilégiées on recourt massivement aux leçons particulières en math que se partagent les profs afin d’arrondir leurs fins de mois. Reste l’histoire et le cours de citoyenneté qui, à bien des égards, font double emploi mais qui exigent des compétences et des connaissances considérables et surtout qui devraient bénéficier d’une formation très soignée ? Et attention je ne parle pas ici d’ l’éducation physique essentielle à l’équilibre psychologique de ceux qu’on enferme dans des écoles aussi hermétiques ou presque que nos prisons.
Et vous l’aurez remarqué : pas un seul mot jusqu’ici sur l’informatique qui en trois décennies a révolutionné notre manière d’apprendre, quelque soit notre âge ou notre formation. 
 «Les sources habituelles d’inégalités sont exacerbées» dit Benoît Galand UCLouvain.
En principe, je dis bien en théorie une bonne maîtrise de l’informatique devrait rendre nos élèves autonomes très jeunes dans l’art d’accéder à la connaissance sous toutes ses formes.
Mais cela exige deux choses : d’abord une bonne maîtrise de l’outil informatique : smart phone, tablette, laptop et ordi ; ensuite et surtout une éducation musclée de l’esprit critique des élèves dès le plus jeune âge. L'esprit n'est pas comme un vase qui a besoin d'être rempli ; c'est plutôt une substance qu'il s'agit seulement d'échauffer disait Plutarque 
Eduquer ce n’est pas remplir un vase c’est allumer un feu aurait dit Montaigne à moins que ce soit le poète Yeats.
MG

 
 « L’EDUCATION, C’EST REMPLIR UN SEAU ET ALLUMER UN FEU » : ETRE ENSEIGNANT A SHANGHAI

Les enseignants à Shanghai combinent les principes de la tradition chinoise avec les nouvelles orientations et pratiques des réformes en cours. D’un côté, ils disent « allumer un feu » en cherchant à promouvoir une éducation de qualité qui met l’accent sur une réflexion innovante et des capacités pratiques. D’un autre côté, ils sont suffisamment pragmatiques pour savoir qu’il leur faut préparer les élèves aux examens sélectifs. Les résultats aux examens sont aussi une marque de bon enseignement et de récompense pour les enseignants dans leurs compétences à enseigner des contenus et des techniques efficaces auprès des élèves. En conséquence, les enseignants modulent les activités pédagogiques en fonction des classes à examen en sélectionnant des groupes d’élèves selon que les cours sont plus ou moins difficiles, et selon les sujets, en diversifiant leurs méthodes pédagogiques. Aux côtés des pratiques visant à enseigner des stratégies pour bien répondre aux questions pratiques et tests mensuels, les enseignants coachent leurs élèves le week-end et sélectionnent les cours plus ou moins difficiles pour les élèves. De même ils donnent du travail à la maison pour construire des fondations plus solides pour quelques élèves, malgré l’interdiction de cette pratique par les autorités.
Les approches pédagogiques, bien que centrées sur l’enseignant, encouragent les activités des élèves en petits groupes de discussion, dans des présentations orales et des expérimentations, mais la discipline et l’ordre sont exigés dans la classe pendant que l’enseignant pratique une transmission intensive. Bien loin de mettre en oeuvre des « pédagogies actives », l’enseignant chinois cadre fortement leurs élèves dans l’expression de leur autonomie et de leur créativité. Ceux-ci doivent respecter et écouter l’enseignant alors que ce sens de la discipline en classe est largement partagé par les parents d’élèves. C’est une valeur forte aussi du corps enseignant qui s’attache à ne pas perdre le contrôle des situations pédagogiques. L’enseignement intensif s’appuie également sur la transmission des connaissances avant d’autoriser les élèves à réfléchir à ce qu’ils ont appris et le mettre en application dans différentes activités.
Charlene Tan a observé quatre leçons en classe à différents niveaux d’enseignement, l’une à l’école primaire, deux au collège, la troisième au lycée. A l’école primaire, l’enseignante adopte une méthode didactique d’exposition, systématique et logique, en utilisant du texte pour la lecture. Elle est au centre de l’attention et maintient un contrôle strict du déroulement des activités en classe. Même si elle encourage les élèves à lever la main, elle décide qui doit prendre la parole et l’élève doit se lever pour répondre. Aucun élève ne parle sans le consentement de l’enseignante. Aucun élève ne pose une question qui risquerait de remettre en cause l’enseignante ou sa méthode. C’est la même chose au collège, et les élèves sont prêts à répondre à n’importe quel moment aux questions de l’enseignant, dans un travail de groupes qui reste parfaitement contrôlé. Cette discipline se retrouve au lycée et, si les lycéens sont activement encouragés à participer en classe, ils doivent aussi se lever pour répondre, alors que l’enseignante demeure directive dans son enseignement.
Source. Tan, C. (2012). Learning from Shanghai: Lessons on achieving educational success (Vol. 21). Springer Science & Business Media


Benoît Galand (UCLouvain). - Dominique Duchesnes.
 
ENTRETIEN
 
Pour Benoît Galand, professeur en sciences de l’éducation à l’UCLouvain, tous les élèves ne sont pas égaux face à la crise sanitaire. Que ce soit en termes d’apprentissages comme d’autres études l’ont déjà démontré, mais également en matière de bien-être et de motivation. Se pose alors la question de la différenciation des pratiques.
Dans les témoignages que vous avez récoltés, on constate des vécus très différents d’un élève à l’autre…
Avec le confinement, il y a en effet un éclatement des expériences individuelles. Toutes les sources habituelles d’inégalités sont exacerbées. Pour ce qui est du bien-être et de la motivation des élèves, quatre facteurs semblent avoir une influence. Il y a tout d’abord, les facteurs socio-économiques et les conditions matérielles. Que ce soit l’espace disponible au sein du foyer ou le matériel informatique afin de maintenir le contact à distance. Deuxièmement, on retrouve les aspects liés à la famille : la crainte de la contamination, les stress financiers, la peur de perdre son emploi, la violence intrafamiliale ont un impact négatif. Le troisième facteur qui entre en compte, c’est l’école. Plus il y a de contacts avec les enseignants, plus il y a de feed-back et de cohérence entre les enseignants, mieux les élèves se sentent. Enfin, le maintien des contacts avec les pairs est très important pour le bien-être à l’adolescence.
Des différences qui se manifestent aussi en termes d’apprentissage ?
D’autres études montrent que les écarts d’acquis scolaires se sont creusés pendant la crise sanitaire. Avec des élèves qui ont continué à apprendre pendant le confinement parce qu’ils avaient la chance d’être accompagnés à la maison. Et d’autres qui ont probablement perdu des acquis d’apprentissage. La fermeture des écoles creuse les inégalités. Alors qu’en FWB, elles sont déjà très marquées. On voit d’ailleurs que ce sont les élèves doublant et avec un niveau socio-économique plus faible qui sont le moins retournés à l’école en mai lorsque les cours ont pu reprendre en présentiel pour certains.
Dans ce cas, faut-il continuer à prendre les mêmes mesures pour l’ensemble des élèves ?
Pour être tout à fait honnête, je n’ai pas la réponse. En tout cas, ça pose la question de savoir s’il ne faut pas donner la liberté aux écoles d’adapter leurs pratiques en fonction des élèves. Prendre des mesures linéaires n’est peut-être pas la meilleure façon de répondre à leurs besoins. Comment va-t-on aider les élèves qui en ont le plus besoin ? Tout en ne laissant pas tomber les autres, évidemment. On pourrait ouvrir les écoles à certains élèves et permettre, par moments, le distanciel à d’autres. C’est en tout cas ce que certains enseignants ont proposé.
La crise sanitaire mettrait en exergue le besoin de différenciation ?
Le problème de la différenciation est qu’elle est parfois source d’interprétation diverse. C’est difficile de savoir ce qu’il faut différencier : le contenu, le moment d’apprentissage, etc. La différenciation peut également amener à une stigmatisation des élèves. Et surtout comment choisir les élèves qui en ont le plus besoin ? Ça ne peut être décrété du jour au lendemain. Il faut laisser du temps aux équipes éducatives. Temps dont elles ne bénéficient pas forcément. Mais la différenciation n’est pas la seule manière de répondre au contraste entre élèves. On pourrait avoir davantage recours au tutorat, par exemple. Donc profiter du collectif pour que les élèves puissent se soutenir mutuellement. A travers des espaces de paroles, les élèves pourraient devenir une ressource les uns pour les autres. Le tutorat permet de faire progresser les plus faibles, mais également les plus forts. Se retrouver dans la position de l’enseignant renforce les apprentissages.
De manière plus générale, comme réduire les inégalités scolaires ?
Pour réduire les inégalités scolaires, il faut déjà réduire les inégalités sociales. Plus les familles basculent dans la précarité, plus on met en péril la scolarité de leur enfant. Mais au-delà de ça, la Belgique est l’un des pays où les notes scolaires dépendent le plus de la catégorie sociale des parents. Les inégalités sont donc aussi liées à la façon dont le système scolaire fonctionne. Le redoublement, les filières contribuent inévitablement à transformer les inégalités sociales en inégalités scolaires. Une des volontés du Pacte pour un enseignement d’excellence est de lutter contre ça. Enfin, certaines pratiques scolaires contribuent à réduire les inégalités : l’attention portée à l’explicitation des tâches, l’activation des prérequis avant de perdre des élèves dans la matière, le fait de donner confiance aux apprenants en soulignant leurs points forts.

dimanche 29 novembre 2020

Jean-Luc Mélenchon prévient : «En 2022, le pays sera dévasté»


À distance, le candidat des Insoumis a tenu samedi soir 28 novembre le premier meeting de sa troisième campagne présidentielle, sur fond de violences policières.
Par Sophie de Ravinel Figaro
 
En un claquement de doigts, le décor en réalité augmentée de son meeting est apparu. Une ambiance un peu étrange, très blanche, avec une sorte de mire déstructurée tournoyant derrière lui. Pour le premier meeting de sa troisième campagne présidentielle, Jean-Luc Mélenchon était habillé tout en noir, posé derrière un pupitre rouge rosé. Fier d'une nouvelle prouesse technologique dont il a désormais fait sa marque de fabrique, le candidat, clin d'œil à l'héroïne de Lewis Carroll et au film Matrix, a fait apparaître un lapin blanc à ses pieds.
En dehors de cela, le fond de son discours est resté très classique, et l'ambiance pesante, à la hauteur de la crise en cours et en vue. Jean-Luc Mélenchon assume de partir très tôt. Avec une justification : préparer les esprits aux « décisions essentielles » qui « devront être prises ». « En 2022 le pays sera dévasté », a-t-il prévenu. « Il y a déjà un million de chômeurs en plus qu'il n'y en avait au début de la crise du Covid. Y en aura-t-il un million de plus en 2022 ? L'État sera dévasté », a-t-il insisté. « Le pays aura été déchiré, labouré ».
Jean-Luc Mélenchon affirme vouloir se lancer « avec soin, méthode et discipline ». Pour l'instant cependant, toutes ses forces, ou presque, sont concentrées sur la dénonciation des violences policières et du « régime d'autoritarisme qui se met en place ». La police doit être refondue « de la cave au grenier » et l'IGPN est « une sorte de monstruosité », a-t-il entre autres détaillé, quelques heures après avoir participé à la manifestation parisienne contre la loi «Sécurité globale». « C'est en profondeur que la police nationale a été poussée au pire », a-t-il observé, s'accusant « de n'avoir pas compris depuis trop longtemps combien la situation a dégénéré ». « La France, a-t-il lancé, ne saurait être mise au pas et domestiquée par des barbares en uniformes ».
LA LAÏCITE N'EST PAS UN ATHEISME D'ÉTAT
Le député de Marseille a par ailleurs pris le temps de dire quelques mots sur la laïcité et sur « la liberté de conscience » un des biens « les plus précieux dont nous disposons ». « La France doit donner un signal positif de la laïcité. La laïcité n'est pas un athéisme d'État. Chacun a le droit de croire ou ne pas croire. Et nul ne doit être molesté pour cela ». Accusé de complaisance avec des mouvements religieux radicaux, Mélenchon s'est agacé : « Je dois le répéter, sinon ils vont glapir en cadence, blatérer, dindonner : oui le terrorisme djihadiste doit être combattu et éradiqué et il faut le faire avec des moyens humains, plus nombreux. » À l'entendre, « ce que veut obtenir cette branche politisée du djihadisme, c'est le monopole de la représentation des musulmans. Et voici que des dizaines de commentateurs la leur cède ! »
REJET DE TOUTE « FUMEUSE COALITION DE DERNIERE MINUTE »
Si Jean-Luc Mélenchon n'a aucune réelle intention d'union à gauche pour la présidentielle, il a cependant tendu la main, notamment sur un éventuel accord législatif entre formations de gauche : « Acceptez d'ouvrir avec nous la discussion, non pas en vue de je ne sais quelle fumeuse coalition de dernière minute, mais en vue de la majorité parlementaire».
Selon un sondage Ifop pour Le JDD de ce dimanche, à 17 mois du vote, Christiane Taubira apparaît en tête des sympathisants de gauche pour 53% d'entre eux, devant la maire PS de Paris Anne Hidalgo (52%) et Jean-Luc Mélenchon (51%). Viennent ensuite Benoît Hamon (50%), l'écologiste Yannick Jadot (45%) ou l'ancien ministre Arnaud Montebourg (40%). Testé sur l'ensemble des Français, le candidat des Insoumis apparaît comme « un très mauvais candidat » pour 47% d'entre eux.


COLMMENTAIRE DE DIVERCITY
MAIS OU DONC EST PASSEE SEGOLENE ?

Ségolène Royal est passée sous les radars, elle semble avoir cessé d’exister politiquement, comme Hollande. Voilà qui est bien singulier. A l’évidence Macron n’a pas trop de souci à se faire sur sa gauche. Et à droite c’est également assez compliqué, sauf si la droite a la bonne idée de miser sur Edouard Philippe. C’est clair Marine Le Pen sera au second tour mais contre qui ? Il se pourrait bien que d’ici très peu de temps le général de Villiers  crédité aujourd’hui de 20% des intentions de vote fasse acte de candidature. « Car l'ancien chef d'état-major des armées, qui promeut actuellement un livre intitulé L'Équilibre est un courage (Fayard), ne fait rien pour démentir l'hypothèse d'une candidature à la présidentielle de 2022. Il ne dit pas non. Il louvoie »
(Le Point)
Reste à savoir dans quel camp le général se rangera : sûrement pas dans le camp Macron, possiblement à droite et la cas échéant à gauche :Hollande le trouve parfaitement fréquentable. Ou alors, surprise du chef : ni à droite, ni à gauche mais à l’extrême l’extrême centre, façon Macron mais contre La république en marche.
MG


GENERAL DE VILLIERS : « JE SAIS CE QU'ON PEUT FAIRE ET NE PAS FAIRE »
ENQUÊTE. Candidat ou pas candidat en 2022 ? Le général entretient le mystère sur ses envies. Il ne dit pas non, mais ses proches se montrent sceptiques. Par Saïd Mahrane Le Point.fr

 « Cette action sociale de l'officier, quelle peut-elle être ? Représente-t-elle autre chose qu'une utopie généreuse, une illusion séduisante ? Sous quelle forme pratique peut-elle s'exercer ? » s'interroge le maréchal Lyautey dans Le Rôle social de l'officier. Ce petit manuel d'engagement civique est le livre de chevet du général Pierre de Villiers. Comment, dès lors, ne pas penser à lui à la lecture de ces interrogations de Lyautey ? Car l'ancien chef d'état-major des armées, qui promeut actuellement un livre intitulé L'Équilibre est un courage (Fayard), ne fait rien pour démentir l'hypothèse d'une candidature à la présidentielle de 2022. Il ne dit pas non. Il louvoie, contrant une nature pourtant franche, dès lors qu'on évoque le sujet. « 2022 ? Il serait indécent d'en parler aujourd'hui », nous répond-il. Il ne dit donc pas non.

Loi «sécurité globale» et «violences policières» : une foule impressionnante défile à Paris où des incidents ont éclaté



Place de la Bastille, des affrontements entre policiers et militants anti-fascistes ont été constatés par nos journalistes. La police a lancé des grenades lacrymogènes. Des individus vêtus de noirs, avec des drapeau anti-fa, chantaient«Siamo tutti antifascisti» ("Nous sommes tous anti-fascistes"). Des jeunes en noirs ont formé une barricade face aux policiers. Ils ont lancé des projectiles, les policiers répliquant avec des grenades lacrymogènes.
Des jeunes militants antifascistes ont tenté de monter une barricade entre République et Bastille. 
LE FIGARO

Des milliers de manifestants se sont réunis ce samedi à Paris 
La formule "floutage de gueule" revient sur de nombreuses pancartes ici et là comme ici place de la République à Paris : 

Ce jeu de mots fait référence au projet de loi et au floutage des visages de policiers en cours d'intervention.

"Ceci n'est pas une arme" peut-on lire sur cette pancarte avec une caméra dessinée.LE FIGARO

LE FIGARO
L'élu EELV Yannick Jadot dénonce «une rupture dans la tradition républicaine du maintien de l'ordre. Il y a un ministre de l'Intérieur et un préfet qui attisent les tensions dans notre pays et qui sont dans une dérive liberticide extrêmement importante pour la démocratie. Nous avons un pouvoir solitaire bunkérisé». Yannick Jadot dénonce «l'humiliation du Parlement», pointe «la contestation du pouvoir judiciaire garant de l'Etat de droit et des libertés fondamentales. La droite aussi a envie de faire vivre le Parlement.»


Ex-candidat du PS à la présidentielle, Benoît Hamon demande aussi la démission du préfet Didier Lallement. «Nous n'en sommes pas à la première défaillance en matière de maintien de l'ordre à Paris. On ne peut avoir une hiérarchie policière et politique qui a comme seul mot d'ordre de dire aux policiers : 'nous vous protégerons !' Leur rôle c'est de protéger les Français, pas de se protéger eux-mêmes. Dans la Ve République, il y a un patron, c'est Emmanuel Macron. Comme souvent, il organise le désordre et fait mine de le combattre ensuite (...) C'est le Président de la République qu'il faut interroger, sur sa responsabilité, sur le désordre que nous connaissons actuellement...».


Mélenchon réclame le départ du préfet Lallement

Il a réclamé samedi une «refonte» de la police et une nouvelle fois le départ du préfet de police Didier Lallement, avant de participer à la manifestation à Paris.


PRODUCTEUR PASSE A TABAC A PARIS : LA PREFECTURE DE POLICE DANS L’ŒIL DU CYCLONE
Violences
Par Laurent Valdiguié Marianne

Jusqu’où remonteront les enquêtes sur les violences policières en cours ? Provoqueront-elles la grande remise à plat que réclament certains depuis des mois, notamment à Paris ? La maison police est en ébullition.
Un vent mauvais. La vidéo diffusée jeudi 26 novembre par le site d’information Loopsider et montrant un producteur de musique roué de coups par des fonctionnaires de police dans l’entrée d’un studio d’enregistrement du 17ème arrondissement de Paris a été vue par plus de 15 millions de personnes. La violence des images a déclenché une vague d’indignation sans précédent, jusqu’aux joueurs de l’équipe de France de foot, Antoine Griezmann et Kylian Mbappé en tête...
« On m'a dit "sale nègre" plusieurs fois et en me donnant des coups de poing », a dénoncé la victime, Michel Z.,  en venant porter plainte jeudi au siège de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN). Sur France 2 jeudi soir, dans le but d’éteindre l’incendie, Gérald Darmanin a promis la révocation de quatre fonctionnaires et dit qu’ils avaient « sali l’uniforme de la République ».
"LES COLLÈGUES SEMBLENT AVOIR COMPLÈTEMENT PÉTÉ LES PLOMBS"
Jeudi après-midi, le commissaire du 17e arrondissement a convoqué les quatre policiers de son secteur pour leur retirer leurs armes et cartes de transport, leur signifiant leur suspension. Ils doivent être entendus en garde à vue ce vendredi par l’IGPN. « Quand on voit les images de la vidéosurveillance, elles sont consternantes, les collègues semblent avoir complètement pété les plombs », confie un policier parisien « outré et dégoûté ».
Selon nos informations, la version des trois policiers en patrouille à leur hiérarchie diffère sur plusieurs points de celle de la victime : « Ils affirment que voulant interpeller Michel Z. alors qu’il allait rentrer dans un immeuble sans masque, celui-ci les aurait insultés », confie un syndicaliste. S’en suit alors une altercation, leur volonté de le faire sortir du hall, des coups que rien n’explique vraiment sur les images … Le tout filmé par une caméra de vidéo surveillance, dont les fonctionnaires ignorent l’existence, mais qui enregistre la scène sans la bande-son.
'EFFET TUNNEL"
« Concernant les insultes racistes, c’est parole contre parole », disent les policiers. Les seuls éléments factuels sonores dont disposera l’IGPN pour tenter de comprendre ce qui a pu se passer seront les messages de la patrouille sur les ondes du 17 de demandes de renfort : « Priorité, priorité », « renforts urgents » ont-ils lancé, provoquant l’arrivée sur place de nombreux soutiens. « S’ils avaient conscience de commettre une bavure gratuite, ils n’auraient pas appelé tous ces renforts », analyse un policier de terrain, persuadé que s’ils l’ont fait, c’est qu’ils ont perçu une situation de danger. « D’ailleurs, le geste absurde de celui qui jette une grenade à l’intérieur, tout de suite en arrivant, montre bien l’état d’esprit dans lequel sont les renforts, persuadés que des collègues étaient malmenés. »
Devant leur hiérarchie, les policiers de la patrouille initiale ont certifié qu’ils se sont sentis menacés par un groupe de huit personnes, même si à ce stade strictement rien, sur les vidéos existantes, ne vient expliquer leurs coups… « Ils assurent aussi que lors de l’intervention, l’un d’eux a eu l’impression qu’une main se posait sur son arme et qu’on tentait de la prendre, ce qui ne se voit pas à l’image », ajoute une source informée. « Tout cela, c’est l’exacte définition d’un « effet tunnel », une situation qui dégénère sans que personne ne réalise qu’il faut dire stop et tout arrêter », analyse un syndicaliste policier, « médusé » devant la violence des images.
Autre inconnue à ce stade, pourquoi a-t-il fallu attendre jeudi et la diffusion de la vidéo sur le site Loopsider pour que les machines judiciaires et administratives se mettent en route ? Selon nos informations, dès lundi, au plus haut niveau de la préfecture, un signalement était remonté qu’une opération de police avait mal tourné dans le XVIIe. Mais alors pourquoi ne pas avoir pris l’initiative d’une enquête IGPN aussitôt ? N’est ce pas une nouvelle fois la preuve que seules des images extérieures à la police parviennent à provoquer des enquêtes…
LE BESOIN DE CAMÉRAS-PIÉTONS
Quoi qu’il en soit, cette nouvelle affaire de violences policières, dans le contexte tendu de la loi de sécurité globale, met à nouveau sur le tapis ce que réclament de nombreuses voix depuis des mois, voire des années, et jusque-là en vain. En priorité, l’équipement de caméras-piétons fiables pour chaque policier. Si samedi dernier les trois fonctionnaires avaient eu sur eux, comme c’est le cas dans de nombreuses autres polices dans le monde, des caméras filmant et enregistrant la scène, leur « version » serait aujourd’hui disponible. Plusieurs syndicats, dont le Syndicat des commissaires, réclament à cor et à cri, que durant leurs 8 heures de services, les policiers travaillent caméra branchée. Et qu’à la fin de leur service, la vidéo de leur vacation soit enregistrée automatiquement, quitte à ce qu’elle soit ensuite effacée et que leurs conditions de visionnage soient encadrées.
« Ceux qui freinent ce processus sont des imbéciles, grince aujourd’hui un commissaire. Non seulement en cas de bavure ces images seraient indispensables pour départager tout le monde, mais le jour où ils auront une caméra sur eux, certains réfléchiront à deux fois avant de faire n’importe quoi. »
Le ministère de l’Intérieur a passé le mois dernier un appel d’offres pour doter la police de caméras-piétons en remplacement des actuelles caméras de fabrication chinoise sans autonomie, de qualité déplorable et qui ne servent à rien.
DES PATROUILLES LIVRÉES À ELLES-MÊMES
Autre grief récurent, la formation. « On a recruté à tour de bras des policiers, mais le niveau a tellement baissé que certaines années, on sait bien que la moitié des élèves à la sortie de l’école ne devrait pas être diplômée, révèle un syndicaliste. Et, en plus, alors que le niveau à l’entrée a baissé, au lieu d’allonger la formation initiale, on l’a raccourcie ! »
Autre signe d’absurdie dans le monde de l’Intérieur, l’absence ou la quasi absence de cadre sur le terrain en sécurité publique. Dans le district de l’Ouest parisien, couvrant le 17e arrondissement, un seul commissaire est en poste actuellement au lieu des 3 effectifs théoriques prévus ! « C’est un secret de polichinelle, mais c’est une réalité : sur la voie publique aujourd’hui, il n’y a plus  de cadres, ni de commissaire, ni d’officier ! D’abord parce que personne ne veut plus aller en sécurité publique tellement c’est dur et ingrat, ensuite parce que les effectifs disponibles sont occupés au commissariat à des réunions ou des tâches administratives toujours plus nombreuses. Résultat, dans la rue, les patrouilles de gardiens de la paix sont toujours livrées à elles-mêmes…» Un constat partagé ce vendredi matin par plusieurs commissaires, qui déplorent « un sous-effectif chronique » en sécurité publique et « un perpétuel déficit d’encadrement ».
« C’est toute une enquête de commandement qu’il faudrait lancer, notamment à la préfecture de police de Paris, pour mettre à plat qui fait quoi et comment les moyens sont répartis », raille un haut fonctionnaire, persuadé « par exemple », que « certains des 800 agents de la puissante direction du renseignement de la Préfecture, pourraient être redéployés sur le terrain !» « Il faut oser le dire, ajoute un autre, en sécurité publique, on est à l’os en termes d’effectifs, alors que dans d’autres secteurs, les collègues ne sont pas débordés… »
PLACE DE LA RÉPUBLIQUE : UN COMMISSAIRE ÉCHAPPE À DE LOURDES SANCTIONS
La puissante « PP », sous les ordres de Didier Lallement, va-t-elle faire les frais des deux dernières affaires en cours ? Outre cette sale affaire du 17e, la préfecture est sous le feu d’une autre enquête, concernant l’évacuation d’un campement de migrants place de la République lundi. Les images de ce soir-là avaient « choqué » jusqu’au  ministre de l’Intérieur.
Selon nos sources, le commissaire auteur du croc-en-jambe a finalement échappé, ce jeudi, à des sanctions lourdes, initialement envisagées par le ministère de l’Intérieur, en faisant valoir plusieurs arguments. Admettant un geste déplacé, il l’a mis en perspective avec l’ordre donné à son unité de « tenir une rue » pour éviter des débordements en direction de l’hôtel de Ville. « Son unité était en sous-effectif complet quand cet ordre lui a été donné par la salle de commandement et dans le mouvement qui s‘en est suivi, il a eu ce geste idiot au final sans gravité », glisse un proche du commissaire, indiquant aussi que les ordres de la salle de commandement ce soir-là « n’étaient pas forcément tous faciles à suivre ».
ZIGZAGS DE DARMANIN
D’autres sources assurent que pour cette intervention, les effectifs policiers avaient été mal calibrés, mal équipés, et pas toujours très bien orientés durant la soirée. Aux commandes ce soir-là, « TI 1001 », l’indicatif policier du bras droit du préfet… qui devrait être entendu lui aussi par l’IGPN.
En attendant les suites judiciaires de ces deux dernières affaires en date, l’ambiance policière est morose. « C’est de plus en plus dur aujourd’hui, il n’y a quasiment pas une interpellation qui se passe bien », déplore un policier : « Un jour on nous demande de faire des amendes pour la consommation de drogue, un autre des amendes pour le masque, puis des amendes pour les attestations, et quand ça se passe mal, on est toujours tout seuls », souffle-t-il. « Rien ne justifie jamais que des collègues pètent les plombs, et tout le monde en pâtit, mais à force de ne rien faire en faveur de la police de terrain, on peut se poser la question : qui jusqu’au ministre et au préfet est aussi fautif de ce qui se passe ? » s’interroge pour sa part un commissaire parisien, « déçu des derniers zigzags de Darmanin ». C’est clair, la machine police a comme du plomb dans l’aile…
LOI SUR LA SECURITE GLOBALE: «DESOLANT SPECTACLE»
L’éditorial du Figaro, par Yves Thréard.
En février dernier, Emmanuel Macron avait lancé à ses députés: «Soyez fiers d’être des amateurs!» Il entendait ainsi répliquer à son prédécesseur qui se moquait de leur inexpérience. Sous-entendu: François Hollande peut toujours parler, lui qui a essuyé la fronde de ses parlementaires en maintes occasions, notamment sur la déchéance de nationalité, feuilleton affligeant…
Le chef de l’État doit aujourd’hui se mordre les doigts d’avoir été un peu léger en la circonstance. Le pataquès provoqué par la loi sur la sécurité globale témoigne d’un amateurisme certain, aussi inquiétant que ridicule, qui n’a rien à envier aux socialistes. Le ratage est total. Ce travail de gribouille met la majorité, gouvernement compris, sens dessus dessous.
Le texte de loi en question serait presque passé inaperçu s’il n’avait comporté une disposition censée protéger policiers et gendarmes dans l’exercice de leurs fonctions. C’est le fameux article 24. Lequel a tous les défauts. Il est inutile, car la législation


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
 « SI ON N’INVESTIT PAS DANS CES QUATRE PILIERS QUE SONT LA POLICE, LA JUSTICE, LA SANTE ET L’EDUCATION, ON NE POURRA PAS TRANSMETTRE NOS VALEURS AUX GENERATIONS FUTURES.» Libé

La Macronie chancelle : le ministère de l’intérieur et celui de la justice sont ses pieds d’argile. La Cinquième république a depuis sa fondation un problème avec ses forces de l’ordre face aux dérives du désordre qui la minent. En mai 68, le général de Gaulle, déstabilisé par la « chienlit » universitaire, alla chercher appui en Allemagne parmi les chefs militaires, les suppliant de l’aider. L’armée ne bougea pas mais l’ordre revint avec la marche des Champs Elyséens organisée par André Malraux gaulliste malgré lui.
Une sourde révolte gronde depuis lors contre les CRS SS dans les banlieues et désormais aussi dans les territoires avec les jacqueries des gilets jaunes court-circuitées par la covid providentielle aux yeux du pouvoir. Sarkozy accéda à présidence par l’escalier du ministère de l’intérieur et sa volonté affirmée de kärchériser les banlieues rotorses : ambitions velléitaires et simples gesticulations.
La République de l’ordre est impuissante sans le bras armé, le bâton, qu’est  sa police. Deux ministres de l’intérieur successifs Colomb et Castaner, respectivement le mentor et  le chouchou du Président en  ont fait les frais. Il y eut autrefois à ce ministère Fouché, Thiers, Mitterrand, Chirac, Pasqua, Vals avant eux…
 Castex ne fait pas le poids, Dupont Moretti ne fait pas l’unanimité et Darmanin , insupportable roquet fort en gueule ne a beau ne pas faire dans la dentelle et à caresser sa police dans le sens du poil, y compris le mauvais poil,  il ne tardera pas à mordre la poussière. Le roi Macron finira par être aussi nu que l’empereur du conte aux vêtements invisibles. Sans les forces  de l’ordre il est perdu. Il le sait mieux que personne. Le passage à tabac collectif d’un producteur de rap filmé est pire encore pour l’image de présidence que l’exécrable  feuilleton Benala. Les Français sont descendus nombreux  dans la rue pour protester contre le loi dite se sécurité globale: «Cette loi favorise un sentiment d’impunité de la police» Libé.
Côté police : « personne ne veut plus aller en sécurité publique tellement c’est dur et ingrat, ensuite parce que les effectifs disponibles sont occupés au commissariat à des réunions ou des tâches administratives toujours plus nombreuses. Résultat, dans la rue, les patrouilles de gardiens de la paix sont toujours livrées à elles-mêmes…» Plusieurs commissaires,  déplorent « un sous-effectif chronique » en sécurité publique et « un perpétuel déficit d’encadrement ». L’ambiance policière est morose. « C’est de plus en plus dur aujourd’hui, il n’y a quasiment pas une interpellation qui se passe bien », déplore un policier : « Un jour on nous demande de faire des amendes pour la consommation de drogue, un autre des amendes pour le masque, puis des amendes pour les attestations, et quand ça se passe mal, on est toujours tout seuls », souffle-t-il. « Rien ne justifie jamais que des collègues pètent les plombs, et tout le monde en pâtit, mais à force de ne rien faire en faveur de la police de terrain, on peut se poser la question : qui jusqu’au ministre et au préfet est aussi fautif de ce qui se passe ? » s’interroge un commissaire parisien, « déçu des derniers zigzags de Darmanin ». C’est clair, la machine police a comme du plomb dans l’aile…
 La République en Marche ne cesse de descendre dans les sondages.
Alors que peut faire le Président pour reprendre la main. Virer l’encombrant Darmanin et le remplacer par qui ? Par le général Devilliers qui bénéficie de 20% d’intentions de votes aux dernier sondages et qui pourrait dit-on se présenter aux présidentielles de 2022 ?
 « Si on n’investit pas dans ces quatre piliers que sont la police, la justice, la santé et l’éducation, on ne pourra pas transmettre nos valeurs aux générations futures.» Libé
Investir, toujours investir et endetter davantage la France  quand le candidat Macron promettait des réformes pour stabiliser la République…c’est le contraire du message électoral de 2018. Etrange comme les Présidents successifs finissent toujours par faire l’inverse de ce qu’ils ont promis et annoncé. Drôle de dérive démocratique.
MG


SECURITE GLOBALE : «CETTE LOI FAVORISE UN SENTIMENT D’IMPUNITE»
Libération

Par Alexandra Schwartzbrod et Sabrina Champenois — 
 
Ancien sportif, comédienne, romancière… Ils témoignent leur émotion à l’égard des violences policières.
 Sécurité globale : «Cette loi favorise un sentiment d’impunité»
Les artistes Rachida Brakni, Eric Cantona et Leïla Slimani réagissent à la vidéo publiée par Loopsider montrant le passage à tabac de Michel Z. par plusieurs policiers.
Rachida Brakni
«J’ai découvert la vidéo du tabassage, glaçante, atroce, sur Instagram. Sentiment d’horreur et de colère. Mais assez vite, je me suis aussi dit : "Putain, en tout cas, ça va servir." Servir à contester cette loi scandaleuse, inadmissible, qui vise à empêcher de filmer la police, à rendre illégal ce type de vidéo. Cette loi qui a été demandée par les syndicats de policiers, serait un blanc-seing.
«Les violences policières n’ont pas commencé avec ce gouvernement, l’histoire de la société française en est jalonnée. Moi, par exemple, j’ai grandi dans un quartier [à Athis-Mons, dans l’Essonne, ndlr], et quand les flics arrivaient, c’était en cow-boys, tu ne te sentais pas en sécurité. Avec les violences exercées sur les gilets jaunes, certains ont pris la mesure de ce que ça pouvait être, et que ce n’était pas forcément "le gentil flic et le méchant Arabe ou Noir", que c’était peut-être un peu plus complexe que ça.
«Alors on dit "acte isolé", mais depuis plusieurs mois, il y en a eu beaucoup. Quand Darmanin dit, en parlant de la mort de Cédric Chouviat, "quand j’entends le mot ‘violence policière’, moi, personnellement, je m’étouffe", c’est quoi qu’il envoie comme signal ? C’est l’Etat qui cautionne, ni plus ni moins. C’est d’ailleurs ce qui m’inquiète et qui me conforte dans le sentiment que j’ai fait le bon choix en partant vivre à Lisbonne il y a quatre ans [en réaction au projet de loi d’extension de la déchéance de nationalité aux binationaux] : pas tant les dérives de certains policiers, mais celles de ceux qui sont au-dessus et qui, pour des raisons idéologiques ou électorales, jouent avec le feu. Chaque fois que je reviens en France, je ressens ça : une tension, une violence qui s’accentue, un glissement.»
Éric Cantona
«Ce qu’on vit, c’est Papon en octobre 1961 qui dit "allez-y, je vais vous couvrir"… On a retrouvé des dizaines d’Algériens dans la Seine. Là on ne dit pas aux flics "allez-y", mais cette proposition de loi qui vise à interdire de filmer les policiers favorise un sentiment d’impunité. Et il implique qu’il y a des choses, des comportements à cacher. Cette loi émane d’un désir clair : pouvoir faire ce qu’on n’a pas le droit de faire en étant couvert. Si cette loi passe, ce serait l’escalade.
«Je pense que la majorité des flics sont humains, mais il y a toujours des abrutis. Cela dit, tout de même, quatre flics et pas un pour dire à un moment donné "les gars, vous vous rendez compte de ce qu’on est en train de faire là ?"… Cet acharnement, et après le mensonge… Sans les vidéos, le gars serait en cabane et les flics continueraient d’exercer. Là, vu le scandale, il n’était pas possible de faire autrement que de les suspendre. Mais pour moi, ces flics sont aussi des victimes, des instruments. Il faut chercher le Papon d’aujourd’hui, remonter la hiérarchie.
«Face à ce genre d’événement, toute personne qui réagit est la bienvenue. Que Griezmann et Mbappé s’expriment, c’est important parce qu’ils vont toucher des gens qui ne se seraient jamais sentis concernés. On reproche tellement souvent aux sportifs de ne pas s’exprimer, de rester dans leur petit monde… Après, il y a s’exprimer et être dans les actes. Certains sportifs ont vraiment contribué à changer les choses, comme Sócrates, Carlos Caszely ou Rachid Mekhloufi.»

Leïla Slimani
«On est nombreux à ressentir un profond dégoût et aussi de la peur car ceux qui sont censés nous protéger peuvent se retourner contre nous. Cela fait deux ans qu’on vit ces violences policières et il nous a fallu tout ce temps pour réagir, nous révolter. On s’est laissé bercer par cette idée que les mauvais éléments ne doivent pas cacher les autres. Et on est tiraillés : terrorisés par les terroristes et contents que la police soit là pour nous en protéger mais terrorisés aussi par l’idée d’aller manifester. Et puis cette question du racisme dans la société française, que montre le racisme dans la police, c’est un abcès qu’il va falloir crever. Je refuse l’argument de la brebis galeuse. J’ai les cheveux frisés et la peau mate, je sais ce que c’est qu’un flic qui me demande avec insistance mes papiers, même si je ne suis pas la plus à plaindre. Il va falloir trouver un moyen de nous réconcilier. Est-ce que nos gouvernants peuvent y parvenir ? Ils n’ont pas le choix, c’est leur devoir et il y a urgence. On ne peut pas se prétendre le pays des droits de l’homme et avoir des policiers qui prononcent les mots "bicots" et "sale nègre" et qui traitent les migrants avec un tel mépris ! Si on n’investit pas dans ces quatre piliers que sont la police, la justice, la santé et l’éducation, on ne pourra pas transmettre nos valeurs aux générations futures.»


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
ON NE PEUT PAS SE PRETENDRE LE PAYS DES DROITS DE L’HOMME ET AVOIR DES POLICIERS QUI PRONONCENT LES MOTS "BICOTS" ET "SALE NEGRE" ET QUI TRAITENT LES MIGRANTS AVEC UN TEL MEPRIS !

La Cinquième République implose dans ses contradictions. Est-ce à dire qu’un sixième République réclamée par Mélanchon, serait susceptible de faire mieux ?
Deux figure troubles se dessinent à l’horizon 2022 : Marine le Pen qui garde sa poudre sèche et le général Devilliers, ancien patron de la grande muette « démissionné » par Emmanuel Macron qui depuis sa retraite forcée publie bouquin sur bouquin et pourrait bien sortir de l’armoire sa vareuse militaire et son képi à feuilles de chêne pour revendiquer à son tour l’Elysée.
MG 

France: le violent démantèlement d’un campement de migrants en plein Paris suscite la polémique


Quelques centaines d’exilés et leurs soutiens ont été dispersés par les forces de l’ordre qui ont fait usage de gaz lacrymogène.

Par La rédaction Figaro avec AFP

Le démantèlement par les forces de l’ordre d’un campement de migrants dans la capitale française Paris, à peine monté lundi soir, a donné lieu à des images « choquantes », a écrit le ministre français de l’Intérieur Gérald Darmanin, qui a demandé un « rapport » au préfet de police.
« Certaines images de la dispersion du campement illicite de migrants place de la République sont choquantes. Je viens de demander un rapport circonstancié sur la réalité des faits au Préfet de police d’ici demain midi. Je prendrai des décisions dès sa réception », a-t-il écrit sur Twitter.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
SUITE AUX PROCHAINS EPISODES.

Il s’agit d’un bras de fer entre les forces de l’ordre de la République et les organisations pro immigrés qui ont monté un camp de toile à la sauvette à la place de la République en plein cœur de Paris, lieu emblématique de la République. Ce bras de fer permanent risque de marquer la campagne présidentielle de  2022. Ce sera le talon d’Achille du Président Macron et le marche pied de Marine le Pen.
Suite aux prochains épisodes.
MG

jeudi 26 novembre 2020

Jonathan Franzen: «Trump a senti le profond ressentiment national contre les élites»


L’écrivain américain conseille de prendre enfin les électeurs de Donald Trump au sérieux, précisément parce que Joe Biden l’a emporté. Entretien autour des Républicains qui combattent la république, d’un président qui refuse de s’en aller, et de ses millions de partisans.
Avec LéNA, découvrez le meilleur du journalisme européen.
 
Par Wieland Freund (Die Welt in Le Soir)
Son dernier roman est terminé. Jonathan Franzen, qui a un jour déclaré qu’il n’écrivait « presque jamais », ne s’est pas laissé distraire en cette année d’épidémie, qu’il a passée presque exclusivement dans sa ville natale de Santa Cruz. L’été dernier, il a remis à son éditeur le manuscrit de Crossroads, son sixième roman après des best-sellers tels que The Corrections, Freedom et Purity.
Cette fois, cependant, tout est un peu différent, car ce sixième roman en promet déjà un septième et un huitième. Crossroads est le premier tome d’une trilogie qui – en hommage à Middlemarch, de George Eliot – s’intitule A key to all mythologies. L’histoire de la famille Hildebrandt, originaire d’une petite ville du Midwest, va donc probablement s’étendre jusqu’à nos jours – même si Jonathan Franzen refuse de s’exprimer sur le sujet pour l’instant.
En revanche, ce dont il est prêt à parler, maintenant que presque tous les votes ont été dépouillés, c’est de l’élection présidentielle américaine.
COMMENT AVEZ-VOUS VECU CETTE ELECTION ? ET COMMENT AVEZ-VOUS VECU LES JOURS QUI ONT SUIVI ?
Nous avions invité quelques amis à dîner dans le jardin, et j’ai préparé une tarte au potiron. J’ai dû faire cuire le potiron au four, mixer sa chaire orangée, préparer la pâte, l’étendre… Je pense que je n’aurais pas pu faire plus que cela le 3 novembre, en attendant que les premiers résultats tombent. Lorsqu’il est apparu que les sondages avaient une fois de plus sous-estimé le soutien apporté à Trump, on a pas mal bu dans le jardin. J’avais espéré me coucher tôt, en étant assuré que Biden avait gagné la Floride, mais au lieu de cela, nous avons eu droit à quatre jours de suspense. J’étais sûr que Biden l’emporterait, mais les résultats étaient tellement serrés qu’il y avait de quoi se sentir fébrile. Fébrile, car l’élection a clairement démontré que près de la moitié de tous les Américains nourrissent à l’égard des libéraux le même sentiment d’étrangeté que ces derniers nourrissent à leur égard.
TRUMP MET EN DOUTE LA LEGITIMITE DE L’ELECTION, IL NOMME SES DERNIERS FIDELES A DES POSTES CENTRAUX DU PENTAGONE, SES PARTISANS DESCENDENT PARFOIS PAR MILLIERS DANS LES RUES. POURTANT, LE MONDE SEMBLE MOINS CROIRE A UN COUP D’ETAT QU’A UNE MANIFESTATION DE L’IMMATURITE DE L’OCCUPANT DE LA MAISON-BLANCHE. NE CONNAISSENT-ILS PAS ENCORE TRUMP OU, AU CONTRAIRE, NE LE CONNAISSENT-ILS QUE TROP BIEN ?
Trump a toujours incarné le narcissisme de la société de consommation – et en particulier, le narcissisme des réseaux sociaux ces derniers temps. C’est un narcissisme qui emporte et détruit tout sur son passage : les valeurs morales, les systèmes de croyances, les normes comportementales et, bien sûr, l’idée d’une vérité objective. Notre cauchemar en tant qu’Américains, c’est qu’on nous a donné un président dont la loyauté ne vaut que pour lui-même (et pour la machinerie technoconsumériste qui le rend légitime et le soutient). Tous les présidents avant lui se sont sentis, tout du moins en théorie, investis de la mission d’œuvrer en faveur du bien commun. Trump ne s’est jamais intéressé qu’à lui-même. On a souvent évoqué, à juste titre, sa ressemblance avec un enfant pleurnichard de 3 ans. Et pourtant, comme tout narcissique digne de ce nom, il est extrêmement séduisant. Il suffit de voir les 70 millions d’Américains qui ont voté pour lui. Je pense qu’il est important que le reste du monde comprenne que Trump n’est que la manifestation, l’expression de développements déstabilisants plus profonds.
L’ACTUEL COMPORTEMENT DE CERTAINES POINTURES DU PARTI REPUBLICAIN EST ENCORE PLUS DECONCERTANT QUE CELUI DE TRUMP. POURQUOI N’ACCEPTENT-ILS PAS LA DEFAITE ? ET QU’EST-CE QUE CELA FAIT D’EUX ?
Comme vous le savez certainement, le parti républicain ne représente qu’une minorité de la population américaine, et ce sera probablement toujours le cas. Si la direction du parti se fait la complice du comportement de Trump, c’est essentiellement pour deux raisons. D’abord, elle craint de contrarier la féroce base électorale de Trump, qui est déterminante pour son propre succès électoral. Elle doit donc lui donner l’impression qu’elle est restée fidèle à Trump. Plus généralement, la remise en cause de l’intégrité de l’élection par Trump n’est que la variante poussée à l’extrême d’une stratégie républicaine de longue date. Trump montre aux autres Républicains la voie à suivre : si votre parti est en permanence cantonné à un statut de parti minoritaire, il est préférable de remettre en question tout ce qui l’identifie objectivement en tant que minorité (sondages, recensement, élections). Si la démocratie est l’ennemi de votre parti, alors il faut combattre la démocratie.
DONALD TRUMP A-T-IL ETE UN IDIOT UTILE POUR LES REPUBLICAINS, UN IDIOT DONT ILS VONT SE SERVIR POUR QUELQUES SEMAINES ENCORE, OU LES REPUBLICAINS SONT-ILS MAINTENANT LES OTAGES DE DONALD TRUMP ?
C’est compliqué. L’establishment républicain n’a clairement pas vu venir Trump, et comme je viens de l’évoquer, il leur a donné de précieuses leçons sur la façon de rester au pouvoir en tant que minorité. En même temps, Trump est de toute évidence un personnage répugnant, un individu embarrassant au niveau international, et je suis persuadé que, maintenant qu’ils ont appris la leçon, la plupart des dirigeants du parti républicain souhaitent le voir disparaître.
SUPPOSONS DONC QUE LA PASSATION DE POUVOIR SE FASSE EN DOUCEUR. QU’ADVIENDRA-T-IL DE TRUMP ? DEVIENDRA-T-IL LE CONJURATEUR SUPREME DE QANON & CO. OU SE REPRESENTERA-T-IL A L’ELECTION PRESIDENTIELLE DANS QUATRE ANS ?
Peut-être les deux. Il vient de déclarer la guerre à Fox News, et je n’ai aucun mal à l’imaginer créer une nouvelle chaîne « d’information » encore plus follement nationaliste et suprémaciste blanche que la Fox. Je peux vous assurer que, même s’il va devoir quitter la Maison-Blanche, il n’admettra jamais qu’il a perdu l’élection de 2020. Et plusieurs dizaines de millions d’Américains ne l’admettront jamais non plus. On se souviendra de sa présidence comme du moment où les forces du technoconsumérisme se sont heurtées de front aux valeurs de la démocratie. La marque Trump perdra peut-être un peu de son lustre maintenant qu’il est passé du côté des perdants, mais ces forces ne disparaîtront pas pour autant. Je pars du principe qu’à l’avenir, les adeptes de la théorie QAnon – ou de toute autre mouvance insensée qui pourrait venir s’y substituer – seront toujours plus nombreux au Congrès à chaque élection.
LE MOINS QU’ON PUISSE DIRE, C’EST QUE LES 72 MILLIONS DE VOTES EN FAVEUR DE DONALD TRUMP ONT SURPRIS DE NOMBREUX EUROPEENS. PAS VOUS ?
Aujourd’hui, un de mes amis hongrois m’a montré un e-mail que je lui avais envoyé en juin. Ça m’a fait rire, car à l’époque, j’avais prédit que Biden obtiendrait la majorité des voix exprimées et probablement les grands électeurs, mais que les résultats seraient extrêmement serrés. Donc non, ça ne m’a pas surpris. Un des avantages d’être romancier, c’est que je peux m’imaginer pourquoi tant de gens détestent et craignent les libéraux. Un exercice qui a été (et reste) difficile pour de nombreux libéraux d’ici et d’ailleurs. Et quand on sait que notre capacité à nous imaginer qu’il puisse exister des personnes complètement différentes de nous est l’un des fondements du libéralisme – nous nous vantons de mieux y arriver que les conservateurs –, il est décevant de devoir admettre que les Trumpistes sont encore moins capables que nous de s’imaginer pourquoi nous les détestons et les craignons.
LA GAUCHE CULTURELLE DIT QUE CEUX QUI ONT VOTE POUR TRUMP SONT RACISTES. VOYEZ-VOUS EGALEMENT LES CHOSES SOUS CET ANGLE ?
Eh bien, je suppose que tout le monde est un peu raciste d’une manière ou d’une autre. Trump et les Républicains ont certainement le monopole des suprémacistes blancs, mais je pense que c’est une erreur d’en déduire que la moitié de l’électorat américain est composé de suprémacistes blancs. Cela dissimule l’ampleur de l’impact que peut avoir Trump, en particulier sur les électeurs moins éduqués, et rend les progressistes aveugles aux autres raisons pour lesquelles certains Américains les trouvent si curieux. Trump aborde les craintes économiques, le ressentiment à l’égard des élites côtières, la peur compréhensible de l’immigration ainsi que la méfiance à l’égard du gouvernement, et les progressistes feraient bien de prêter attention à tout cela eux aussi. Réduire les électeurs de Trump à une bande de racistes a un effet autodestructeur sur le plan politique.
Pourquoi les religieux, les isolationnistes, les opposants à l’immigration et à la mondialisation ou les néolibéraux sont-ils prêts à s’accommoder d’un président qui travaille ouvertement à l’abolition de la démocratie en Amérique ? L’idée démocratique a-t-elle perdu de son attrait ? Ou est-ce que de nombreux votes en faveur de Trump n’étaient en fait que des votes contre Biden – et inversement ?
Nous devrions nous rappeler que pour les personnes qui s’informent via la Fox ou Facebook, ce sont les Démocrates qui agissent de manière antidémocratique – en volant les élections, en violant les libertés individuelles, en essayant de transformer les Etats-Unis en une dictature socialiste. Et donc, oui, les voix qui ont été accordées à Trump étaient des voix contre les élites culturelles et la dystopie socialiste.
BARACK OBAMA ECRIT, DANS LES MEMOIRES QU’IL A RECEMMENT PUBLIEES : « C’ETAIT COMME SI MA PRESENCE A LA MAISON-BLANCHE AVAIT REVEILLE UNE PEUR PROFONDEMENT ENRACINEE, COMME SI MES OPPOSANTS AVAIENT LE SENTIMENT QUE L’ORDRE NATUREL DES CHOSES SE DISSOLVAIT. » VOYEZ-VOUS EGALEMENT LES CHOSES SOUS CET ANGLE ?
Bien que j’aime beaucoup notre ancien président, je ne suis pas sûr de partager ce point de vue. Lorsqu’il a quitté la Maison-Blanche, sa cote de popularité était bien meilleure que celle de Trump au cours des quatre dernières années – en fait, elle n’a fait qu’augmenter au cours des huit années de son mandat, à l’exception d’une seule année. Il semble donc qu’autre chose que la peur d’Obama ait favorisé la victoire de Trump en 2016. D’une part, il y avait la grande impopularité d’Hillary Clinton et son inaptitude générale en tant que candidate. D’autre part, comme je l’ai déjà évoqué, Trump remplissait la promesse du technoconsumérisme – son envie jubilatoire de briser les normes, son indifférence totale aux vérités objectives et sa soif d’enfreindre les règles (rappelez-vous à quel point la Silicon Valley se plaît à transgresser les règles). Trump a également fait preuve d’un certain génie politique. Il a senti que, sous la popularité d’Obama, se cachait un profond ressentiment national contre les élites culturelles et politiques. Il l’a senti, car il a lui-même cultivé ce ressentiment.

«UN MONDE SUFFISAMMENT PETIT POUR QUE JE PUISSE LE CONTROLER!»
W. F.
Le nouveau roman de Jonathan Franzen, premier tome de la trilogie A key to all mythologies, se déroule dans les années 70, mais a été écrit durant les années Trump. Cela l’a-t-il influencé ? « Ce qui est curieux, c’est que je n’ai pas réussi à écrire de roman durant les deux mandats de George W. Bush et n’ai pu commencer à écrire Freedom que quelques jours après l’élection d’Obama », répond l’auteur. « Il s’est produit quelque chose de similaire avec Purity, que j’ai écrit durant les premières années du deuxième mandat d’Obama. J’avais confiance et j’admirais l’homme qui était alors à la tête du pays, et j’ai donc pu le laisser diriger notre Nation l’esprit tranquille, pour ainsi dire ; j’ai pu me concentrer sur le présent, sans me laisser paralysé par la peur pour celui-ci. »
« En 2016 », poursuit Franzen, « je savais déjà que de grandes parties de A key to all mythologies se situeraient dans le passé, mais je ne savais pas encore que ce serait un roman en trois tomes. Lorsqu’en 2018, j’ai réalisé que j’allais pouvoir écrire tout un livre se déroulant dans les années 70, ça a été tentant pour moi de m’éloigner de la réalité des Etats-Unis de Trump, de ralentir le rythme et de remonter dans le temps, de me plonger dans l’histoire alors que la maladie de Trump suivait son cours. Et quel soulagement ce fut pour moi de passer six heures par jour pendant deux ans dans un monde suffisamment petit pour que je puisse le contrôler ! »

«Les Républicains n’ont aucune intention de travailler avec Biden»
Par W. F.
LA CARTE FEMININE DE CETTE ELECTION PRESIDENTIELLE EST PLUTOT BLEUE : LES FEMMES SONT-ELLES MOINS HAINEUSES QUE LES HOMMES ? OU VOTENT-ELLES DE MANIERE PLUS RATIONNELLE ?
Comme on l’entend souvent dans les bulletins d’information américains, les femmes sont en moyenne de bien meilleures personnes que les hommes ! C’est l’une des rares questions sur lesquelles les conservateurs religieux, les progressistes laïques et même les sociobiologistes sont d’accord.
ON PEUT DIRE QU’AVEC TRUMP, UNE CONTRE-REALITE A FAIT SON ENTREE A LA MAISON-BLANCHE : LE CHANGEMENT CLIMATIQUE N’EST PAS UN PROBLEME SERIEUX, LE CORONAVIRUS EST SOIT INOFFENSIF, SOIT UNE INVENTION, SOIT DEJA VAINCU, ET LES DEMOCRATES ONT TRICHE A L’ELECTION PRESIDENTIELLE. ASSISTONS-NOUS A L’EMERGENCE D’UNE NOUVELLE FORME D’IRRATIONALITE ? ET SI OUI, D’OU VIENT-ELLE ?
Je dirais qu’il s’agit de la même irrationalité humaine que celle qui a été domptée à l’époque de la raison, de la science et de la démocratie libérale. Aujourd’hui, cependant, elle a à nouveau été libérée par les forces de la consommation et de la technologie. Les gens passent plus de temps dans des univers virtuels, et le problème avec les univers virtuels, c’est évidemment qu’ils ont leurs propres faits et leur propre logique, qui ne correspondent pas nécessairement aux faits et à la logique du monde réel.
L’INTERNET A CREE UN SYSTEME DE COMMUNICATION DANS LEQUEL ON NOUS DONNE RAISON DES QU’ON SE MET A DETESTER UNE PERSONNE DEJA IMPOPULAIRE – C’EST AINSI QUE VOUS AVEZ FORMULE LES CHOSES A L’ISSUE DE L’ELECTION DE 2016. CERTAINES CHOSES ONT-ELLES CHANGE DEPUIS ? OU Y A-T-IL DES CHANGEMENTS EN VUE ?
Malheureusement non. Trump a connu un grand succès en alimentant et en exploitant la division et la haine, et les partis de gauche comme de droite vont probablement essayer de l’imiter. Joe Biden est un homme bon, et je crois qu’il est sérieux lorsqu’il dit qu’il souhaite « panser les plaies de la Nation », mais ce n’est pas un politicien de la trempe de Bill Clinton ou de Barack Obama. Oui, il a réussi à former une coalition démocrate et à remporter les élections, mais il doit sa petite avance au dégoût généralisé pour Trump. Les Républicains n’ont aucune intention de travailler avec lui, et si les progressistes démocrates s’en rendent compte, je crains que sa coalition ne s’effondre.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE TRIOMPHE DU BERLUSCONISME
« TRUMP N’EST QUE LA MANIFESTATION, L’EXPRESSION DE DEVELOPPEMENTS DESTABILISANTS PLUS PROFONDS. »

Cette remarquable intervieuw de Jonathan Franzen qui propose une analyse du trumpisme d’une lucidité sidérante est profondément déprimante. Il montre à quel point la démocratie américaine et sans doute la démocratie tour court est vermoulue. Tout se passe comme si notre chère démocratie avait soudain pris un coup de vieux carabiné. Elle ressemble à Biden : un brave type plein de bonnes  et pures intention mais qui n’a pas les épaules pour faire face aux nouvelles réalités. 
Cet écrivain américain  à la fois crise et sismographe de la crise générale est d’une lucidité impressionnante qui  nous montre à quel point les élites sont les grands perdants de cette élection où les  citoyens américains moyens s’inclinent, bon gré mal gré, devant la victoire du nombre. Non le trumpisme ne s’effondre pas face à la courte victoire des minorités et des anti Trump. L’électorat de Trump c’est le même que celui De Lepen, du Belang, de Orban et, disons le sans ambages, d’Adolphe Hitler version 1933. C’est le camp des partisans de l’illiberalisme face au camp des élites libérales progressistes. Le phénomène n’est pas spécifiquement américain, il est typique de l’occident tout entier, il mine, il sape les démocraties européennes singulièrement la République Française dirigée par un surdoué au profil à la Obama et aussi entravé que lui ou que le  Gulliver à Lilliput ou que le géant Barack à la maison blanche.
Après un naufrage, Lemuel Gulliver, chirurgien de marine se retrouve sur l’île de Lilliput, dont les habitants, les Lilliputiens, ne mesurent qu'environ six pouces de haut (env. 15 cm). Belles allégorie de l’électeur de Trump c’est un Lilliptien qui en France enfile le gilet jaune.
La différence c’est que, aux States  le courant anti élite a croisé le destin d’un homme hors normes : Donald Trump en qui il s’est identifié comme les Allemands anticommunistes  autrefois à Hitler.  Comme les rats ou les enfants de Hamelin, ils ont suivi le joueur de flûte qui les conduirait au désastre.
Jonathan Franzen: «Trump a senti le profond ressentiment national contre les élites» Et d’analyser la chose en 13 points.

 
1 « Trump a toujours incarné le narcissisme de la société de consommation – et en particulier, le narcissisme des réseaux sociaux ces derniers temps. C’est un narcissisme qui emporte et détruit tout sur son passage : les valeurs morales, les systèmes de croyances, les normes comportementales et, bien sûr, l’idée d’une vérité objective. 
Tous les présidents avant lui se sont sentis, tout du moins en théorie, investis de la mission d’œuvrer en faveur du bien commun. Trump ne s’est jamais intéressé qu’à lui-même. »
2 « Trump n’est que la manifestation, l’expression de développements déstabilisants plus profonds. Le parti républicain ne représente qu’une minorité de la population américaine, et ce sera probablement toujours le cas. Si la direction du parti se fait la complice du comportement de Trump, c’est essentiellement pour deux raisons. D’abord, elle craint de contrarier la féroce base électorale de Trump, qui est déterminante pour son propre succès électoral. Elle doit donc lui donner l’impression qu’elle est restée fidèle à Trump. »
 3 « Trump montre aux autres Républicains la voie à suivre : si votre parti est en permanence cantonné à un statut de parti minoritaire, il est préférable de remettre en question tout ce qui l’identifie objectivement en tant que minorité (sondages, recensement, élections). Si la démocratie est l’ennemi de votre parti, alors il faut combattre la démocratie ».
4 « L’establishment républicain n’a clairement pas vu venir Trump, et comme je viens de l’évoquer, il leur a donné de précieuses leçons sur la façon de rester au pouvoir en tant que minorité. » 
5 « Il vient de déclarer la guerre à Fox News, et je n’ai aucun mal à l’imaginer créer une nouvelle chaîne « d’information » encore plus follement nationaliste et suprémaciste blanche que la Fox. » 
6 « Même s’il va devoir quitter la Maison-Blanche, il n’admettra jamais qu’il a perdu l’élection de 2020. On se souviendra de sa présidence comme du moment où les forces du technoconsumérisme se sont heurtées de front aux valeurs de la démocratie. La marque Trump perdra peut-être un peu de son lustre maintenant qu’il est passé du côté des perdants, mais ces forces ne disparaîtront pas pour autant. Je pars du principe qu’à l’avenir, les adeptes de la théorie QAnon – ou de toute autre mouvance insensée qui pourrait venir s’y substituer – seront toujours plus nombreux au Congrès à chaque élection. » ( QAnon est une mouvance venue des États-Unis regroupant les promoteurs de théories du complot selon lesquelles une guerre secrète a lieu entre Donald Trump et des élites implantées dans le gouvernement, les milieux financiers et les médias, qui commettraient des crimes pédophiles et sataniques. La mouvance se concentre autour des messages publiés sous un pseudonyme)
7 « Un des avantages d’être romancier, c’est que je peux m’imaginer pourquoi tant de gens détestent et craignent les libéraux. Il faut imaginer qu’il puisse exister des personnes complètement différentes de nous est l’un des fondements du libéralisme » 
8  « Trump et les Républicains ont certainement le monopole des suprémacistes blancs. Il ne faut pas sous estimer  l’ampleur de l’impact que peut avoir Trump, en particulier sur les électeurs moins éduqués, et rend les progressistes aveugles aux autres raisons pour lesquelles certains Américains les trouvent si curieux. Trump aborde les craintes économiques, le ressentiment à l’égard des élites côtières, la peur compréhensible de l’immigration »
9 « Réduire les électeurs de Trump à une bande de racistes a un effet autodestructeur sur le plan politique. »
10 « Les religieux, les isolationnistes, les opposants à l’immigration et à la mondialisation ou les néolibéraux sont-ils prêts à s’accommoder d’un président qui travaille ouvertement à l’abolition de la démocratie en Amérique? L’idée démocratique a-t-elle perdu de son attrait ? « 
11 « Nous devrions nous rappeler que pour les personnes qui s’informent via la Fox ou Facebook, ce sont les Démocrates qui agissent de manière antidémocratique – en volant les élections, en violant les libertés individuelles, en essayant de transformer les Etats-Unis en une dictature socialiste. 
Et donc, oui, les voix qui ont été accordées à Trump étaient des voix contre les élites culturelles et la dystopie socialiste. »
11 « les femmes sont en moyenne de bien meilleures personnes que les hommes ! C’est l’une des rares questions sur lesquelles les conservateurs religieux, les progressistes laïques et même les sociobiologistes sont d’accord. »
12 « Nous assistons à une poussée d’irrationalité humaine que celle qui a été domptée à l’époque de la raison, de la science et de la démocratie libérale. Aujourd’hui, cependant, elle a à nouveau été libérée par les forces de la consommation et de la technologie. Les gens passent plus de temps dans des univers virtuels, et le problème avec les univers virtuels, c’est évidemment qu’ils ont leurs propres faits et leur propre logique, qui ne correspondent pas nécessairement aux faits et à la logique du monde réel.
Malheureusement non. Trump a connu un grand succès en alimentant et en exploitant la division et la haine, et les partis de gauche comme de droite vont probablement essayer de l’imiter. » 
13 « Joe Biden est un homme bon, et sincère qui  souhaite « panser les plaies de la Nation », mais ce n’est pas un politicien de la trempe de Bill Clinton ou de Barack Obama. Il doit sa petite avance au dégoût généralisé pour Trump. Les Républicains n’ont aucune intention de travailler avec lui, et si les progressistes démocrates s’en rendent compte, je crains que sa coalition ne s’effondre. »
CONCLUSION : Nous assistons à rien moins qu’une berloscunisation de la démocratie américaine dont le sarkozysme fut un avatar singulier en France.
Hitler a eu le génie de se servir du cinéma et de la radio comme caisse de résonance de  ses thèses délétères. Il a réussi par ce qu’il a inventé un style de chien aboyeur, vociférant.  perpétuellement en colère. Churchill et de Gaulle ont fait un usage immodéré de la parole radiophonique qu’ils maîtrisaient comme personne ni avant ni après eux. Berlusconi a fait pareil avec la télévision, et on a toute raison de penser que Trump fera comme lui avec l’avantage d’être un tribun, un tribun médiocre mais une bête de télévision.  Obama a surfé avec élégance sur les réseaux sociaux Trump a éructé en permanence sur Twitter et ça a marché. 
Certes Obama et Macron sont deux intellos surdoués mais ils sont condamnés à l’échec face au trumpisme ou au mouvement des gilets jaunes qui parlent la langue des gens simples, autrement dit la vulgate populiste. Voilà qui est extrêmement préoccupant pour l’avenir de la démocratie.
MG    

mercredi 25 novembre 2020

Rudi Vervoort au «Soir»: «Notre modèle de concertation déraille, ça ne va plus, il faut réagir»


Blocages (pas seulement nord-sud), retards, dialogues de sourds… Du covid à la taxe kilométrique, du bois de la Cambre à la crise migratoire, les dossiers s’accumulent où ça freine, ça coince, ça dure. Rudi Vervoort crie casse-cou !

Belga.
Par David Coppi Le Soir

C’est un « coup de gueule » réfléchi, un cri mesuré, une protestation documentée. Rudi Vervoort se fait « un devoir », nous dit-il, de pousser un « sauve-qui-peut la concertation » qui puisse « idéalement nous faire réagir, ensemble, face à ce qui est en train de se produire ». Quoi donc ? L’enlisement – l’évaporation ? – du modèle de concertation belgo-belge, un peu à tous les étages, met en garde le ministre-président socialiste de la Région bruxelloise. Qui ne lésine pas : « La Belgique n’existe que par la concertation à tous les échelons, alors, là, ça peut encore fonctionner, mais on n’y arrive presque plus. » Un toboggan à terme pour le pays. Les responsabilités sont partagées ? Affirmatif. Ça coince ici nord-sud, là politiques-société civile, ailleurs mandataires-citoyens, aussi réseaux sociaux-médias… Un maquis, à l’entendre, où l’on se perd. Rudi Vervoort tire l’alarme, voit « une accumulation sans précédent », désigne « pêle-mêle des dossiers problématiques, parmi d’autres »…
Au fait, l’idée d’acheter des terres agricoles en Flandre ou en Wallonie, signée Alain Maron, ministre bruxellois, est une perle de non-concertation : entre Régions, comme au sein du gouvernement régional, où tous tombent des nues. Une leçon.
A part ça, à tout seigneur : « Le survol de Bruxelles, explique Vervoort, est à lui seul un dossier capital où le blocage est total. Combien de jugements en sens divers depuis 20 ans ? Une guérilla politico-juridique. A chaque gouvernement fédéral, on dit que l’on va trouver une solution. Bonne chance à celui qui a ça en charge cette fois. Nous sommes toujours prêts à discuter, bien sûr, la Région veut trouver une solution, mais… »
Plus macro : « Prenez le plan de relance, il faudra gérer au mieux les financements européens, et Thomas Dermine, secrétaire d’Etat, a cadré tout cela récemment dans la presse. De fait, un comité de concertation vient de lancer le processus, mais maintiendra-t-on un socle de solidarité tenant compte du fait que l’économie belge a été frappée de manière inégale et qu’il faut mettre plus de moyens là où on en a plus besoin, soit au sud du pays ? La Flandre, qui, dans un premier temps, a imaginé un projet de répartition où elle avait la part belle, peut-elle se raviser ? Sera-t-on capables de trouver un juste équilibre sur un enjeu aussi important ? » Le ministre-président a un doute et veut y croire – ou l’inverse.
Vivre-ensemble
Aucun domaine n’est épargné : « Pas même le vivre-ensemble, comme la place du religieux dans la société, où, là encore, nous ne produisons aucune option politique claire : ce sont les tribunaux qui ont la parole, et qui, par exemple, ont annulé le règlement de travail d’Actiris interdisant le port du voile. » Rudi Vervoort ponctue : « Où est passé le politique ? »
Vivre-ensemble, toujours : « Pensez à la crise des migrants, à Bruxelles mais pas seulement, et au blocage persistant sous la législature précédente, avec une hypocrisie de Francken et du gouvernement fédéral : vu que ces gens ne souhaitaient pas demander un statut, on ne les aidait pas, sauf qu’ils sont là, et que, malgré un ordre de quitter le territoire, ils ne sont pas expulsables, il n’y a pas de capacité juridique à cet effet, alors que fait-on ? On les laisse dans la rue ? Nous voulons mettre en place une structure d’orientation et d’hébergement où les choses se passent bien, humainement. Il faut trouver une solution, au-delà du discours incantatoire sur la fermeté, mais non, on s’ignore, et le problème reste entier… »
Bronca
Retour à Bruxelles, et le projet Neo de développement d’un centre commercial, de spectacles et de congrès sur le plateau du Heysel, « objet d’une judiciarisation forcenée » depuis plus de 10 ans : « On est empoisonnés par des recours systématiques, qui sont tout aussi systématiquement cassés, lesquels – je ne devrais pas le dire… – sont le fait de néerlandophones, et pour cause : la Flandre entretient une opposition majeure au projet notamment parce qu’elle développe un projet concurrent de l’autre côté de la frontière linguistique, le fameux projet Uplace. J’ajoute que derrière ça, il y a l’échec du stade de foot national, pas moins. Alors, oui, je peux le comprendre, des visions s’affrontent, mais le fait est que le dialogue ne prend pas, que rien ne se fait, et c’est dramatique. »
Le ministre-président bruxellois pointe encore les « contradictions » en politique de mobilité, qui pourraient tourner à l’enlisement XXL : « Il y a un besoin légitime d’avoir une ville plus verte, plus résiliente, plus apaisée, et il y a en même temps la contrainte d’une relance économique post-confinement qui, de toute manière, ramènera de la pression sur la mobilité, à coup sûr dans une Région dont la vitalité repose sur le tourisme, l’événementiel, sa fonction internationale… » Rudi Vervoort implore : « Il faudra bien définir à un moment donné ce que sera l’après-covid, pour cela il faut dialoguer, et restaurer la capacité du politique à décider. En est-on capables ? »
Registre mobilité, la polémique à propos de la taxe kilométrique est « exemplaire » : « Avant même qu’il n’y ait le moindre projet sur la table, c’était déjà la bronca, côté flamand en particulier. On n’avait encore discuté de rien. Trouverons-nous la force, tous ensemble, pour en parler sereinement, d’abord au niveau bruxellois, ensuite entre les entités ? Je m’interroge. »
Rudi Vervoort n’oublie pas « le blocage des blocages », la formation du gouvernement fédéral, les négociations de plus d’un an : « D’élection en élection, on sent bien que ça devient de plus en plus compliqué, alors de deux choses l’une : soit on fait juste le pari de 2024, un peu roulette russe, et on attend de voir si oui ou non la N-VA est prête à faire le pas et à s’associer au Belang dans l’hypothèse où les deux peuvent former une majorité au nord, soit nous sommes à même de réfléchir à un nouveau modèle institutionnel qui pacifierait le processus de formation d’un gouvernement. Je ne veux pas débattre d’une formule ou d’une autre ici aujourd’hui, je suis ouvert, je dis juste que cette crise permanente est insoutenable, et que les acteurs politiques doivent anticiper. »
Gilets jaunes
Le désordre dans l’Etat fédéral, ou ce qui apparaît comme tel, dans la gestion des confinements-déconfinements successifs ? L’incertitude à propos de la politique de vaccination (Frank Vandebroucke a souligné combien notre système belgo-belge était compliqué, lundi matin sur la Première) ? « Ce ne sera pas évident, mais le sujet est trop grave, on trouve des solutions », ose croire, « malgré tout », le chef du gouvernement régional bruxellois. Qui ponctue son propos : « Dans les semaines et les mois qui viennent, dans toute une série de dossiers, j’en ai cité, nous devons être capables de recréer de vrais espaces de discussion. Sans cela, la confrontation prendra toute la place. » A savoir : « On entre dans une séquence mouvementée sur le plan social, et si les mécanismes de concertation ne fonctionnent pas, alors, sans la canalisation des colères légitimes, on pourrait arriver à des situations extrêmes. Il ne restera que la colère et l’expression de la colère, la violence telle qu’on peut la voir déjà sur les réseaux sociaux, une perspective de type gilets jaunes, c’est tout. »
Impasse au Bois de la Cambre
Le dossier du bois de la Cambre, qui a vu s’affronter Bruxelles-Ville et Uccle à propos de la circulation automobile, vaut également le détour. Rudi Vervoort relève : « L’impasse dans ce dossier, c’est cela qui m’a poussé à intervenir plus globalement, comme je le fais aujourd’hui. En l’occurrence, un billet d’humeur d’un journaliste, Fabrice Grosfilley, m’avait frappé : les juges décident, les politiques ne sont pas capables de dégager un accord… De fait, quant aux positions notamment sur les réseaux sociaux, c’est d’un côté les Khmers verts, les dingues de vélos, les bobos, et de l’autre les ringards qui ne jurent que par leur voiture, qui n’ont aucune conscience environnementale, et au bout du compte on règle ça devant le juge. Mais qu’en est-il du rôle du mandataire politique, militant accédant à un moment donné à une fonction exécutive lui imposant de travailler à un consensus ? On est au cœur du problème. »


LA DETTE DE LA COMMUNAUTE FRANÇAISE POURRAIT DOUBLER D’ICI 2025
La dette francophone est partie dans une spirale infernale. Une situation très préoccupante que personne ne conteste, pas même le ministre Daerden (PS). Au point que la survie de l’institution est en jeu. C’est en tout cas l’avis d’André Antoine dans l’opposition CDH.

Par Eric Burgraff Le Soir
 
Un milliard et 175 millions… C’est, aux dernières nouvelles, et avant quelques corrections, le déficit budgétaire brut que présente la Fédération Wallonie-Bruxelles pour son budget 2021. Bonne nouvelle : c’est un milliard de moins qu’en 2020 qui se terminera par un déficit de 2,188 milliards. Mauvaise nouvelle : c’est à peu de chose près deux fois le déficit enregistré en 2019. Des déficits, on l’a compris, qu’il faut combler en recourant à l’emprunt. Ainsi, en 2020, la FWB a sollicité les marchés pour 2,3 milliards. C’est la baisse des recettes (impactées par la crise à hauteur de 1 milliard) et la croissance de dépenses (330 millions pour l’ouverture de fonds d’urgence et de relance) qui sont essentiellement responsables de l’aggravation de la situation. En 2021, et dans les années suivantes, en supposant que la crise du covid nous lâche pour dérouler un tapis rouge à la croissance, les besoins de financement s’élèveront encore à 1,5 milliard/an. Grave ? S’il est désormais acquis que la relance passe par l’emprunt, nul ne sait comment les francophones pourront assumer une dette exponentielle. Selon les projections du Bureau du Plan et du ministre Daerden, la dette directe (à laquelle il faut en principe ajouter environ 10-15 % de dette indirecte) va pratiquement doubler en six ans : de 7,249 milliards fin 2019, elle devrait passer à 14,169 milliards fin 2025.
Sept milliards et deux cent cinquante millions l’année dernière… Quatorze milliards et cent septante millions dans cinq ans… Les chiffres donnent le tournis. Ils matérialisent en tout cas la spirale d’endettement dans laquelle s’enfonce la Fédération Wallonie-Bruxelles. Mal embarquée depuis que son sous-financement structurel est doublé de problèmes conjoncturels, elle vient de faire un nouveau plongeon lié à la crise covid. Elle ne garde la tête hors de l’eau que parce que les taux d’intérêt sont aujourd’hui historiquement ridicules, voire négatifs.
Frédéric Daerden (PS), ministre du budget, oscille pourtant entre sérénité et prudence. En lien avec son intervention dans Le Soir du 9 octobre il précise : « La situation est préoccupante, mais pas dramatique tant que les taux d’intérêt restent bas et que les charges de la dette sont sous contrôle », ce qui est le cas avec une charge actuelle en dessous des 2 %. Toutefois, lui-même et les autres grands argentiers du pays, sont conscients des inconnues des suites de la crise sanitaire pour la culture, l’enseignement, la petite enfance… (avec un impact sur les dépenses), les changements des indicateurs économiques (impact direct sur les recettes) et l’évolution de la souplesse budgétaire européenne. Frédéric Daerden ajoute : « Ce budget est placé sous le signe de la transparence, de la vigilance et des investissements. Transparence dans la communication des documents budgétaires, le rapport régulier sur la dette et la création d’un fonds d’urgence pour identifier clairement les dépenses effectuées dans ce cadre. Vigilance dans les dépenses compte tenu de la tension sur les recettes (budget base zéro, examen régulier des dépenses, gestion active de la dette…) et, grâce à des taux favorables, poursuite des investissements porteurs de relance dans les bâtiments scolaires, les infrastructures de la Fédération, le numérique… C’est donc un budget qui répond aux urgences et à la relance malgré un contexte difficile qui impose en parallèle une gestion extrêmement sérieuse. Il inscrit les francophones dans un processus de projection dans l’avenir ».
Dans l’opposition CDH, André Antoine ancien ministre du Budget, donne pourtant une vision bien plus pessimiste. Entretien.
LE MINISTRE DU BUDGET RASSURE MAIS VOUS VOUS DITES TRES INQUIET POUR L’AVENIR DE LA FEDERATION WALLONIE-BRUXELLES. POURQUOI ?
Parce qu’à l’inverse d’autres, mon parti reconnaît l’importance des compétences communautaires qui donnent une âme à la société. L’union des francophones recèle davantage de promesses que la scission ou la division. Or, ce que je constate aujourd’hui c’est que, budgétairement, la situation est grave et probablement désespérée. Il faut regarder les chiffres avec lucidité : l’explosion de la dette annonce des heures très sombres pour les francophones de ce pays. Face à un État fédéral injuste, ils doivent aussi examiner leur situation institutionnelle : la Communauté française n’a ni territoire, ni capacité fiscale. Alors qu’en Flandre, Région et Communauté sont soudées, ici, depuis cette majorité, on peine à déceler les collaborations.
Pourquoi parler d’État fédéral injuste ?
Le fédéral a imposé aux Communautés une extension de l’obligation scolaire mais ne la finance pas. De plus, il ne leur restitue que 91 % des fonds perçus pour elles. Et c’est compter sans la fin de la solidarité nationale à partir de 2021, sans la prise en charge de la « responsabilisation pension », sans l’absence de financement des innombrables élèves et étudiants internationaux, etc. J’ajouterai que le danger est aussi à l’intérieur : il ne se passe pas une seule séance du parlement de la Fédération sans que ne ressurgissent des velléités régionalistes. J’ajouterai qu’un ex-ministre d’un grand parti francophone, régionaliste convaincu, me dit chaque fois que je le croise à une manifestation de la Communauté : « Je ne rate jamais un enterrement »… Ça en dit long sur l’état d’esprit de certains.
REVENONS AU BUDGET, LE COVID N’A PAS AIDE LA MAJORITE...
Effectivement mais cela n’explique pas tout. Les crédits de WBE (NDLR : l’école officielle) par exemple, augmentent de 31 %. Où est passé le personnel qui était censé y être transféré ? La Loterie nationale ne financera plus l’ONE… on ne sait pas pourquoi ? De plus, le gouvernement veut nous faire croire que la pandémie cessera ses effets en le 1er janvier 2021… raison pour laquelle il propose une croissance de 6,5 %. En fait, personne n’en doute, la crise va perdurer un an ou deux. Or, les projections sont basées sur septembre 2020, avant la seconde vague… La clef « élèves » (NDLR : qui permet de répartir les crédits entre néerlandophones et francophones) se détériore inexorablement, notamment en raison de l’enseignement à domicile, mais je ne vois pas de réaction. Par ailleurs, le budget ne prévoit rien, ou presque, à propos de cet indispensable plan d’investissement dans les bâtiments scolaires, rien non plus pour le financement de la réforme de la formation initiale des enseignants, rien pour corriger les différences de financement entre réseaux alors que, dit la Cour constitutionnelle, la Constitution est largement bafouée.
Mais il n’y a guère d’argent…
Le problème, c’est que la Fédération Wallonie-Bruxelles ne fait pas de choix et ignore ce qui va se passer demain. Rien que pour poursuivre le rythme à politique inchangée, chaque année, elle devra emprunter 1,1 milliard… de plus. Oui la situation est grave. Ce gouvernement vit au-dessus de ses moyens en ignorant les effets à long terme de la pandémie et les dépenses qui s’imposeront dans le futur. Il refuse de voir la boule de neige de la dette rouler sur la pente, il refuse de la voir se fracasser dans la vallée. C’est un peu comme s’il avait une calculette qui ne fonctionne qu’avec des « + » et des « x » sans toucher aux boutons « - » ou « : ». En fait, chaque automne, pour clôturer l’année, on emprunte pour payer le loyer, rémunérer le personnel et remplir les cuves à mazout… Ce n’est tout simplement plus soutenable
Mais, avec une charge correspondant à 1,8 % des recettes, la dette est soutenable, non ?
On nous fait croire que ça ne coûte pas cher… pour le moment. C’est un peu comme un malade qui se plaint de fièvre. Le paracétamol est bon marché, donc il en prend pour calmer les symptômes mais ce n’est pas ça qui va résoudre son problème de fond. La fièvre revient… toujours plus haut… Jusqu’à quand ?
600 millions
Eric Burgraff .
Regardons le verre à moitié plein… La crise sanitaire a plombé les performances économiques et, partant, fait plonger les taux d’intérêt. Pas de chance pour l’épargnant. Par contre, la Fédération Wallonie-Bruxelles tire quelques marrons du feu. Fin de semaine dernière, elle a pratiquement bouclé son mercato financier 2020 en levant sur les marchés quelque 600 millions d’euros à un taux négatif de -0.196 %. Une première dans l’histoire de l’entité.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
QUO VADIS BELGICA ?

Il faut l’optimisme de désespoir de Claude Claude Demelenne pour croire envers et contre tout que  la Belgique en tant qu’Etat puisse avoir le moindre avenir. Il est vrai que depuis quelques semaines l’actualité belgo-belge était repassée au second plan depuis la désignation d’un gouvernement fédéral auquel plus personne ne semblait croire après plus de 500 jours de palabres politiques et de remue méninges au sein de notre particratie compliquée. On avait les idées ailleurs : à Trumpland par exemple  et à Macronrepublica et aussi du côté de chez Angela.
Voici que les sujets belgo belges reviennent à l'avant-plan. La Région bruxelloises semble paralysée par les problèmes et en phase  d’asphyxie financière tandis que la Communauté française est au bord de l’effondrement. Claude Demelenne conclut son papier par ceci : « L'électeur flamand est un pragmatique. Le gouvernement pourrait réussir et freiner le Belang. C'est l'hypothèse du philosophe Maarten Boudry qui, toujours dans la 'Libre', explique que "le Vlaams Belang va essayer de profiter du recul de la N-VA. Mais l'électeur flamand est un pragmatique. Récompenser l'équipe fédérale actuelle, si elle réussit à atteindre ses objectifs d'ici à 2024 n'est pas impossible".
Je ne suis pas persuadé de pouvoir le suivre lorsqu’il affirme que : » La Belgique a encore de beaux jours devant elle. Mais ce sera une autre Belgique. Probablement confédérale. Ce ne sera pas la fin du monde. A court et moyen terme, le nationalisme du Nord ne réussira pas à imposer sa "ligne" car ses porte-drapeaux représentent des repoussoirs pour une majorité de Flamands, plutôt pragmatiques. »
J’ignore où l’auteur de ces lignes puise son optimisme. Espérons qu’il ne se trompe pas car dans l’hypothèse inverse, je ne vois vraiment pas dans quel état nous atteindrons la date butoir de 2024 lorsqu’il faudra à nouveau solliciter le vote de l’électeur qui en a par-dessus la tête de la complexité de notre usine à gaz nommée fédéralisme d’union. Il ya en effet beaucoup d’eau dans le gaz.
MG. 


LA BELGIQUE A ENCORE DE BEAUX JOURS DEVANT ELLE (carte blanche)
Source : Le Vif Claude Demelenne

Agonisant, l'Etat belge ? Pas si sûr. Mal foutue, rapiécée, chaotique parfois, la Belgique pourrait, une nouvelle fois, ressusciter. Malgré le Vlaams Belang.
A chaque crise gouvernementale, bon nombre d'analystes politiques jouent à se faire peur en annonçant la disparition prochaine de la Belgique. Mea culpa, j'en fais partie. Moi aussi, j'ai écrit que la fin est proche pour ce pays longtemps ingouvernable. Dans mes articles et mes livres, j'ai esquissé quelques pistes d'avenir pour la Wallonie : essentiellement la cohabitation avec la Flandre dans une Belgique confédérale ou, solution plus radicale, en cas d'implosion de l'Etat belge, une association avec la France. Comme beaucoup d'autres, j'ai souvent disserté sur l'après-Belgique. Mais la Belgique est toujours là. Il est temps d'arrêter de fantasmer. La chute finale n'aura pas lieu. En tout cas, pas de sitôt. Même si ce ne sera pas un long fleuve tranquille, la Belgique a encore de beaux jours devant elle.
En finir avec le catastrophisme
Je ne me fais aucune illusion. Ce titre provocateur - "La Belgique a encore de beaux jours devant elle" - me vaudra quelques solides sarcasmes de la part des anti belgicains dogmatiques. Je serai traité de naïf, nostalgique de la Belgique de papa, et bien sûr de girouette, puisqu'il y a moins de neuf mois, j'ai écrit dans ces colonnes que "mieux vaut un bon divorce que le chaos belge "Mieux vaut un bon divorce que le chaos belge. Je ne suis pas en train de brûler mes précédents écrits. Je ne suis pas devenu le chantre d'une Belgique toujours grande et belle. Simplement, je ne veux pas pratiquer le déni du réel et répéter en boucle les mêmes prédictions sur la fin imminente de la Belgique. Depuis plusieurs décennies, ces prédictions sont de plus en plus nombreuses. Mais elles ne se réalisent jamais. Il est temps de tourner le dos à un certain catastrophisme infantilisant. Et de regarder la réalité en face : la Belgique n'est pas ce cadavre ambulant que le moindre coup de vent suffira, un jour prochain, à précipiter dans la tombe.
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La vie en rose ?
L'optimisme béât n'est évidemment toujours pas de mise. Le nationalisme flamand ne va pas s'évaporer par un coup de baguette magique. Tout restera compliqué dans ce curieux pays où coexistent de plus en plus - sur ce point, Bart De Wever a raison - deux démocraties. Les prochaines élections de 2024 seront à très haut risque, avec un Vlaams Belang en embuscade. Quelques évolutions, dans le paysage politique, permettent pourtant d'envisager un scénario plus soft pour l'avenir de la Belgique. Au moins dix faits politiques récents devraient nous inciter non pas à voir la vie en rose, mais à envisager des lendemains moins gris pour la Belgique.
1.Le CD&V a - enfin ! - lâché la N-VA de Bart De Wever. C'est, de loin, le fait politique majeur de la décennie En se déscotchant de la N-VA, Joachim Coens et les principaux dirigeants du CD&V, pratiquement unanimes, ont non seulement permis la formation du gouvernement Vivaldi. Ils ont surtout montré que la N-VA restait le seul parti démocratique partisan d'un dépeçage potentiellement mortel de l'Etat fédéral. La preuve est faite que, lorsqu'il est au pied du mur, le CD&V conserve des réflexes "belges".
2.Le retour des familles politiques. C'est l'autre fait politique majeur. Pendant l'interminable période de négociations pour former un gouvernement, dans le camp libéral, le MR et l'Open VLD ont quasiment travaillé ensemble comme s' ils constituaient un parti fédéral. Dans le camp socialiste, le PS et le SP.A ont fait de même. A partir du printemps prochain, les socialistes du Nord et du Sud partageront les mêmes bureaux, au centre de Bruxelles. " Et ce ne sont pas que des bureaux que nous allons partager", a déclaré Paul Magnette. " Il y a une très bonne dynamique qui s'est créée entre nos deux partis, qu'on doit renforcer ", a surenchérit Conner Rousseau. De longue date, les Verts du Nord et du Sud fonctionnent au parlement fédéral comme s'ils formaient un seul parti. Le retour des familles politiques devrait renforcer le camp des 'pro Belgique'.
3.. "Le soutien de Magnette à Vandenbroucke. A gauche, le tandem Paul Magnette-Conner Rousseau a été un pas plus loin dans la collaboration Nord-Sud. Premier parti de la coalition Vivaldi, le PS aurait pu revendiquer le gros portefeuille fédéral des Affaires sociales et de la Santé. Il a choisi de soutenir celui qui est apparu comme 'l'homme de la situation', le Flamand Frank VandenbrouckeNous avons raisonné en termes de famille politique ", a commenté Paul Magnette. Une "première", inimaginable il y a à peine quelques semaines.
4.La N-VA a atteint un pic. La formation de Bart De Wever a perdu de sa superbe. On est loin de la dream team de 2014, que rien ne semblait pouvoir arrêter. "Je crois que les nationalistes n'atteindront plus jamais leur niveau record d'autrefois", a déclaré dans la 'Libre Belgique' l'un des intellectuels les plus écoutés de Flandre, le philosophe Maarten Boudry (Université de Gand).
5.Bart De Wever fait de moins en moins rêver. Il a été réélu à la tête de son parti avec un score stalinien, mais Bart De Wever ne trône plus en tête des hit parade de popularité, en Flandre. Il paraît déjà usé par le pouvoir. Le nationalisme flamand démocratique n'a plus d'homme providentiel. Une bonne nouvelle pour les partisans de la continuité belge.
6.Le Vlaams Belang number one mais impuissant. Il est possible qu'à l'échéance 2024, le Vlaams Belang soit le premier parti de Flandre. Mais il sera sans doute isolé et impuissant. On voit mal en effet une N-VA en déclin former une coalition - disposant d'une très courte majorité en Flandre - avec un Belang dominateur et arrogant. Une partie au moins de la N-VA s'y opposera.
7.Le trio De Croo-Vandenbroucke-Rousseau cartonne. Ces trois là, résolument anti-nationalistes, sont les personnalités actuellement les plus populaires en Flandre. Ils devancent Bart De Wever, Jan Jambon et Théo Francken. La Flandre est loin d'être condamnée au nationalisme obtus.
8.L'électeur flamand est un pragmatique. Le gouvernement pourrait réussir et freiner le Belang. C'est l'hypothèse du philosophe Maarten Boudry qui, toujours dans la 'Libre', explique que "le Vlaams Belang va essayer de profiter du recul de la N-VA. Mais l'électeur flamand est un pragmatique. Récompenser l'équipe fédérale actuelle, si elle réussit à atteindre ses objectifs d'ici à 2024 n'est pas impossible".
9.La scission de la Belgique n'est pas populaire en Flandre. Un Flamand sur quatre, au maximum, veut en finir avec l'Etat belge. C'est peu, et le fait que le nouveau gouvernement fédéral soit minoritaire en Flandre n'a pas suscité un raz de marée indépendantiste au Nord du pays.
10.Il n'existe toujours pas de nationalisme flamand de gauche ou du centre. Pour avoir une chance d'arriver à ses fins - en devenant franchement majoritaire - l'indépendantisme flamand devrait réussir à jeter des passerelles entre la droite et la gauche. C'est loin d'être le cas. Le SP.A, Groen et le PVDA (le PTB flamand) sont farouchement anti nationalistes. Les thèses nationalistes touchent également fort peu le CD&V et l'Open VLD.
Une autre Belgique
La Belgique a encore de beaux jours devant elle. Mais ce sera une autre Belgique. Probablement confédérale. Ce ne sera pas la fin du monde. A court et moyen terme, le nationalisme du Nord ne réussira pas à imposer sa "ligne" car ses porte-drapeaux représentent des repoussoirs pour une majorité de Flamands, plutôt pragmatiques. Voilà pourquoi il est temps d'en finir, parmi les francophones, avec les discours catastrophistes sur l'avenir nécessairement dantesque de la Belgique.