lundi 29 mars 2021

Comment mettre à l’arrêt un pays à l’arrêt?


Une grève par temps de pandémie… Nous allons observer si et comment une coronagrève peut peser sur le pouvoir politique et patronal.

Ce lundi, les transports en commun vont arrêter de transporter des gens qui en grand nombre ne peuvent plus se déplacer en raison de la pandémie. Etrange! 

Par Béatrice Delvaux Le Soir

Une grève par temps de pandémie, quasi au jour 1 du troisième confinement, voilà qui suscite d’abord et avant tout de la curiosité. Mais comment donc mettre à l’arrêt un pays à l’arrêt ? Comment appeler des gens qui n’en peuvent plus d’avoir arrêté le travail, ou de ne plus travailler qu’à moitié ou par intermittence, à faire une pause sociale et solidaire ?
Ce sont les premières questions que pose le mouvement syndical de ce lundi : quel succès aura cette grève si particulière et comment les syndicats et les patrons vont-ils en mesurer les effets ? Comment imaginer des trains, bus, métros et trams à l’arrêt alors qu’il n’y a plus école, de travail au bureau et de shopping, dans un espace-temps qui ressemble au mieux à une troisième semaine de vacances de Pâques, au pire à des mois de « journées de grève sans fin » ?

Ce lundi, les transports en commun vont arrêter de transporter des gens qui en grand nombre ne peuvent plus se déplacer, non pas à l’appel des syndicats mais sur ordre du gouvernement et de leur employeur : voilà qui ajoute de l’étrange à l’étrange. Et donc, oui, nous allons d’abord observer si et comment une coronagrève peut peser sur le pouvoir politique et patronal.
La précarisation s’est accrue
Ce ne sont pourtant pas les sujets de mécontentement, de frustration et d’inquiétude qui manquent. La précarisation s’est accrue au fil des mois, on ne cesse plus d’évoquer ceux, étudiants compris, qui recourent au CPAS et aux banques alimentaires, ces artistes qui n’ont plus de revenus et de perspectives, les commerçants et les indépendants qui rejoignent leur personnel dans les fins de mois difficiles. Le rôle fondamental des syndicats, très discrets politiquement durant ces mois de pandémie, s’est aussi réaffirmé pour des employés ou des ouvriers actifs dans des petites structures exposés au bon vouloir de patrons pas toujours décidés à respecter les mesures sanitaires ou l’obligation de télétravail.
Concertation sociale indispensable
Le syndicat exerce un pouvoir qui est né de la nécessité de faire respecter des droits, des conditions de travail et un équilibre aussi dans la répartition des revenus. Pas sûr que cette grève soit le meilleur moyen de rappeler cette triple nécessité mais le message de fond demeure : la concertation sociale est indispensable à l’équilibre et la prospérité d’une société. C’est encore plus vrai aujourd’hui alors que solidarité, dialogue et échange doivent être les maîtres-mots pour garantir une gestion de sortie de la pandémie qui veille à réparer les dégâts humains, sociaux et économiques dont on va seulement mesurer l’ampleur.
On aura besoin d’intelligence collective pour l’après-covid, pas de schismes sociaux.
Grève nationale sur les salaires: c’est le blocage à tous les étages
Par Pascal Lorent
Le pays est en grève ce lundi. La FGTB et la CSC réclament que la norme salariale de 0,4 % négociée dans le cadre de l’Accord interprofessionnel n’ait qu’une valeur indicative. Les patrons refusent. Quant au gouvernement, il temporise.

A la SNCB, plus de la moitié des trains devraient circuler mais la plupart des trains P (heures de pointe) seront supprimés. - Belga.
Il existe une expression pour résumer la situation de la concertation sociale : dialogue de sourds. Raison pour laquelle la Belgique confinée est également en grève ce lundi. Un mouvement mené dans le contexte particulier, en raison du respect des règles sanitaires (pas de grands rassemblements sauf ceux autorisés par les bourgmestres et des piquets ne réunissant que quatre affiliés par syndicat), difficulté d’organiser un mouvement en télétravail, et obligation de préserver les hôpitaux.
Côté syndical, on refuse de discuter sur la base de la marge salariale définie par le Conseil central de l’économie (CCE) à la mi-janvier : 0,4 %. « Des cacahuètes », estime le front commun syndical au regard des dividendes versés par certaines entreprises et d’indicateurs démontrant la reprise de l’activité économique. Le banc syndical dénonce le corset de la loi de 1996 sur la sauvegarde de l’emploi et de la compétitivité, dont les termes ont encore été durcis en 2017. FGTB, CSC et CGSLB réclament que cette marge n’ait plus qu’une valeur indicative. A respecter dans les secteurs en difficulté mais que l’on pourrait dépasser dans ceux qui ont profité de la crise sanitaire pour engranger des bénéfices. Face au refus patronal, les syndicats socialiste et chrétien (mais pas le libéral) ont choisi de mener une journée d’actions, ce lundi 29 mars.
« La loi, c’est la loi »
Côté patronal, on refuse de déroger à cette norme fixée par le législateur. Au nom de la compétitivité des entreprises et la préservation de l’emploi, en invoquant le recul du PIB enregistré en 2020. « La loi, c’est la loi ». Et comme les employeurs conditionnent l’approbation de la répartition de l’enveloppe bien-être à la conclusion d’un Accord interprofessionnel (AIP), ce sont non seulement les hausses salariales mais aussi celles des allocations sociales et des basses pensions qui restent bloquées.
A lire les entretiens ci-dessous, il apparaît que chacun campe sur ses positions. Chacun défend sa logique, sans envisager un pas vers l’autre. Et si employeurs et syndicats estiment qu’un accord est possible, c’est à la condition que l’autre camp rejoigne sa logique.
Dans ce contexte, la patate chaude revient au gouvernement. L’accord de majorité ne permet pas de revoir la loi de 1996. Mais il offre la possibilité au ministre de l’Emploi d’agir par circulaire ministérielle et arrêté royal. A condition d’obtenir l’accord de ses partenaires de majorité. Or le consensus reste à ce stade improbable. L’aile droite du gouvernement relaie le point de vue patronal ; l’aile gauche se fait l’écho de la thèse syndicale.
Avec le risque d’accoucher d’un compromis bancal qui ne contentera personne. Ou son absence, qui mettrait à mal le modèle de concertation sociale à la belge, déjà malmené par le rejet du précédent AIP.


COMMENTAIRE DE DIVECITY
ET SI IN FAISAIT LA GREVE DE LA GREVE ?

Non ce n’est pas une histoire belge. Mais si je vous assure !
Ils avaient inventé les vareuses rouges (CGSP) ou vertes (CSC) ou bleues (CGSLB) pour s’ identifier. Pour se compter surtout comme le font les gilets jaunes ou les musulmanes voilées. Toujours la recherche de l’identité dans la solidarité. On le sait désormais les rouges , comme les verts sont largement noyautés par le PTB qui fait de l’entrisme partout où il peut. « Le syndicat exerce un pouvoir qui est né de la nécessité de faire respecter des droits, des conditions de travail et un équilibre aussi dans la répartition des revenus. Pas sûr que cette grève soit le meilleur moyen de rappeler cette triple nécessité mais le message de fond demeure : la concertation sociale est indispensable à l’équilibre et la prospérité d’une société »
Les syndicats ne se renouvellent pas, ils sont ringards et conservateurs dans leur modus operandi qui n’engendrent que lassitude et ennui. Que faire pour sortir de ses rails vieux d’un siècle admirablement caricaturés par Kroll, comme d’hab ?
MG 



 

jeudi 25 mars 2021

Georges-Louis Bouchez: "Ce nouveau lockdown est un triple échec"


Les libéraux francophones acceptent mal les nouvelles mesures annoncées mercredi à l'issue du comité de concertation.

Ils évoquent clairement un nouveau "lockdown" qui selon, le président du MR, Georges-Louis Bouchez, est la conséquence d'un "triple échec". "Ce nouveau lockdown est un triple échec. Il est aussi regrettable que le fardeau pèse essentiellement sur la Belgique qui travaille. Il faut des données objectives pour apprendre à vivre avec le virus et surtout accélérer la vaccination", a-t-il déclaré sur Twitter.
Le MR vise tout à la fois la stratégie mise en oeuvre et la vaccination. Il constate un manque d'adhésion, beaucoup d'efforts fournis jusqu'à présent mais une absence de résultats. Il épingle aussi un manque d'études scientifiques et de chiffres permettant de déceler l'impact des mesures prises ou à prendre. A ses yeux, il aurait fallu penser à des mesures simples et claires susceptibles d'avoir un impact. Le MR regrette enfin que ce soient toujours les mêmes qui paient sans avoir de perspective. Il note à cet effet que l'échéance du 1er mai évoquée jusqu'à présent pour la relance de l'horeca et d'autres secteurs d'activité n'a plus été citée vendredi.
L'ex-ministre des Indépendants, Denis Ducarme, s'est montré encore plus direct. "Ce lockdown qui ne veut pas dire son nom, c'est une nouvelle promesse de larmes et de sang pour les Belges qui ont besoin de travailler", a-t-il lancé sur Twitter.
Interrogé par le Vif, le député a affirmé que sa confiance dans le comité de concertation -où siègent pourtant trois ministres de son parti (Wilmès, Jeholet, Clarinval) était "ébranlée". "Il m'est très difficile de soutenir ces décisions", a-t-il ajouté. "Quelque chose s'est cassé pour nous. On ne parle pas encore de rupture de confiance mais nous avons vraiment le sentiment de n'avoir pas été entendus alors que trois membres libéraux se sont exprimés au comité de concertation".
Dans la majorité, les réactions n'ont pas manqué pour ce qui semble à certains un manque de solidarité.
"Les décisions du Codeco sont dures et vont encore impacter davantage de nombreux secteurs qui sont déjà en souffrance. Ces décisions ont été prises collectivement et les flinguer a posteriori quand on y a participé n'est ni responsable ni à la hauteur des enjeux", a déploré le chef de groupe Ecolo-Groen à la Chambre, Gilles Vanden Burre.
Intervenant dans un débat en commission de l'Intérieur, le député Hervé Rigot (PS) s'en est pris aux "cavaliers fous" dont les tweets sapent l'adhésion de la population. "Je dis stop", a-t-il ajouté.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
"QUELQUE CHOSE S'EST CASSE POUR NOUS »

Pourquoi désespérer Billancourt ?
« On ne parle pas encore de rupture de confiance mais nous avons vraiment le sentiment de n'avoir pas été entendus » Bouchez
 Alors qu'il était en plein compagnonnage avec le PCF, dans les années 1950, Sartre rétorqua à des critiques de gauche qu' « il ne faut pas désespérer Billancourt », voulant signifier par là qu'il ne faut pas forcément dire la vérité aux ouvriers, de peur de les démoraliser. Sartre savait aussi faire son jésuite.
Les déclarations des deux grandes gueules du MR Bouchez et Ducarme sont de nature à désespérer les démocrates les plus motivés. 
C’est quoi ces deux matamores qui désavouent publiquement le gouvernement dont ils font partie ? 
Le citoyen belge moyennement démocrate n’en peut plus. Il est écoeuré par le festival de contradictions et de disfonctionnements, par  la manière dont la Vivaldi manage la crise sanitaire la plus déstabilisante de l’après guerre. 
Si Ducarme et Bouchez sont cohérents, ils doivent arracher la prise de ce gouvernement, ce qui provoquera le chaos, des élections anticipées  et la montée en flèche des partis les moins démocratiques entraînant l’impossibilité de former une nouvelle majorité fédérale.
 "Un ministre ça démissionne ou ça ferme sa gueule", c'est une phrase dont vous vous souvenez, c'est vous qui l'avez prononcée.. ."
Jean-Pierre Chevènement : "Je l'ai prononcée le jour où j'ai quitté le gouvernement...où j'avais décidé de quitter le gouvernement en 1983. J'ai toujours eu une certaine conception...je dirais un certain sens de l'Etat"
Le sens de l’Etat, c’est  précisément ce qui manque le plus à nos gouvernants. Voilà qui plonge notre pays dans  la pire des crises : la crise de confiance à l’égard de l’Etat.
MG



lundi 22 mars 2021

Une Bourse Jacques De Decker pour la curiosité


Un prix qui célèbre l’enthousiasme en littérature : l’hommage de Passa Porta à l’homme de lettres, disparu l’an dernier.

Par J.H. Le Soir
Il y a presque un an que nous quittait l’écrivain et ancien journaliste du Soir Jacques De Decker, le 12 avril 2020. Auteur, traducteur, adaptateur, animateur, ce passionné défenseur des lettres, actif au conseil d’administration de divers théâtres, incontournable du jury du Prix Rossel, secrétaire perpétuel de l’Académie Royale de Langue et de Littérature Françaises de Belgique, fut également un président hors du commun à Passa Porta, le temple bruxellois de la littérature.
Parce qu’il était « une véritable passerelle entre les langues et les cultures », Passa Porta a décidé, en ouverture de son festival bisannuel, de lui rendre hommage avec la création d’un prix portant son nom : la Bourse Jacques De Decker – ode à la curiosité. Une bourse créée « pour perpétuer l’insatiable curiosité de ce pilier du monde littéraire en soutenant l’enthousiasme au-delà de la frontière linguistique et de nouvelles façons de rendre vivante la littérature. »

Ce dimanche 21 mars, un appel à candidatures a été lancé à destination de tous les jeunes créateurs et créatrices littéraires (jusqu’à 35 ans) : auteurs et autrices, traducteurs et traductrices, éditeurs et éditrices mais aussi podcasteurs et podcasteuses, DJ’s, créateurs et créatrices de jeux (vidéo et autres), etc. Pas de limite à la créativité.
Les candidat.e.s devront rendre une description de leur projet sous la forme de leur choix (à condition qu’il puisse être examiné par le jury) et un budget y attenant d’ici le 30 juin prochain. Le jury se réunira alors pour élire le projet répondant selon lui le mieux aux critères suivants : le caractère novateur du projet, son impact pour le public, sa durabilité, son aspect participatif et le fait qu’il crée réellement de nouveaux échanges par-delà la frontière linguistique.
Le Prix sera doté de 5.000 euros et la réalisation du projet choisi pourra être accompagnée par l’équipe de Passa Porta.
Avec cette initiative, amenée à être renouvelée chaque année, la maison internationale des littératures à Bruxelles souhaite célébrer « l’infatigable curiosité de Jacques De Decker, la revendiquer en héritage et continuer, comme il l’a fait toute sa vie, à défricher de nouveaux talents et créer des ponts entre les deux communautés linguistiques de notre pays. »


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« UNE VERITABLE PASSERELLE ENTRE LES LANGUES ET LES CULTURES »

C’est l’évidence : Jacques De Decker est littéralement et littérairement un passe-muraille irremplaçable.
Par un singulier hasard dont la vie a le secret, en revenant en voiture des funérailles de notre ancien professeur de néerlandais Sera De Vriendt, Jacques, un ami de plus de septante ans, m’incita fortement à lire Cynthia Fleury. « Il n’y a pas de hasards » disait C.G. Jung « seulement des synchronicités. » Hasard ou synchronocité, j’abordai l’œuvre de Cynthia Fleury par les « Les Irremplaçables » ou l’expérience de l’irremplaçabilité pour préserver la démocratie.
« Tu n’es pas irremplaçable ! » Qui ne s’est jamais vu renvoyer cette phrase à la figure ? Dès l’enfance, puis dans les relations familiales, professionnelles, voire amoureuses, la formule est répétée à outrance. Contrairement aux idées reçues, la dynamique d’individuation ne s’oppose en rien à l’épanouissement de la démocratie. Individuation et démocratie sont inextricablement liées.
Mais qu’avait donc de si irremplaçable Jacques De Decker ? La réponse est donnée par Jean Weisgerber son professeur de littérature néerlandaise à l’Université libre de Bruxelles qui découvre chez son étudiant de 22 ans son irremplaçable singularité.
« Tu aurais pu faire carrière à l’université. Bruxellois, tu manies avec une égale facilité nos deux langues nationales. Ton mémoire de licence, édité en néerlandais (Over Claus’ toneel) fit date ; tu ébauchas une thèse de doctorat ; tu devins mon assistant. Et tout en enseignant, tu organisais avec autorité séminaires, rencontres, interviews, tentant toujours de jeter des ponts entre ce que l’on appelle aujourd’hui des « communautés linguistiques ». Ta plume te démangeait et tu avais envie de la laisser courir à sa guise, renonçant aux vérifications, aux fiches, à ces fatras de dossiers qu’exigent les études littéraires. Chacun essaye de planter ses passions dans le meilleur terreau-sans toujours y réussir. Pour toi, l’heure du choix -créer ou commenter ?- sonna lorsque je te chargeai d’une recherche, que tu déclinas. Puis-je te dire que je suis heureux de t’avoir aidé par là, fût-ce négativement, à trouver ta voie. 
Tu m’écrivais : « je sens bien que le travail scientifique, sa rigueur et sa permanence me sont indispensables, que c’est seulement en m’imposant à nouveau cette discipline que je compenserai mes tendances à la dissipation. Il faut que je m’astreigne à approfondir les choses, à ne pas me contenter de les effleurer ou de les rêver ».
Mais cette lettre « eines jungen Dichters », étonnamment lucide, contenait aussi cette confession, capitale : « Depuis des mois, je m’aperçois que ce genre de travail- prudent, méticuleux, lent-s’inègre malaisément dans la vie que je mène…Mon temps est si morcelé, si atomisé, que je me retrouve avec des bribes d’heures qui suffisent à pondre un article de journal, pas une étude de longue haleine ». Ton choix a été judicieux : il t’était dicté par ce que tu savais de toi-même.     
On a tout dit des talents multiples de Jacques de Decker mais on a trop peu souligné la singularité de son « double Je » (Pivot). JDD se disait « d’ascendance flamande et de descendance francophone ». Ascendere ad unitatem nous conseillait Paul Briot, notre prof de latin à l’Athénée Blum. Ce fut la devise de Jacques et ce devrait être celle de l’Europe. C’est que, comme les moins mauvais d’entre nous, il incarnait la double culture romane et germanique qui fait la singularité et osons le dire « l’irremplaçabilité » de notre chère belgitude patrie du surréalisme. La « surréalité » est faite de deux réalités qui en engendrent une troisième comme la synthèse naît de la fusion entre la thèse et l’antithèse. Issu d’une famille ninovite catholique émigrée à Schaerbeek, Jacques fut initié à la langue et à la culture française par ses excellents professeurs de l’Athénée Blum exactement comme le furent Verhaeren, Maeterlinck ou Van Leerberghe au Collège Sainte Barbe de Gand. 
Le vrai drame de la Belgique, c’est précisément qu’il n’y eut qu’un seul Jacques De Decker qui mit tout son charme, son talent et sa fougue au service de sa double culture et de son identité multiple.
Bruxelles est certes la ville la plus cosmopolite au monde après Dubaï mais le Bruxellois est généralement encaqué dans son unilinguisme obstiné volontiers allergique à tout ce qui est flamand qu’il regarde avec le mépris qu’on affiche pour je ne sais quel relents collaborationnistes réels et/ou imaginaires. 
Il partageait cette singularité avec son autre professeur de néerlandais schaerbeekois, le surdoué  André Delvaux dont peu de francophones imagineraient l’ascendance flamande. C’est que l’enseignement francophone bruxellois  foncièrement assimilationniste, était volontiers méprisant pour qui a la moindre trace d’accent.
Jacques De Decker était conscient de cela plus que personne et il y répondait avec un sourire lunaire, une irremplaçable candeur et une diction française frisant la perfection.
Oser l’expérience de l’irremplaçabilité est un acte courageux dont l’enjeu est relationnel : il s’agit de construire avec l’autre une responsabilité, de s’engager activement dans une dynamique de décentrement pour faire lien avec le monde, avec les autres, pour se lier au sens et donc à la réalité. 
Mais attention, n’est pas irremplaçable qui veut ou qui aimerait bien :
« Connaître et se connaître soi-même implique un risque, un prix, celui douloureux de prendre conscience du manque, de la stupidité, voire de l’absurdité du sujet, mais qui, grâce à l’imagination et à l’humour peuvent être retournés et sublimés. »
Passa Porta a le grand mérite de vouloir jeter des ponts entre les cultures quand la tendance est à construire des murs. Elle rend un superbe hommage à son ancien président, hors du commun, du temple bruxellois de la littérature cosmopolite.
Il y a plus grave que  de perdre un ami, fût-il irremplaçable, ce serait de  ne pas l’avoir connu.
Marc Guiot 

Cynthia Fleury, Les irremplaçables, Gallimard, 224 p., 16.90 euros. sortie le 3 septembre 2015.

UNE JEUNESSE SCHAERBEEKOISE OU LES ANNEES D’APPRENTISSAGE DE JACOBUS DE DECKER
Il a beau nous avoir faussé compagnie, il est toujours là et bien là, Jacques l’artiste, sculpteur de sa vie, comme Goethe, Joyce, Brecht ou Claus qu’il admirait.
Je ne connais personne qui ait su à ce point magnifier ses talents de jeunesse, ses précieux dons d’enfance.
Un accident stupide, gamin il fut trainé par un chauffard sur des dizaines de mètres, lui fit revivre en un instant sa jeune vie la transformant en destin. Il serait artiste comme son père ou rien.  Il le décida ce jour-là. Il n’avait pas dix ans.
 Fils de Luc, portraitiste flamand du roi Baudouin-les fameux billets de vingt franc- des excellences bruxelloises, des paysages brabançons et de Mariette, maîtresse femme, institutrice de son état qui rêvait que son aîné devînt médecin. « Ne m’empêche pas, maman, de devenir artiste » lui disait-il, exaspéré, quand elle faisait trop monter la pression. Grand lecteur, il fit la leçon à sa chienne qui lui esquinta une jolie reliure de Georges Bernard Shaw : Non, Lola on ne mange pas les livres, on les dévore. 
Il rencontra à l’athénée Fernand Blum de Schaerbeek des maîtres à penser, à vivre, à douter et surtout à chercher : le cinéaste André Delvaux, le peintre Jo Delahaut et ses professeurs de Français, Paul Delsemme, dit Polle l’éveilleur , qui lui fit croiser Ionesco et Etiemble ; Frans François, dit le Susse par antiphrase, fou de Stendhal et de Paul Valéry (Le vent se lève, Il faut tenter de vivre) et sosie de Gérard Philippe. Quand ce dernier décéda inopinément, le Susse qui lui ressemblait comme un frère, prit le grand deuil et prononça au débouté, cravaté de noir devant ses rhétoriciens médusés, un éloge funèbre du comédien digne des harangues de Malraux au Panthéon. Ce n’était pas un cours de français, c’était un spectacle, commentera Charles Flamand, alias Frédéric Baal grand ami de Jacques, lui aussi blumien de coeur.
Adolescent, avide de rencontres, il échangea à la maison des Arts, aux dominicales du distingué éditorialiste et bourgmestre Gaston Williot, avec le grand Magritte, le facétieux Michel Simon, la belle Michèle Morgan et le gratin de la schaerbeekoise intelligentsia. 
Luc De Decker l’immortalise jeune homme en costume cravate, un livre ouvert à la main, à côté de son frère, le futur sénateur et ministre Armand en blouson de daim, nonchalant, la cigarette à la lèvre.
Il avait l’œil du peintre, la plume du poète, la fougue journalistique, la gouaille du critique inspiré, la finesse des bons traducteurs et surtout la verve souriante et la voix suave, enjouée du causeur accoudé à la cheminée.
Jacques écrivait à treize ans pour le journal de l’athénée des critiques de cinéma de bon niveau, en classe de poésie, il prépara pour ses petits camarades de classe une conférence ambitieuse sur l’œuvre romanesque de Marcel Proust tout en montant une soirée littéraire comme on en revit jamais sur la scène de Blum.  Il y créera, un an plus tard le Ménage de Coroline avec dans le rôle titre la lycéenne Véronique De Keyser, future députée européenne et actuelle présidente du CAL, un inédit de Michel de Ghelderode, autre Schaerbeekois mythique à qui il consacra, encore lycéen, un numéro complet de Marginales. Il inventa avec quelques copains fous de théâtre -une rhéto de rêve - avec André  Lheureux et le futur avocat du roi et chroniqueur du Soir Alain Beerenboom - le Théâtre de l’Esprit frappeur en souvenir d’un mécanisme infernal monté par les potaches chahuteurs sous le plancher de la classe de latin,  un stalag provisoire installé dans la cour de récréation dont le titulaire était un horrible pion : 
« Messieurs j’entends comme un esprit frappeur !» 
Aristide Berré, le plec, préfet de droit divin à la dégaine de Maigret,  exigeant mais tolérant, ne prit pas de sanction. Le beire  était au premier rang avec ses fans quand il mit en scène La Cantatrice Chauve en 1963, rue Josaphat dans les caves où papa Lheureux entreposait ses bobines de cinéma.  
Issu d’une famille catholique, Jacobus fera, comme il disait, son chemin de Damas à l’envers en écoutant une conférence à Blum sur l’existentialisme et le mythe de Sisyphe prononcée par son prof d’histoire, Raymond Rifflet, dit le Riffle, futur bras droit de Jacques Delors. C’était cela le Fernand Blum des années soixante : un brûlot élitaire de pensée libre et d’insolence policée. Paul Boons, dit le Cabbe de Boons Espérance, enseignait la philosophie sans sourciller dans un chahut indescriptible. Roger Marlé, le Roje, professeur d’anglais maniéré, toujours tiré à quatre épingles à la diction très BBC English exigeait de ses élèves  une prononciation parfaite.  Maurice Weyembergh, dit  Mauritius, barbe courte des philosophes,  heideggérien avant tout le monde, inconditionnel de Hannah Arendt ,futur professeur à la VUB et éditeur de Camus dans la Pléiade, y enseignait le néerlandais comme André Delvaux du reste quand il n’animait pas sa classe de cinéma.  Ajoutons que cette brochette d’enseignants excentriques et sûrs de soi -nous sommes le corps professoral d’élite -arboraient des tronches ensoriennes comme celles des inoubliables caricatures des profs de Fellini dans son Amarcord. 
C’est bien avant le règne funeste de Roger Nols que Jacques adolescent croisait dans le hall de l’austère maison au 35 de la rue de l’Est –ex oriente lux- les  Vlaemsche koppen  des écrivains flamands qui venaient se faire faire le portrait dans l’atelier du peintre De Decker. Jacques se sentait flamand francisé à la manière de ses ainés gantois issus de Sainte Barbe : Verhaeren, Maeterlinck, Rodenbach et Van Lerberghe.
Cinquante ans plus tard il improvisera à la maison communale de Schaerbeek pour quelques happy few une causerie sur ses auteurs flamands préférés à partir des esquisses préparatoires au fusain de Luc : un moment de grâce. Bel hommage de l’artiste du verbe à son papa artiste peintre à l’occasion d’une rétrospective de son œuvre.
A l’université de Bruxelles JDD, eut pour maître le grand néerlandiste Jean Weisgerber qui lui présenta Hugo Claus dont il deviendra un proche. André Delvaux, son ami et compagnon de promotion imposera l’érudit et élégant dandy à  la pipe - pijp en boek- comme modèle à Yves Montand pour son rôle de composition d’un prof de linguistique dans son meilleur film, un soir un train. 
Surtout, JDD fut le disciple de l’immense germaniste français Henri Plard (ULB), prince des lettres allemandes et traducteur inégalé notamment de l’œuvre d’Ernst Jünger dont Jacques, lui-même traducteur et surtout adaptateur talentueux, se préparait à éditer les inédits avant que la grande faucheuse ne le surprît dans un taxi. Il avait le projet d’écrire une vie de l’auteur de l’opéra de quat sous, ainsi qu’un opéra brechtien inspiré de La bonne âme de Se-Tchouan. Il rêvait de publier les papelards de Plard pour révéler à la République des Lettres un grand érudit de la stature de Georges Steiner sans s’avouer que lui, Jacques De Decker, en était un autre.

Marc Guiot septembre 2020

vendredi 19 mars 2021

Le MR tente de reformer une alliance avec Défi: dans quel but et avec quelles chances d'aboutir?


La Libre Belgique

Les libéraux seraient-ils en proie à la nostalgie ? Certains d’entre eux rêvent de plus en plus fort à cette époque glorieuse où, alliés au FDF (devenu Défi), ils obtenaient 30 % des voix aux élections régionales bruxelloises de 2009. Depuis la fin de cette union, sacrifiée en 2011 sur l’autel de la scission de BHV, le MR a dû s’habituer à ne plus être la première formation dans la Région-Capitale. Pourtant, si l’on additionne les résultats de Défi et du MR dans les plus récents sondages, l’ancienne fédération dominerait le Parlement régional. " On n’a jamais été plus forts que lorsque nous étions en cartel, confie un MR. Et les difficultés que l’on a connues sont du passé."(…)


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
VOILA QUI EST TOUT A FAIT SURREALISTE.

Georges Louis Bouchez, dauphin de Charles Michel fils, a été élu président du MR par la tendance dure et néolibérale du MR contre la candidate  Christine Dufraigne dont plus personne ne parle désormais et qui incarnait le courant social-libéral du parti bleu. La première chose qu’aie proclamée François De Smedt en accédant à la présidence de Défi c’est son adhésion au libéralisme social cher à Louis Michel le père.   On imagine donc difficilement un rapprochement entre Bouchez et De Smedt qui sont comme l’eau et le feu. 
Georges Louis Bouchez rêve éveillé. Ce n’est pas la première fois et sans doute pas la dernière.
MG

mercredi 17 mars 2021

Le télétravail aurait fait grimper la productivité des salariés de 22 %


Selon les calculs de l’institut Sapiens, cette efficacité a notamment contribué à préserver plus de 200 milliards d’euros de PIB en 2020.
Par Hayat Gazzane
 
La motivation des salariés en télétravail serait plus importante. Marguerite De Valois / stock.adobe.com
Le télétravail rend les salariés plus efficaces. C’est ce qui ressort de l’étude publiée ce lundi par l’Institut Sapiens et mise en lumière par Le Parisien. Selon le think tank, la productivité des employés travaillant à distance a augmenté de 22 % lors des épisodes de confinement.
Les raisons sont multiples. Parmi elles, une réduction des « distractions et perturbations », selon les auteurs, telles que les pauses-café, les déjeuners à rallonge, les multiples réunions ou les bruits environnants. Le temps de trajet économisé s’est par ailleurs transformé en temps d’activité ou en temps de sommeil économisé, permettant aux salariés d’être en meilleure forme.
Conséquences positives sur le PIB
Autre élément positif : le travail à distance permettrait d’augmenter la motivation et la responsabilisation des salariés. Ces derniers ont par ailleurs une meilleure gestion de leur emploi du temps. Les auteurs de l’étude pensent également que le télétravail permettrait de résoudre « les nombreux dysfonctionnements managériaux », souvent source de conflit ou d’absentéisme.
Ces effets positifs ont eu des conséquences économiques concrètes depuis que le télétravail s’est imposé aux Français l’an dernier, assure l’institut Sapiens. En permettant aux entreprises de poursuivre leur activité avec des gains de productivité, le télétravail aurait ainsi permis de sauvegarder entre 216 et 230 milliards d’euros de produit intérieur brut (PIB) en 2020. La fourchette se situerait entre 167 et 173 milliards de PIB lors du premier confinement, et entre 49 et 57 milliards lors du second, en novembre.
Effets pervers
Mais attention : le télétravail n’est pas forcément la panacée. S’il s’impose sur le long terme, sans suivi, il pourrait à terme avoir l’effet inverse en entraînant une perte de productivité pouvant aller jusqu’à 20 %, préviennent les auteurs. De nombreux salariés, lassés d’être tenus éloigné de leur bureau et de leurs collègues, font état de leur mal-être. Une enquête Harris Interactive publiée le mois dernier indiquait une augmentation du sentiment d’isolement, de stress et d’angoisse parmi ceux qui télétravaillent.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LES PARADOXES DU TELETRAVAIL
Q
Je n’en reviens pas. Moi le provincial  qui monte à Bruxelles de temps en temps en voiture,  n’y comprends plus rien : on entre à Bruxelles le matin sans files, sans bouchons et on pénètre dans une ville fantôme où tout le monde avance masqué et roule au pas. Est-ce que je rêve ?
Et voici que je découvre ceci : le télétravail qui désencombre les autoroutes et les voiries municipales augmenterait paradoxalement la productivité.  C’est une vraie métamorphose !
Faut-il s’en réjouir et/ou redouter les retombées négatives de cette situation : manque de contacts sociaux, de distractions, d’interactions multiples sociales et culturelles…
Surtout, les travailleuses et travailleurs à distance finiront par se lasser de l’éloignement et gagnés par la dépression.
Nous somme entrés dans l’ère du totalement différent qui exigera de nous tous un mode de vie très différent. Saurons-nous nous y faire ?
Je crains que nous nous n’aurons pas le choix.
MG 

mardi 16 mars 2021

De Bleeker: "Nous allons devoir nous serrer la ceinture les 10 prochaines années"


Le Vif
"Nous allons devoir nous serrer la ceinture les dix prochaines années", a décrit la secrétaire d'État au Budget Eva De Bleeker (Open Vld) lors d'une conférence sur le numérique dans une haute-école à Hasselt, rapporte Het Belang van Limburg mardi.
Le rapport du comité de monitoring, établi par les experts des services du gouvernement fédéral, a mis en avant la semaine passée que les gouvernements des divers échelons en Belgique se dirigent vers un déficit d'environ 36 milliards d'euros en 2021. Le déficit fédéral sera cette année de 29 milliards d'euros, est-il anticipé. Les gouvernements doivent délier les cordons de la bourse dans le cadre de la crise sanitaire du coronavirus.
Néanmoins, le gouvernement conserve son objectif de s'en tenir à un déficit de 3% d'ici 2024. "Nous devons éviter que les générations futures soient pénalisées par ce trou. Nous traversons une crise inconnue dont nous ne savons pas quand et comment elle prendra fin. C'est naturellement difficile lorsqu'il faut établir un budget. Nous devons constamment adapter notre politique", a commenté Mme De Bleeker à Hasselt. "Il faudra se serrer la ceinture dans les 10 prochaines années, mais en même temps nous devons aussi investir dans le futur", a-t-elle conclu.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY 
"IL FAUDRA SE SERRER LA CEINTURE DANS LES 10 PROCHAINES ANNEES, MAIS EN MEME TEMPS NOUS DEVONS AUSSI INVESTIR DANS LE FUTUR"
C’est la quadrature du cercle. Helmut Schmidt disait : « les investissements d’aujourd’hui sont les emplois de demain » Que se passera-il donc si l’Etat n’a plus du tout la capacité d’investir ?
Qu’ adviendra-t-il de notre système de santé réputé l’un des meilleurs au monde, de notre enseignement(il coûte cher sans être performant) qui doit nous former les médecins, les ingénieurs les enseignants de demain ? On ne saurait plus miser sur une croissance illimitée sur une planète limitée. Il ne nous restera qu’une seule et unique solution : TINA, there is no alte rnative . La solution s’appelle « la sobriété heureuse »  (Pierre Rabhi) autrement dit AGALEV : « anders gaan leven » : décider de vivre autrement, de dépenser autrement (moins de consommation), de travailler autrement (plus de télé travail) , de manger autrement (plus de bio,de slow food) de penser autrement surtout , comme le suggérait Gandhi : « Sois le changement que tu veux voir dans le monde ! » Ce sera rude mais ce sera la métamorphose ou la mort.
MG

mercredi 10 mars 2021

Fini le Covid, oubliée la pauvreté : le vrai match du moment, c'est Harry et Meghan contre Elizabeth


Humeur
Par Jack Dion Marianne

"Dans la presse d’Outre-Manche, ces accusations et ces propos subversifs ont fait passer toutes les autres questions de l’heure au second plan. Fini le Covid, oubliée la pauvreté, occulté le drame des enfants sans école pour cause de confinement, enterrée la fronde des infirmières et des autres. Le grand match du moment est : pour Elizabeth ou pour Meghan ?", écrit Jack Dion.
C’est ce qui s’appelle avoir le sens des priorités. Dans son édition datée du 9 mars, Le Monde a publié une page entière consacrée à la Grande-Bretagne. En tête, les derniers aléas de la monarchie, avec les accusations de Harry et de Meghan, lancées sur CBS sous la pression terrible de Oprah Winfrey. En dessous un article intitulé : «La fronde des infirmières britanniques contre les bas salaires ». Entre la couronne d’en haut et la piétaille du bas, le cœur médiatique n’hésite pas.
En haut, le calvaire du couple formé par le prince Harry et sa dulcinée. Dans leur modeste propriété de Santa-Barbara, en Californie, au nord-ouest de Los Angeles, achetée à prix d’ami (12,77 millions d’euros), ils ont reçu la papesse des interviews, une voisine, connue pour son engagement éthique aux côtés des Démocrates, ce qui la classe d’office dans le monde du Bien.
L’entretien a été monnayé à un tarif situé entre 5,9 et 7,6 millions d’euros, car lorsqu’elle est royale, la parole est d’or. Harry et Meghan, devenus SDRF (Sans Domicile Royal Fixe), assurent qu’ils n’ont rien touché de cette somme, empochée par l’intervieweuse au bras long, via sa société de production. Comment ne pas les croire ?
UN REMAKE DE THE CROWN
En bas, l’indignation des petites mains du NHS, l’hôpital public, payées au lance-pierres. Elles ont eu un coup au cœur en apprenant que la hausse de leurs salaires de misère serait limitée à 1%, même pas de quoi rattraper la hausse de l’inflation (1,5%). Mais ce n’est rien en comparaison du drame vécu par Meghan et son duc de Sussex autodéchu à force d’humiliation ? En guise de réponse et de réconfort, la secrétaire d’Etat à la santé, Nadine Dorries, leur a rétorqué (aux infirmières, pas aux exilés du royaume) : « Etre infirmière, c’est une passion, les gens ne font pas ça pour l’argent ». Leur situation est sans commune mesure avec le cauchemar de la famille royale et de ses rejetons, digne d’une nouvelle saison de la série télévisée « The Crown ».
Face à Oprah Winfrey, Harry et Meghan n’ont rien caché de leurs déboires, repris et relatés devant des millions de téléspectateurs dans le monde entier. Elle, la larme à l’œil, s’est dite soumise à du harcèlement et à une forme de racisme larvé au sein de la famille royale. Lui, « costume clair et voix grave », écrit Le Monde (un homme est un homme), a expliqué qu’il était « pris au piège », et qu’il ne voulait pas finir comme sa mère, la princesse Diana.
LES NOUVEAUX MIGRANTS
Il leur fallait donc s’échapper de l’enfer de Buckingham Palace, et retrouver la liberté, un peu comme ces migrants qui fuient la tyrannie, à ceci près qu’il est plus facile de traverser l’Atlantique en jet privé que la Méditerranée sur une embarcation de fortune.
Dans la presse d’Outre-Manche, ces accusations et ces propos subversifs ont fait passer toutes les autres questions de l’heure au second plan. Fini le Covid, oubliée la pauvreté, occulté le drame des enfants sans école pour cause de confinement, enterrée la fronde des infirmières et des autres. Le grand match du moment est : pour Elizabeth ou pour Meghan ? Pour la couronne pure et dure, à l’ancienne, ou pour la royauté inclusive ? Pour les principes coulés dans le marbre d’une monarchie symbolisant le matriarcat blanc héritier de l’Empire ou pour une version modernisée, revisitée et colorée ? En comparaison du « Megxit », le Brexit n’était qu’une partie de plaisir.
Pendant ce temps, les infirmières de la NHS comptent leurs sous, à l’instar de tous les pauvres, des moins pauvres, et des pas riches du pays, ce qui fait du monde. Pour se consoler, les uns et les autres peuvent regarder la télé et acheter des journaux où, selon le parti pris, on pleure pour Elizabeth ou pour Meghan, pour le Palais ou pour les jeunes émigrés.
UNE PAROLE QUI SE MONNAIE
Quant à ces derniers, ils vont pouvoir penser à leur avenir sous le soleil de Californie. Ils attendent un nouvel enfant, une fille, paraît-il, qui va rejoindre le petit Archie, âgé d’un an. Sans doute la petite ne se prénommera-t-elle pas Elizabeth, mais elle s’en remettra. Tous les deux devront vivre la dure vie d’une famille désormais roturière, avec ses fins de mois incertains.
Pour parer aux désagréments du quotidien, Harry et Meghan ont signé un contrat avec l’agence Harry Walker, qui va monnayer leurs confessions à des tarifs qui relèvent du secret industriel, comme les tarifs des vaccins contre le Covid achetés par l’Union européenne. On sait seulement qu’à chaque conférence, le prince encaissera 1 million de dollars. Le couple a également signé un contrat avec Netflix pour produire des séries et des documentaires. On parle d’un accord à 100 millions de dollars (environ 80 millions d’euros), de l’ordre de celui signé par les Obama.
Cela ne vaut pas la vie princière des infirmières, mais cela permettra de mettre du beurre de cacahuète sur les tartines des enfants, c’est l’essentiel.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
NO COMMENT

Tout ceci est franchement écœurant. Il fut un temps où les actrices singeaient les princesses. Désormais c’est l’inverse, les royalties (sans jeu de mots) dansent comme sifflent les actrices.
Le fils cadet du prince de Galle semble avoir perdu toute dignité, tout respect de sa famille, respect de soi surtout. Quant à son oncle Andrew, le fils préféré de sa majesté, il a intérêt à ne plus jamais débarquer en terre américaine au risque de se retrouver dans la posture inconfortable de DSK, menotte aux poings.
Mais qu’est ce qui incite les medias à consacrer tant de temps et d’énergie à ces égarés héréditaires ? Les lecteurs évidemment.
L’empire britannique s’est éteint après la dernière guerre mais ,comme certaines étoiles mortes, la monarchie continuer à briller, de plus en plus faiblement.
Pauvre vieille Elisabeth qui joue sa partition depuis sept décennies sans la moindre fausse note tandis que sin entourage immédiat enchaîne les faux pas.
Goldsmith, a minister for the environment, said: “Harry is blowing up his family … What Meghan wants, Meghan gets.”

At the Downing Street press conference on Tuesday, Johnson said: “I have always had the highest admiration for the Queen and the unifying role that she plays in our country and across the Commonwealth. I have spent a long time now not commenting on royal family matters and I don’t intend to depart from that today.”

"DEVASTATEUR": LA PRESSE BRITANNIQUE SOUS LE CHOC APRES L'INTERVIEW DE MEGHAN ET HARRY
Robert Jobson, spécialiste de la famille royale britannique, révèle notamment dans les colonnes du Daily Mail qu'à ses yeux la seule gagnante de cette "nouvelle débâcle" est Oprah Winfrey.
"Le duc et la duchesse de Sussex, obsédés par eux-mêmes, ont déversé leurs problèmes sur des millions de personnes. J'avais l'impression de m'immiscer dans un chagrin privé. Par endroits, c'était terriblement grincheux, parfois difficile à regarder", explique-t-il. Il n'hésite d'ailleurs pas à critiquer ouvertement le comportement de Meghan Markle, mettant en avant ses qualités d'actrices "surcotées" pour livrer une performance "guindée et clairement mise en scène". Selon lui, qualifier la famille royale de raciste est épouvantable et malhonnête. Il ne comprend pas comment le couple peut affirmer soutenir la reine Elizabeth durant tout l'entretien et attaquer en même temps certains membres de la famille royale "de manière déplacée".
Du côté du Telegraph, les experts sont unanimes: cet entretien était à la fois ce qu'ils attendaient et à la fois tout l'inverse également. "Nous savions que ce serait de la télévision à succès. Mais ce que nous n'avions pas prévu à propos de l'interview du duc et de la duchesse de Sussex, c'est à quel point leur «vérité» allait être pure", relate la journaliste Camilla Tominey. Elle compare cette interview à un film hollywoodien et décrit la vérité du couple à des coups incessants. "On peut penser à ceux qui ramassent les pots cassés au palais de Kensington en ce moment suite à ces révélations (...) Et comme si cela n’était pas assez accablant, l’aveu en larmes de Meghan révélant avoir envisagé le suicide a réussi à enfoncer l’avant-dernier clou dans le cercueil de la réputation déjà bien rodée de la famille royale."
Pour conclure, l'experte a quelque peu attaqué le couple, affirmant "qu'ils ont été contraints de signer des accords avec Netflix et Spotify parce qu'ils n'avaient pas d'argent". Meghan Markle, en particulier, en a pris pour son grade, puisque la journaliste a même déclaré "que si pour elle "Maman' est le titre le plus important, elle veut pourtant que son fils soit un prince".
Pour ce qui est du Guardian ou du Sun, les deux journaux préfèrent ne pas se positionner sur le sujet et se concentrent sur les révélations "sensationnelles" de Meghan Markle. La BBC de son côté se contente de qualifier l'interview de "dévastatrice" pour la monarchie et d'un "coup dur pour l'institution". Le média affirme n'entendre là qu'un seul son de cloche et s'interroge sur ce que le Palais de Buckingham pourrait bien avoir à dire sur le sujet.
Finalement, le Times a lui joué la carte de la sécurité en mettant en avant le discours du Commonwealth de la reine adressé à la nation ce dimanche. Si la reine ne s'est pas exprimée sur cette interview polémique, qui à ce moment était sur le point d'être diffusée, elle a néanmoins subtilement fait allusion à Meghan et Harry. "Le contact avec notre famille est essentiel en cette période", a-t-elle déclaré.