mercredi 9 juillet 2008

LA PLACE FLAGEY REVIT

L’immense place Flagey enfin rouverte au public !

Ils sont venus par milliers pour vérifier si ce n’était
pas un canular, un de plus : les nantis du Jardin du Roi,
les paumés de derrière la rue Malibran, les jeunes en
négligé, les vieux en goguette, les musiciens les
chanteurs et les chiens-chiens. Plus mixte que ça tu
meurs.

Il y a six ans qu’ils attendaient ça, certains disent
huit, le bruxellois est volontiers exagérateur. Les
terrasses du Belga et d’ailleurs noires de monde, les
bancs interminablement longs tous occupés par des badauds
de toutes origines.
Les foules impatientes ont écouté poliment les discours
des excellences évoquant à grand renfort de décibels
tantôt, leur satisfaction d’en finir enfin (Pascal Smet)
leur pantalons usés sur le bancs de l’école voisine (De
Courty), leur visites au cirque Bouglione, enfant
(Françoise Dupuis), leur premiers émois amoureux et leur
premier baiser sur cette place (Charles Piqué), les affres
d’un dossier complexe et pourri (Uytebroeck), les arcanes
et les pièges du bicommunautaire qu’il faut apprendre à
dépasser, les promesses de Flagey interculturel ( Bert
Anciaux) qu’on aurait aimer entendre dire cela aussi en
français.
Mais personne n’applaudit personne ; c’est que le
Bruxellois est allergique au discours politique et les
fanfares aussitôt d’enchaîner, tonitruantes et
débridées, les rondes alors de se déployer comme dans la
scène finale des enfants du paradis.
Malgré un revêtement de sol posé à la quatre six deux,
malgré une pierre bleu importée de Chine-c’est
tellement moins cher-déjà maculée de tâches
indélébiles, malgré la non accessibilité aux parkings
souterrains, malgré ceci et malgré cela, cette place est
promise à un avenir fabuleux. Flagey, place de toutes les
cultures est l’agora ouverte que les bruxellois
attendaient comme d’autres attendent Godot, sans y croire
vraiment. Flagey, l’Alexanderplatz bruxellois, le saint
Germain des Prés d’un nouvel art européen de vivre
dehors, est promis à un essor fabuleux avec son paquebot
INR en pleine mutation dans un quartier qui se gentrifie à
vue d’œil.
Le feu d’artifice qui clôturera ce week-end de
réconciliation d’un public et de sa place est le premier
d’un long été qui va décoiffer. Paraît que toutes ces
festivités vont coûter la modique somme de 300.000€.
C’est que les politiques ont beaucoup à se faire
pardonner mais qu’importe, la pompe est amorcée et
croyez-moi Flagey va franchement nous étonner.

Marc Guiot

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