vendredi 1 août 2008

Youssef Chahine, le provocateur facétieux


Il avait l'œil qui frise, le verbe haut, l'humour explosif, le sens de la provocation, l'amitié chaleureuse et fidèle. À moitié grec par sa mère, levantin par son père, égyptien d'adoption, anarchiste par principe, socialiste par éthique, libéral par tempérament, contestataire par passion, Youssef Gabriel Chahine a régné sur le cinéma égyptien pendant un demi-siècle. Durant tout ce temps, il n'a eu de cesse de traquer toutes formes d'intégrismes et de totalitarismes tant politiques que religieux, d'attaquer les institutions en place et de braver les interdits.
Farouche opposant au régime de Hosni Moubarak et aux islamistes, cet humaniste, amoureux des arts et des belles-lettres, français de cœur (il parlait parfaitement notre langue), ne craignait rien ni personne et s'opposait au pouvoir, source, selon lui, de tous les maux. De la tragédie (Les Eaux noires) au mélodrame (Le Sixième Jour), du film musical à la comédie baroque en passant par l'épopée historique (Saladin), Youssef Chahine s'est exercé à tous les styles avec brio, mais sans jamais oublier le discours politique derrière le divertissement.
«Chacun de mes films naît d'un événement personnel, d'un coup de gueule, aimait-il à ré péter, le regard brillant de passion derrière ses grosses lunettes. Je m'insurge contre toute forme de censure et d'intolérance. Je suis né en 1926 à Alexandrie. J'ai grandi, entre les deux guerres, dans une ville cosmopolite, laïque, où les musulmans vivaient en bonne intelligence avec les chrétiens et les juifs. C'était l'exemple même d'une société platonicienne où toutes les communautés, les religions se côtoyaient sans heurt, s'acceptaient dans leurs différences. Qu'est devenu ce Moyen-Orient de paix, d'échange, de tolérance et d'œcuménisme ? Le cinéaste que je suis ne peut rester indif férent aux problèmes qui l'entourent. Je refuse d'être un amuseur. Témoin de mon temps, mon devoir est d'interroger, de réfléchir, d'informer.» Mission accomplie.
(Le Figaro)

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