lundi 21 juillet 2008

Discours sur le colonialisme


Contrairement à ce que le titre peut suggérer, le Discours sur le colonialisme d'Aimé Césaire (1913-2008) n'a jamais été prononcé à une tribune. . La revue Réclame, plutôt de droite, lui avait commandé une contribution sur la colonisation, qu'elle espérait plutôt positive. Césaire a pris le contre-pied de cette demande. Il devait expliquer par la suite qu'il avait rédigé le Discours "comme un pamphlet et un peu comme un article de provocation".
Le texte de Césaire, paru en juin 1950, se présente comme un réquisitoire, un procès fait à l'Europe coloniale. "L'Europe est comptable devant la communauté humaine du plus haut tas de cadavres de l'histoire", assène l'auteur. Il fait le procès du continent européen au nom de ses propres principes. Au nom de la raison, des Lumières, des droits de l'homme que l'Occident prétend incarner. Devant ce tribunal, "l'Europe est moralement, spirituellement indéfendable". L'aboutissement de cet "ensauvagement du continent", de cette barbarie, a été le nazisme, "la barbarie suprême, celle qui couronne, qui résume la quotidienneté des barbaries". Pour Césaire, ce nazisme dont l'Europe vient à peine de sortir est l'héritier du "très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois" des XIXe et XXe siècles.
(...)Mais le Discours sur le colonialisme n'est pas seulement un pamphlet. C'est un texte poétique, rédigé dans une prose scandée, rythmée. Césaire retrouve la verve satirique et outrancière de Léon Bloy lorsqu'il dénonce tous les "chiens de garde du colonialisme", les "macrotteurs politiciens lèche-chèques", les "académiciens goitreux endollardés de sottises", les "ethnographes métaphysiciens et dogonneux.
Dans le Discours, Césaire prend soin de distinguer l'européanisation de l'Afrique et sa colonisation, d'autant plus que "ce mouvement était en train ; il a même été ralenti, en tout cas faussé par la mainmise de l'Europe". "J'entends la tempête, prévient Césaire. On me parle de progrès, de réalisations, de maladies guéries, de niveaux de vie élevés au-dessus d'eux-mêmes. Moi, je parle de sociétés vidées d'elles-mêmes, de cultures piétinées (...), d'extraordinaires possibilités supprimées."
Xavier Ternisien

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