mercredi 5 novembre 2008

Un président métis pour un monde de plus en plus métissé.


«Un noir entre à la maison blanche » que les caricaturistes se plaisent à représenter sous un épais badigeon couleur ébène.
On nous rabâche les oreilles avec cette phrase, avec ce titre ! Mais on se trompe et, surtout, on nous trompe. Obama n’est ni noir ni blanc, en fait il est les deux à la fois et plus encore ! Noir, blanc, chrétien et la moitié de sa famille est africaine et musulmane, plus universel que ça...
Un vrai zinneke bruxellois en somme, une synthèse de ce qu’il y a de meilleur chez les blancs et les noirs, comme le bon jazz. Un Gandhi symbolisait le métissage de la sagesse indienne et du pragmatisme britannique, un Freud, un Marx ou une Hannah Arendt, incarnaient des synthèses judéo-germaniques…on peut multiplier les exemples. Le métissage c’est le triomphe de la complexité, un concept inventé par Edgar Morin pour analyser et comprendre notre temps et notre monde incertains. Toutes les cultures sont métissées, même la chinoise qui pourtant tenta désespérément de s’isoler derrière sa muraille.
« Ich bin ein Berliner » lança Kennedy aux Berlinois. « I am a genuine Zinneke », pourra clamer le président métis lors de sa première visite dans la capitale de l’Europe qui l’accueillera avec autant de chaleur que les Bruxellois ovationnèrent Ike Einsenhower, leur libérateur en 1944. Obama est pour le peuple américain à la fois symbole et miroir. En effet, peu ou prou, les Américains sont tous métissés et ils en prennent vraiment conscience avec cette élection historique. Ils le seront toujours plus dans les décennies à venir. Le nombre de latinos est en augmentation croissante et la majorité des diplômés universitaires, thésards compris, est d’origine asiatique. C’est dire si demain ce grand pays sera plus qu’aujourd’hui encore, un pôle d’immigration des élites du monde entier au détriment d’une Europe qui a du mal à assumer son nouveau statut de démocratie cosmopolite qui pourtant, c’est notre conviction, lui va comme un gant.
Dans le New York Times Frank Rich rappelle à notre souvenir ce film drôle et provocant qui remporta dix oscars en 67, année de sa sortie. Ca se passe à San Fransisco, capitale du libéralisme américain. Une jeune femme ravissante, sûre d’elle et libérée annonce à ses parents qu’elle est toquée d’un jeune docteur brillant rencontré à l’université de Hawai dont le rôle est interprété par Sidney Poitiers qui, vous avez tout compris, est aussi craquant que noir ébène. Mais ses très honorables parents sont des gens trèès libéraux et accueillent le phénomène les bras ouverts. Papa, l’inoubliable Spencer Tracy, dirige un journal progressiste, tandis que maman, la fabuleuse Katherine Hepburn, (à ne pas confondre avec la fragile Audrey.) tient une galerie d’art. Tous les clichés sont en place. Quatre décennies plus tard le film est encore montré du doigt par tout ce que l’Amérique profonde compte d’ennemis du libéralisme intello, à savoir ceux qui ont voté Bush et reBush et cette fois encore républicain, comme ces parvenus flamands qui ne lisent que het Laatste Nieuws et votent aveuglément Vlaams Blok, Vlaams Belang, Nva , Dewever ou Lijst de Decker.
Cette nuit ce n’est pas Sidney Poitiers qui a joué les gendres idéaux mais le fringant Barack Obama, son fils virtuel qui s’est invité à la table de tous les Américains et des téléspectateurs du monde entier. Le nouveau Président est aussi placide et maître de lui que l’acteur était brillant.
En 1959, la propre mère de Barack Obama, présenta son soupirant africain rencontré, comme par hasard à l’université de Hawaï précisément à ses parents aussi blancs et libéraux que ceux du film (la délicieuse grand-mère de Barack est décédée à 86 ans non sans avoir voté avoir voté) au cours d’un dîner dont le script ne devait guère différer de beaucoup de celui du film On est en plein mythe américain !
Depuis Sidney, pardon Barack Obama n’a cessé d’étonner. A commencer par les Clinton. Des durs à cuire ces Clintons, des « pros de chez pro » qui ont du jeter l’éponge face à l’impassible challenger. Ensuite les medias américains avec leurs éternelles questions: “Is He Black Enough?” et “Is He Tough Enough?” Questions auxquelles il fut d’abord répondu par des non, non, non. Jusqu’à ce que ce long jeune homme à la silhouette dégingandée révèle un tempérament d’acier et des nerfs à toute épreuve. C’est que les fils d’immigrés et leurs filles sont gens de caractère. On ne l’oublie que trop souvent à Bruxelles, moins sans doute à Chicago. Rien ne leur fut donné, tout fut par eux conquis, souvent de haute lutte.
C’est évident comme le nez au milieu de ce visage métissé exprimant à lui seul l’idée de synthèse entre l’Amérique blanche et noire, libérale et conservatrice, l’intellectualité et le pragmatisme, le talent oratoire et la maîtrise des chiffres.
Avec Barak les States sont entrés dans une ère de changement, fût ce symboliquement. D’aucuns la qualifient déjà de post raciale selon l’expression du black commentator Tavis Smiley :” there is no such thing in America as race transcendence. America can no sooner disown its racial legacy, starting with the original sin of slavery, than it can disown its flag; it’s built into our DNA.”
Autrement dit, les States ont le racisme chevillé au corps pour ne pas dire inscrit carrément dans les gênes. Mais relisons plutôt le discours de Philadelphe qu' Obama prononça le 18 mars dernier et qui a incité DiverCity à prendre ouvertement son parti.

”To narrow that gap between the promise of our ideals and the reality of their time. This was one of the tasks we set forth at the beginning of this campaign - to continue the long march of those who came before us, a march for a more just, more equal, more free, more caring and more prosperous America . I chose to run for the presidency at this moment in history because I believe deeply that we cannot solve the challenges of our time unless we solve them together - unless we perfect our union by understanding that we may have different stories, but we hold common hopes; that we may not look the same and we may not have come from the same place, but we all want to move in the same direction - towards a better future for of children and our grandchildren.
This belief comes from my unyielding faith in the decency and generosity of the American people. But it also comes from my own American story.

I am the son of a black man from Kenya and a white woman from Kansas . I was raised with the help of a white grandfather who survived a Depression to serve in Patton's Army during World War II and a white grandmother who worked on a bomber assembly line at Fort Leavenworth while he was overseas. I've gone to some of the best schools in America and lived in one of the world's poorest nations. I am married to a black American who carries within her the blood of slaves and slaveowners - an inheritance we pass on to our two precious daughters. I have brothers, sisters, nieces, nephews, uncles and cousins, of every race and every hue, scattered across three continents, and for as long as I live, I will never forget that in no other country on Earth is my story even possible.
It's a story that hasn't made me the most conventional candidate. But it is a story that has seared into my genetic makeup the idea that this nation is more than the sum of its parts - that out of many, we are truly one.
At this moment, in this election, we can come together and say, "Not this time." This time we want to talk about the crumbling schools that are stealing the future of black children and white children and Asian children and Hispanic children and Native American children. This time we want to reject the cynicism that tells us that these kids can't learn; that those kids who don't look like us are somebody else's problem. The children of America are not those kids, they are our kids, and we will not let them fall behind in a 21st century economy.
This union may never be perfect, but generation after generation has shown that it can always be perfected. And today, whenever I find myself feeling doubtful or cynical about this possibility, what gives me the most hope is the next generation - the young people whose attitudes and beliefs and openness to change have already made history in this election. “

Les Américains attendent beaucoup de Barack Obama. Beaucoup trop sans doute. Les Européens attendent bien d’avantage encore et le monde entier est tourné vers Washington. Tous espèrent du changement avant toute chose. Une redéfinition de ce fameux rêve redessiné avec d’autres frontières. Et si cela se révèle possible aux States, pourquoi pas chez nous ?
Divercity a parié sur Barack le jour où il prononça son génial discours sur le racisme lequel est en parfaite harmonie avec notre conception d’une démocratie cosmopolitique européenne. Nous continuerons à suivre avec intérêt et enthousiasme son parcours fulgurant, en espérant qu’il tiendra à bout de bras ce flambeau de la liberté qui fut conçu autrefois par un sculpteur français qui en fit cadeau à son Amérique chérie.
Longue vie à l’Amérique et à au président métis Barrack Obama
Marc Guiot

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