lundi 18 mars 2019

Kenza Isnasni: "L'attaque islamophobe de Christchurch n'est pas un acte isolé"


RTBF info 

Ils sont venus en nombre à l'ambassade de Nouvelle-Zélande. Ils se sont déplacés pour déposer des gerbes de fleur ou laisser une note en hommage aux victimes de l'attentat raciste contre deux mosquées perpétré à Christchurch. Kenza Isnasni, toujours sous le choc, est venue témoigner son soutient. Si l'attaque l'a particulièrement bouleversée, c'est parce qu'elle fait écho à sa propre histoire. Le 7 mai 2002, à Bruxelles, ses parents ont été assassinés par Hendrik Vyt, un voisin ouvertement raciste, sympathisant des partis d'extrême droite. Kenza avait 18 ans.
J'ai compris qu'il fallait que je fasse entendre ma voix et témoigner. J'en ai fait ma mission.
Depuis ce jour, elle mène une lutte quotidienne contre le racisme. Elle se fait violence pour continuer à témoigner et à raconter son histoire. Chaque acte islamophobe est une blessure qui s'inscrit dans sa chair. Elle souhaite que chacun prenne ses responsabilités et dénonce l'islamophobie, personnalités politiques comme citoyens. Elle tient enfin à rappeler que racisme et discrimination sont des maux qu'il ne faut pas traiter qu'épisodiquement, à mesure des crimes xénophobes.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
"QUI SAUVE UNE VIE HUMAINE SAUVE L'HUMANITÉ TOUT ENTIÈRE QUI TUE UNE VUE TUE L'HUMANITÉ ENTIÈRE"
Ce que ne dit pas Kenza Isnasni et dont je puis témoigner, c'est qu'elle fut sauvée par le courage exceptionnel de son autre voisin, un homme de caractère dont j'ai été témoin de l'exploit comme je le relate dans l'hommage que j'ai rédigé quand il décéda il y a quelque mois. 
MG

"AHMED SARAHOUI, AVATAR DE ZORBA LE GREC?"

C'est l'homme le plus fort que j'aie jamais rencontré.
Fort physiquement, il soulevait cent kilos sans effort mais il était  surtout supérieurement fort par le caractère qu'il avait bien trempé. Il n'hésita pas à affronter les coups de feu d'un forcené anversois tenant sous la menace de son revolver des otages marocaines.
Gamin, il suivait son père qui coupait du bois de chauffage, pas loin des frontières sahariennes de l'Algérie toute proche qui lui donna son patronyme. Ahmed ramenait les branchages à dos d'âne. Il n'avait pas sept ans. Il avait appris de son père l'art du jardinage et la pratique quotidienne du Coran qu'il savait par coeur et le comprenait à sa façon bien à lui. Devenu citadin schaerbeekois il a gardé de son enfance un léger accent et la nostalgie de la nature. Vers l'âge de quatorze ans, il arriva en Belgique dans les bagages de l'immigration marocaine. Il se disait descendant des esclaves Sarahouis. C'était sa théorie.
Orphelin de père, il accompagne ses oncles en exil. Il fut inscrit d'office dans une école professionnelle. "Bois ou fer ?" Il demanda bois et fut inscrit au fer. Il fera le bois ensuite. Il était capable de fabriquer seul et sans beaucoup d'outils des châssis, des portes de garage et que sais-je encore. Il quitta l'école en qualité de carrossier et se retrouva chez Mercedes ou on ne le garda pas, malgré son formidable savoir faire.  On lui reprochait de ne jamais arriver à l'atelier avant onze heures le matin. C'était un homme du soir et de la nuit. Il aimait traîner du côté de la gare du midi, dans les salon de thé marocains où il refaisait le monde, comme Zorba. Il aimait prier dans les mosquées arabes, turques, albanaises et même dans certaines églises chrétiennes qui lui ouvraient leurs portes. Il lisait beaucoup et il s'était fait une religion coranique bien à lui, mâtinée d'hindhouïsme, de soufisme et même de mystique chrétienne. C'était ce qu'au sens fort, le Coran appelle un Bel Agissant. Un Mensch, diraient les juifs, un juste parmi les justes, bref un type bien. Il aimait les femmes qui le lui rendaient bien. Il avait un fils né d'une femme flamande. Il en parlait peu mais toujours avec émotion.  Il ne détestait pas la Chimay bleue sauf en période de ramadan qu'il respectait scrupuleusement. Il priait cinq fois par jour,  fumait comme un sapeur et travaillait d'arrache- pied, comme un stakhanoviste russe. 
Monsieur Thonon qui dirigeait un atelier de restauration de voitures anciennes lui confia un jour la confection d'une aile et d'un garde boue pour une antique Bentley exposée à l'Auto Center. Il en parlait avec orgueil. Il vous aurait fait une bagnole de musée d'une carcasse lourdement endommagée, de ses mains calleuses comme des râpes, abîmées par les produits de carrosserie.
Directeur de la Promotion sociale de Schaerbeek, je l'ai connu sur les chantiers de restauration de l'école industrielle de la rue de La Ruche dans les années nonante. Il était à l'époque article 60 et monsieur Immy, assistant social, me le présenta comme un cas compliqué, un mec à peu près ingérable. Que nenni: nous nous sommes compris au premier regard et il en fut toujours ainsi, nonobstant quelques querelles homériques. Mais ni lui ni moi ne nous montrions rancuniers.
Un matin, en buvant mon café à la cafétéria de la Ruche je le vois arriver en nage, les cheveux défaits, complètement perturbé et à court d'haleine. Il venait de quitter la maison où tirait le forcené. Il avait entendu des coups de feu et des cris de détresse dans une maison voisine. N'écoutant que son courage, il avait franchi le cordon de police qui lui barrait le passage et était entré, malgré l'interdiction mains nues dans la maison menacée. Désarma-il le forcené, je ne l'ai jamais su mais il mit fin au siège. Il sauva deux vies humaines au péril de la sienne.
J'en informai le bourgmestre Clerfayt qui le reçut mais ne lui attribua pas, comme je le lui avais suggéré, le titre de Schaerbeekois d'honneur. Dommage il le méritait vraiment.
Ahmed qui deviendra Mustapha pour des raisons qui m'échappent n'en avait cure car il savait que, selon le Coran "qui sauve une vie humaine sauve l'humanité tout entière".
Il me faisait penser à Zorba avec ce mélange de joie de vivre paillarde et de haute spiritualité.
Un cancer malin a eu raison de sa puissante constitution. Puisse-il reposer en paix dans les sables sahariens de ses ancêtres.
Il me donna un immense leçon en me montrant que les gens issus de l'immigration sont pour la plupart d'entre eux des gens de caractère et d'une franche droiture.
C'est qu'il en faut du caractère pour laisser derrière soi la terre de ses ancêtres où il repose désormais.
J'ai perdu un ami, un vrai. Mais le souvenir de sa forte personnalité sera plus fort que la mort.
Marc Guiot   

Je citerai en mémoire de lui le beau quatrain  du soufi Ibn Arabi:
De l'Amour nous sommes issus,
Selon l'Amour nous sommes faits,
C'est vers l'Amour que nous tendons,
A l'Amour nous nous adonnons."

Et puisque que j'y suis , encore ceci du même qui invite à la méditation de tous croyans ou non croyants: :
"Mon coeur est devenu capable
D'accueillir toute forme.
Il est pâturage pour gazelles
Et abbaye pour moines !
Il est un temple pour idoles
et la Kaaba pour qui en fait le tour,
Il est les Tables de la Thora
Et aussi les feuillets du Coran !
Je crois en la religion de l'amour
Où que se dirige ses caravanes
Car l'amour est ma religion et ma foi"
Ibn Arabi
(traité de l'amour)
Puissent les caciques du MR qui veulent interdire des minarets qui n'existent nulle part à Bruxelles en prendre de la graine.

Départ d'une MR vers les listes Destexhe, le gouvernement wallon sans majorité


Le Vif
Source: BELGA

La députée wallonne Patricia Potigny a rallié les "listes Destexhe", rapportent lundi La Dernière Heure et La Libre Belgique. Le gouvernement wallon a ainsi perdu sa majorité, cette dernière, MR-CDH, ne tenant qu'à un siège.
Le gouvernement Borsus qui comptait 38 sièges sur 75 au sein de l'assemblée régionale n'en dispose dès lors plus que de 37.
"En fonction des décrets qui seront soumis au vote en séance plénière, je les étudierai au cas par cas avec mon collègue André-Pierre Puget (un député wallon qui avait déjà rallié le parti d'Alain Destexhe, NDLR)", a confié la députée qui rappelle qu'il y a encore de gros dossiers sur la table comme la réforme des APE. "Il n'y aura plus de vote systématique (...) avec le petit doigt sur la couture du pantalon", a-t-elle prévenu.
"Nous ne voulons pas faire tomber l'exécutif wallon; nous voulons simplement pouvoir donner notre avis et éventuellement amender les textes", a précisé pour sa part Alain Destexhe qui a annoncé son départ du MR il y a deux semaines.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
ENCORE UN COUP DU POUR LE PRÉSIDENT DU MR

Décidément rien n'est épargné au Président du MR.
S'il avait attendu un peu, il aurait pu s'épargner la honte de défénestrer Olivier Chastel , ce dernier aurait eu un bon alibi pour démissionner tout seul ,comme un grand.
Mais ce n'est pas très  grave  dans un mois on revote partout. Il sera intéressant de voir les résultats en termes de vote de préférence pour Charles Michel.
MR

dimanche 17 mars 2019

Netanyahu affirme qu'Israël n'est "pas l'Etat de tous ses citoyens"


Le Vif
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a réaffirmé dimanche dernier qu'Israël n'était pas l'État-nation "de tous ses citoyens", mais "uniquement du peuple juif", excluant la population arabe du pays, en pleine campagne pour les élections législatives du 9 avril.
M. Netanyahu a réagi dimanche matin sur son compte Instagram à une polémique entraînée par des propos de la comédienne Rotem Selah, tenus la veille sur ce réseau social. Il a également évoqué le sujet en ouverture de la réunion hebdomadaire du cabinet.
L'actrice et mannequin très populaire avait écrit un texte défendant les droits de la minorité arabe, qui représente 17,5% de la population, affirmant que "l'Etat d'Israël est l'Etat de tous ses citoyens".
M. Netanyahu a réagi en déclarant que tous les citoyens, y compris les Arabes, jouissaient de l'égalité des droits, mais a rappelé l'existence d'une loi controversée, adoptée l'année dernière, selon laquelle Israël est l'État-nation du peuple juif.
"Israël n'est pas l'État de tous ses citoyens", a écrit M. Netanyahu, "car selon la loi fondamentale sur la nation que nous avons adoptée, Israël est l'État-nation du peuple juif - et uniquement du peuple juif".
"Comme vous l'avez écrit, il n'y a pas de problème avec les citoyens arabes d'Israël. Ils ont les mêmes droits que nous et le gouvernement du Likoud a investi plus dans le secteur arabe que tout autre gouvernement", a-t-il ajouté à propos de son parti de droite.
M. Netanyahu a été accusé par l'opposition d'avoir diabolisé les Arabes israéliens avant les élections, dans le but d'augmenter le taux de participation des électeurs de droite.
La droite affirme pour sa part régulièrement que les députés arabes israéliens sont des agents de la cause palestinienne.
Sous la menace d'une inculpation pour corruption, M. Netanyahu fait face à une alliance politique centriste dirigée par l'ancien chef d'état-major de l'armée, Benny Gantz, et l'ancien ministre des Finances, Yair Lapid.
Selon M. Netanyahu, les Israéliens ont le choix entre "Bibi" (son surnom) et "Tibi", du nom du député arabe israélien Ahmed Tibi, ancien conseiller du leader palestinien Yasser Arafat, qui pourrait selon lui soutenir un gouvernement dirigé par M. Gantz, hypothèse pourtant hautement invraisemblable.
La participation des partis arabes à une majorité de gouvernement est en effet exclue. Mais ils pourraient bloquer la formation d'une majorité.
Les Arabes israéliens sont majoritairement des Palestiniens qui sont restés sur leurs terres après la création d'Israël en 1948 et qui soutiennent la cause palestinienne.
M. Netanyahu est à la tête de ce qui est perçu comme le gouvernement le plus à droite de l'histoire d'Israël et souhaite la formation d'une coalition similaire à l'issue du scrutin.
AFP

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
CÉDONS  LA PAROLE À UN  JUIF, PASSÉ DE NON-SIONISTE À ANTISIONISTE...
La Libre Belgique
OPINIONS
Victor Ginsburgh est économiste, professeur em. à l'ULB, chercheur au centre ECARES à l'ULB et également au CORE à l'UCL. Il s'exprime à titre personnel.

Je ne peux pas supporter ce qui se passe en Israël, et qui date de bien avant Netanyahou. Je m’y tiendrai au moins aussi longtemps que les Palestiniens n’auront pas leur Etat et seront considérés comme des citoyens de seconde zone en Israël même.
La récente "tentation" française d’assimiler l’antisionisme à l’antisémitisme, qui faisait suite à une attaque non pas antisémite mais plutôt antisioniste, a heureusement fait naufrage. Mais elle m’a rappelé qu’il y a près de dix ans, j’avais été invité à Gand à faire une conférence sur le sujet "Peut-on être Juif sans être sioniste ?". Dès la première phrase je rassurais mon auditoire en répondant "oui", parce que l’Etat d’Israël existe et que la notion de sionisme a perdu son sens. Comme l’écrit Ilan Greilsamer (1) en 2005, si l’objectif politique des sionistes était "la création d’un Etat juif souverain en terre d’Israël, cet objectif a été atteint avec la proclamation d’indépendance (en 1947)". Pourquoi devrais-je, si cela n’a aucun sens, être sioniste ?
QUELS DROITS VIEUX DE 4000 ANS?
La notion avait d’ailleurs perdu son sens bien avant, comme l’explique le philosophe juif Abraham Yehoshua (2), puisque lors de la sortie (très probablement légendaire) d’Egypte sous la conduite de Moïse "il avait été clairement expliqué au peuple juif, que la possibilité d’une existence nationale lui est offerte sans la possession d’un territoire". Le même Yehoshua suggère que l’exil qui a suivi il y a deux mille ans n’a pas été imposé au peuple juif. Il a été choisi par deux millions de Juifs qui ont quitté volontairement la terre de Palestine et, curieusement, l’expulsion des Juifs d’Espagne et du Portugal en 1492 les a dispersés dans tout le bassin méditerranéen, à l’exception de la Palestine.
Au début du 19ème siècle, le peuple juif comptait 2,5 millions d’âmes dont 5.000 seulement vivaient en Palestine et le recensement de 1893 y dénombre 415.000 musulmans, druzes et chrétiens, et 42.000 juifs. En 1930, 175.000 Juifs sont installés en Palestine, alors que leur nombre aux Etats-Unis passe de 250.000 en 1870 à 4 millions en 1940. Ceci ne ressemble pas tellement à ce que Netanyahou prévoyait -il a légèrement changé son texte final par la suite- d’expliquer à l’Assemblée Générale des Nations-Unies en septembre 2011 (3) : " … Nous ne sommes pas des étrangers en Israël et nous y avons des droits vieux de 4.000 ans".
LE CHOIX DE LA PALESTINE
Le choix de la Palestine par les sionistes à la fin du 19ème siècle était évidemment souhaité, mais n’était pas inéluctable. D’ailleurs, écrit le philosophe Yehoshua, on parlait sionisme "non pas à cause d’une nouvelle nostalgie pour la Terre d’Israël ni à cause d’une haine soudaine à l’encontre de l’exil". A l’époque où Herzl invente le sionisme, la majeure partie des Juifs, et en particulier les classes laborieuses, le rejettent. Et, au même moment naît en Russie un mouvement socialiste juif, le Bund (association), qui s’est immédiatement et fermement opposé au sionisme.
Le juif russe, Asher Ginzberg (4), qui était pourtant sioniste et luttait pour un Etat juif avait visité plusieurs fois la Palestine. Voici comment il décrit le pays à la fin du 19ème siècle : "Nous avons l’habitude de croire, hors d’Israël, que la terre d’Israël est aujourd’hui presque entièrement désertique, aride et inculte et que quiconque veut y acheter des terres peut le faire sans entrave. Mais la vérité est tout autre. Dans tout le pays, il est dur de trouver des champs cultivables qui ne sont pas cultivés. Nous avons l’habitude de croire, hors d’Israël, que les Arabes sont tous des sauvages du désert. Mais c’est là une grande erreur. L’Arabe a une intelligence aiguë et rusée. S’il advient un jour que la vie de notre peuple dans le pays se développe au point de repousser, ne fût-ce qu’un tout petit peu, le peuple du pays, ce dernier n’abandonnera pas sa place facilement ".
Ce que nous voyons aujourd’hui lui donne évidemment raison, et a aussi été perçu par le sociologue juif Georges Friedmann (5) en 1965 : "… la Diaspora juive n’a d’autre rôle que de servir Israël, centre et seul foyer spirituel du judaïsme". Il conseillait aux dirigeants politiques et religieux d’Israël d’être plus circonspects : "Le peuple et l’esprit juif", écrit-il, "sont exposés à de graves périls, sur la terre même d’Israël. Je prends pour ce qu’il vaut ce propos d’un jeune intellectuel canaanite : l’agence juive [chargée de susciter l’immigration vers Israël] devrait désormais aider les Juifs non pas à quitter la Diaspora, mais à y demeurer. Boutade féroce", ajoute Friedmann, "mais qui prête à réfléchir".
SIONISME, UNE NOTION QUI CHANGE TOUS LES DIX ANS
Mais la notion de "sionisme" change tous les dix ans. Je cite à nouveau Greisalmer (p. 114) : aujourd’hui on considère "comme sioniste tout Juif qui soutient et aime Israël, qui veut l’aider et le renforcer, et qui accorde une place centrale à l’Etat d’Israël comme vecteur de son identité juive". Ce qui me rappelle une discussion récente avec le directeur de la revue juive Regards, qui essayait de me persuader que si j’étais vraiment Juif, j’aurais aussi de l’amour pour Israël.
Là évidemment, et tout en étant vraiment Juif, je dis "non". Je ne peux pas supporter ce qui se passe en Israël, et qui date de bien avant Netanyahou. En 1968 déjà, Amos Oz (6), l’écrivain israélien décédé il y a peu, écrivait : "Au lieu de donner l’exemple aux nations, nous sommes devenus comme elles, et qui sait si nous ne comptons pas parmi les pires".
Voilà pourquoi, je ne suis pas sioniste et m’y tiendrai au moins aussi longtemps que les Palestiniens n’auront pas leur Etat et seront considérés comme des citoyens de seconde zone en Israël même.
Ce qui n’est malheureusement pas près d’arriver. A une jeune actrice israélienne et speakerine de télévision, Rotem Sela, qui avait écrit : "Que Dieu nous aide, les Arabes sont aussi des êtres humains", Netanyahou répond "Israël n’est pas l’Etat de tous ses citoyens. Israël est l’Etat-nation des Juifs uniquement" (7). Ceci date du 10 mars 2019 !
Personne ne pourra s’étonner qu’à force de voir et d’entendre des Netanyahou, on finirait bien par abandonner le non-sionisme et devenir antisioniste.

=> Références
(1) Ilan Greilsamer, Le sionisme, Paris : Presses Universitaires de France, 2005, p. 110.
(2) Abraham Yehoshua, , Pour une normalité juive, Paris : Liana Levi, 1992, p. 11.
(3) Barak Ravid, Netanyahou : Palestinian statehood bid at UN bound to fail, Haaretz, September 18, 2011.
(4) Asher Ginzberg, cité par Alain Gresh, Israël, Palestine, vérités sur un conflit, Paris : Fayard, 2002, pp. 49-50
(5) Georges Freidmann, Fin du peuple juif ?, Paris : Gallimard, 1965, p. 354.
(6) Amos Oz, Mon Michaël, Paris : Gallimard, 1998, p. 195. L’ouvrage a été publié en 1968 en Israël.
(7) Editorial, ‘Israel is the Nation-state of Jews alone’ : Netanyahu responds to TV star who said Arabs are equal citizens, Haaretz, March 10, 2019.
P.S. Lisez aussi la superbe lettre que l’écrivaine libanaise Dominique Eddé a envoyée à Alain Finkielkraut.
Merci à S. qui me l’a fait connaître.


"L’ANTISÉMITISME, LE CANARI DANS LA MINE"
"L'antisémitisme c’est toujours une répétition générale à l’explosion de la violence. »
Béatrice Delvaux Le Soir

Il faut prendre le temps de lire l’interview que Delphine Horvilleur donne au Soir ce
week-end. Parce que cela nous concerne, parce que cela nous fait réfléchir, que cela rend de la complexité à la dangereuse et perverse dictature des mots et des raisonnements simples.
La troisième femme rabbin de France brise par sa seule apparence tous les clichés
attachés à sa fonction, aussi dit-elle en riant, lorsqu’elle pénètre dans des classes où les élèves sont surpris de la voir si différente de Rabbi Jacob. Cette semaine, ce n’est pas sa différence qu’elle est venue dire au Musée juif de Bruxelles, en plein procès
Nemmouche, mais sa grande inquiétude. Elle est aussi surtout venue nous mettre en
garde, avec une finesse implacable, contre cet antisémitisme que le monde politique,
médiatique et la société ont pris tant de temps à vouloir nommer.
Mettre en garde contre l’envie qu’ont certains de banaliser ce qui arrive aux Juifs.
Quand les attentats, comme à Toulouse en 2012 – « le summum de l’horreur » –, ne
touchent que les Juifs, dans un premier temps, dit-elle, les gens ne réagissent pas, par
un phénomène de protection. « Quel réflexe étrange de considérer que quand ça touche les Juifs… c’est encore loin. Or l’antisémitisme est toujours une répétition générale à l’explosion de la violence. Ne pas voir le marqueur juif vous permet de faire comme si ce n’était pas grave, comme si vous étiez encore protégés alors que tous les voyants sont au rouge. »
Mettre en garde contre le ras-le-bol dangereux de ceux qui estiment qu’on a assez parlé de la Shoah et de la souffrance du peuple juif comme si, dit-elle, cette souffrance-là éclipsait la leur, alors qu’en fait, elle la raconte.
« Quand on considère que cette souffrance raconte l’histoire de l’autre et non la nôtre, on est foutus !» Delphine Horvilleur rappelle aussi le sens et le poids pour tous de la Shoah: « C’est l’humanité qui a fait ça, et le fait que ce soit arrivé aux Juifs est secondaire dans l’Histoire. »
Mettre en garde contre le complotisme qui est à l’œuvre et nourrit un nouvel
antisémitisme, « prêt à faire feu de tout bois et à tisser des liens entre des univers a
priori opposés en faisant du Juif le ciment de sa haine ». Delphine Horvilleur en veut pour preuve la défense adoptée par les avocats de Mehdi Nemmouche.
« Les faits, les images, les traces, les preuves ont beau être là, cela ne suffit pas à
invalider la rhétorique délirante du complot juif - qui transpire de la défense de
Nemmouche-». Alors que l’on attend désormais le verdict du premier procès pour
attentat antisémite, la rabbin incite les témoins de ce procès et les générations
nouvelles à faire preuve d’une vigilance particulière « par rapport à ces alliances
terribles auxquelles on assiste: ce serait une œuvre pédagogique cruciale, tirée de
ces événements et de ce procès »
Béatrice Delvaux 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
NE PAS COMMENTER MAIS ESSAYER DE COMPRENDRE.

Il y a certes le devoir de mémoire mais il en est un plus impérieux encore: le devoir de comprendre. Mais parlons plutôt d'abord de la volonté de comprendre qui a poussé Le Soir à ouvrir un vrai dossier débat sur la question auquel nous renvoyons le lecteur.
Il s'agit d'une des questions les plus dérangeantes qui soient, celle de la haine des juifs qui tel un spectre inquiétant hante à nouveau l'occident. Tout se passe comme si les invectives, les insultes à l'endroit du philosophe  Alain Finkielkraut avaient fait ressortir démon antisémite de la bouteille, et avaient en quelque sorte ouvert cette version  moderne de la boîte de Pandore que  sont les réseaux sociaux. Le regard implacable posé sur le procès Nemouche et en particulier sur la singularité des arguments de la défense interpelle au plus haut point.


LA RABBIN FRANÇAISE DELPHINE HORVILLEUR ÉTAIT À BRUXELLES POUR ANIMER DEUX CONFÉRENCES AU MUSÉE JUIF, ALORS MÊME QUE LE PROCÈS NEMMOUCHE SE POURSUIT À QUELQUES RUES DE LÀ. DANS SON OUVRAGE, ELLE DÉCRYPTE L’ANTISÉMITISME D’HIER ET D’AUJOURD’HUI.
Sa présence et sa parole au Musée juif de Bruxelles avaient quelque chose de
fort et d’important, alors que le procès Nemmouche se tient à quelques rues
de là. Le public ne s’y est d’ailleurs pas trompé. La rabbin française (*), invitée
par la députée bruxelloise Simone Susskind, a fait se déplacer les foules.
A la première conférence prévue jeudi soir, à 20 heures, rapidement complète,
est venu s’ajouter un second moment d’échange, à 18 h.
Juste avant, Delphine Horvilleur a accordé au Soir un long entretien.
LA FRANCE OBSERVE ACTUELLEMENT AVEC HORREUR UN REGAIN D’ACTES ANTISÉMITES, DANS DIFFÉRENTS CONTEXTES, VENANT DE DIFFÉRENTS
MILIEUX. LE TOUT SEMBLE FORMER UN NOUVEL ANTISÉMITISME. COMMENT ANALYSER CETTE RÉSURGENCE, NOTAMMENT EN MARGE DES GILETS JAUNES?
Je ne crois pas vraiment à l’expression d’un «nouvel antisémitisme».
On retrouve toujours les mêmes éléments, souterrains dans le discours et dans la
rhétorique. On a vu surgir en marge et de façon récurrente autour de ces manifestations de gilets jaunes des expressions antisémites. Or, ce mouvement a priori n’est pas antisémite. Quand surgissent les mots «juif» ou «sioniste» dans les manifestations, on se demande un peu «quel rapport avec la choucroute?» (rires) Mais ces manifestations créent un espace politique où peuvent s’engouffrer des pensées et des paroles nauséabondes, des actes antidémocratiques, antirépublicains ou haineux.
D’autant plus que cette contestation politique utilise un vocable qui est celui d’une
contestation des «élites» par le «peuple».
On accuse les riches, on parle d’un complot des puissants: tous ces mots – qu’on le veuille ou non – ont été, à travers l’Histoire, la boîte à outils d’une rhétorique antisémite traditionnelle. Je ne prête donc pas d’intentions antisémites aux gilets jaunes mais il y a quelque chose qui s’invite dans le langage qui les oblige à cette responsabilité politique que pour l’instant, je trouve, peu de gens relèvent.
ON A AUSSI VU CES DERNIÈRES SEMAINES DES CROIX GAMMÉES SUR LE
PORTRAIT DE SIMONE VEIL, DES CIMETIÈRES JUIFS PROFANÉS. IL Y A UN
EFFET D’ENTRAÎNEMENT OU CES FAITS SONT SIMPLEMENT PLUS
VISIBILISÉS?
C’est important de s’arrêter sur ce que vous avez nommé. Ce qui est totalement sidérant et ahurissant dans l’horreur, c’est qu’on s’en prend aux morts. Parfois on dit qu’on en veut aux juifs pour ce qu’ils font, pour ce qu’ils ont, ce qu’ils sont mais c’est même pire que ça: parce que là on leur en veut parce qu’ils ne sont plus. Cela dit la profondeur existentielle de cette haine. Tout ce qu’elle englobe comme déni de l’humain, comme piétinement de la vie. C’est en ça que l’antisémitisme raconte toujours quelque chose de plus grand que la haine du juif parce que d’une certaine manière, même quand le juif est mort, on le
déteste encore.
ET CETTE RÉSURGENCE ALORS – CE BOND DE 74% DES ACTES ANTISÉMITE EN 2018 – D’OÙ VIENT-ELLE?
On a tendance à regarder ce chiffre comme si, tout d’un coup, il y avait un pic mais ce
n’est pas vrai. Cela fait des années que c’est comme ça. Si vous demandez à de très
nombreux juifs en Europe quand ils ont vu s’opérer la bascule antisémite, ils vous
répondront tous un moment différent de l’histoire.
Certains vous parleront de Carpentras (profanation des cimetières) en 1990.
D’autres personnes vous parleront de l’attentat de Copernic (attentat à la bombe d'
une synagogue française en 1980).
D’autres encore le début des années 2000. A ce moment-là, il y a une conscience
extrêmement forte de la part de nombreux juifs en France que l’antisémitisme est de
retour mais personne n’ose prononcer le mot. C’est difficile à dire parce que quand ça
recommence, c’est aussi le fait d’une certaine jeunesse musulmane.
Et là on est pris dans un discours dont on a hérité de l’époque de «Touche pas à mon pote»
On était tous contre le racisme et l’antisémitisme; ce n’était donc pas verbalisable ou
même concevable que des victimes du racisme soient les nouveaux antisémites en France.
Surtout pour la gauche à l’époque. A ce moment, il y a une latence, l’impossibilité d’en parler. Et quand les juifs osent en parler, on leur renvoie le discours du juif paranoïaque.
Ce qui contribue à nourrir un repli communautaire.
A CE MOMENT, ON A ENGLOBÉ «TOUS LES RACISMES». OR L’ANTISÉMITISME FONCTIONNE DIFFÉREMMENT, EXPLIQUEZ-VOUS DANS VOTRE LIVRE…
Traditionnellement, le racisme est une forme de complexe de supériorité, c’est
quelqu’un qui décrète qu’un autre est moins que lui parce qu’il n’a pas la même couleur de peau, l’accent, la nationalité qui convient. L’autre est barbare alors qu’on se dit civilisé – c’est le ressort traditionnel de la xénophobie, du racisme.
L’antisémitisme relève du phénomène presque inverse.
Des gens ont reproché aux juifs d’avoir quelque chose qui aurait dû leur revenir.
«Pourquoi il a l’argent, le pouvoir, le contrôle, pourquoi les puissants l’écoutent?»
C’est un discours qui relève plutôt d’une forme d’envie, de jalousie ou de sentiment
d’usurpation. Il faut lutter simultanément contre le racisme et l’antisémitisme.
L’un n’est pas plus grave que l’autre. Mais ça ne relève pas d’un même territoire mental.
OR, POUR CERTAINS AUJOURD’HUI, IL FAUDRAIT CHOISIR ENTRE LA LUTTE CONTRE L’ANTISÉMITISME ET L’ISLAMOPHOBIE…
Oui, c’est à partir de «Touche pas à mon pote», notamment, qu’on commence à parler des
ensions inter-communautaires. Pour moi, il y a une bascule qui s’opère, qui est
sémantique. Moi, j’ai grandi dans une France où à aucun moment, je ne me suis définie comme membre de la communauté juive. Soudain, au moment où la compétition identitaire,
communautaire et victimaire apparaît, on commence à parler de la «communauté juive» face à la «communauté musulmane».
Ensuite, il y a des dates clés. En 2012, à Toulouse, nous sommes au summum de l’horreur: l’assassinat de Jonathan Sandler, et de ses deux enfants qui se tiennent par la main, et de la petite Myriam Monsonégo tuée à bout portant dans une cour d’école en France (par Mohamed Merah). Cela me reste en travers de la gorge jusqu’à aujourd’hui: qu’est-ce qui fait que la Nation n’est pas dans la rue à ce moment-là?
L’ATTENTAT AU MUSÉE JUIF N’A PAS NON PLUS DÉCLENCHÉ D’ÉLAN DE SOLIDARITÉ EN BELGIQUE. LES ASSOCIATIONS JUIVES PRENNENT UNE IMAGE QUE VOUS CONVOQUEZ SOUVENT. LES JUIFS SERAIENT COMME LES CANARIS QU’ON PLAÇAIT DANS LES MINES: ILS SONT LES PREMIERS À DÉTECTER LES ÉMANATIONS DE GAZ AVANT L’EXPLOSION…
Nous en avons eu une démonstration macabre en 2015, en France.
Il y a eu l’Hyper Casher et Charlie Hebdo et, quelques mois plus tard, le Bataclan.
C’est cette idée que l’antisémitisme, c’est toujours une répétition générale à l’explosion de la violence. Mais quand ça ne touche que les juifs dans un premier temps, les gens ne réagissent pas. Ils ne sont en aucune manière antisémites. Mais il y a un réflexe étrange qui fait considérer à beaucoup de gens que quand ça touche les juifs, c’est encore loin.
EST-CE QUE VOUS VOYEZ AUJOURD’HUI UNE COMPLICITÉ DES POUVOIRS, NOTAMMENT DES POLITIQUES?
Je vais vous faire une réponse très rabbinique: ça dépend.
Les pouvoirs publics, depuis plusieurs années, sont impeccables sur cette question.
Le discours de Manuel Valls après les attentats de 2015 était extrêmement fort, et la
politique de lutte du gouvernement français depuis des années contre l’antisémitisme fait que la situation n’a rien à voir avec la France des années 30. Mais il y a eu au sein de la classe politique ces dernières années, une difficulté à nommer les choses.
Des «oui… mais», extrêmement dépassés. On l’a vu avec l’agression d’Alain Finkielkraut.
Il a fallu un certain temps au leader de la France Insoumise pour tweeter quelque chose qui était d’ailleurs plutôt empreint de «mais» que de «oui».
C’EST LE RAPPORT TORTUEUX D’UNE CERTAINE GAUCHE À L’ANTISIONISME
PAR EXEMPLE, QUE MACRON VEUT INTÉGRER À LA DÉFINITION DE
L’ANTISÉMITISME…
Je ne suis pas pour l’interdiction du terme «antisioniste» mais je pense qu’on est dans un temps où clairement – et c’est indéniable – beaucoup de gens utilisent le mot antisioniste pour abriter un antisémitisme, qui tout à coup est poli par un vernis d’antiracisme moral.
Cela ne veut pas dire que tous ceux qui se disent antisionistes sont antisémites.
Mais dans un contexte ou le terme d’antisionisme sert tellement d’abris à de
l’antisémitisme, je pense que plus personne ne peut se revendiquer antisioniste sans
expliquer ce qu’il entend par là. Si on veut dire qu’on est critique vis-à-vis de la politique actuelle d’un gouvernement: bienvenue au club!
La vraie question c’est: pourquoi est-ce que la critique des dérives éventuelles d’un
gouvernement ultranationaliste justifierait quand il s’agit d’Israël qu’on crée un terme?
Moi, quand je m’oppose à une politique ultranationaliste en Corée du Nord, ou au Brésil, est-ce que j’ai vraiment besoin de créer un terme pour le définir?
Si par antisionisme, on entend autre chose, à savoir que le peuple juif serait le seul à ne pas avoir de légitimité dans sa demande d’une souveraineté, alors j’aimerais savoir pourquoi. Pourquoi est-ce que souvent, les gens qui se disent antisionistes sont les premiers à défendre la légitimité d’une demande de souveraineté émanant de toute minorité menacée dans le monde… sauf des juifs?
VOUS ÉTIEZ CE JEUDI AU MUSÉE JUIF, EN PLEIN PROCÈS NEMMOUCHE, LE PREMIER PROCÈS
D’UN ATTENTAT ANTISÉMITE EN BELGIQUE?
Quand on m’a proposé de venir ici, j’ai dit oui tout de suite. Je voulais parler de mon livre dans ce lieu où il y aura pour toujours des fantômes.
Les «fantômes» rappellent les événements qui hantent nos consciences, ils peuvent
vous aider à avancer dans votre histoire ou rester une menace infinie dans votre monde.
Tout se joue aujourd’hui à travers ces espaces et la façon dont on va se raconter cette
histoire. C’est pour ça que le temps du procès est si critique pour les consciences.
LA DÉFENSE DE NEMMOUCHE SANS FOI NI LOI, COMPLOTISTE, ANTISÉMITE?
De ce que j’ai lu, les liens entre les avocats de la défense, les réseaux
soralo-dieudonnistes et ceux de l’extrême droite en France sont troublants.
Ce qui est nouveau dans ce moment antisémite, c’est qu’on assiste à des alliances créées ces dernières années entre l’islamisme, l’extrême droite et les réseaux
soralo-dieudonnistes. Comme si soudain un pont était possible entre ces gens qui a priori ne partagent pas grand-chose si ce n’est aujourd’hui la haine des Juifs.
C’est comme si les avocats de la défense racontaient ce pont, via leur histoire, d’où ils
viennent et ce qu’ils ont défendu jusqu’aujourd’hui.
On a face à soi la démonstration de la fabrique d’un lien tissé, subtil et de plus en plus
visible entre les nouveaux réseaux antisémites.
QUELLES LEÇONS TIRER DE CE PROCÈS ET DE CETTE DÉFENSE?
D’abord les leçons relatives à la puissance du complotisme dans la société, qui est très
clairement à l’œuvre dans la rhétorique de la défense de Nemmouche.
Les faits, les images, les traces, les preuves ont beau être là, cela ne suffit pas à
invalider la rhétorique délirante du complot juif.
Surtout pas sur les réseaux sociaux où on est si friands de ces démonstrations qui n’en sont pas. Mais l’autre leçon de ce procès, c’est l’idée qu’il n’y a pas «des» antisémitismes.
Il y en a un, nouveau, qui est prêt à faire feu de tout bois et à tisser des liens entre des
univers a priori opposés en faisant du Juif le ciment de sa haine.
Si on pouvait inviter les témoins de ce procès et les générations nouvelles à faire preuve d’une vigilance particulière par rapport à ces alliances terribles auxquelles on assiste: ce serait une œuvre pédagogique cruciale, tirée de ces événements.
COMMENT COMBATTRE CES DISCOURS ANTISÉMITES ET CES THÉORIES COMPLOTISTES?
Il ne faut pas renoncer aux pistes de l’intelligence. On doit rencontrer les jeunes.
Suite au livre que j’ai écrit avec l’islamologue Rachid Benzine, nous sommes allés dans les classes et c’est là où des choses peuvent basculer, par l’apparition de nouveaux modèles.
Quand j’entre dans des classes et que j’explique que je suis rabbin, quelque chose se
passe chez les jeunes. D’abord ils trouvent que je ne ressemble pas beaucoup à Rabbi
Jacob… (rires) mais il y a la possibilité d’imaginer l’autre autrement que ce cliché qui les a tellement nourris. Quand j’interviens avec Rachid Benzine, il y a aussi la possibilité de leur raconter l’histoire d’une amitié judéo-musulmane très forte et très complice qui, en quelques minutes, réintroduit la complexité. Il y a une urgence d’une prise de relais par des leaders de la jeunesse. Je rêve de voir les youtubeurs ou l’équipe du PSG rentrer dans le jeu. Aujourd’hui, l’antisémitisme et le racisme dans bien des quartiers et des consciences sont «tendance». On ne peut contrer ça que si on arrive à amorcer une «tendance» de la lutte.
LA SHOAH: «LA SOUFFRANCE DES JUIFS RACONTE LA SOUFFRANCE DE TOUS»
FAUT-IL CONTINUER À CONVOQUER LA SHOAH? LE DEVOIR DE MÉMOIRE RESTE-T-IL IMPORTANT?
Il y a une multiplication des petits gestes qui donne le sentiment que l’espace public est saturé. En fait, c’est plutôt le reflet d’un défaut de prise de conscience générale.
Quand on multiplie les petits gestes quotidiens, c’est aussi, de façon paradoxale, un
moyen de se débarrasser d’une vraie réflexion en profondeur, qui est inconfortable
pour beaucoup de gens encore. Cette réflexion-là implique d’accepter que l’Europe
– je vais encore parler de fantômes – est hantée par cette histoire, la Shoah, qui est
un indépassable, pas parce que c’est arrivé aux juifs, mais parce que c’est arrivé.
Et parce que cette histoire est indépassable, il y a une façon de détourner le regard,
de ne pas vouloir la regarder en face et de considérer que ce sont les juifs qui l’imposent dans l’espace public. Ça crée un cercle vicieux. Comme on détourne le regard, certains juifs disent qu’il ne faut surtout pas oublier, et vont encore démultiplier les moments où ils allument les phares en disant «attention, n’oubliez-pas!».
Mais en fait, ce n’est pas aux juifs de se souvenir ou de rappeler ce qui s’est passé,
c’est une inconscience de l’Europe qui se doit d’être dans la conscience de l’Europe.
L’humanité a fait ça et le fait que ce soit arrivé aux juifs est secondaire dans l’Histoire.
Je rêve d’un moment où cette conscience serait tellement là que ce ne serait plus du tout aux juifs de la porter. De façon paradoxale, cette mémoire finit par nourrir dans la compétition victimaire, l’antisémitisme de ceux qui considèrent que la mémoire juive prend trop de place. Comme si cette souffrance-là éclipsait la leur alors qu’en fait cette souffrance raconte la leur. Quand on considère que cette souffrance raconte l’histoire de l’autre et non la nôtre, on est foutu!
ÊTRE RABBIN: «C’EST LA PENSÉE DES FEMMES QUI FAIT PEUR, PLUS QUE LEUR CORPS»
UNE FEMME RABBIN, ÇA CHANGE QUOI?
Souvent les gens s’imaginent que quand une femme exerce ce genre de fonction, elle va être beaucoup plus à l’écoute et douce. Ce n’est pas nécessairement vrai! Mais le fait
qu’il y ait des femmes dans cette fonction fait que tout le monde peut l’exercer
différemment. Même la tradition se vit autrement dans ce leadership à la fois masculin et féminin. Dans le religieux, la voix des femmes va stimuler une lecture différente des textes, une pensée de la place de l’autre. C’est la pensée des femmes, plus encore que leur corps, qui fait peur. Les religions fondamentalistes couvrent le corps des femmes.
Mais leur esprit, c’est le pire. Leur pensée est une subversion pour le système.
Il suffit de lire Mona Chollet: les femmes savantes sont toujours des sorcières.
Le savoir des sorcières va créer de la subversion et contaminer le monde, détruire
l’ordre. Donc, forcément, l’accès des femmes à ces fonctions, c’est la réticence suprême.
Si vous faites de la place aux femmes, potentiellement vous faites de la place à tous les autres. La femme rend les frontières poreuses. Leur présence dans ces fonctions ne garantit toutefois pas que ce soit plus progressiste. Les plus grands défenseurs de
l’excision dans le monde musulman sont des femmes. Beaucoup de courriers haineux que je reçois proviennent de femmes. Elles se font parfois les pires gardiennes de la tradition.
(*) Delphine Horvilleur (45 ans) est la troisième femme rabbin de France.
Née à Nancy, elle a entamé des études de médecine à Jérusalem où elle fait aussi du
mannequinat, puis étudie le journalisme au Celsa à Paris. Elle travaille à France 2, y
compris au bureau de Jérusalem, puis à RCJ à New York. Elle intègre le séminaire
rabbinique du mouvement réformé Hebrew Union College à New York. En mai 2008, elle devient rabbin du Mouvement juif libéral de France.
Elle est mariée et a trois enfants.


DEVOIR DE MÉMOIRE, ANTISÉMITISME ET SIONISME
Vincent Engel

L’antisémitisme n’est pas le racisme le plus virulent mais le plus manipulé», affirmait
récemment Michèle Sibony, professeure de lettres et militante pour la paix.
De fait, ceux qui entendent criminaliser l’antisionisme en l’assimilant à  l’antisémitisme commettent une terrible erreur de jugement.
L’antisémitisme est en recrudescence, c’est un fait. Depuis quelques semaines, le
phénomène semble s’être accru, attisé par des débordements de gilets jaunes, dont les derniers, à l’encontre d’Alain Finkielkraut, ont été largement médiatisés.
Cette médiatisation a donné de l’énergie à ceux qui entendent criminaliser l’antisionisme au même titre que l’antisémitisme. Ou comment les beaux discours et les belles intentions cachent parfois des pensées moins reluisantes…
Je sais que je prends des risques en abordant cette question, surtout de la manière dont le vais le faire. Tant pis. C’est un sujet que j’étudie depuis plus de trente ans et que je connais très bien. Sur lequel j’ai une opinion ferme et documentée.
Commençons par définir brièvement les ingrédients du cocktail: l’antisémitisme,
le sionisme et le devoir de mémoire.
L’HISTOIRE DE L’ANTISÉMITISME
S’il y a une discussion chez les historiens pour savoir s’il existe un antijudaïsme avant
l’ère chrétienne, il est évident que l’Église a joué un rôle majeur dans la diffusion et
l’ampleur de l’antijudaïsme d’abord, l’antisémitisme ensuite.
Bien sûr, Jésus est Juif et les premiers chrétiens aussi; mais avec la diffusion du
christianisme puis l’apparition de Paul, Juif converti qui, pour reprendre les termes fort justes de Michel Onfray, a universalisé sa névrose personnelle
(haine de la sexualité, de la femme, du judaïsme), cette filiation est devenue une tare
que l’Église s’est efforcée de cacher, ou un argument dont elle s’est servie pour dénigrer les Juifs.
LES RAISONS PASTORALES
Mais pourquoi cette haine? D’un point de vue pastoral, ce qui irrite au plus haut point les chrétiens est l’obstination des Juifs à ne pas reconnaître Jésus comme le Messie.
C’est pour cette raison que Pie XI et Pie XII ne s’opposeront pas avec suffisamment de
clarté à l’antisémitisme racial nazi (que l’Église condamne, mais pas assez clairement), et il faudra attendre Vatican II pour que les phrases de la liturgie taxant les Juifs de perfidie et de déicide soient supprimées. Les légendes qui nourriront l’antijudaïsme et l’antisémitisme remontent à l’Antiquité: les meurtres rituels d’enfants, l’empoisonnement des sources, etc. Se mettront aussi en place les politiques qui conduiront à l’extermination, selon le processus décrit par Raul Hilberg dans La Destruction des Juifs d’Europe, à travers cette phrase qui, à chaque étape, est amputée de sa partie finale: « Vous ne pouvez pas vivre près de nous en tant que Juifs », avec les conversions forcées; « vous ne pouvez pas vivre près de nous », avec les expulsions (comme en Espagne à la fin du XVe). 
LES MOTIFS PSYCHOLOGIQUES
Du point de vue psychanalytique, Freud et George Steiner apportent une autre explication qui ne manque pas d’intérêt. Les peuples européens ont été christianisés de force, par la volonté d’un prince qui faisait ce choix par opportunisme politique.
Ils ont dû renoncer du jour au lendemain à un polythéisme qui permet une relation au divin beaucoup plus légère et souple. Car le monothéisme judéo-chrétien impose une exigence morale qu’aucun humain ne peut accomplir pleinement; avec lui, chacune et chacun ne peut que se sentir inférieur, coupable, «indigne d’être reçu» par un Dieu qui y consent toutefois par miséricorde, à condition d’avoir accepté une vie de soumission durant laquelle la foi aura pris le pas sur la raison.
Ces convertis de force ne peuvent pas rejeter le monothéisme chrétien, qui est la
religion d’État; mais ils peuvent rejeter leur haine sur un autre monothéisme, présenté comme déicide et perfide.
LES RAISONS ÉCONOMIQUES
Alors que, de tout temps, les Juifs n’ont jamais été, en moyenne, plus riches que leurs
voisins non-juifs, voire nettement moins riches qu’eux, l’idée du Juif riche et accapareur est ancienne. Le commerce d’argent est interdit aux chrétiens; mais les princes ont besoin d’argent et le capitalisme naissant requiert du crédit.
Les Juifs, à qui on interdit par ailleurs nombre de professions et l’accès à la propriété
terrienne, sont tout désignés pour faire ce sale boulot dont tout le monde a besoin.
Quand les dettes sont trop importantes, les princes agitent la menace du bûcher
(pour crime religieux, pas financier) ou de l’exil, et ils négocient des annulations de
dettes.
Ces clichés vont s’amplifier avec le dix-neuvième siècle. L’idée du complot juif pour la
domination du monde se répand, notamment à travers le Protocole des Sages de Sion,
un faux fabriqué par la police secrète tsariste.
Outil de propagande de la droite radicale antisémite, en Europe comme en Amérique
latine, ce pamphlet reste également une référence aujourd’hui dans les milieux islamistes, et le conflit israélo-palestinien a largement favorisé le développement de l’antisémitisme dans le monde musulman, chez ses radicaux religieux et ses nationalistes.
Repris par le pouvoir soviétique et relayé par des communistes européens, surtout depuis les années soixante et la guerre des Six-Jours, l’antisionisme radical (qui rejette la légitimité d’un État juif) est indissociable d’un anticapitalisme révolutionnaire et d’un anti-impérialisme radical, comme le rappelle Pierre-André Taguieff dans La Judéophobie des Modernes.
L’ANTISÉMITISME RACIAL
Au dix-neuvième siècle, les sciences pensent découvrir, dans la foulée des travaux de
Darwin, une manière de distinguer des groupes humains: le racisme est né, comme
«discipline scientifique». S’il y a des races, on en vient facilement à considérer que
certaines sont supérieures, d’autres inférieures. Et que les dernières menacent les
premières. Qu’il faut donc les éliminer.
L’ANTISÉMITISME À GAUCHE
Cet antisémitisme existe, depuis longtemps. Edmond Picard, figure majeure du socialisme belge du début du vingtième, publie un pamphlet antisémite ignoble, qu’il dédie à une amie juive… Dans cet antisémitisme, ce sont les clichés économiques qui prévalent: le Juif est assimilé aux Rothschild, au capitaliste sans scrupule, à l’usurier sans vergogne.
Après la guerre, un autre problème se posera à gauche, qui expliquera pourquoi parmi les premiers négationnistes se trouve Paul Rassinier, un ancien socialiste: l’impossibilité de ranger la question juive dans la logique des classes, puisqu’on trouve des Juifs à tous les échelons sociaux. Plus tard, la Vieille Taupe, une secte idéologique d’ultra-gauche, dérivera vers un négationnisme antisémite virulent, tout en étant exclue de la mouvance révolutionnaire anticapitaliste.
LE SIONISME
Le projet sioniste se met politiquement en place au dix-neuvième siècle, le siècle des
nationalismes. À cette époque, le judaïsme fait face à une double tension: d’une part
l’assimilation, rendue possible par les évolutions politiques, est perçue par certains
comme une menace sur l’identité juive; d’autre part, l’antisémitisme se développe, des pogroms sanglants en Europe de l’Est se multiplient et l’assimilation semble dès lors soit un ingrédient qui attise l’antisémitisme (on ne reconnaît plus le Juif à ses vêtements, ce qui exacerbe la phobie du «Ils sont partout»), soit une promesse irréalisable.
Pour sauver leur vie et préserver leur identité, des Juifs rêvent d’un État où ils seraient à l’abri. Le sionisme est donc, dès le départ, un projet qui combine six objectifs: territorial (la terre d’Israël), national (une nation juive), politique (un État indépendant), culturel (langue et culture hébraïques), démographique (rassembler les Juifs de la diaspora) et humanitaire (sauver les Juifs menacés).
Il y a eu des projets territoriaux autres qu’Israël, mais laissons cela de côté.
Il y a surtout eu des oppositions très vives au sein du judaïsme de l’époque
(les bundistes, les socialistes, qui voulaient trouver une place pour les Juifs dans leurs
pays, en maintenant la dimension culturelle; les extrémistes religieux, pour qui seul le Messie pouvait ramener le peuple juif en Israël) et des courants très variés.
Ces courants sont conscients, dès le départ, des difficultés que le sionisme créerait
vis-à-vis de la population arabe en Palestine; les solutions envisagées sont très
contrastées, de la concertation à la force. Pour Jabotinsky, l’État juif doit se créer sans
se soucier des Arabes locaux, qui pourront toujours s’installer dans un autre pays arabe de la région. Un autre courant, celui d’Ahimeir, ne cache pas sa fascination pour le fascisme italien – ce sera la base de l’extrême droite israélienne contemporaine.
Et oui, certains dirigeants sionistes ont négocié avec les nazis avant et pendant la guerre pour tenter de faire avancer le projet sioniste malgré la guerre – ou grâce à elle.
LE DEVOIR DE MÉMOIRE
L’idée de «devoir de mémoire» s’est lentement imposée comme une évidence d’abord,
comme un dogme ensuite, pour désigner le travail indispensable qui doit être mené auprès des jeunes générations, afin qu’ils se souviennent de ce qui s’est passé durant la Shoah.
Comme l’explique Peter Novick dans son essai L’Holocauste dans la vie américaine,
l’insistance sur la spécificité juive de ce génocide n’apparaît que dans les années soixante, à l’époque du procès Eichman et alors qu’une partie importante de la communauté juive américaine rompt avec l’idéal intégrationniste qui a prévalu jusqu’alors pour lui préférer la valorisation de leurs racines. Dans ce contexte, le souvenir du génocide devient un trait distinctif qui permet d’unir la communauté juive. Selon Novick, ces motivations identitaires s’accompagnent également d’une considération sociologique: appartenant essentiellement aux classes aisées, les Juifs américains ont peur de s’attirer la haine, notamment des autres minorités, et trouvent dans leur lien aux victimes du nazisme une façon de rendre immorale cette haine. Au moment de la guerre de Kippour qui, en 1973, fait à nouveau éprouver la vulnérabilité d’Israël, la mémoire de la Shoah tend à s’institutionnaliser parmi les Juifs américains qui nourrissent la crainte – largement fantasmée, selon Novick – d’assister à une recrudescence de l’antisémitisme aux États-Unis.
L’Holocauste, comme on le nomme aux USA, ou la Shoah (terme popularisé par le film de Lanzmann) devient ainsi le symbole intemporel, sinon mythique, de la condition juive, inexorablement marquée par la persécution et la haine.
Dans les années 1980, l’image d’Israël perdant de son aura morale, notamment en raison de la guerre du Liban et de la colonisation des Territoires palestiniens occupés, le souvenir des crimes nazis contre l’Humanité n’en fonctionne que davantage comme un ciment identitaire parmi les Juifs américains: il constitue désormais le seul élément susceptible d’unir un groupe en réalité disparate.
Un véritable lobby se met alors en place, en vue de transmettre la mémoire du génocide à travers l’enseignement et la construction de musées.
Il en résulte une centralité du génocide dans l’identité juive, qui tend parfois à la
fétichisation et qui déborde dans l’espace public américain.
UN PROJET MORBIDE, HEUREUSEMENT ABANDONNÉ
Lorsqu’on brandit l’exigence de ce devoir, songe-t-on à ce qu’il y a d’extravagant dans
cette demande? Jamais dans l’histoire de l’humanité n’a-t-on demandé à des adolescents d’intégrer dans leur mémoire individuelle un événement vieux de plus d’un demi-siècle, avec la conscience que cet événement a un impact réel sur leur vie, leur présent et leur avenir. Je ne dis pas que cette exigence est fausse. Au contraire, je crois que ce qui s’est passé dans les camps remet en cause tout l’Occident et que, tant que nous n’aurons pas compris comment et pourquoi cela a été possible, notre civilisation sera comme le coyote du dessin animé, qui continue à courir dans le vide, inconscient que le sol s’est dérobé sous ses pattes. Mais pour autant, il ne suffit pas de brandir le «devoir»; il faut trouver la manière et, surtout, constamment renégocier les raisons et les objectifs.
La caricature du devoir de mémoire, c’est à Sarkozy qu’on la doit: au début de son
mandat, il a voulu que chaque enfant français prenne en charge la mémoire nominale d’un enfant juif mort dans les camps. On ne peut pas concevoir mémoire plus morbide, plus négative. À part enrichir une génération de psychanalystes, ce projet, heureusement abandonné, aurait été une abomination.
LE DÉSIR DE MÉMOIRE
Dans un essai en phase d’achèvement, je reviendrai sur ces questions et sur la nécessité de substituer le «désir» au «devoir». Mais pour ce qui nous concerne aujourd’hui, il est évident que les enseignants qui tentent d’inculquer cette mémoire rencontrent des difficultés très grandes. « Encore les Juifs »…
Car le «devoir de mémoire» est désormais indissociable d’un risque de réduction du
peuple juif à la souffrance. Cela a conduit certains, y compris des Juifs, à dénoncer ce qu’on appelle de manière excessive le Shoah Business. Elie Wiesel, prix Nobel de la Paix, s’est toujours opposé à ce que l’on inclue dans ce lieu la mémoire des autres génocides.
S’il y a des arguments pour justifier le maintien de la singularité absolue de la Shoah, il y en a pour refuser que cette singularité soit une distinction qui ferait des autres
génocides des événements de moindre importance. D’autant que, dans leur délire,
les nazis visaient d’autres peuples que les Juifs, à commencer par les Tsiganes, trop
souvent oubliés dans les commémorations, mais aussi les Noirs, et d’autres groupes,
comme les homosexuels.
Une autre objection jaillit désormais spontanément: pourquoi faire mémoire des
souffrances juives quand on voit comment l’armée israélienne se comporte envers les
Palestiniens? À une époque où les amalgames sont légions, comment à la fois maintenir la singularité radicale du génocide – un peuple est exterminé simplement parce qu’il a le tort d’exister–, refuser l’invocation de ce drame pour justifier l’injustifiable et faire entendre l’injustice et les violences infligées aux Palestiniens par l’armée israélienne sans établir de comparaison infamante, qui ne servirait aucune des deux causes?
L’ANTISIONISME «RADICAL»
Un point doit être précisé: il est impensable de dénier aujourd’hui à Israël le droit
d’exister. Cela veut dire: assurer sa protection – c’est là que les divergences surgissent.
Si on entend par antisionisme radical l’ambition de rayer l’État d’Israël de la carte, alors oui, il y a une forme d’antisionisme qui rejoint l’antisémitisme.
Mais on ne peut pas pour autant, comme certains responsables politiques tentent de le faire actuellement (en particulier le président Macron), amalgamer l’antisémitisme et  l’antisionisme. S’il y a un antisionisme radical, il y a aussi un sionisme radical, qui a instrumentalisé la Shoah pour justifier la politique de colonisation du gouvernement israélien. Ce sionisme exige un attachement inconditionnel de tous les Juifs et de tous leurs alliés à Israël. Les Juifs qui ne soutiennent pas inconditionnellement les politiques des gouvernements israéliens successifs ne sont, à leurs yeux, pas dignes d’être Juifs.
Pourtant, les Juifs qui s’affichent comme antisionistes ne veulent pas la disparition de
l’État d’Israël, même ceux qui soutiennent le boycott (BDS), comme l’UJFP(l’Union juive française pour la paix), ils veulent un État qui respecte les Droits humains,
les conventions internationales, et non un État colonialiste et fondé sur des principes
proprement racistes, puisque les nouvelles lois votées en Israël consacrent le caractère «juif» du pays et réduisent les droits des non Juifs.
La question qui se pose, c’est l’articulation réelle entre l’antisémitisme et le sionisme.
Et les connivences qui peuvent parfois s’établir entre ces supposés ennemis.
«TOUCHE PAS À MON JUIF»
C’est le titre que Francis Van de Woestyne a choisi pour un récent éditorial dans La Libre, dans lequel il revient sur cette montée de l’antisémitisme. Je ne doute pas que les intentions de Van de Woestyne soient généreuses; mais pourquoi ce paternalisme absurde?
Le «pote» de Coluche inscrivait une relation d’égalité. On est potes tous les deux.
«Mon» Juif, c’est «ma» chose. Je suis devenu professeur à l’UCL en partie parce que
j’étais Juif, comme me l’a avoué mon patron après ma défense de thèse, qui du coup
aurait «réussi à en placer un». Ce qui ne l’a pas empêché, quelques années plus tard,
de me reprocher « d’avoir l’intelligence de [ma] race, mais aussi ses défauts »; je n’étais pas assez discret. Ou lorsque j’ai publié une chronique écharpant Mgr Léonard, de m’écrire que « lorsqu’il s’agit de passer à la caisse », ça ne me dérangeait pas de travailler chez les catholiques. Donc, oui, j’ai été «son» Juif. Ce n’est pas très glorieux, ni pour lui ni pour moi.
Dans un récent entretien, Michèle Sibony rappelle ceci: « L’antisémitisme n’est pas le
racisme le plus virulent mais le plus manipulé. » Parce qu’il s’inscrit dans une histoire millénaire et qu’il y a eu la Shoah. Parce qu’il y a le «devoir de mémoire» qui pèse sur toutes les consciences, au risque de provoquer un rejet catastrophique de cette mémoire.
Dans le cadre des actions des gilets jaunes, les propos antisémites ont été largement
amalgamés aux propos antisionistes et ont contribué à discréditer encore plus le
mouvement, à le criminaliser (comme je l’ai déjà dénoncé à plusieurs reprises, ici).
Car l’antisémitisme est un crime. Il est le crime absolu. Pour faire tomber le mouvement des gilets jaunes, c’est l’arme fatale. Mais c’est un argument avancé par des gens dont l’intention première n’est pas de préserver les Juifs; c’est une instrumentalisation scandaleuse, comme le dénoncent Sibony et l’UJFP :
« Placer les juifs au cœur de la division sociale, c’est le rôle historique de l’extrême
droite qu’assument aujourd’hui sans complexe les soutiens de Macron.
Tous ceux qui reprennent cet agenda à leur compte font rigoureusement preuve d’antisémitisme. »
SIONISTES ET ANTISÉMITES, MÊME COMBAT?
Comme je l’ai déjà défendu, on peut trouver des convergences entre l’extrême droite et les radicaux islamistes ; ils veulent tous que les musulmans quittent l’Europe.
Mutatis mutandis, il existe aussi une connivence entre un certain sionisme et un certain antisémitisme; en s’accaparant la mémoire du génocide et en l’instrumentalisant, le gouvernement israélien et les sionistes radicaux poussent les pays occidentaux à faire de l’antisionisme un crime au même titre que l’antisémitisme.
En instrumentalisant les actes réels d’antisémitisme et en amplifiant leur couverture
médiatique, ils espèrent ainsi créer un mouvement dans la diaspora qui pousserait les Juifs européens à gagner Israël.
C’est oublier que l’antisémitisme n’a pas besoin de Juifs pour être virulent.
Il est inscrit dans l’inconscient collectif de nombreux pays, peut-être tout simplement
parce que les Juifs, comme les Tsiganes, ont toujours su préserver une identité malgré l’absence d’une nation.
C’est oublier aussi que l’antisionisme est une opinion, pas un crime.
Le sionisme est un projet politique; on ne peut pas être raciste en s’opposant à un projet politique, surtout lorsque ce projet est fondé justement sur un critère d’appartenance à un peuple. Le sionisme est un projet politique qui peut être critiqué, qui l’a été depuis l’origine et continue à l’être, y compris au sein du peuple juif.
C’est d’ailleurs ce que proclame très clairement l’association américaine Jewish Voice for Peace, qui montre que le mouvement décrit plus haut, en Amérique, est peut-être en train de s’infléchir et que le soutien inconditionnel envers Israël n’est plus garanti.
Cette association s’oppose en effet sans équivoque au sionisme contemporain:
« Si le sionisme est une idéologie politique du XIXe siècle qui a émergé à un moment où les Juifs étaient définis comme irrévocablement en dehors d’une Europe chrétienne », il est depuis devenu « un mouvement de colonisation, instaurant un État d’apartheid où les Juifs ont plus de droits que les autres habitants ». Et l’UJPF précise:
«Les dénonciations pacifiques du colonialisme sioniste, basées sur le droit international et les résolutions des Nations Unies, ne peuvent en aucun cas être confondues avec les actes antisémites odieux qui se produisent dans des pays comme la France, l’Allemagne ou la Pologne qui n’ont pas encore accompli leur travail mémoriel sur la complicité de leurs dirigeants et d’une partie de leurs populations avec le génocide des Juifs lors de la Deuxième Guerre mondiale. » Ce qui a également le mérite de remettre le travail de mémoire à sa juste place: ce sont surtout les non Juifs, les États qui hier ont collaboré à l’extermination ou qui n’ont rien fait pour l’empêcher, qui sont confrontés à ce «devoir» de mémoire. Les Juifs ont le droit, eux, de construire un avenir sur d’autres références et d’autres bases que le martyre.
C’est oublier enfin qu’on ne construit pas la paix en exacerbant les ressentiments et en pratiquant l’amalgame. Que des antisémites soient aussi antisionistes, c’est logique. À condition de ne pas perdre de vue que certains antisémites sont pro-sionistes, que certains sionistes ont instrumentalisé et instrumentalisent encore l’antisémitisme pour faire avancer leur projet, et qu’il est logiquement incorrect de tirer comme conclusion que les antisionistes sont tous des antisémites.
Et si un Juif est antisioniste, ce n’est pas parce qu’il souffrirait de cette fameuse
«haine de soi»; c’est parce qu’il place l’amour des autres au même rang que l’amour des siens.


QUATRE JOURS APRÈS SON AGRESSION EN MARGE DU DERNIER ACTE DES GILETS JAUNES À PARIS,
ALAIN FINKIELKRAUT REVIENT SUR LE CHOC SUBI.
Ce nouvel antisémitisme est, selon lui, bien loin de celui des années 30.
Samedi dernier, le philosophe français a été pris à partie par des gilets jaunes en marge de l’acte XIV du mouvement. «Grosse merde sioniste», «fasciste», «raciste», voici quelques-unes des insultes que l’on entend sur une vidéo qui a fait le tour des réseaux sociaux. L’homme que l’on voit sur la vidéo insulter Alain Finkielkraut a été interpellé ce mardi 19 février.
QUATRE JOURS APRÈS CETTE AGRESSION VERBALE À VOTRE ENCONTRE, DANS QUEL ÉTAT D’ESPRIT ÊTES-VOUS?
Quand j’ai été invectivé, le sentiment qui dominait en moi c’était d’abord la stupeur.
J’ai été frappé par la soudaineté des violences. C’est seulement dans un deuxième temps que j’ai été horrifié. Car je ne voyais pas les visages de mes agresseurs en gros plan, je ne les ai vus qu’après, et en plus je ne pensais pas que ce moment pouvait devenir «historique» car je ne voyais aucune caméra.
Je suis rentré chez moi et je n’avais qu’une idée: raconter cette mésaventure à mon
épouse pour qu’au moins quelqu’un le sache. Quand j’ai vu ces images la haine m’a frappé.
Je ne peux pas dire non plus que ça a été un traumatisme puisque d’entrée de jeu, j’ai
reçu un nombre considérable de messages de soutien et cette sympathie m’a évidemment fait chaud au cœur.
EST-CE QUE CES TÉMOIGNAGES DE SYMPATHIE VOUS ONT AUSSI RASSURÉ
SUR L’ÉTAT DE LA SOCIÉTÉ EN FRANCE?
Je n’ai jamais pensé qu’en France la haine des juifs était majoritaire, mais mon inquiétude n’en demeure pas moins très grande. D’abord à titre personnel. Mon visage n’est plus anonyme. Je suis à la merci, à tout moment, d’une insulte ou même pire… Mais ma deuxième inquiétude porte à la fois sur la nature du nouvel antisémitisme et l’identité de ceux qui l’expriment. On ne m’a pas traité, d’après ce que j’ai vu et entendu, de «sale juif».
J’ai été traité de «grosse merde sioniste» de «fasciste» et de «raciste».
Et l’homme qui m’a dit «La France est à nous» est un salafiste qui me montrait son
keffieh en même temps qu’il m’insultait. Autrement dit, son insulte n’était pas une
variante du slogan la «France aux Français», c’était une manière de dire «la France est vouée à devenir une terre d’islam et toi, en tant que juif, tu n’y as pas ta place.
Va à Tel Aviv où d’ailleurs tu n’as pas ta place non plus, parce que les juifs y ont volé une terre qui appartient aux Palestiniens; donc – selon lui – aux musulmans». Ça, c’est une forme inattendue d’antisémitisme. Et ce qui m’inquiète, c’est que nous sommes intellectuellement désarmés devant cette expression, parce que nous considérons l’antisémitisme comme une variante du racisme alors que maintenant, l’antisémitisme parle la langue de l’antiracisme. Que faire face à l’expression d’une haine antiraciste?
LE MOUVEMENT DES GILETS JAUNES A-T-IL DÉSINHIBÉ L’ANTISÉMITISME,
SOUS COUVERT D’ANTISIONISME?
Parmi mes agresseurs, il n’y avait pas de bouchers, d’artisans, de petits commerçants ou de dirigeants de petites entreprises. Donc les gilets jaunes du début, les «légitimes», pn’étaient pas là, boulevard Montparnasse. Cela étant, vous avez raison: ce mouvement est perméable à des discours très inquiétants. Des discours conspirationnistes et notamment l’association «Macron-Rothschild». Donc, en effet, tout ça resurgit. Mais, il ne faut pas sous-estimer la place prise dans cette haine par une certaine gauche radicale. Je le vis depuis des années et c’est très exactement ce que j’ai entendu
boulevard Montparnasse. Je voudrais ajouter qu’il y a eu quelques petits couacs dans les réponses que j’ai reçues. Je voudrais en signaler une, très intéressante: celle
d’Aude Lancelin, (ancienne journaliste à la rédaction de Marianne et de l’Obs NDLR).
Aujourd’hui elle dirige quand même le site d’information Le Média qui est très proche de La France Insoumise et elle s’en est prise à moi avec une violence extrême.
D’abord, elle a dit, répondant à Benjamin Griveaux (porte-parole du gouvernement
français NDLR), que dans la vidéo on n’entendait absolument pas que j’avais été traité de «sale juif» et que tout cela était encore un mensonge pour faire monter la haine dans le pays. Elle entend «grosse merde sioniste» par des gens qui veulent me casser la gueule et elle ne voit aucun problème! Cette haine-là, Aude Lancelin lui accorde une médaille de respectabilité puisque dans un autre message, elle dit que j’ai été insulté en tant qu’«incitateur à la haine publique». Autrement dit, je suis porteur de haine.
Donc, ceux qui m’insultent ont raison.
QUEL DIAGNOSTIC POSEZ-VOUS SUR CETTE BANALISATION DE L’ANTISÉMITISME?
On banalise ce type d’attaques parce qu’elles ont toutes les apparences de la morale.
Encore une fois, Aude Lancelin est convaincue que je suis raciste.
Quand je dénonce l’antisémitisme dans les banlieues, je suis raciste. Quand je dis qu’il y a des territoires perdus de la République et que dans les lycées et collèges de certaines communes, les juifs sont livrés en pâture à d’autres élèves, quand je dis que de nombreuses familles sont obligées de déménager je ne dis pas le vrai: je suis raciste!
C’est cette situation qui est extrêmement difficile à vivre. Heureusement, Aude Lancelin est minoritaire.
MARDI, UN RASSEMBLEMENT CONTRE LES ACTES ANTISÉMITES EN FRANCE A RASSEMBLÉ 20.000 PERSONNES À PARIS. Y ÉTIEZ-VOUS? ET EST-CE QUE CE TYPE DE RASSEMBLEMENT VOUS RASSURE?
Non, je n’y étais pas et ce rassemblement me rassure à demi. Je trouve réconfortant que des gens viennent exprimer leur allergie à l’antisémitisme. C’est très bien, mais certains discours m’ont paru totalement à côté de la plaque et certaines pancartes aussi.
On a sorti de l’armoire «Touche pas à mon pote» (slogan officiel de l’association française SOS Racisme, NDLR) et finalement, on a manifesté contre le racisme, contre «la bête immonde». Ce n’est pas ça que nous vivons, ce n’est pas vrai.
Alors «Touche pas à mon pote» d’accord, mais si justement ce sont nos potes qui
attaquent les juifs on fait quoi? À un moment, il faut regarder la réalité en face et
arrêter de nous faire sans cesse le coup des années 30. Oui, il y a des petits nazillons
qui, ici ou là, profanent des tombes juives. C’est horrible, mais ce n’est pas le fantôme
d’Hitler qui nous menace aujourd’hui, pas du tout. Aujourd’hui, mes agresseurs, si vous leur dites «Regardez la Shoah» ils vous répondent «Eh bien justement, nous sommes tellement sensibles à ce que les juifs ont vécu que nous ne supportons pas de voir les sionistes refaire la même chose aux Palestiniens»… Voilà ce qu’ils vous disent.
VOTRE AGRESSEUR A ÉTÉ ARRÊTÉ CE MERCREDI ET VOUS AVEZ ÉTÉ VOUS-MÊME ENTENDU PAR LA POLICE. POURQUOI N’AVEZ-VOUS PAS DÉPOSÉ PLAINTE?
Parce que soit le procureur réussit à le poursuivre pour injure à caractère raciste, soit il ne réussit pas. On me dit que si on veut poursuivre pour simple injure publique, alors il faut que je dépose plainte. Mais pour moi, ça n’a pas de sens. Il ne m’a pas simplement injurié. Il a tenu un discours idéologique épouvantable et il m’a menacé de mort ce qui est plus qu’une injure. C’est le discours idéologique qu’il faut condamner en tant que tel.
Je n’ai pas envie de porter plainte pour injure. Il s’agit de bien autre chose que d’une
injure.


samedi 16 mars 2019

Gilets jaunes en France: heurts, incendie et scènes de casses, "c'est l'apocalypse sur les Champs Elysées !"


Quelque 32.300 personnes ont manifesté samedi dans toute la France dont 10.000 à Paris, à l'occasion de l'acte 18 des "gilets jaunes", selon des chiffres du ministère de l'Intérieur régulièrement contestés par les participants. Cet acte 18 a été marqué par un très net regain des violences dans la capitale et une légère hausse de la participation dans l'ensemble du pays puisque l'acte 17 avait mobilisé 28.600 personnes dont 3.000 à Paris.
Des magasins pillés
Des casseurs ont pillé samedi des boutiques sur les Champs-Elysées lors de l'acte 18 de la mobilisation des "gilets jaunes", marqué par un regain de violence, a constaté un journaliste de l'AFP.
Sur la célèbre avenue de la capitale où ont convergé des milliers de "gilets jaunes", plusieurs barricades étaient en feu autour de midi. Tandis que des groupes, scandant des slogans anticapitalistes et anti-policiers, s'attaquaient aux magasins (Hugo Boss, Lacoste, Nespresso...) et aux restaurants.
Aux alentours de 17H00 le Fouquet's, restaurant huppé qui avait déjà été pillé dans la matinée, a vu son auvent brièvement incendié et des feux ont débuté devant les boutiques Longchamp et Foot Locker ainsi que le restaurant Léon de Bruxelles, aux cris de "révolution!".


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
PARIS BRÛLE-T-IL? NON MAIS LE FOUQUET'S  EST LA PROIE DES FLAMMES 

Qui eût cru la chose possible?  C'est un peu comme si on avait repris la bastille. Le Fouquet's, bastille symbolique de la France des privilégiés, est un peu le Maxims's mythique  du Paris d'aujourd'hui, la cible  de tout ce que  la France en colère d'en bas honnit le plus, le bastion symbolique des super riches où se retrouvent les premiers de cordée. Le "stamcafé" de Sarkozy où il fêta sa victoire électorale. Je me fous pas mal de cette enseigne où jamais je ne mis ni ne  mettrai les pieds, préférant à tous les bistrots de Paris les Deux Magots légendaires.
La belle affaire! Le Fouquet's  n'est plus qu'un amas de ruines fumantes. Ces images font en boucle le tour du monde comme celles de l'attaque du Bataclan, celle de la chute des deux tours de Manhattan Quel symbole, c'est aussi fort que de crever les yeux de Marianne en décembre à l'arc de triomphe.
" Les gilets  jaunes commettent un lent coup d'État fasciste." (Pascal Bruckner au Standaard).
On dira que ce forfait est à mettre sur le compte des casseurs radicaux  et ultras et non des braves gilets jaunes. Symboliquement cela ne fait aucune différence. Quel sera donc la troisième cible? L'Elysée?
Castaner lui aussi fait le buzz. On l'a filmé à faire la fête dans une discothèque. C'est évidemment son droit le plus strict mais le moment n'est pas précisément opportun.
Sale temps pour l'Elysée au moment où le grand débat semblait de nature à faire regagner des points de sondage au Président Macron.
MG






L'auteur du carnage de Christchurch, un "homme blanc ordinaire" conquis par le fascisme


Le Vif
Ancien instructeur de fitness dans l'Australie rurale, Brenton Tarrant se présente comme un "homme blanc ordinaire" issu de la classe ouvrière et semble avoir été gagné par l'idéologie néo-fasciste à l'occasion de voyages en Europe.

Cet Australien de 28 ans a été inculpé samedi après l'un des pires crimes les plus jamais perpétrés en Nouvelle-Zélande: le massacre de 49 fidèles dans des mosquées de Christchurch.
Lors de sa brève comparution devant le tribunal de cette ville de l'Île du Sud, il a rapidement fait de la main un des signes de reconnaissance des suprémacistes blancs. Il n'avait vraisemblablement pas de casier judiciaire et n'était sur les radars d'aucun service de renseignement néo-zélandais.
Brenton Tarrant a grandi dans la petite ville de Grafton, dans le nord de l'Etat australien de Nouvelle-Galles du Sud, où il a suivi des formations d'instructeur de fitness après sa sortie du lycée. Il travaillera un temps à partir de 2009 dans une salle de gym de la ville.
La patronne de cette salle, Tracey Gray, se souvient d'un employé qui travaillait dur mais qui aurait été transformé par ses voyages en Europe et en Asie. Des posts sur les réseaux sociaux laissent penser qu'il serait allé jusqu'au Pakistan et en Corée du Nord.
- JEUNESSE SANS HISTOIRE? -
"Je pense qu'il a changé pendant les années où il a voyagé à l'étranger", a déclaré Mme Gray à la chaîne publique australienne ABC. "Ce sont sans doute des expériences vécues, ou un groupe rencontré, qui l'ont fait évoluer à un moment donné."
Une hypothèse étayée par le manifeste de 74 pages truffé de références haineuses publié par le tireur juste avant le début du carnage.
Dans ce texte, il raconte avoir pour la première fois envisagé de commettre une attaque en avril ou mai 2017 alors qu'il voyageait en France et en Europe de l'Ouest.
Il affirme avoir été frappé par "l'invasion" de villes françaises par des immigrés et parle du "désespoir" qu'a suscité chez lui la victoire au second tour de la présidentielle française d'Emmanuel Macron face à la candidate d'extrême droite Marine Le Pen.
Intitulé "Le grand remplacement", ce texte indique que le tireur voulait s'en prendre à des musulmans. Le titre semble être une référence à une thèse de l'écrivain français Renaud Camus sur la disparition des "peuples européens", "remplacés" selon lui par des populations non européennes immigrées, qui connaît une popularité grandissante dans les milieux d'extrême droite.
Dans une très courte notice autobiographique accompagnant son manifeste, Brenton Tarrant se présente comme "un homme blanc ordinaire (...) né en Australie dans une famille de la classe ouvrière aux faibles revenus".
Il décrit sa jeunesse comme étant "normale" et, insiste-t-il, sans histoire. Il obtient de justesse son diplôme au lycée mais n'a aucune envie de poursuivre des études plus en avant.
- BREIVIK ET MOSLEY -
Des médias ont rapporté que son père était décédé d'un cancer en 2010 et Mme Gray croit savoir que sa mère et sa soeur vivent toujours à Grafton.
Brenton Tarrant quittera la salle de gym en 2011. Ses voyages, raconte-t-il, ont été financés en investissant son argent sur Bitconnect, une cryptomonnaie qui s'est effondrée début 2018 et qui est accusée d'avoir en fait été une pyramide de Ponzi.
Cinq armes, dont deux armes semi-automatiques modifiées -vraisemblablement des AR-15- et deux fusils ont servi au carnage de vendredi.
Sur des photos de cet arsenal mises en ligne, apparaissent clairement sur les armes des inscriptions en anglais et dans diverses langues d'Europe de l'Est.
On peut y lire des références à de grandes figures militaires historiques, parmi lesquelles de nombreux Européens ayant combattu les forces ottomanes aux XVe et XVIe siècles. Mais aussi des références aux Croisades.
Dans son manifeste, Brenton Tarrant cite dans le texte différents auteurs d'attaques racistes ou d'ultra-droite, en particulier le Norvégien Anders Behring Breivik qui a tué 77 personnes en juillet 2011. Il affirme avoir eu "un bref contact" avec lui.
Au fil du document, il se proclame "raciste", "fasciste" et affirme qu'Oswald Mosley, fondateur en 1932 de l'Union britannique des fascistes, est "dans l'Histoire la personne la plus proche de mes propres croyances".

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
RADICALISME DE LA RADICALITÉ:  LES PASSSIONS TRISTES DES ENFANTS DU NIHILISME OU DE L'ILLUMINATION
"Brenton Tarrant se présente comme un "homme blanc ordinaire" issu de la classe ouvrière et semble avoir été gagné par l'idéologie néo-fasciste à l'occasion de voyages en Europe.
Il  affirme avoir été frappé par "l'invasion" de villes françaises par des immigrés et parle du "désespoir" qu'a suscité chez lui la victoire au second tour de la présidentielle française d'Emmanuel Macron face à la candidate d'extrême droite Marine Le Pen.
"un homme blanc ordinaire (...) né en Australie dans une famille de la classe ouvrière aux faibles revenus".
Il affirme avoir eu "un bref contact" avec  le Norvégien Anders Behring Breivik qui a tué 77 personnes en juillet 2011.
Il se proclame "raciste", "fasciste" et affirme qu'Oswald Mosley, fondateur en 1932 de l'Union britannique des fascistes, est "dans l'Histoire la personne la plus proche de mes propres croyances".
Il ne frappe pas par hasard en un lieu nommé Christchurch: l'église du Christ.
Tout cela est limpide bien que trouble au plus haut point.
Tous ces radicalisés qu'ils soient islamistes ou fascisants sont des enragés de la radicalisation. Ce sont les enfants du nihilisme et du fanatisme qu'ils se déclarent fous d'Allah ou adeptes d'Hitler.
Le sommeil de la raison engendre des monstres disait le grand peintre Goya. Ce genre de profils pullulent sur les réseaux sociaux. Danger!
MG 


Acte XVIII: les «gilets jaunes» espèrent un coup d'éclat
De nombreux appels à rejoindre la capitale ont été relayés sur les réseaux sociaux. (Figaro)

DE LA VANITÉ DES RÉSEAUX SOCIAUX, PAR ALAIN BENTOLILA
Alain Bentolila
Linguiste, spécialiste de l'apprentissage de la lecture et du langage chez l'enfant.
MARIANNE
J’ai eu la faiblesse ces dernières années d’offrir sur certains réseaux sociaux quelques textes de fond en espérant ainsi ouvrir des échanges utiles. Mal m’en a pris ! La plupart du temps, ils n’ont servi, sans même avoir été lus, qu’à alimenter des lieux communs et à déclencher les pires syllogismes. La multiplication des dérapages antisémites, islamophobes, sexistes, considérés par la majorité des internautes comme anodins, voire légitimes, m’ont convaincu de refuser dorénavant d’être le prétexte et presque le complice du déversement d’aberrations, de calomnies et d’insultes de tous ceux qui partagent les mêmes goûts du paraître, la même soif de l’affichage, la même peur ne n’être rien ou de n’être pas... et le même dégoût de l’intelligence. Cette décision sera ma contribution au combat contre l’imbécilité ambiante : "Vous ne passerez plus par moi."
LA SPÉCIFICITÉ HUMAINE
Ce qui nous distingue des grands singes Bonobos, c’est notre conscience d’exister chacun de façon singulière et une conscience, tout aussi précise, qu’une fin définitive nous est à chacun promise. C’est le propre de notre humanité que de tenter d’accepter cette absurdité. Cet "écartèlement lucide" est ce qui nous définit ; il nous appelle à l’élévation spirituelle. C’est cette même douloureuse lucidité qui nous a conduits il y a quelques milliers d’années à la construction de l’écriture, marquant ainsi notre refus de voir notre esprit subir le sort inéluctable de notre corps. Car si l’Homme décida par l’écriture de défier l’espace et le temps, c’était justement parce qu’il était Homme : à la fois pour se sentir vivant et pour avoir moins peur de ne plus l’être un jour. Il a donc, par le génie de l’écriture, confié à un autre qui était loin de lui - loin dans l’espace, encore plus dans le temps- une trace de sa propre intelligence. Un autre dont il ignorait tout, sauf qu’il était le frère à qui il adressait l’espoir désespéré que cette trace serait reçue et interprétée quand lui-même ne sera plus. Tel est le défi de l’écriture. Si l’homme traça des signes sur des tablettes d’argile ou des papyrus, sur du parchemin ou du vélin s’il parvint enfin à dématérialiser les signes pour mieux les matérialiser à l’instant même ailleurs c’est pour que sa pensée fût envoyée là où il n’était pas, pour la transmettre alors même qu’il ne serait plus de ce monde. Stabilité des signes, puissance de leur évocation et fidélité de la communication, telles furent les exigences qui animèrent la construction de l 'écriture afin qu’elle permette à une intelligence humaine d’interpréter librement la pensée d’une autre intelligence humaine sans jamais la trahir.
AINSI LE PAPOTAGE L’EMPORTE-T-IL SUR L’ARGUMENTATION, LA RUMEUR SUR LA CONSTRUCTION PRUDENTE DE LA VÉRITÉ ET - CHOSE PLUS INQUIÉTANTE - LA COMMUNION ARTIFICIELLE SUR LE DIALOGUE EXIGEANT.
Qu’en est-il aujourd’hui de ce pacte de transmission sur ces forums qui n’ont de sociaux que le nom ? Alors même que je mets tout mon espoir dans chacune des intelligences singulières de mes lecteurs inconnus, alors que j'offre à leur compréhension et, bien sûr, à leurs critiques, une pensée qu’ont ciselée mes mots, ils s'en servent comme d'un prétexte à s'invectiver les uns les autres, d’une occasion à accumuler préjugés, amalgames, soupçons et insultes. Sans doute jettent-ils un œil sur le titre de mon article afin d’orienter quelque peu leurs diatribes bouillonnantes; peut-être s’emparent-ils d’un ou deux de mes mots afin de satisfaire l’irrépressible envie de se soulager de leurs exaspérations. De mes phrases, de mes énoncés ils n'ont que faire; ils s'en moquent. Ce ne sont que des paillassons sur lesquels ils essuient la glaise épaisse de la haine et des préjugés, qu'ils ont accumulée dans un entre soi délétère. A mon appel muet : "Serai-je compris comme j’espère l’être ?" lancé non par attente de servilité ou de complaisance mais par l’espoir d’une "rencontre" ; à cet appel, par incompétence ou défiance, non seulement ils ne répondent pas, mais ils ne l’entendent même pas. Ils lisent souvent fort mal, mais surtout ils ne savent pas ce que lire veut dire, parce que ni l’école ni la famille ne le leur ont appris. Ainsi le papotage l’emporte-t-il sur l’argumentation, la rumeur sur la construction prudente de la vérité et - chose plus inquiétante - la communion artificielle sur le dialogue exigeant.
FACEBOOK, PAR SA NATURE MÊME, S’EST MONTRÉ INCAPABLE DE FORGER UNE INTELLIGENCE COLLECTIVE.
Mais, me direz-vous, ce sont les réseaux sociaux qui ont permis le succès de bien des soulèvements populaires ! C’est Facebook qui a mis à bas les dictatures en rassemblant les peuples en lutte pour la démocratie ! Sans doute, sans doute… Mais si ce réseau social a contribué fort efficacement à lancer des mots d’ordre et à appeler à des rassemblements, il n’a été en aucune façon un instrument de réflexion collective et de construction de propositions ; Facebook, par sa nature même, s’est montré incapable de forger une intelligence collective. Et une fois les dictateurs chassés, se sont vite profilés des dangers tout aussi menaçants d’obscurantisme et de totalitarisme. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
UNE AGORA VIRTUELLE  NOMMEE CAFE DU COMMERCE 

"Le café du commerce" qui véhicule les passions tristes est omniprésent sur les réseaux sociaux.
" Il n’est en aucune façon un instrument de réflexion collective et de construction de propositions ; Facebook, par sa nature même, s’est montré incapable de forger une intelligence collective. Et une fois les dictateurs chassés, se sont vite profilés des dangers tout aussi menaçants d’obscurantisme et de totalitarisme."
Il faut se demander si c'est une fatalité et s'interroger sur le potentiel pédagogique sous-utilisé de la toile comme instrument pour lutter contre la radicalisation de la connerie. Un magnifique chantier.
MG

 

Grève pour le climat : des milliers manifestants aux quatre coins du pays, 30.000 à Bruxelles


Le Vif
Plusieurs milliers de citoyens se sont élancés dans les rues de nombreuses villes du pays pour sensibiliser les responsables politiques aux dérèglements climatiques, répondant à l'appel à la grève mondiale lancé par la militante suédoise Greta Thunberg. Ils sont 30.000 rien qu'à Bruxelles, selon la police.

UNE VAGUE DE MILLIERS DE MANIFESTANTS DÉFERLE DANS LES RUES DE BRUXELLES
Quelque 30.000 personnes, selon la police de Bruxelles-Capitale/Ixelles, ont défilé dans les rues de la capitale vendredi à l'occasion de la grève internationale pour le climat, "Global strike for future".
Les manifestants s'étaient donné rendez-vous à 13h00 à la gare du Nord à Bruxelles. L'arrivée du cortège était, quant à elle, prévue à 15h00 à la gare du Midi, où une série de discours devait avoir lieu.
"There is no time to waste", "Act now together", pouvait-on lire sur certaines pancartes, majoritairement en anglais, en tête de cortège.
Encerclée par les caméras, Anuna De Wever, la figure de proue du mouvement Youth for Climate, a qualifié d'historique cette journée de mobilisation mondiale. "Il s'agit d'un signal très fort. Des actions sont menées dans plus d'une centaine de pays. Le mouvement continue de croître", s'est-elle félicitée.
Parmi les manifestants, élèves de secondaire et étudiants du supérieur, devenus coutumiers des rassemblements pour le climat, côtoient cette fois-ci leurs aînés, rassemblés sous les étendards des mouvements "Grands-Parents pour le climat", "Teachers for Climate", ou encore des associations de la société civile comme le CNCD.11.11.11, Greenpeace, Oxfam, Natagora, Amnesty International, Fian et bien d'autres.
Les syndicats colorent également la foule, avec une prédominance de rouge et de vert. Même si ceux-ci n'ont pas déposé de préavis de grève générale comme l'avait souhaité le mouvement "Youth For Belgium", la plupart soutiennent la manifestation à des degrés divers. En queue de cortège, plusieurs partis politiques ont également fait le déplacement, parmi lesquels le PS, Ecolo et le PTB, notamment.
PLUSIEURS MILLIERS DE CITOYENS À MONS
A Mons, le cortège, composé principalement d'étudiants, d'élèves de l'enseignement secondaire, de représentants syndicaux et d'associations de la société civile, s'est mis en marche vers 10h30 au départ de la gare pour converger vers le Marché aux herbes, où la mobilisation doit prendre fin vers 12h30.
Plusieurs actions pour le climat avaient déjà eu lieu à Mons, mais la manifestation de ce vendredi semble de loin la plus populaire, a constaté un journaliste de Belga sur place.

"La pollution atmosphérique tue 800.000 personnes par an en Europe. Si ça continue, on finira par devoir porter un masque anti-pollution pour sortir dans la ville", a souligné une porte-parole, qui a ensuite invité les activistes à se relever "en signe d'espoir et de détermination".
AUSTRALIE: 150.000 MANIFESTANTS DANS LA RUE
Quelque 150.000 personnes, dont beaucoup de jeunes, ont manifesté vendredi dans plus de 50 lieux différents en Australie, dans le cadre de la grève mondiale pour le climat, selon les médias locaux. On a ainsi dénombré 20.000 manifestants à Sydney. Mais les gens se sont aussi réunis à Canberra, Brisbane, Melbourne et Perth.
Vendredi, à l'appel de l'adolescente suédoise et activiste pour le climat Greta Thunberg, 2.052 actions au total ont été ou seront organisées dans plus de 123 pays. Des manifestations importantes ont déjà eu lieu notamment au Japon, en Inde, en Indonésie, en Corée du Sud, à Hong Kong, en Nouvelle-Zélande et même à Vanuatu.
En Europe, de nombreuses marches sont prévues. En Belgique, 33 actions sont programmées, selon Fridays for Future. En Italie, 235 actions sont à l'agenda, en France 216, en Allemagne 199, en Suède 176 et au Royaume-Uni 151.
Plusieurs pays africains sont également mobilisés, notamment en Afrique du Sud, au Nigeria et à Madagascar. Des milliers de jeunes devraient par ailleurs défiler en Amérique du Nord et du Sud. Aux Etats-Unis, 201 événements sont prévus.
La jeunesse française répond à l'appel de Greta Thunberg
"C'est maintenant ou jamais": la jeunesse s'est donnée rendez-vous dans la rue vendredi en France. Des manifestations sont annoncées partout pour réclamer plus d'actions contre le réchauffement climatique.
La mobilisation a commencé dès le matin par endroits, comme à Montpellier sous une forêt de pancartes. Sur le Vieux-Port à Marseille, c'est l'heure des préparatifs avant la marche: "La fonte des glaces, c'est que dans le pastis ! ", "Nique pas ta mer", "Il n'y a pas de planète B" ou encore "Ta planète, tu la préfères bleue ou saignante ? ", lit-on sur des panneaux.
A Paris, l'entrée de la tour de la Société générale à la Défense a été bloquée par des dizaines de jeunes à l'appel du collectif Youth for Climate, qui accuse la banque de financements nocifs à l'environnement dans le domaine de l'énergie. Des ateliers ont été organisés dans plusieurs universités et grandes écoles.
A Clermont-Ferrand, plus de 2.000 jeunes ont défilé derrière une banderole "Mangeons le système, pas le climat". 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
GRETA PROCHAIN PRIX NOBEL DE LA PAIX? 

Greta Thunberg aura sûrement le Nobel de la paix même si l'inventeur de la dynamite, son compatriote doit se retourner dans sa tombe.
Il m'arrive de penser qu'on est tous sur le Titanic et que déjà les musiciens se sont installés pour jouer sur la poupe du paquebot touché à mort. Edgar Morin, ce sage chenu et prophète de la complexité,  estime que tout est foutu à moins que surgisse  une facétie de l'imprévisible.
Et si c'était elle, l'envoyée de l'imprévisible, la petite autiste au visage rond, au regard intense  et à la tresse baladeuse.  La lanceuse d'alerte, la donneuse d'alarme, à la voix aigrelette serait elle la Jeanne d'Arc du climat que la planète attendait? Seul l'avenir nous le dira. Un sursaut éthique est nécessaire, elle nous le dit avec cette voix d'enfant qui s'exprime dans un excellent anglais. " Il faut se battre pour sauver la nature. Mais c’est aussi nous qu’il s’agit aujourd’hui de sauver. Nos civilisations. Notre espèce".
MG  

 
GRETA THUNBERG VERTEMENT CRITIQUÉE SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX À CAUSE D'UNE PHOTO QUI REFAIT SURFACE...
Du haut de ses 16 ans, Greta Thunberg, une jeune Suédoise atteinte du syndrome d'Asperger, est devenue l'égérie de la lutte contre les dérèglements climatiques. Son attachement à la défense de l'environnement et sa virulence à l'égard de l'inaction des politiques en matière de climat a fait des émules. Depuis la diffusion de son discours engagé à la tribune des Nations-Unies lors de la COP24, le 15 décembre dernier, Greta Thunberg est devenue un modèle pour de nombreux jeunes concernés par les enjeux climatiques. Son engagement envers la cause écologiste l'a même propulsée au rang des nominés pour le prix Nobel de la paix ce jeudi 14 mars, alors qu'elle fut, quelques jours plus tôt, désignée femme de l'année en Suède.
La prise de conscience écologiste n'a cessé de s'accroître ces derniers mois face à plusieurs constats accablants, mis en lumière notamment par le rapport du Giec en octobre dernier. Dans celui-ci, des prévisions alarmistes étaient mises au jour, dans la mesure où nous nous engagions vers un réchauffement climatique chiffré à +1,5°C d'ici 2050. Depuis le 2 décembre dernier, jour de la première "marche pour le climat" en Belgique, des milliers de jeunes et moins jeunes marchent chaque semaine pour "sauver la planète". À travers le monde, des marches fleurissent également. Leur inspiration commune? Greta Thunberg.
Mais celle devenue figure de proue de la lutte pour l'environnement ne fait pas l'objet que d'éloges. Sur les réseaux sociaux, l'adolescente a été confrontée à de virulentes critiques depuis sa nomination au prix Nobel de la paix. Certains n'hésitent pas: " Notre société est vraiment foutue, tu sèches les cours (...) et on te propose pour le Nobel de la paix", " Greta Thunberg et la prix Nobel de la paix. L'ère du vide prend tout l'espace", peut-on lire notamment.

Ce vendredi, plusieurs internautes ont mis en doute l'intégrité de l'icône de la lutte pour le climat. Sur une photo non datée, non localisée et diffusée sur Twitter, on peut voir la jeune fille de 16 ans déguster un sandwich à l'intérieur d'un train. Seul hic? La tablette de Greta Thunberg est recouverte d'emballages plastiques, aux côtés desquels se trouvent deux gourdes réutilisables. Il n'en fallait pas moins pour semer la consternation chez certains, qui n'hésitent pas à piquer: " L'icône de l'écologie, #GretaThunberg "bouffe" que du sous plastoc (...) L'écologie bizness a bien fait son endoctrinement prévu il y a des décennies", commente l'un d'entre eux. Néanmoins, rien n'indique où, quand et dans quel contexte la photo a été prise.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
QUE CELUI QUI JAMAIS N'A CONSOMMÉ DES ALIMENTS EMBALLÉS DANS DU PLASTOCHE LUI JETTE LE PREMIÈRE PIERRE. 

Décidément les réseaux sociaux sont, comme la langue d'Esope la meilleure et la pire de choses. Nous y reviendrons avec un post sur le tueur néo zélandais. Il me semble, mais je ne suis sans doute pas objectif, qu'ils sont plus souvent la pire expression des propos du café du commerce. J'en appelle une fois de plus à l'esprit critique et au discernement.
Chacun jugera.
MG

UNE OPINION DE SÉBASTIEN FILORI GAGO, ÉTUDIANT EN DROIT.
La Libre

Une des questions que l’on pose le plus souvent à toute personne un tant soit peu engagée dans la cause environnementale, c’est celle de l’espoir. T’es plutôt optimiste, ou pessimiste ? Cela n'a aucun sens.

Bien qu’il soit normal de la poser, cette question n’a aucun sens. Elle n’a aucun sens, tant elle lisse et rabote la complexité du problème climatique. Il y a plusieurs niveaux sur lesquels le pessimisme et l’optimisme forment des options possibles.
Celui de la raison, d’abord. Demander notre niveau d’espoir sur l’ampleur objective des bouleversements qui nous guettent, c’est comme demander si on pense qu’il va pleuvoir quand des gouttes battent déjà sur les carreaux. Oui, il va pleuvoir. Fort. Et on n’a plus beaucoup d’emprise là-dessus. Et si je comprends que tout le monde n’ait pas envie de plonger les bras dans l’effrayante boue des données sur notre avenir climatique, il faut au moins tuer tout espoir et illusion naïve sur ce point, et avoir le courage de l’admettre : oui, ça va être rude. Ce n’est pas du pessimisme, c’est du réalisme. Se voiler la face sur le plus grand consensus scientifique de l’histoire ne pourra que nous pousser à adopter des stratégies inadaptées à l’immensité du défi. Et à voler de déceptions en découragements.
Mais, et ce mais est capital, si l’on a peu d’emprise sur le déluge qui va nous tomber dessus, on garde un certain contrôle sur notre réaction face à la situation. Va-t-on va paniquer, va-t-on continuer à boire et à manger confortablement jusqu’à la noyade, va-t-on renforcer notre toit, va-t-on prier, va-t-on installer une double serrure, va-t-on laisser rentrer les désœuvrés restés dehors sans parapluie ?
Du plan de la raison, on passe ici à celui de la volonté. "Il faut allier le pessimisme de la raison à l’optimisme de la volonté", écrivit le révolutionnaire italien Antonio Gramsci en 1929. En d’autres termes : ça va être difficile, mais ça ne va pas nous empêcher de faire de notre mieux quand même. Cette phrase, écrite à l’époque en pensant aux luttes socialistes, doit prendre aujourd’hui une résonnance nouvelle pour faire vibrer en tout le monde la corde du courage lorsqu’elle se fait silencieuse. Au-delà des lignes partisanes.
ON N'A PAS D'AUTRE CHOIX QUE D'ESPÉRER
Optimiste ou pessimiste, donc ? Si je n’ai pas le choix d’être pessimiste sur l’étendue des dégâts, je n’ai pas non plus le choix d’être optimiste sur le fait que l’on va toutes et tous faire de notre mieux pour les limiter et s’y adapter. Cela ne veut pas dire qu’il faut être naïvement convaincu que tout le monde cherchera des solutions, ou en trouvera. Cela veut dire que l’on n’a pas d'autre choix que d’espérer, d’y croire.
Parce que sans espoir, que nous reste-t-il ? Si on laissait l’espoir nous quitter, on se laisserait dériver et on viendrait rejoindre les rangs des coupables. Comment serons-nous jugés, si l’on n’essaie même pas ? "Même si je savais que demain le monde tomberait en morceaux, je planterais quand même mon pommier", écrivait Luther. La noirceur des nuages qui approchent ne dispense pas une génération du devoir moral de planter les arbres qui permettront à la suivante d’en récolter les fruits.
LA SURVIE
Si j’ai espoir, c’est aussi parce que l’être humain, s’il a plus tendance que d’autres espèces à se perdre dans les méandres de son esprit tourmenté, finit toujours par se raccrocher hargneusement à son instinct de survie, et à lutter. L’espoir n’est pas un choix. Il fait partie de notre nature.
Si j’ai espoir, c’est aussi parce que ce qui nous concerne aujourd’hui n’est pas une lutte sociale comme une autre, que notre position dans la société nous donne l’obligation de mener ou le luxe de délaisser. C’est la seule lutte qui concerne l’absolue entièreté des êtres qui peuplent notre planète. Il faut se battre pour sauver la nature. Mais c’est aussi nous qu’il s’agit aujourd’hui de sauver. Nos civilisations. Notre espèce. Avec ses atroces défauts, mais aussi avec ses arts, ses histoires, son amour, ses sciences, ses religions, ses sports, ses philosophies… Tout ce qu’elle a produit de beau et de sincère, et qui vaut tout comme la nature la peine d’être sauvé.
UNE FORCE ÉVEILLÉE
De l’espoir, on en a d’ailleurs déjà à se mettre sous la dent. Les enfants du XXIème siècle nous en donnent. Ces enfants qui n’ont pas vécu une seule année sans cette urgence existentielle au-dessus de la tête et qui allument aujourd’hui un des plus grands mouvements de protestation jamais vus. Les adultes aux avant-postes de la lutte depuis des décennies, qui continuent la lutte les poings tendus plutôt que les bras baissés, nous en donnent aussi.
Alliée à un réalisme cynique, une volonté pleine d’espérance, laissant tomber le confort douillet d’une naïveté réconfortante mais aveugle pour enfiler sa tenue de combat, se transforme en une force éveillée, puissante, inarrêtable. Parce qu’elle n’a plus de temps à perdre. Parce qu’elle n’a plus rien à perdre.
Cette force poursuit son inexorable marche en avant le 15 mars 2019. Nous ne défendons pas la nature. Nous sommes la nature qui se défend.
Titre et intertitres sont de la rédaction. Titre original : "La question de l’espoir"
Contribution externe

MARCHE POUR LE CLIMAT 2019 : L'ANTI MAI 68?

Guillaume Dos Santos
Citoyen et jeune père de famille (La Libre Belgique)

L'image d'une jeunesse qui se rebelle contre un système en place a quelque chose d'intemporel, de quasi mythique. Que signifie être jeune, sinon cette impétuosité candide et cet idéalisme brouillon qu'on retrouve à la base de la plupart des mouvements de contestation portés par la jeunesse?

L'un des slogans les plus célèbres de Mai 68. © GéRARD AIME/Gamma-Rapho via Getty Images
On peut critiquer à l'envi le manque de cohérence de ces jeunes qui manifestent le jeudi matin pour retrouver l'après-midi les habitudes de consommateurs grégaires qu'on attend d'eux. On pourrait ergoter sans fin aussi sur le fait que cette manifestation ait lieu pendant les heures de cours -et je crois sincèrement que c'est une critique qui est légitime et dont on aurait tort d'abandonner le monopole aux réactionnaires grincheux. Mais on ne devrait pas oublier que c'est le propre de la jeunesse que de se montrer prompte à la désobéissance, et que c'est aux adultes qu'il appartient de l'éduquer à la cohérence et à la rationalité.
C'est par souci de cohérence, et dans une quête de rationalité, que j'ai voulu m'intéresser à l'essence du message des marches pour le climat. Un mouvement dont il convient de saluer la persévérance, quand l'époque est au pessimisme et au découragement ; l'idéalisme, quand le pragmatisme macronien et l'obsession du chiffre sont constitutifs de l'esprit de notre temps ; l'engagement, enfin, qui répond au chacun pour soi festiviste et individualiste des décennies passées. "Chacun chez soi, et les hippopotames seront bien gardés" était l'injonction d'hier, mais les jeunes qui marchent aujourd'hui à Bruxelles et ailleurs ont compris que nous habitions tous une maison commune.
Ce qui distingue Mai 68 et les marches de 2019 : le concept de limite
Certains ont pu comparer ce mouvement à Mai 68, à tort selon moi. En 68 comme aujourd'hui, on entend une certaine remise en cause de l'ordre établi, la critique d'un système qualifié de capitaliste et d'un mode de vie consumériste. Mais la ressemblance s'arrête plus ou moins là.
La réaction du monde politique, en elle-même, est assez révélatrice de l'esprit du temps : répression en 68, récupération en 2019. La jeunesse de 68 bloquait les universités et jetait des pavés sur les CRS, tandis qu'aujourd'hui les écoles ne sanctionnent pas les absences répétées des élèves et que toute l'élite actuelle cherche à s'associer au mouvement en cours, non sans se faire gronder face caméra par une adolescente de 16 ans.
Ce qui distingue fondamentalement les deux mouvances, si l'on peut les qualifier ainsi, c'est en réalité le concept de limite. Les jeunes qui marchent aujourd'hui ont pris conscience de la finitude de nos ressources et des limites qui sont les nôtres. Une attitude qui tranche avec celle des révolutionnaires de 68 qui appelaient à "jouir sans entrave" et scandaient qu'il était "interdit d'interdire". Mai 68, de par ses idéaux libertaires, a constitué une remise en cause profonde de l'autorité et de tout ce qui pouvait représenter une contrainte, une entrave, une limitation aux aspirations individuelles.
Aux utopies anarchistes de l'autogestion généralisée a succédé aujourd'hui une génération qui demande à l'État d'agir pour préserver un écosystème menacé. Ce sont deux attitudes radicalement différentes : l'une s'attache à une jouissance individualiste et débridée, l'autre cherche à s'organiser ensemble pour préserver notre maison commune, dont les équilibres sont menacés par l'activité humaine.
Un être fini dans un environnement limité
L'homme est un être fini dans un environnement limité. C'est autour de cette notion de limite que devrait s'articuler l'écologie.
Une notion qui appelle à la sobriété des modes de vie, à l'humilité de nos sociétés face à la beauté de la création et au respect des équilibres du vivant, en ce compris ceux de nos propres corps.
(...)
Tout est lié. Et si tout est lié, on ne peut disséquer le rapport au réel de l'être humain en ses composantes environnementale, sociale et bioéthique. Ces trois relations qui affectent l'être humain - avec son environnement, avec la société et avec lui-même - doivent s'appréhender de concert, dans une inlassable quête d'harmonie. Tout est lié. Et c'est le sens même du mot "écologie" que de chercher à appréhender les contraintes, c'est-à-dire les limites, qui sont constitutives de cet équilibre qui noue les choses ensembles.
S'ÉMERVEILLER À NOUVEAU
Face au paradigme technocratique, au sein duquel la Nature n'est perçue que comme un bien à conquérir, transformer et vendre, il convient enfin d'opposer une autre attitude : celle de l'émerveillement. (...)