mardi 29 décembre 2009

Arau eist betere bescherming van Brussels patrimonium

Dit huis aan de Baksteenkaai staat al jaren te verkommeren © ARAU

Brussel-Stad - De actiegroep Arau eist dat zowel de Stad Brussel als het Brussels Gewest werk maken van de restauratie en de onteigening van een verloederd beschermd erfgoed op de Vismarkt. Arau spreekt van 'plundering van het patrimonium'.

Het gaat om een beschermd erfgoed uit de zeventiende eeuw, gevestigd op de Vismarkt achter het Winterpret-parcours. Dat dit patrimonium door de eigenaar, het Brussels Gewest en de Stad Brussel, al vijftien jaar aan haar lot wordt overgelaten, vindt Aurau niet kunnen.

"Er wordt zoveel geïnvesteerd in de kerstmarkt. Als de Stad Brussel evenveel geld en energie zou steken in de bescherming van haar patrimonium, zou Winterpret plaatsvinden in een historisch kader dat het hele gebeuren waardig is."

Arau heeft in het verleden meermaals oproepen gedaan om stadskankers in Brussel onder de aandacht te brengen. "Ondanks het herhaaldelijk aandringen, deden overheden en de eigenaar bitter weinig om het patrimonium te redden," zegt Arau in De Standaard.

Naast de eis tot restauratie van het gebouw en de onteigening ervan, wil de actiegroep ook de wetgeving rond leegstand uitvoeren. De regering kan dan eigenaars die hun pand verwaarlozen een boete opleggen of gerechtelijk dwingen om renovatiewerken uit te voeren. "Deze maatregelen bestaan al, maar blijven tot vandaag te veel dode letter," legt Arau uit.
(Brussel Deze Week)

lundi 28 décembre 2009

L'Iran réprime de nouvelles manifestations dans le sang

«Nous nous battrons, nous mourrons mais nous reprendrons l'Iran», scandaient dimanche les opposants au président Mahmoud Ahmadinejad . Crédits photo : AP

Les violents affrontements entre la police et les opposants au président iranien Mahmoud Ahmadinejad auraient fait au moins quinze morts, même s'il est difficile d'avoir un bilan précis. La France condamne cette répression .

Plusieurs manifestants ont été tués dimanche dans la capitale iranienne, lors de très violents affrontements entre des milliers d'opposants au président Mahmoud Ahmadinejad et les forces de l'ordre.

Il reste très difficile d'établir un bilan définitif. Lundi matin, la télévision iranienne officielle, citant le ministère des Renseignements, faisait état de «plus de quinze morts», dont cinq victimes de «groupes terroristes». Une information contredite par le bilan du Conseil suprême de sécurité nationale, qui s'en tient à huit morts.

Selon des sites d'opposition, au moins cinq morts ont été comptabilisés, dont un neveu de l'opposant Mir Hossein Moussavi. D'après le site d'opposition Rahesabz, trois des victimes auraient été tuées par des «tirs directs» de «forces militaires», près du «pont du collège» sur l'avenue Enghelab, la grande artère traversant Téhéran d'est en ouest où se sont concentrées les manifestations. Un quatrième manifestant aurait été tué un peu plus loin. D'après la police de Téhéran, qui écarte toute bavure et considère ces morts comme «suspectes», le neveu de Mir Hossein Moussavi aurait été victime d'«agresseurs inconnus». Il aurait été identifié sur cette vidéo :

Des «arrestations arbitraires»
Ces violences sont les pires en Iran depuis les affrontements qui ont suivi la réélection de Mahmoud Ahmadinejad en juin. Au moins 70 personnes avaient été tuées selon l'opposition, moitié moins d'après la police. Dans un communiqué, le Quai d'Orsay a condamné dimanche après-midi «les arrestations arbitraires et les violences» commises à Téhéran «contre de simples manifestants». La Maison-Blanche a de son côté condamné «la répression violente et injuste de civils cherchant à exercer leurs droits universels en Iran».

L'opposition, qui accuse toujours le pouvoir de fraude massive, avait appelé à ces nouvelles manifestations, en marge des rassemblements prévus pour l'Achoura, la journée de deuil religieux commémorant la mort de l'imam Hossein, figure centrale de l'islam chiite. «Nous nous battrons, nous mourrons mais nous reprendrons l'Iran», ont scandé les manifestants. Et de poursuivre: «C'est le mois du sang, et les bassidjis vont tomber», dans une double allusion au mois de deuil de Moharram, dont l'Achoura est le point culminant, et aux miliciens largement utilisés ces derniers mois par le gouvernement contre les manifestations.

Malgré une présence policière massive, des milliers de personnes se sont donc rassemblées le long de l'avenue Enghelab, déjà théâtre des grandes manifestations de juin. Mais la police est rapidement intervenue, utilisant des gaz lacrymogènes et chargeant violemment. Les opposants au pouvoir auraient répliqué en jetant des pierres et en incendiant des poubelles pour se protéger et bloquer les rues. Sans succès. Les milliers de partisans d'Ahmadinejad ont profité de leur dispersion pour organiser une contre-manifestation sur l'avenue, scandant des slogans favorables au guide suprême iranien, l'atyatollah Ali Khamenei.

Des centaines de vidéos prises par les manifestants circulent déjà sur internet. Elles témoignent de la violence de l'événement :
L'opposition était déjà parvenue samedi à mener plusieurs manifestations de moindre ampleur à Téhéran. Ces mouvements avaient tous été violemment dispersés par la police. Dimanche, les manifestations se poursuivaient dans la soirée, selon le site d'opposition Jaras.

La police dit avoir procédé à 300 arrestations. Dans la nuit de dimanche à lundi, l'ancien ministre des Affaires étrangères Ibrahim Yazdi, chef du Mouvement de Libération de l'Iran (MLI, opposition libérale), a été arrêté à son domicile par les services de sécurité.

dimanche 27 décembre 2009

Noël nous rappelle le partage

Charles Delhez Prêtre
(Le Soir carte blanche)


A Noël, même si les crèches se font moins nombreuses dans notre société multiculturelle et sécularisée, chacun – ou à peu près – sait que l’on fête une naissance. Et ceux qui ont quelques rudiments de latin – « ceux qui, chantait Brel, ont la chance d’apprendre dès leur enfance tout ce qui ne leur servira pas » – font le lien entre « natalis » et Noël. Chaque enfant qui naît – sur la paille ou dans un palais – est une invitation au partage. Que ce soit le premier-né d’une famille, qui demandera à ses parents de partager désormais leur temps jusqu’à présent vécu à deux, et parfois au milieu même de la nuit. Ou que ce soit les suivants, avec qui les aînés devront partager la salle remplie de jouets et l’affection parentale. En cette période où l’on échange ses vœux, c’est donc à une méditation sur le partage que je voudrais me prêter.

La natalité demeure en croissance sur notre planète. Ceux qui se nomment volontiers le Premier Monde voient vieillir leur population, mais ont bien de la peine à partager avec les peuples du Sud toujours plus nombreux, à qui l’on ne laisse parfois que les miettes pour qu’ils puissent payer leur dette. 80 % des ressources sont utilisées par ces 20 % de la population mondiale dont nous faisons partie. Les 80 % d’oubliés ne resteront sans doute plus longtemps à regarder notre opulence sans frapper de plus en plus fort à notre porte. Nous avons d’ailleurs déjà ouvert à beaucoup pour compenser notre déficit démographique – et nous devrons le faire encore. Les voilà chez nous et ils nous demandent de partager notre confort et peut-être nos valeurs. Quelle société multiculturelle préparons-nous avec eux ? Quel espace leur laisserons-nous ?

La pauvreté qui nous invite au partage est hélas répartie sur toute la planète. Plus forte dans certaines régions, elle est partout présente, jusque dans les souterrains de nos gares, à l’abri du gel mais pas des regards. J’aime relire ce texte de Sœur Emmanuelle : « Si tu veux prendre ta véritable dimension, acquérir ta stature d’homme, avance au large, ouvre ta voile au vent vers les îlots de détresse, écoute l’appel de tes frères et sœurs humains. Offre-leur d’abord un regard d’amitié, une écoute chaleureuse, une main tendue. Entre d’abord en relation. Quelles que soient tes capacités, ta fortune abondante ou minime, partage ton pain et ton cœur selon tes possibilités. Ne crains pas de t’appauvrir des biens extérieurs, mais donne à ceux qui sont douloureusement plus privés que toi. Ce choix fera de toi un vivant. » Mais trop souvent, les démons de la consommation nous créent des besoins factices qui nous rendent sourds à ceux des autres.

Il y a aussi les enfants à naître, la génération de demain. Aurons-nous encore une planète à leur donner en héritage ? se demandent les plus angoissés. Le quasi-échec de Copenhague a révélé une fois de plus notre difficulté à partager. Or toutes les générations ont droit à une répartition équitable des biens de cette terre dont nul n’est propriétaire. « La terre n’est pas un don de nos parents. Ce sont nos enfants qui nous la prêtent », dit un vieux proverbe indien. Benoît XVI, dans son encyclique sociale publiée en juillet, parlait de « solidarité et de justice intergénérationnelles ». Aujourd’hui, heureusement, on entend de plus en plus des expressions comme « modération joyeuse », « sobriété volontaire », objection de croissance, décroissance… Si l’on veut avoir à partager quelque chose à nos enfants, il faut en effet que l’on n’ait pas déjà mangé notre capital. Or la date où nous commençons à consommer ce que la Terre ne pourra produire en une année ne cesse, depuis 1986, de s’inscrire plus tôt sur le calendrier. En 2009, l’Overshoot Day se situait le 25 septembre.

Ne faut-il pas aussi partager au niveau spirituel, puisque l’être humain se différencie par là des animaux ? Le petit d’homme, en effet, ne vit pas seulement de pain. Il y a quelques jours, dans la salle du Congrès du Parlement fédéral, les leaders spirituels de Belgique, constitués en Belgian Council of Religious Leaders, ont signé une charte. Ils s’engageaient à partager leurs convictions afin de mieux se connaître et de faire tomber les murs d’incompréhension. Il en va des convictions comme de la joie ou de l’amour : quand on les partage, ils s’accroissent. Peut-on partager un espace commun sans entrer en dialogue au niveau de la foi qui nous anime ? À force de reléguer religions et spiritualités dans l’espace privé, la sphère publique est laissée aux seules forces du marché qui, elles, peuvent faire du prosélytisme. Une discrétion religieuse est demandée, mais les spots publicitaires envahissent nos écrans et s’adressent très tôt aux enfants.

Je n’oublierai pas une autre denrée rare : le temps. Il est prisonnier, lui aussi, d’un système fondé sur la production et l’efficacité. « Vous avez la montre et nous avons le temps », disait un Mongol. Nous courons de plus en plus, sans trop savoir où nous allons et nous avons de moins en moins de temps à offrir aux autres et à nos enfants. Les loisirs – repris eux-mêmes par la logique de production et de rentabilité – sont là pour créer un dérivatif. Le philosophe Pascal Bruckner a caractérisé l’homme moderne comme un « désœuvré hyperactif, toujours en alerte, lancé à l’assaut de Babylone du divertissement ». Or, le temps est essentiellement « événement de relation », « lieu de rencontre avec l’autre », dit le moine italien Enzo Bianchi. Je n’ai pas le temps ! C’est la qualité de nos relations humaines et familiales qui est en question. Et celle de la vie spirituelle. « Si tu es trop occupé pour prier, c’est que tu es trop occupé », disait Pedro Arrupe, qui fut supérieur général des Jésuites.
Sans le partage de notre espace, de nos biens, de nos convictions, de notre temps, notre Planète risque bien de devenir un désert inhumain.

Or, ne célèbre-t-on pas à Noël un Dieu qui est venu partager sa vie avec les humains pour les aider à en faire un paradis ?

Theoloog Edward Schillebeeckx overleden

pn

NIJMEGEN - In zijn woonplaats Nijmegen is de Belgische theoloog Edward Schillebeeckx op 95-jarige leeftijd overleden. Hij was al geruime tijd ziek. Dat meldt een woordvoerder van de Radboud Universiteit Nijmegen.

Schillebeeckx werd op 12 november 1914 in Antwerpen geboren en was adviseur van de Nederlandse bisschoppen tijdens het Tweede Vaticaans Concilie in Rome (1962-1965), waar werd besloten tot modernisering van de Katholieke Kerk.

Brief
Tijdens het tweede Vaticaans Concilie (1962-1965) was Schillebeeckx adviseur van de Nederlandse bisschoppen. In 1960 schreef hij in naam van de bisschoppen een herderlijke brief om mensen te informeren over het concilie.
Deze brief werd internationaal bekend door de wijze waarop Schillebeeckx de relatie tussen gelovigen en kerkelijke hiërarchie beschrijft: bisschoppen en paus hebben in zijn ogen als taak het leven van gelovigen tot uitdrukking te brengen, en niet andersom.

Door zijn progressieve opvattingen raakte hij later steeds verder van de kerkelijke leiding in Nederland en in Rome verwijderd. De onderzoeken die het Vaticaan wegens zijn vermeende ketterse opvattingen tegen hem instelde, leverden hem geen veroordeling op.

Prijs
In 1982 werd hij onderscheiden met de Erasmusprijs voor zijn theologische werk. De laatste jaren trok hij zich, vooral vanwege zijn broze gezondheid, meer en meer uit de openbaarheid terug. De theologie van Schillebeeckx wordt altijd nog bestudeerd, met name in de Verenigde Staten en Groot-Brittannië, aldus de Radboud Universiteit, waarvan hij een icoon is.
pn

NIJMEGEN - In zijn woonplaats Nijmegen is de Belgische theoloog Edward Schillebeeckx op 95-jarige leeftijd overleden. Hij was al geruime tijd ziek. Dat meldt een woordvoerder van de Radboud Universiteit Nijmegen.

Schillebeeckx werd op 12 november 1914 in Antwerpen geboren en was adviseur van de Nederlandse bisschoppen tijdens het Tweede Vaticaans Concilie in Rome (1962-1965), waar werd besloten tot modernisering van de Katholieke Kerk.

Brief
Tijdens het tweede Vaticaans Concilie (1962-1965) was Schillebeeckx adviseur van de Nederlandse bisschoppen. In 1960 schreef hij in naam van de bisschoppen een herderlijke brief om mensen te informeren over het concilie.
Deze brief werd internationaal bekend door de wijze waarop Schillebeeckx de relatie tussen gelovigen en kerkelijke hiërarchie beschrijft: bisschoppen en paus hebben in zijn ogen als taak het leven van gelovigen tot uitdrukking te brengen, en niet andersom.

Door zijn progressieve opvattingen raakte hij later steeds verder van de kerkelijke leiding in Nederland en in Rome verwijderd. De onderzoeken die het Vaticaan wegens zijn vermeende ketterse opvattingen tegen hem instelde, leverden hem geen veroordeling op.

Prijs
In 1982 werd hij onderscheiden met de Erasmusprijs voor zijn theologische werk. De laatste jaren trok hij zich, vooral vanwege zijn broze gezondheid, meer en meer uit de openbaarheid terug. De theologie van Schillebeeckx wordt altijd nog bestudeerd, met name in de Verenigde Staten en Groot-Brittannië, aldus de Radboud Universiteit, waarvan hij een icoon is.

Kardinaal Danneels pleit voor een groenere planeet

belga

BRUSSEL - Kardinaal Danneels heeft donderdagnacht voor de laatste keer de kerstmis opgedragen in de Brusselse Sint-Michiels- en Sint-Goedelekathedraal.
Hij sprak in zijn homilie over de recente klimaattop in Kopenhagen. ‘De zorg voor de planeet is er wel wat bekaaid uitgekomen wat concrete besluiten betreft, maar de zorg voor onze aarde is voorgoed op de kaart gezet’, zei hij.

Geestelijke polutie

Vervolgens sprak hij over andere vormen van vervuiling: ‘Er bestaat ook iets als geestelijke en morele pollutie. Er is andere CO²-uitstoot die ons ademen hindert. Daar is de wildgroei van het geld, de ongebreidelde genieting en de verleiding van de macht.’
‘Kerstdag is het feest van de kinderen, van de vaders en de moeders en van het gezin’, aldus Danneels. ‘Er is de ecologie van het echtpaar en van de gezinnen. Daar is de pollutie en daar is de klimaatzorg die we in onze tijd en cultuur zo nodig hebben: de zorg om de liefde tussen man en vrouw, tussen ouders en kinderen en tussen zonen en dochters en hun ouders.’

Daklozen
‘En dan die andere soort kinderen: de armen en daklozen in de straten in deze koude winternachten. Want ook zij - ja, zelfs de hele samenleving - lijden onder de CO²-uitstoot van onnodige luxe en verspilling die onze samenleving bezwaart. Hier staan ook schouwen die zwarte rook de hemel in blazen en ontbreekt ook de filter op onze drang naar meer en almaar meer. Er is werk en sensibilisatie nodig voor die ecologie van gezin en samenleving.’

Geschenkenregen
Danneels sloot af met een opmerking over ‘de geschenkenregen’. ‘Het enige geschenk, zegt God, dat me echt plezier doet, is de liefde, is de gave van jullie zelf. Helemaal, zonder iets achter de hand te houden. Want liefde is het enige cadeau dat blijft.

Laatste keer
Dit was de laatste keer dat kardinaal Danneels de kerstmis heeft opgedragen, want binnenkort gaat hij met pensioen. Daarna zal de paus zijn opvolger aanstellen.

Quand un espion américain se reconvertit en terroriste pakistanais

(photo ci-dessus : pris sur un écran de télévision, le passeport de Headley avec tous ses visas)

En Inde, depuis l'arrestation de David Headley, l'idée fait son chemin, les Etats-Unis ont une part de responsabilité dans les attentats du 26 novembre 2008 à Bombay. David Coleman Headley, Daood Gilani de son vrai nom, aurait été un agent double. Il aurait d'abord travaillé pour la CIA américaine et infiltré le Lashkar-e-Taiba (LeT), un groupe djihadiste anti-indien basé au Pakistan et lié à al-Qaïda. Puis il aurait changé de camp et épousé la cause du LeT dont il serait devenu un membre actif. Il aurait participé à la préparation et à la réalisation des attentats de Bombay. Des révélations embarrassantes pour les Américains qui, du coup, restent très discrets sur "le cas Headley".

Les Indiens sont furieux. Depuis l'arrestation par le FBI de David Coleman Headley à l'aéroport de Chicago, en Octobre, les Etats-Unis leur refusent tout accès au détenu. Or, les enquêteurs indiens soupçonnent fortement Headley d'avoir orchestré en partie les attentats du 26 novembre 2008 à Bombay, qui ont fait près de 200 morts. Dans une libre-opinion au vitriol publiée par le Hindustan Times, Vir Sanghvi va jusqu'à avancer que les Américains étaient au courant des détails de la préparation des attaques de Bombay. Et pour cause. Headley aurait effectué tous les repérages et en auraient communiqué les conclusions à des responsables du LeT. Mais, dans le but de protéger son espion - peut-être espérait-elle encore s'en servir à son insu - la CIA se serait contenté d'informer de manière vague les Indiens d'une "possibilité d'attentat terroriste à l'Hôtel Taj Mahal".

Retour sur Daood Gilani, alias David Coleman Headley, personnage trouble tout droit sorti d'un roman d'espionnage.

Né à Washington il y a 49 ans, d'un père diplomate pakistanais et d'une mère américaine, Headley a fait la majeure partie de ses études au Pakistan. Après le divorce de ses parents, il revient vivre aux Etats-Unis avec sa mère. Ses proches le décrivent comme un adolescent introverti, profondément attaché à l'islam.

Il entame sa carrière d'espion à la fin des années 90. Emprisonné à New York pour trafic de drogue, celui qui est encore Daood Gilani voit sa peine considérablement allégée du jour où il accepte de travailler pour la US Drug Enforcement Agency, le Bureau américain de lutte contre la drogue. Après quoi, il aurait été enrôlé par la Central Intelligence Agency (CIA). "Au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, les Etats-Unis cherchaient désespérément des espions pour les envoyer au Pakistan. Headley a été arraché de sa prison et il lui a été demandé d'infiltrer des groupes terroristes. Avec le soutien du gouvernemet américain (un nouveau passeport etc.), il a travaillé pour le Lashkar-e-Taiba en utilisant son passeport américain pour avoir accès à des endroits où il aurait été regardé avec suspiscion s'il avait révélé ses racines pakistanaises", rapporte Vir Sanghvi. Pour l'éditorialiste, les Etats-Unis étaient parfaitement au courant de toutes les allées et venues de leur agent. Ils ne pouvaient donc ignorer qu'à un certain moment, il s'est réellement mis à travailler pour le LeT. "Il est venu à Bombay, pas seulement pour des repérages au Taj, mais aussi à la Nariman House (le centre Loubavitch). Il s'est fait passer pour un Juif américain et a envoyé des rapports détaillés", poursuit Sanghvi. Ajoutant, se fondant sur le fait que Headley jouait encore l'agent double : "En cours de route, il a forcément révélé à ses commanditaires américains tous les déails de l'opération du 26 novembre. Les Etats-Unis se sont alors retrouvés face à un dilemme. S'ils révélaient tout cela, le LeT saurait qui était Headley et sa couverture ne manquerait pas de voler en éclats. Ils ne pouvaient pourtant pas rester les bras croisés. Ils ont donc trouvé un compromis en nous donnant quelques informations sur l'attaque, mais pas assez pour qu'elles permettent de remonter jusqu'à Headley. Et Headley a continué à opérer en tant qu'agent américain au sein du LeT".

Si le scénario est correct, l'accusation portée à l'encontre des Etats-Unis est grave. Le pire est que l'affaire ne s'arrête pas là.

Plusieurs mois après les attentats de Bombay, alors que les Américains savaient ce dont Headley était capable, pourquoi l'ont-ils laissé voyager de nouveau entre l'Inde, le Pakistan et les Etats-Unis ? En Inde, il effectuait de nouveaux repérages, préparant le terrain pour de nouvelles attaques du Lashkar-e-Taiba. Tous azimuts. Contre des institutions et des lieux de culte indiens; et, à nouveau, contre la douzaine de Chabad Houses (Centres Loubavitch) établies en Inde.

"En Inde, le sentiment qui prévaut est que les Etats-Unis ont totalement manqué de transparence", juge B. Raman, un ancien responsable des Services secrets indiens. Vir Sanghvi va plus loin : "Le 26 novembre aurait-il pu être évité ? Si la théorie (exposée) est exacte, alors oui, les Américains auraient pu nous en dire davantage. Et nous aurions pu faire échouer le complot".
Marie-France Calle

samedi 26 décembre 2009

Godfried Danneels : « Osons la radicalité »

Godfried Danneels part serein, malgré les diatribes des conservateurs qui fustigent sa gestion de l’Eglise catholique de Belgique et qui prient l’avènement d’un archevêque moins progressiste. Tirant le bilan de 30 ans à la tête de l’Eglise belge, le prélat n’hésite pas a remettre à sa place la curie romaine, qui ne l’a pas épargné, ces dernières années.

Godfried Danneels se retire. A quelques jours de la désignation de son successeur, par le Pape, à la tête de l’Eglise catholique de Belgique, l’archevêque de Malines-Bruxelles répond aux questions du Soir.

Vous êtes né dans un monde catholique homogène. Archevêque, depuis 30 ans, il vous revenait de propager la foi catholique. Mais vous avez vécu la sécularisation à marche forcée de la société belge et une baisse dramatique du nombre sinon de croyants, tout au moins de pratiquants. Cela ne fut pas facile à vivre…

Aussi longtemps que vous retenez comme critère essentiel la quantité, ce n’est évidemment pas la gloire. C’est même un peu décourageant. Mais la foi et la culture chrétiennes sont-elles mesurables uniquement à l’aune de la quantité ? Je ne le crois pas. Certes, j’ai dû apprendre cela. Je ne dis pas que je n’ai pas ressenti souvent avec tristesse la baisse du nombre de fidèles à la messe du dimanche. Et je le ressens parfois encore maintenant. Chaque époque connaît sa propre évolution sociétale, qui échappe à notre emprise. La sécularisation a été un choc culturel que tout le monde a subi. Mais chaque époque contient en elle des germes d’espérance. Dans ma jeunesse, la plupart des gens étaient catholiques ; ils le devenaient presque par naissance. Ce n’est pas critiquable : c’est aussi un cadeau de pouvoir grandir dans une atmosphère sereine, avec cette évidence de la foi. En même temps, quand les catholiques étaient tellement nombreux, la foi n’était pas toujours très profonde. On était croyant « sociologique », par tradition. Quand la foi devient une démarche personnelle, cela a sa valeur.

Y a-t-il un moment où vous avez senti la société belge basculer ?
Un moment ponctuel, non, mais une évolution sur quelques années. Le progrès scientifique et technique a fait naître l’idée que l’on pouvait se passer de Dieu et du monde invisible, que l’homme pouvait prendre seul son destin entre ses mains. En un certain sens, c’est l’homme qui devient Dieu. C’est cela la sécularisation. Et beaucoup de gens commencent à dire : “Dieu, finalement, est peut-être là, mais il est complètement inutile.” Sauf qu’à certains moments de la vie, face à la souffrance et, surtout, face à la mort, l’homme ressent un manque. Et ce n’est pas étonnant qu’aujourd’hui, on veuille mettre la mort sous anesthésie…

Vous faites référence à l’euthanasie ?
Oui. L’euthanasie est l’anesthésie sur la mort. Pour ma part, je crois que la mort est un des actes très importants de la vie humaine. Il faut faire sa mort, il faut la réussir aussi. Supprimer techniquement la vie en tant que telle n’est pas un acte humain. Je ne peux pas être d’accord.

Lorsque l’écrivain Hugo Claus a choisi de partir ainsi, vous avez critiqué la médiatisation de l’affaire…
Je ne juge pas la conscience personnelle de celui qui fait ce choix. Dieu juge. Moi, je n’en ai pas le droit. Mais j’ai le droit de dire que toute cette médiatisation…

… était de la propagande pour l’euthanasie ?
Oui. Soyons honnête.

D’autres peuvent revendiquer le droit au suicide. Dieu, s’il existe, les jugera. L’Eglise a-t-elle le droit d’imposer sa vision du monde ? Vous êtes né dans une société où l’Eglise avait une influence déterminante, notamment politique. Depuis, vous avez dû vous accommoder de réformes sociétales dont l’Eglise ne voulait pas…
L’Eglise a-t-elle quelque chose à dire sur la politique avec un petit «p», la politique des partis ? Dans le passé, elle l’a fait. Il y avait d’ailleurs un Parti catholique. C’est inconcevable aujourd’hui. Et je n’ai jamais été partisan que l’Eglise se mêle de politique avec un petit « p ». Il y a une séparation entre l’Eglise et l’Etat, entre l’Eglise et la politique – même si l’Etat subsidie certaines activités des religions qui sont bénéfiques pour le développement et l’humanisation de la société. Maintenant, s’agissant de la Politique, avec un grand « P », c’est-à-dire ce qui est important pour la « polis », pour la société, l’Eglise, le croyant doivent oser parler. On a le droit de dire : je pense que ceci n’est pas humanisant, que cela est plutôt déshumanisant.

Le Vatican attendait, de votre part et de celle des évêques, une attitude plus ferme, plus interventionniste dans les matières sociétales : euthanasie, interruption volontaire de grossesse… Les visites ad limina, à Rome, n’ont pas toujours été heureuses pour vous. Peut-être le Vatican n’a-t-il pas compris que nous ne vivons plus dans une société où l’Eglise peut dicter ses choix à la société et au monde politique…
Peut-être. On ne me l’a jamais dit personnellement. Mais regardez l’Italie ou l’Espagne : des lois similaires ont été votées. La société évolue. Et l’Eglise doit s’en rendre compte. L’Eglise peut faire connaître son point de vue, mais elle n’a plus les moyens de l’imposer à la société. Nous sommes réduits au rôle du prophète qui crie, qui dit : “Ceci n’est pas juste”, mais qui n’est pas toujours entendu par le peuple. La Bible est pleine d’exemples où le peuple ne suit pas le prophète. L’Eglise doit-elle, pour autant, se taire ? Ce serait une grande faute, un péché. Tout cela n’a pas été facile. Mais aucun temps ne l’est. Et ne sera pas plus facile pour mon successeur…

On a vu les Eglises d’autres pays – l’Espagne, l’Italie – adopter une posture plus résolue, encourager les fidèles à manifester. Sans freiner pour autant la sécularisation…
Je ne pense pas qu’en Belgique, les manifestations, les grandes marches auraient eu une influence.

Un tel activisme aurait fait du tort à l’Eglise ?
Certainement. Tenter d’intervenir dans la vie politique aurait été une erreur. Peut-être me dira-t-on que nous aurions dû exprimer nos convictions en parlant plus fort… Ce n’est pas mon tempérament. Nous, les évêques belges, sommes des gens sereins. Nous disons ce que nous pensons, mais nous ne crions pas. N’est-il pas dit : “Le messie n’élèvera pas la voix dans les rues” ?

Pourtant, vous déplorez le christianisme «soft»
C’est exact. Le Christ était radical. Avons-nous le droit de l’être ? Le prédicateur ne peut prêcher la radicalité que s’il est radical pour lui-même. Voilà le problème. L’Evangile est un texte radical. “Si on te frappe sur la joue droite, tends la joue gauche.” Est-ce possible ? C’est très difficile. A la limite, c’est impossible. Mais il faut continuer à le répéter. C’est un appel continu à nous dépasser.

Que les gens ne comprennent plus ?
Notre altruisme est ponctuel ; excessif face à une catastrophe – pensez au tsunami. Mais le reste du temps, le mot d’ordre, c’est jouir, profiter ; l’individualisme domine. Trop souvent, on a envie de rester chez soi, les volets fermés, bien au chaud…

Un trait propre aux sociétés occidentales ?
Propre, je crois, aux sociétés de consommation. Peut-être l’Eglise n’a-t-elle plus osé mettre en avant la radicalité de l’Evangile ? Peut-être a-t-on trop prêché la facilité et le caractère heureux de l’existence ? Certes, il est juste de dire le bonheur de vivre. Et nous devons nous réjouir que la vie, aujourd’hui, soit beaucoup plus facile qu’il y a 50 ans. Mais il faut aussi insister sur le fait que les évangiles expriment des exigences très claires, qui nous dépassent.

S’agissant de la propagation de la foi – l’expression paraîtra anachronique à beaucoup de nos contemporains –, ne pensez-vous pas que les catholiques ont été particulièrement timorés, depuis 30 ans ? Dans les écoles catholiques, il y a longtemps que les cours de religion sont consacrés avant tout aux « problèmes de société », bien plus qu’au message des Evangiles…
Cette attitude est explicable, mais pas justifiée. Elle est explicable au sens où nous venons d’une époque où l’Eglise avait tout à dire ; où les élèves des écoles catholiques allaient à la messe tous les jours, se confessaient tous les quinze jours. On a constaté que c’était contre-productif. On a voulu s’ouvrir. Et s’ouvrir aux autres. Mais par peur de devenir « identitaire », on perd le sens de sa propre identité. Ceci dit, il y a des cycles dans l’histoire. Je suis convaincu qu’il y a déjà des milieux où l’on parle davantage du contenu fondamental du christianisme, où on prend plus au sérieux les exigences de l’Evangile. Ce sont des petits groupes. Mais les petits groupes sont comme des touffes d’herbe verte dans une pelouse jaunie : c’est au départ de ces touffes que toute la pelouse sera régénérée.

Vous êtes optimiste, pour l’Eglise ?
Celui qui croit est optimiste.

Mais les autorités de l’Eglise n’ont-elles pas perdu le contact avec les croyants, par un discours qui ne passe plus dans nos sociétés ?
Je suis convaincu qu’en restant plus près de l’Evangile, nous aurions plus d’impact. Au lieu de se préoccuper presque toujours de questions de morale, c’est de foi que nous devons parler. Et du message de bonheur que le Christ est venu apporter aux hommes.

Le Vatican serait-il trop moralisateur ?
C’est certainement ainsi que la société le perçoit. Il faut dire que le moindre propos du pape sur la morale est largement répercuté, alors que quand il prononce une belle homélie, les médias n’en parlent pas. On reproche à Rome d’être toujours préoccupée de sexualité. Mais nous aussi, nous devons être plus simples, plus transparents, plus radicaux. Nous devons oser dire des vérités parfois dures à entendre, tout en faisant preuve de compassion, à l’image du Christ : souffrir avec ceux qui souffrent. Toutes les réformes de l’Eglise ont été basées sur un retour à l’Evangile. Prenez saint François d’Assise : nul artifice dans sa prédication, il disait simplement l’Evangile, dans la joie. A sa mort, des milliers et des milliers de croyants l’avaient rejoint.

Sa conception n’est pas celle de la curie…
La curie est un appareil administratif, indispensable certes, mais ce n’est pas l’Eglise.

Vous plaidez pour l’instauration d’un « conseil de la couronne » composé d’évêques, de sages, qui conseilleraient le pape sans prétention normative. En attendant, la curie donne le ton…
C’est partout le cas, quand on ne fait pas attention.

L’Eglise, pour vous, c’est la communauté des croyants. Que peuvent-ils face à la curie ?

C’est surtout au chef d’Etat, au pape, d’intervenir. Jean-Paul II a remarqué, à un certain moment, qu’il n’y avait rien à faire contre cette machine administrative ; et il a cherché sa propre voie : les voyages, le contact avec les foules. Ainsi, il a remis l’Eglise sur la carte. Mais il ne faut pas rejeter toute la faute sur la curie. C’est l’Eglise tout entière qui doit se renouveler.

Ses autorités n’y semblent guère disposées : elles refusent d’ouvrir le dialogue sur le mariage des prêtres, l’ordination des femmes…
Le Christ a dit aux apôtres : si vous voulez me suivre, abandonnez vos richesses, ne cherchez pas le prestige ni le pouvoir, faites le don intégral de vous-mêmes. Observer le célibat, mais vivre dans la richesse, c’est ridicule et égoïste. Quant à l’ordination des femmes, l’Eglise dit simplement qu’elle ne se sent pas autorisée à l’autoriser, car le Christ a choisi des hommes comme apôtres. En fait, l’Eglise catholique n’ose pas. L’Eglise anglicane, qui accepte l’ordination des femmes, est complètement divisée sur cette question.

Les Actes des apôtres et les Epîtres nous apprennent qu’aux premiers temps du christianisme, des femmes étaient chargées de la propagation de la foi ou dirigeaient des communautés…
On place trop haut le sacerdoce, comme si c’était la fonction la plus importante dans l’Eglise. De Marie ou saint Pierre, qui est le plus important ? C’est la sainteté qui compte, bien avant le pouvoir. A ce titre, les hommes peuvent prendre exemple sur les femmes, car, dans l’histoire de l’Eglise, il y a plus de saintes que de saints ! Et plus de pécheurs que de pécheresses. Les papes de la Renaissance n’étaient pas des femmes…

L’Eglise n’en est plus là…
On ne se rend pas compte à quel point l’Eglise est devenue meilleure au cours des deux derniers siècles. Au Moyen Age, elle vivait sous le régime du népotisme pur : on élisait les papes en fonction des intérêts familiaux. Et c’était encore pire du point de vue moral. Un enfant de cinq ans pouvait se retrouver cardinal !

Les nouvelles lois éthiques (sur l’IVG, l’euthanasie, le mariage et l’adoption homo…), vous évoquent un « changement de civilisation »…

Le sens de l’humanité diminue. L’heure est à la vie facile. Je ne dis pas que l’Eglise vit la pire des époques de son histoire, mais on ne peut pas dire que les passions, comme l’argent, la sexualité et le pouvoir, se soient tempérées, ces derniers temps.

Un cours irrémédiable, selon vous ?
Nous ne reviendrons pas en arrière, mais je suis convaincu que l’Evangile va influencer notre nouvel état. C’est une question de survie : à trop aller dans le sens de la jouissance, du prestige, l’humanité s’autodétruit.

Notre civilisation est en déclin, à vos yeux ?
Difficile à dire. C’est en tout cas une civilisation en danger. La vitalité se déplace vers l’hémisphère sud : l’Afrique, l’Amérique latine… Et puis l’Asie ! Jean-Paul II a écrit que l’avenir de l’Eglise catholique est en Asie. L’Afrique est une culture assez jeune, comme de la lave en fusion, qui absorbe facilement le christianisme. Les civilisations chinoises et japonaises, elles, ont 5.000 ans. La lave est solidifiée. Le christianisme met plus longtemps à s’y ancrer. Mais il y parviendra.

Qu’est-ce qui vous permet de l’affirmer ?
Nous sommes passés d’une culture sémitique des symboles à la culture grecque des concepts en deux siècles, à peine. Deux cultures tout à fait différentes. Il n’a fallu que 200 ans pour que tout le contenu du credo (la synthèse de la foi chrétienne, NDLR) soit reformulé en concepts grecs que les Juifs ne connaissaient pas. Des Grecs, on est passé aux Romains. Des concepts philosophiques, on est passé au droit. Au Nord des Alpes, nous n’étions ni conceptuels ni juridiques, mais comme des enfants fascinés par les couleurs, les formes, la nature, une mythologie wagnérienne. L’Evangile a une telle force de germination qu’il passe à travers tout, qu’il digère tout. Ce qui ne nous dispense pas de grandes périodes d’absence.

Le christianisme répondrait à un besoin vital, quelle que soit la culture ?
Il répond à des désirs profonds, souvent cachés, comme une source sous les pierres. Le Christ dit : “Bienheureux les pauvres”… Un pauvre n’est tout de même pas heureux par principe. Mais si on interprète ce message comme une invitation à la sobriété, vous verrez : il y a comme un besoin latent, sous-cutané, qui se réveille. Le cœur de l’Evangile, qui apparaît à première vue à rebrousse-poil, répond en fait à un besoin vital, qu’il s’agit d’éveiller.

L’humanité est aveugle, selon vous ?
Oui, beaucoup de pierres dissimulent la source. Tout ce que Pascal désigne comme étant du divertissement. Mais je ne suis pas pessimiste sur notre époque, qui connaît aussi l’essor d’une solidarité très belle, malgré l’individualisme. Loin de moi l’idée de vanter l’âge d’or. Si nous étions déplacés, ne serait-ce que pendant dix minutes, au Moyen Age, nous serions pressés de revenir ! A moins d’y avoir laissé la peau, contaminé par la peste.
Ricardo Gutiérrez
Dominique Berns

jeudi 24 décembre 2009

Une école en terre d’accueil

Un film de Roger Beeckmans : le regard humaniste d’un cinéaste engagé

Entrer dans un film de Roger Beeckmans représente toujours un apprentissage humaniste, une leçon de tolérance (c’était d’ailleurs le titre d’un précédent film du cinéaste) et un enrichissement de l’intelligence et du coeur. Ce film-ci ne fait pas exception à la règle.

Le générique s’ouvre sur des images de la mer du Nord. Du moins est-ce celle-là que je vois, spectateur belge.
Mais l’image est aussi métaphore. Celle du recommencement indispensable exigé par chaque nouveau venu dans l’école que filme Roger Beeckmans. Celle de l’acharnement aussi malgré les tempêtes et les aléas. Celle enfin, s’il s’agit de la mer du Nord, des exils interrompus vers l’Angleterre. Nous avons tous présents à l’esprit ces témoignages provenant de Sangatte, de la "Jungle" nettoyée par les forces de l’ordre, du Centre d’Accueil fermé trois ans plus tôt sur ce même lambeau de sable d’où on voit les falaises de craie du Royaume Uni. S’il ne s’agit pas de la mer du Nord, surgiront les images anciennes des Boat People du Vietnam, des paysans Albanais sur des coquilles de noix chavirant au large des côtes d’Italie, des jeunes Marocains naufragés à l’approche de Gibraltar...

Roger Beeckmans n’a peut-être pas songé à ces images-là que j’invente et qui m’envahissaient lorsque j’assistai à la projection dans une des salles de l’école où il avait planté sa caméra pendant un an. La formulation est inappropriée s’agissant de Beeckmans : il ne "plante" pas sa caméra, il l’offre comme on donne la parole.

Dans ce film, il s’est mis aux aguets de ce que l’école peut offrir à ces jeunes gens venus de cultures et d’horizons que l’on dit "étrangers". Il écoute, il suscite, il encourage les témoignages de ces jeunes gens dont l’école est devenue le premier instrument d’intégration dans un environnement dont certains ignoraient la langue lorsqu’ils y sont arrivés.

La plupart sont des enfants de la seconde génération, ceux nés des immigrés venus en Europe dans les années soixante, années de prospérité, de progrès, de développement industriel et économique. (On se souviendra de ce qu’écrivait Tahar ben Jelloun par exemple pour évoquer la condition de cette immigration-là. Aujourd’hui, dans son dernier roman, "Au pays" (écoutez l’interview qu’il nous avait accordé à l’époque de la sortie du livre) il nous dit, par la fiction romanesque, ce qu’ils sont devenus, ces ouvriers livrés à la retraite et souvent au déracinement irrémédiable ici et là-bas.)

Dans le film de Beeckmans, on écoute ces jeunes femmes et ces jeunes hommes démêler les attaches dont ils sont faits, chercher une voie médiane qui réconcilierait les forces contraires, celles de leur origine, celle de leur présent : la tradition familiale, la culture du pays d’origine, le regard sur la position de la femme si éloignée ici de ce qu’elle est souvent là-bas.
On les écoute et on s’aperçoit que c’est la première fois que cela nous arrive. Et c’est cela sans doute la fonction essentielle du cinéma comme le pratique Roger Beeckmans, il nous donne à voir, à entendre, mais surtout à penser. Il nous invite sans nous y forcer à repenser notre appréhension de l’autre, à modifier le regard que nous portons sur lui, à prendre en compte son histoire et sa personnalité.

Mais Beeckmans n’est pas candide. Il n’escamote pas la complexité des choses. C’est sans doute cela qui rend son film particulièrement pertinent et opportun dans notre époque où l’on préfère l’amalgame à la diversité, et désigner le bouc émissaire plutôt que d’identifier le faisceau des responsabilités.

En nous invitant à emprunter ce chemin-là qui mêle le coeur, le regard et l’écoute, Roger Beeckmans fait oeuvre de citoyen du monde autant que de cinéaste. Et il excelle dans chacune des ces vocations.
Edmond Morrel

Le 4 janvier 22h la UNE RTBF diffuse « Une école en terre d’accueil »
Le film est disponible en location pour les enseignants à la Cinémathèque de la communauté française de Belgique

Père Damien et construction européenne au coeur du message royal

BELGA
La construction européenne, renforcée récemment par la ratification du Traité de Lisbonne, est l'autre grand thème du discours roya
l.

Le Palais déplore la violation de l'embargo par le Nieuwsblad
Le roi Albert II a placé le père Damien et la construction européenne au coeur de son traditionnel message de Noël. Adressant ses premières pensées aux personnes qui ont perdu leur emploi et à leurs familles, Albert II relève malgré cette "situation préoccupante" des éléments positifs pour la Belgique, tels que la "magnifique désignation" d'Herman Van Rompuy comme premier président permanent du Conseil européen.

Il souligne aussi "l'hommage universel" rendu en octobre dernier à "Joseph De Veuster, mieux connu sous le nom de Père Damien", un homme dont le rayonnement, selon Albert II, dépasse en Belgique les clivages philosophiques et communautaires. Le Roi souligne la "solidarité radicale" dont le père Damien a fait preuve, et cite au passage le message adressé à son sujet par le président américain Barack Obama.

La construction européenne, renforcée récemment par la ratification du Traité de Lisbonne, est l'autre grand thème du discours royal. Ce traité doit notamment permettre à l'Europe "de mieux jouer son rôle dans les grands dossiers internationaux tels que le climat, les négociations économiques et financières internationales, la coopération au développement et la paix dans le monde".

Mais le chef de l'Etat y voit aussi un exemple pour une Belgique où "la diversité et les divergences de vue entre groupes de population rendent la cohésion parfois plus difficile". Il en appelle à la créativité, la confiance et la détermination pour surmonter les obstacles. "C'est à cette condition que nous pourrons continuer à jouer le rôle constructif qui est le nôtre en Europe", prévient-il. "Nous manquerions de crédibilité pour suggérer le dépassement des divergences entre les Etats membres si nous ne parvenons pas à le faire au sein de notre propre pays", estime Albert II.

mercredi 23 décembre 2009

Que restera-t-il de la mémoire numérique ?

Mais où va-t-on ? Les Français se sont réfugiés dans une religion de la mémoire ; le culte nostalgique du passé supplée désormais toute notion de progrès historique ; il est aberrant de laisser l’histoire se mêler à la mémoire et au souvenir quand on sait que la première est scientifique, la deuxième politique et la troisième privée ; notre goût pour la célébration des plus glorieux de nos défunts nous a toujours dispensés d’honorer nos grands contemporains quand les Anglais ont merveilleusement montré que cette coexistence était possible avec leur National Portrait Gallery ; le sacré c’est déplacé, les lieux de culte se vidant à mesure que les musées se remplissent tandis que le moindre témoignage du passé est abusivement et pompeusement baptisé «lieu de mémoire» ; l’Histoire est désormais instrumentalisée par le pouvoir à coups de références et de citations tous azimuts à seule fin de ramener l’introuvable identité nationale au cœur du débat politique en lieu et place d’un roman national exténué ; l’indexation inscrit les plus infimes de nos gestes quotidiens dans une gigantesque banque d’informations susceptible d’être partagée ; la société hypermnésique vers laquelle nous nous dirigeons s’annonce invivable. Bref, trop de mémoire tue l’Histoire.

C’est ce qui ressort de l’état des lieux dressé par Emmanuel Hoog, Pdg de l’INA (Institut National de l’Audiovisuel), dans la première partie de Mémoire année zéro (197 pages, 18 euros, Seuil). On sait que la mission des Archives est de conserver et communiquer. Mais que garder de cette immense mémoire numérique dans ce monde qui a abdiqué sa raison critique au point que rien n’est trié et que tout fait mémoire ? Hoog aime à citer Paul Claudel, celui du Soulier de satin, où il est dit que ce qui a existé une fois fait partie à jamais « des archives indestructibles ». Sauf que depuis, l’homme s’est doté de moyens technologiques tels qu’il est parvenu à un excès de mémoire proche de la saturation et donc de l’explosion de la bulle. Emmanuel Hoog assure qu’il n’est pas trop tard pour la maîtriser.

Il plaide pour une «politique de la mémoire», plus crédible que la fumeuse politique de civilisation remixée par Henri Guaino. Sa grande idée est rien moins que «civiliser Internet». Par cette formule, il entend l’inscrire dans l’Histoire. Concrètement, cela se traduira par la conservation des traces du flux afin de doter le réseau d’une mémoire qui lui fait encore défaut puisque tout est constamment réactualisé ; mais au risque du paradoxe, il réclame dans le même élan le droit pour le citoyen de contrôler ses propres traces par la possibilité de les effacer au nom du droit à l’oubli régi par un habeas corpus numérique.

Civiliser la Toile consisterait d’abord à la cartographier, puis à y introduire la notion de droit d’auteur, enfin à la soumettre au Dépôt légal des œuvres de l’esprit né de l’ordonnance de Montpellier (1537), déjà adapté par la loi aux photographies, aux enregistrements et aux films (1925), et aux documents audiovisuels, multimédias et informatiques (1992), toutes choses dont l’Etat sera le garant. Séduisant, non ? Mais on ne suivra pas l’auteur dans sa conviction que la télévision demeurera le media de référence qui unit et rassemble, alors que son déclin est d’ores et déjà entamé ; et l’on demeurera très sceptique sur sa volonté de faire de la culture en général et de l’Histoire en particulier les moyens par lesquels la télévision publique saura relever le défi mémoriel, alors que ce n’est plus là que ça se passe. «La République des poètes est pour demain». C’est son dernier mot.

Dans un autre monde et une autre vie peut-être, car en ce qui concerne les nôtres, c’est mal parti pour les amis de la poésie. Un regret tout de même, à l’issue de ce stimulant essai : puisque le patron de l’INA exalte les capacités de cette grande maison, et déplore le peu de visibilité des documentaires et des émissions historiques à la télévision, dommage qu’il n’ait pas été jusqu’à relever un rapport de cause à effet entre les tarifs prohibitifs de la location des images de notre patrimoine audiovisuel conservées à l’INA et la situation des réalisateurs et producteurs découragés de continuer par l’énormité du devis avant même d’avoir réellement commencé.
Pierre Assouline

vendredi 18 décembre 2009

INTERVIEW ANTROPOLOOG, EX-CGKR-DIRECTEUR EN BRUSSELAAR JOHAN LEMAN

Foto : Bart Dewaele
“Tijd voor een Marshallplan”
DOOR ISA VAN DORSSELAER

Vlaanderen houdt niet van grootstad Brussel. Nochtans zou het beter mee investeren in de achterstandswijken in de Kanaalzone, zegt Johan Leman. “In Molenbeek is bijna tien procent jonger dan drie jaar. Denkt Vlaanderen dat die later allemaal in Brussel blijven, terwijl de rijke, vergrijzende buur lonkt?” Isa Van Dorsselaer, foto Bart Dewaele


U verliet in 2003 uw plek aan het hoofd van het Centrum voor Gelijkheid van Kansen en Racismebestrijding. Heeft u het debat rond integratie veel zien veranderen?
“Tijdens de jaren negentig werd ook gesproken over de islam, maar het was vaak niet meer dan platvloerse folklore. Vliegende tapijten of djellaba’s in verkiezingsfolders en dies meer. Xenofobie was toen niet zo ingegeven door de islam, ze draaide om jobs die zouden worden ingepikt. Na de aanslagen van 11 september 2001 is dat beginnen te verschuiven. Het culturele discours domineert nu het debat. Alles draait rond die zogenaamde onverenigbaarheid van de islam met onze samenleving. ‘Zij’ moeten op hun anders-zijn inboeten om een plaats te kunnen krijgen bij ‘ons’.”

Speerpunt van dat debat lijkt de hoofddoek, die in sommige Brusselse wijken alomtegenwoordig is.
“Terwijl je geen grote theologische beschouwingen moet zoeken achter die hoofddoek. Weet u wat de antropoloog in mij zegt? Allochtone vrouwen doen het beter dan mannen. Ze presteren beter op school, ze vinden gemakkelijker werk. Ze emanciperen zich sneller. De hoofddoek is de vrijgeleide die vrouwen in staat stelt om dit leven te leiden. Loop eens rond in de Kanaalzone. Het straatbeeld is daar overdag heel vrouwelijk. Mannen sluiten zich op tot ’s avonds, omdat ze zich schamen over hun inactiviteit. Vrouwen voelen die gekwetste trots van mannen. Met de hoofddoek signaleren ze dat ze hun plaats tegenover hem niet vergeten zijn, terwijl ze tezelfdertijd toch doen wat ze willen. De hoofddoek is als een balsem op de gewonde ziel van veel maghrebijnse mannen.”

Wat betekent het dat er in het integratiedebat nauwelijks nog gesproken wordt over het sociaal-economische?
“Opnieuw de Kanaalzone. Je vindt er steeds dezelfde cocktail terug: een te hoge bevolkingsdichtheid en een snel aangroeiende bevolking, een hoge jeugdwerkloosheid, eenoudergezinnen. Als je dat mengt, stijgt de kans op delinquentie: dat blijkt al decennialang uit onderzoek. Molenbeek is op minder dan tien jaar van 68.000 naar bijna 84.000 inwoners gegaan – en dat is zonder de mensen zonder papieren gerekend, die ook nog eens met een paar duizend zijn daar. 58 procent van de jongeren onder de 29 jaar in oud-Molenbeek zit zonder werk, de rest heeft de afgelopen vijf jaar met periodes niet gewerkt. En dan zanikt men in Vlaanderen over islamisme en komt men een paar weken in Molenbeek rondlopen om dan een boekje te schrijven over de gevaren van de mannen met baarden. Dat is toch niet ernstig? Bij het sociaal-economische ligt het probleem én de oplossing. Maar die realiteit is ondergesneeuwd door het debat over cultuur en geloof. Er mag over cultuur gepraat worden, er zijn kernen van islamisme die zich opsluiten in hun fundamentalisme, maar dat is een beperkt nevenverschijnsel. Sterker nog, als we het sociaal-economische niet oplossen, creëren we een voedingsbodem voor dat andere.”

Hoe erg is het eigenlijk gesteld met die Brusselse wijken?
“Het is bijzonder erg. Er is op dat vlak geen enkele vooruitgang geboekt. Voor de Kanaalzone – van Kuregem in Anderlecht, over oud-Molenbeek en de Havenwijk tot in Laken – moet er een Marshallplan komen. Het kan toch niet dat een gemeente als Molenbeek er niet in slaagt om zijn politiekorps voldoende te bemannen omdat ze niet kunnen rekruteren in Brussel zelf, want daar zijn te weinig jongeren die hun middelbaar hebben afgemaakt. Er moet massaal geïnvesteerd worden in onderwijs. En we moeten plaatsen creëren waar mannen aan het werk zijn. Veel jongeren hebben hun vader niet zien werken en hun broer niet en ze hebben zelf ook geen job. Deze jongeren hebben dringend nood aan voorbeelden: rond zich mannen zien die overdag aan de slag zijn. Geef hen via wijkcontracten werk in het onderhoud van de gemeente, open jobateliers, wat dan ook, maar maak dat ze werken en dat ze een loon krijgen. Misschien haal je niet meteen die jongeren in de drugseconomie uit die spiraal, maar je zorgt er op zijn minst voor dat er geen nieuwe in verstrikt geraken en dat de jongeren die willen werken, toch al ergens aan de slag zijn.”

Maar er is toch al veel geld gepompt in die wijken?
“Begin jaren negentig is er een Impulsfonds voor Brussel opgericht na de eerste grote rellen met allochtone jongeren. Maar dan wilden ook Antwerpen en Gent en Luik en Charleroi geld. En wat overbleef van de pot voor Brussel, werd opgeslokt door de communautaire structuren, om de begroting van de VGC en andere communautaire administraties aan te vullen. Voor de jongeren was er geen euro over.”

Tien jaar geleden ging u er prat op dat Brussel een grootstad is zonder getto’s. Is dat niet aan het veranderen?
“Dat proces is bezig, ja. Er zijn kernen van gettovorming die sterker zijn dan tien jaar geleden, vooral door het blijvende karakter van de werkloosheid. Maar Brussel blijft meer dan pakweg Parijs of Rome een mozaïek. De jongeren zitten niet vollédig opgesloten in hun eigen desolate wereldje, er zijn er nog altijd die eraan ontsnappen. De Baronnen is gemaakt door een jonge regisseur uit de Havenwijk (Nabil Ben Yader, red.). Acteur Ben Hamidou komt uit die wijk.”

Hoe zit het met de nieuwere migratie? Herhaalt het verhaal zich met hen?
“De migranten uit Oost-Europa hebben veel van de plaatsen van de maghrebijnen ingenomen – zij het dat zij eerder seizoenarbeiders zijn die pendelen. Van de Pakistaanse migratie, die zich op de handel heeft gegooid, weten we nog niet veel. Onder de Afrikaanse nieuwkomers is veel armoede. Ze sluiten zich op in hun kerken. Van de nieuwere generatie migranten is door de band genomen de scholingsgraad wel hoger, het is een ander type migrant dan de ongeschoolde Marokkanen en Turken die in de jaren zestig en zeventig naar hier kwamen. We moeten die band tussen migratie en integratie weer aanhalen en beseffen dat het succes van de integratie mee afhangt van de selectie van wie men binnenlaat.”

De burgemeester van Amsterdam, Job Cohen, zet zwaar in op burgerschap om zijn multi-etnische stad samen te houden.
“Goed zo, als men tenminste de hele definitie van burgerschap aanvaardt. Burgers delen een minimaal aantal gemeenschappelijke normen, waarden en gebruiken; ze aanvaarden een zekere mate aan sociale controle; ze zijn socio-economisch niet te ongelijk; ze maken voldoende deel uit van het sociale weefsel; en ze identificeren zich met de stad waar ze wonen. Helaas merk ik dat burgerschap in het hele debat eenzijdig verengd wordt tot normen en waarden: ze leven hier en ze moeten zich vereenzelvigen met onze cultuur. Gevolg: een rist inburgeringscursussen om hen de waarden van die samenleving bij te brengen. Maar dat is tot mislukken gedoemd: je kan dat burgerschap wel vergeten als er een grote kloof is tussen arm en rijk en er een deel is dat niet deelneemt aan de samenleving.”

De verschillende culturen in Brussel zouden vooral naast elkaar leven.
“En dan? Ik zie in het park van Laken elke avond een geïmproviseerde voetbalcompetitie onder Marokkanen, met eigen truitjes en een scheidsrechter. Ook dat is sociaal weefsel. Waarom zouden die gasten in een Vlaamse ploeg moeten spelen? Dat is een ideologische benadering.”

Vlaanderen lijkt niet meer te willen investeren in Brussel.
“Vlaanderen moet leren zakelijker te kijken. In sommige wijken van Molenbeek is tien procent van de bevolking jonger dan drie jaar. Als je dit suggereert, word je ervan beschuldigd een heraut van de verfransing te zijn, maar denkt Vlaanderen echt dat al die jongeren in Brussel zullen blijven? Nadat ze hier geantichambreerd zijn, zullen velen zich in Vlaanderen vestigen en daar de vacatures opvullen die de snel vergrijzende bevolking daar openlaat. Ze zullen naar Halle gaan en Asse en Grimbergen en Vilvoorde en Mechelen, gelokt door het idee van de riches flamands. Vlaanderen heeft er dus alle belang bij dat die jongeren goed opgeleid zijn. Maar zodra er over Brussel en geld gepraat wordt, trekt Vlaanderen zich terug in een egelstelling. Nee, men is liever bezig met inburgeringspakketten via het internet voor Turkije dan met de jongeren van Brussel.”
ISA VAN DORSSELAER

jeudi 17 décembre 2009

Lettre ouverte au Président Herman Van Rompuy


Tout le monde, en Belgique, s’est réjoui de la nomination d’Herman Van Rompuy à la présidence du Conseil européen. Voici un Belge propulsé à la tête de près d’un demi-milliard d’Européens. Tout a été dit, ou presque, sur l’homme, son parcours, ses qualités. Passés les réjouissances, les analyses et autres commentaires, l’heure est à présent à l’essentiel : les actes.

Monsieur Van Rompuy, un commentaire sur notre blog Reflets vous décrit comme un homme ayant le « sourire fin du Bouddha ». C’est de bon augure pour l’immense tâche qui vous attend. L’avantage lorsque l’on inaugure une fonction, c’est que tout est ouvert et donc possible.

Pour ma part j’insisterais d’abord sur la nécessité de rendre l’Europe accessible aux citoyens. Même pour nous qui habitons Bruxelles, sa capitale, l’Europe est un «grand machin» carrément opaque et totalement inaccessible.

Il y a quelques années, lorsque j’étais jeune étudiant en journalisme à l’ULB, j’avais décidé d’écrire une lettre à Jacques Delors, alors président de la Commission européenne. J’avais été sensible à la fois à son style et à la campagne de sensibilisation des citoyens à l’Europe qu’il avait lancée. Plusieurs mois passèrent sans que je ne reçoive la moindre réponse malgré de multiples démarches.

Alors que le bureau du président Jacques Delors était situé à moins de deux kilomètres de mon domicile de l’époque, je dus passer via Paris et Jack Lang, alors ministre de la Culture de François Mitterrand, pour avoir un retour de courrier du cabinet Delors. Vous me direz que cela ne date pas d’hier, certes, mais les choses n’ont guère changé et ont même plutôt empiré. Les institutions européennes restent un bunker. C’est en tous cas à vous qu’il incombe de nous prouver le contraire.

L’immigration ensuite. Vaste chantier. Pour ce qui est de l’immigration que l’on pourrait qualifier de plus ancienne, il est toujours utile de rappeler que si elle existe, c’est pour des raisons historiques et économiques. Tout d’abord, beaucoup d’étrangers sont venus se battre contre l’armée allemande et donner leur vie pour libérer l’Europe du fascisme. Ensuite, dès le début des années soixante, différents gouvernements européens ont organisé des campagnes de recrutement, au Maroc et en Turquie essentiellement, à la demande de l’industrie lourde.

Je suis moi-même issu de cette immigration : mon père est arrivé en Belgique au début des années 60 pour travailler dans le bâtiment. Pourtant, tout en ayant gardé de fortes attaches avec mes origines, je suis un parfait citoyen européen, habitant Bruxelles – ville cosmopolite par excellence – et parfaitement à l’aise au sein de mon identité plurielle. Parfois je souris à l’idée de symboliser à moi tout seul la magnifique devise européenne : L’unité dans la diversité.

Quant à l’immigration plus récente, et récurrente, c’est un phénomène qu’il faut traiter avant tout de manière éthique. Cela tombe bien ! Je suis persuadé, Monsieur van Rompuy, que vous avez énormément d’éthique.

L’Europe ne peut plus se penser comme une forteresse face au reste du monde. L’Europe ne peut pas davantage se permettre de faire la guerre en Afghanistan, en Iraq ou ailleurs et ensuite mettre des demandeurs d’asile issus de ces pays dans des charters en leur disant : «Circulez, y a rien à voir !».

L’immigration est nécessaire à l’Europe et, en la matière, il faut en finir avec les politiques hypocrites. Sur le blog Hexagone de Catherine Coroller, journaliste au quotidien Libération, on peut lire : « Quoi qu’en dise Nicolas Sarkozy, le gouvernement français procède régulièrement à des régularisations d’étrangers en situation irrégulière. Seulement, ce chiffre est un secret d’État. Ainsi, il ne figure pas dans le rapport annuel au Parlement du Comité interministériel de contrôle de l’immigration… ».

Une politique d’immigration pragmatique passe aussi par des relations totalement repensées avec les pays du Sud, et en particulier avec l’Afrique. Les anciens pays coloniaux ne doivent pas oublier leur dette envers ce continent qui a été pillé pendant des décennies. L’éthique toujours !

L’interculturel. La barbarie progresse partout dans le monde. Dans son Éthique, Edgar Morin écrit : « Deux terreurs se conjuguent : la terreur terroriste et le terrorisme d’État qui tendent en s’accroissant et en s’intensifiant à susciter la guerre mondiale de civilisation entre Occident et Orient islamiste. La dégénérescence éthique s’y manifeste dans l’extension et l’aggravation des manichéismes. Nous ne voyons pas encore de signes de régénération ».

L’Europe, par son essence même, ne peut être qu’interculturelle : c’est le sens même de sa devise que je rappelais plus haut. La diversité n’est pas un choix mais un fait. Il y a deux façons d’aborder cette diversité : soit par la confrontation, soit par le dialogue. Mais se contenter de diagnostiquer le caractère multiculturel de la société est une chose, et faire en sorte que cela débouche, par une politique volontariste, sur une dynamique interculturelle en tant que véritable creuset de cette diversité en est une autre.

Opter pour l’interculturel, c’est préparer l’horizon européen au dialogue et à la paix. Nous assistons en réalité à la lutte entre les intégrismes de tous bords – animés par ceux qui aspirent au conflit des civilisations – et les partisans de l’ouverture, du pluralisme, de la diversité culturelle, ceux qui aspirent à une éthique politique et qui plaident pour le dialogue des cultures, des peuples, des religions, des civilisations.

L’année européenne de l’interculturalité fut un flop complet : beaucoup de tralala mais aucun projet ambitieux et toujours cette distance savamment entretenue entre le microcosme européen et le citoyen. Bruxelles – capitale fédérale, régionale et européenne – vous le savez très bien, est une terre cosmopolite par excellence. Encore faut-il qu’on lui donne les moyens de manifester véritablement ce qu’elle est en puissance. Il s’agit peut-être ici de votre plus grand défi, Monsieur Van Rompuy.

La Turquie. Si au 19ème siècle la Turquie était considérée comme l’homme malade de l’Europe, aujourd’hui ce serait plutôt l’Europe qui serait malade de la Turquie. Nonobstant le fait que les États européens ont promis dès les années 60 que la Turquie entrerait dans l’Europe, l’adhésion de ce pays important donnera un véritable poids politique à l’Union européenne. Du statut de nain politique qui est le sien actuellement, l’Union pourrait accéder à une stature qui lui permettrait de rivaliser avec des géants tels que les USA ou la Chine. À l’heure actuelle, la Turquie tient un rôle de premier plan dans des régions du globe où se joue l’avenir de la planète. L’Europe a vocation à contribuer à une plus grande stabilité et à la paix dans le monde. Il s’agit-là de valeurs essentielles et fondatrices de l’Europe.
Le fait que la Turquie soit un pays musulman est un plus qui apporte une richesse culturelle et spirituelle qui porte l’Europe vers le haut. Vous êtes suffisamment clairvoyant, Monsieur Van Rompuy, pour savoir que l’islam fait partie des meubles en Europe, tout comme le christianisme, les Lumières et la laïcité.

Les rapports avec les pays du Sud. L’Union européenne fait de gros efforts en matière de coopération et d’aide au développement. Mais l’ampleur de la tâche implique une politique radicalement ambitieuse entre partenaires qui se respectent.

L’Union pour la Méditerranée, par exemple, ne doit pas être un machin en plus de l’Union mais une véritable machine de coopération entre des peuple situés de part et d’autres des rives de la Méditerranée qui ont en commun une culture, une histoire, un climat, une gastronomie et une mer – la mare nostrum des Romains, berceau de la civilisation, qui se meurt lentement mais sûrement.

Dans mon livre Le Coran contre l’intégrisme, j’ai montré que c’est paradoxalement l’état de droit qui, en Europe, a favorisé l’émergence et le développement de l’islam intégriste. Vous n’êtes pas sans savoir que dans notre pays, en particulier à Bruxelles, l’islam est fortement courtisé au moment des élections. Uniquement dans une optique communautariste et souvent dans ses dimensions les plus rétrogrades. Mais comme cela marche, les politiques sans aucune vision trouvent la démarche rentable et donc utile pour leur carrière personnelle. Cette politique à courte vue constitue pour le moins un appauvrissement de notre démocratie et contribue à déforcer la cohésion sociale dont notre société a tellement besoin. Dans ce domaine aussi, la coopération peut nous fournir des pistes intéressantes.

Un pays comme le Maroc, dont je suis originaire et que je connais bien, fournit énormément d’efforts pour la lutte contre le terrorisme et contre le développement de l’islam radical en prônant un islam d’apaisement, recentré sur ses fondamentaux, à savoir une pratique d’ordre spirituel et non pas une idéologie radicale exportable à l’envi. Si l’islam fait partie des meubles, ceux-ci doivent rester à la maison !

Tous ces efforts, et bien d’autres dont je ne parle pas, méritent d’être encouragés, soutenus et portés par un projet européen qui soit à la fois généreux, réaliste et pragmatique. Un projet européen qui soit aussi visionnaire, pour ne pas dire prophétique - qualificatif que vous ne renierez certainement pas -, et essentiellement éthique. C’est dire si vous avez du travail !

Bon courage, Monsieur Van Rompuy, nous sommes de tout cœur à vos côtés.
Ali DADDY

samedi 12 décembre 2009

Ecolo zorgt voor barst in Brusselse meerderheid

Brussel - De meerderheidspartij Ecolo dreigde ermee niet voltallig te stemmen over de Brusselse begroting. Volgens minister-president Picqué (PS) zou dat de meerderheid in gevaar brengen. Ecolo zwichtte en keurt toch unaniem de begroting goed.

Ecolo wilde duidelijk maken dat ze het oneens is met de besparingsplannen voor de MIVB. Volgens de groenen zijn de besparingen in het aanbod van de vervoersmaatschappij in strijd met het regeerakkoord.

'Vertrouwen geschaad'
Minister-president Charles Picqué was niet te spreken over de houding van Ecolo. "Van zodra een partij niet solidair is, is het vertrouwen in de meerderheid aangetast. Ik ben uiteraard heel boos." Ook minister van Vervoer en Openbare Werken Brigitte Grouwels (CD&V) kon er niet om lachen. "Niemand is me komen opzoeken om te zeggen dat er onduidelijkheid of wrevel was. Ik was nochtans beschikbaar. Ik ben bijzonder verrast."

'Serieus probleem'
Volgens de oppositie zat Ecolo met een groot probleem. MR-fractievoorzitter Didier Gosuin: "Dit bewijst dat Ecolo niet weegt op de regering, hoewel ze dubbel zoveel ministers en parlementsleden heeft dan in de vorige legislatuur." SP.A-parlementslid Elke Roex: "Ecolo moet kijken of er in het regeerakkoord voldoende garanties staan. Desnoods moet de partij terug naar de onderhandelingstafel. Maar volgens mij is dit een serieus probleem."

samedi 5 décembre 2009

vendredi 4 décembre 2009

Brussel vangt één procent van asielzoekers zonder opvang op

De Brusselse OCMW's vangen volgens het spreidingsplan 42 amper één procent van de asielzoekers zonder opvang op. © Foto archief

Brussel - Brussel vangt één procent op van alle asielzoekers voor wie er geen plaats is in de reguliere opvangcentra van Fedasil. In Vlaanderen is dat 88 procent, in Wallonië 11 procent. Dat is het gevolg van het spreidingsplan van staatssecretaris Courard. N-VA vraagt een herziening ervan.

Volgens de N-VA kunnen veel Vlaamse gemeenten de hen toegewezen asielzoekers niet opvangen omdat er geen plaats is en veel gemeenten het financieel niet kunnen dragen. Die asielzoekers trekken – met het geld dat ze van het plaatselijke OCMW kregen - vervolgens toch richting Brussel.

Bovendien gebeurt de verdeling niet op de juiste manier, aldus N-VA. “Dat Brussel en andere grote en middelgrote steden ontzien worden, begrijp ik: zij torsen sowieso al de grootste last,” zegt Vlaamse kamerlid Sarah Smeyers (N-VA) in Het Laatste Nieuws. Volgens Smeyers moeten Vlaamse gemeenten een te groot deel dragen in vergelijking met de Waalse gemeenten.

Spreidingsplan 42
De reguliere opvangcentra van Fedasil en de lokale opvanginitiatieven zijn verzadigd en dus dreigen asielzoekers op straat te belanden. Om dat te vermijden, stelde staatssecretaris Philippe Courard (PS) een tijd geleden een spreidingsplan op. Daarin wordt vastlegt hoeveel asielzoekers elke gemeente moet opvangen. Die opvang gebeurt via de OCMW’s die ook voor financiële hulp instaan..

N-VA wil nu dat Courard dat plan herziet.

jeudi 3 décembre 2009

Les Français de plus en plus hostiles aux mosquées

La mosquée de Créteil (val-de-Marne). Crédits photo : AFP

Selon un sondage Ifop, 41 % des personnes interrogées s'opposent à l'édification de lieux de culte musulmans contre 22 % en 2001.
Si les Suisses ne s'étaient préoccupés des minarets, la France les aurait probablement ignorés. Mais une fois le sujet lancé, l'opinion s'est enflammée. Quelque 46 % des Français interrogés par l'Ifop sont favorables à leur interdiction. Près de 40 % les acceptent et 14 % ne se prononcent pas. «Les Français sont partagés, note le responsable du sondage Jérôme Fourquet. Mais la crispation autour de l'islam n'a jamais été aussi forte.»

Ce ne sont plus seulement les minarets qui fâchent, mais bien les mosquées. Seuls 19 % des Français acceptent qu'on en construise si des fidèles les demandent. C'est la proportion la plus faible de ces vingt dernières années. Tandis que le nombre d'opposants a retrouvé le niveau des années 1980. «À l'époque, le Front national émergeait, tout comme SOS-Racisme et les grandes manifestations», rappelle Jérôme Fourquet. En 1989, 38 % des Français refusaient de voir une mosquée près de chez eux. Les décennies suivantes voient ce rejet faiblir. En 2001, y compris après les attentats du 11 Septembre, il ne restait qu'un noyau de 22 % d'opposants. Les autres ayant alors rejoint le camp des indifférents (46 %). «En 2009, avec le retour des tensions, l'opinion s'est radicalisée sur la place de l'islam en France et se prononce clairement contre sa visibilité», analyse Jérôme Fourquet. Quelque 41 % des sondés refusent maintenant la construction d'une mosquée.

«Comme si vingt ans de droit à la différence ou encore la laïcité positive prônée par Nicolas Sarkozy n'avaient été qu'un discours de surface, sans prise avec le pays», soulève l'Ifop. Le président avait même envisagé de toiletter la loi de 1905 pour permettre le financement public du culte musulman. Tandis que les services de l'État priaient les maires de s'impliquer pour sortir l'islam de lieux de culte insalubres. Or, cette «normalisation» de l'islam voulue par le gouvernement et les élites politiques se révèle brutalement à contre-courant de l'opinion. Le décalage est particulièrement marqué pour les électeurs de Nicolas Sarkozy. Ils sont 48 % à refuser l'édification de mosquées et 55 % à repousser les minarets. Et seulement 25 % (mosquées) et 33 % (minarets) parmi ceux qui ont voté Ségolène Royal ou François Bayrou.

Hormis les professions libérales, les plus jeunes et les plus âgés, tous se montrent réticents. Les ouvriers sont les plus mobilisés. 65 % contestent l'édification des mosquées, suivis par les professions intermédiaires, les artisans et les commerçants. Qu'ils vivent à la campagne ou en ville, les Français s'inquiètent. Et particulièrement dans le Nord-Est et le Sud-Est. L'Ile-de-France est moins crispée.

Sur le site du figaro.fr, près de 49 000 lecteurs ont répondu à la Question du jour de mardi « Faut-il interdire la construction de nouveaux minarets en France ? » pour plébisciter l'interdiction à 73 %. En Allemagne, Der Spiegel a obtenu dans les mêmes conditions 78 % d'opposants aux minarets. Alors même que l'immigration est mieux acceptée en France que dans les autres pays européens, selon les récents sondages, «l'islam inquiète. Il reste perçu comme une religion de conquête», décrypte-t-on à l'Ifop. «Son expansion et ses rites collectifs heurtent le fond catholique de notre société.» Le minaret, même sans muezzin, apparaît comme le symbole «trop voyant» de la présence musulmane en France.
Cécilia Gabizon

lundi 30 novembre 2009

Arundhati Roy, la mauvaise conscience de la démocratie indienne

Si l'on débat en France de la panthéonisation d'Albert Camus, c'est sans doute pour célébrer une figure disparue dans ce pays : celle de l'écrivain engagé. A mille lieues de là, à New Delhi, Arundhati Roy ne se pose pas la question : l'auteur du best-seller mondial Le Dieu des petits riens (Gallimard, 1998) emmène le journaliste de passage à un meeting de soutien aux victimes de la répression militaire au Manipur, un petit Etat de l'est de l'Inde. L'écrivain s'assied sagement sur un banc de pierre de l'université de Delhi, parmi une centaine de participants, et attend son tour de parole. A l'écart, une banderole proclame : "Un monde différent ne peut être bâti par des gens indifférents."

S'ils lisent Arundhati Roy, ses compatriotes ne peuvent rester indifférents : dans Listening to Grasshopers (Penguin Books, New Delhi, 2009), l'écrivain la plus connue en Inde se livre à une critique circonstanciée et convaincante de la "plus grande démocratie du monde", dont elle dénonce les tendances fascistes.

Manipur, justement, pourrait être le prototype de ces dérives : en 1958, pour lutter contre le mouvement indépendantiste, le gouvernement désigna le petit Etat comme une "zone perturbée", dans laquelle l'armée serait dotée de pouvoirs spéciaux. Cela a conduit à de nombreux excès, dénoncés par exemple par l'association Human Rights Watch en 2008. Mais l'action militaire violente se poursuit dans les Etats du Nord-Est comme au Cachemire et dans les Etats de l'est de la Fédération indienne, où se développe la puissante rébellion naxalite.

"Dans la dernière décennie, dénonce Roy, les personnes tuées par les forces de sécurité se comptent par milliers." Mais, selon elle, le virus de la violence militaire n'est pas seulement localisé dans les régions troublées : c'est l'ensemble du pays qui serait en proie à un fascisme rampant : "Après la chute du mur de Berlin, explique-t-elle à la table de sa cuisine, à côté d'une pile de livres et de journaux, l'Inde s'est réalignée sur les Etats-Unis. Au même moment, ceux-ci sont passés presque instantanément du soutien à l'islam - contre l'Union soviétique - à la démonisation des mouvements musulmans, présentés comme terroristes. Cela a permis au BJP (le parti nationaliste hindou) de prendre son essor sur le thème de la "fierté hindoue"." L'ouverture de l'économie n'a pas contrarié cette tendance, au contraire : "Comme dans l'Allemagne nazie, le fascisme est associé à la régénération économique. Les grandes compagnies soutiennent les leaders du BJP parce qu'ils privatisent et leur donnent les terres prises aux paysans."

Les contrôles de sécurité très poussés lors des vols intérieurs, mais aussi la présence de soldats en armes derrière des sacs de sable dans le métro de Delhi, témoignent que la sérénité ne règne pas dans le pays. Et, presque quotidiennement, les journaux parlent d'un accrochage dans les régions de rébellion naxalite que le gouvernement ne parvient plus à contrôler.

Un jour en prison
Mais c'est au coeur même des institutions politiques que la dégénérescence de la démocratie serait engagée : "La majorité des députés sont millionnaires, dit Arundhati Roy. Vous ne pouvez gagner que si vous êtes appuyé par les grandes compagnies. Savez-vous que la campagne électorale en Inde a coûté plus cher que la présidentielle aux Etats-Unis ?"

Quant aux contre-pouvoirs, tels que la Cour suprême ou les médias, ils seraient pour l'essentiel passés aux mains des élites américanisées. Pour avoir critiqué la Cour suprême, l'écrivain a passé un jour en prison en 2002. "Toutes les institutions de la démocratie ont été vidées de leur sens et travaillent ensemble au bénéfice des élites", affirme-t-elle. Quand on lui fait valoir qu'elle est libre de s'exprimer, d'écrire et de parler, elle répond : "Ce n'est pas ça, la démocratie. La démocratie, c'est le gouvernement du peuple et pour le peuple."

L'écrivain exagère-t-elle ? Kalpana Sharma, une journaliste de Mumbai engagée à gauche, juge utile l'analyse et le travail de Roy mais tempère son pessimisme : "Il y a eu de grands progrès au niveau des villages, dit-elle, avec de plus grands pouvoirs accordés aux conseils locaux, les panchayat, ou avec la loi en faveur de l'emploi rural, la Negra. La lutte n'est pas perdue." Ce à quoi Roy rétorque : "Je ne vois pas mon travail comme devant maintenir un subtil équilibre des positions. Le fascisme, c'est une infiltration lente de tous les instruments du pouvoir d'Etat, une lente érosion des libertés publiques, des injustices quotidiennes mais peu spectaculaires."

Dans ces conditions, demeure-t-il quelque espoir ? "Il y a une chose très positive en Inde : les gens sont exceptionnellement conscients de ce qui se passe. Les élites et les médias, non. Mais, sur le terrain, ils sont au courant." L'écrivain aimerait se mettre à l'écart de l'actualité, progresser dans le livre de fiction qu'elle médite. Mais elle avoue l'"excitation" de cette vie. Le lendemain, elle part au Cachemire. Enquêter et, sans doute, dénoncer.
Hervé Kempf

dimanche 29 novembre 2009

Plongée dans l'école du futur

Dessins : Nawel

Imaginons un peu à quoi pourrait ressembler l'école en 2020.
Le système éducatif français se cherche. Décrochage des élèves les plus faibles, démotivation, absentéisme, baisse du niveau… le constat est sombre. La réforme du lycée, même limitée, ouvre des brèches vers l'autonomie des établissements ou la rémunération au mérite. À quoi ressemblera l'école de demain ? Le Figaro a imaginé le système éducatif en 2020. Rêve ou cauchemar, voilà ce que laissent augurer les projets, rapports et revendications des uns et des autres.

Collèges et lycées : que le meilleur gagne
Le lycée Frédéric-Beigbeder est un bâtiment lumineux, à mi-chemin entre la zone pavillonnaire et les immeubles de la cité. Derrière ses grilles et son portique de sécurité, une vaste cour qui distribue les salles de classe, salles de conférences et bureaux des professeurs. Il y a toujours de la vie derrière ces murs, puisque le lycée ne ferme pas ses portes pendant les vacances. Les bâtiments sont ouverts 365 jours par an, accueillant les élèves pendant les vacances pour des stages de remise à niveau, du perfectionnement en langue vivante… Banalité : toutes les classes sont équipées de vidéoprojecteurs et d'un accès à Internet, de même que les bureaux des professeurs, qu'ils se partagent par groupes de deux ou trois. Le visiteur qui pénètre dans le hall principal découvre une exposition de photos et des installations vidéo. Un tableau illustre le travail d'un preneur de son et d'un monteur. Car le nouveau projet d'établissement a été signé cette année par l'équipe pédagogique et les représentants de parents. Dans un monde où l'image est omniprésente, à travers les sites d'échange de vidéo en ligne, le travail du lycée sera centré sur «l'acquisition des valeurs citoyennes et de la rigueur à travers la création et la transformation d'images». Une section littéraire avec option montage vidéo, des ateliers consacrés aux connaissances scientifiques liées à la transmission d'images, un travail mêlant jeu, danse et mise en scène… Le proviseur est ravi : il a gagné quelques élèves, venus du lycée voisin, qui a fermé à la fin de l'année dernière, faute de public. «Évidemment, ricane-t-il, avec un projet sur les grandes œuvres littéraires françaises…» Son budget a augmenté d'autant : de quoi développer de nouveaux ateliers.

Ce qui existe déjà.
Les portiques de sécurité peuvent être acquis par les conseils généraux et mis à la disposition des établissements scolaires. Les établissements proposent, à l'initiative de Xavier Darcos, des stages pendant les vacances. Les projets d'établissement sont généralisés depuis la loi d'orientation de 2005, certains ayant déjà porté sur le football. La mise en concurrence des établissements découle de l'ouverture de la carte scolaire et aboutit à la fermeture des établissements les moins demandés.

La lourde charge du chef d'établissement
Jean-Marc Mercier, principal du lycée Philippe-Sollers, revient ragaillardi de la formation dispensée par le rectorat : «L'entretien d'embauche dans l'éducation nationale». Il est armé pour jauger les professeurs qui répondent à son appel d'offres. Car, en bon manager, M. Mercier recrute. Avec le budget voté cette année par son conseil d'administration, il a choisi de renforcer son équipe. Le poste en question est strictement décrit : travail en équipe, capacité à gérer une pédagogie différenciée… Il veut des gens jeunes, motivés, prêts à tout tenter. Sa politique de primes a déjà donné le ton. Fini, les professeurs enfermés dans leur classe pour faire un cours classique. Tout le monde doit participer aux ateliers de remédiation qui ont lieu tous les après-midi. D'ailleurs, sa classe sponsorisée par l'entreprise de BTP de la ville fonctionne très bien : les élèves bénéficieront d'un stage et même d'un voyage sur un des chantiers de l'entreprise. L'agence bancaire, elle, a organisé un jeu à destination des jeunes : ils géraient de l'argent fictif en étudiant les cours de Bourse. Le gagnant a eu droit à une ouverture de compte et à une petite cagnotte. Mais M. Mercier a surtout un grand projet pour l'année prochaine : la création d'une fondation d'entreprise, qui lui permettra d'investir dans de nouveaux équipements.

Ce qui existe déjà.
Les postes à profil se sont multipliés avec la généralisation des projets d'établissement. Ce sont donc les chefs d'établissement qui recrutent. L'autonomie des établissements est initiée par la loi d'orientation de 2005, même si elle est pour l'instant très limitée ; mais la réforme du lycée, par le biais des heures d'accompagnement, accorde de plus en plus de liberté pour une organisation locale des enseignements. Le jeu d'argent organisé par une banque a été mis en place à l'occasion du passage à l'euro. Il avait été supprimé après protestation des professeurs.

Le nouveau métier de professeur
Jeanne est à son bureau. Elle attend les élèves qui doivent venir lui demander des précisions sur son cours d'anglais. Puis elle participera à la soutenance d'un petit groupe de la classe de seconde dont elle est le professeur de français. Ils présentent leur projet de fin d'année sur l'archéologie régionale : histoire, présentation d'un chantier de fouilles, rédaction d'un récit sur les habitants de la ville au XIIe siècle… Elle essaiera en fin de journée de se greffer sur une heure d'étude dirigée : avec la rémunération au mérite, il vaut mieux accumuler les activités. À ce jeu-là, son collègue Bernard est plus doué qu'elle. Il a monté un club de théâtre et aide les lycéens à gérer le bureau des élèves. Autant d'heures supplémentaires. Il faut dire que Bernard a des raisons d'être motivé : il a attendu son poste pendant quatre ans. Après son concours, impossible de trouver un poste correspondant à son profil. En attendant, il a travaillé pour une officine de soutien scolaire. Mais maintenant que l'éducation nationale lui offre les mêmes possibilités… Quant à sa jeune collègue Nadia, elle a été recrutée par une procédure spécifique, pour incarner la diversité : indispensable dans un établissement comme le leur, classé ambition réussite.

Ce qui existe déjà.
Le rapport Pochard, du 4 février 2008, sur la redéfinition du métier d'enseignant évoquait l'idée de la rémunération au mérite, la bivalence et un prérecrutement adapté pour un public issu de la diversité. Les «35 heures au lycée» étaient une proposition de Ségolène Royal, mais elles étaient également suggérées sous une autre forme dans le rapport Pochard. Une source ministérielle aurait officieusement évoqué, en février 2009, la possibilité de ne pas attribuer automatiquement un poste aux titulaires des concours de recrutement, mais l'idée n'a jamais été commentée officiellement. La réforme du lycée, en développant les missions des enseignants, ouvre la porte à la rémunération au mérite.

Les parents terribles
Isabelle et Stéphane se sont réveillés aux aurores ce samedi matin. Ils sont convoqués au collège de leur fils Jérôme pour une remise à niveau. Pendant deux heures, on va leur donner les bases du «métier de parents». Il faut dire que Jérôme est infernal. Insolent, indiscipliné… C'est décidé, l'année prochaine, ils l'inscrivent dans le privé. Avec leur chèque-éducation, distribué aux familles par le ministère, ils ont le choix de l'établissement. Et puis, même si Jérôme ne fait pas grand-chose en classe, ce qui compte, c'est qu'il ait son bac. C'est pour cela qu'ils ont souscrit l'assurance vendue par une officine de soutien : bachelier ou remboursé. Et pour cette convocation, ils ont tout de même prévenu leur avocat. On ne sait jamais… L'année dernière, ils ont dû porter plainte contre l'Éducation nationale : la sœur de Jérôme, alors en terminale, avait manqué une semaine de cours à cause d'un professeur absent. La justice a tranché : l'institution était responsable de sa mauvaise note de maths au baccalauréat.

Ce qui existe déjà.
Les écoles de parents se multiplient sous forme d'associations. Certaines mairies et certains établissements scolaires proposent des formations à la psychologie de l'enfant, à l'autorité… Le chèque-éducation est une revendication notamment de l'association SOS Éducation. En 2006, l'État a été condamné pour l'absence d'un professeur de philosophie, cause, selon l'élève plaignant, de son 6/20 au baccalauréat.

Les enfants terribles
Le bonheur à l'école, ça existe. Arthur, 15 ans, ne vivra pas les heures d'insupportable ennui qu'ont subies ses parents à écouter vaguement un professeur, assis sur une chaise au fond de la classe. Certes, il ne voit pas bien l'intérêt de ce qu'on lui fait faire, mais il a au moins compris comment avoir de bonnes notes. Et puis, il est payé pour venir en cours : enfin, il voit un sens à l'école. D'ailleurs, sa classe aura droit cette année à un voyage en Espagne. Les élèves de sa classe ont été les plus assidus, avec un taux de présence de 96 %, et leurs résultats sont les meilleurs du lycée. Bon, il a fallu secouer un peu Martin, qui n'était pas motivé, mais tout le monde s'y est mis. Ce matin, Arthur remplit son livret de compétences pour le domaine «autonomie et esprit d'initiative». Il a su mener son projet de groupe sur les langues méditerranéennes, il a eu l'idée d'aller chercher des documents sur Internet et, surtout, d'ajouter un passage sur l'entraide entre les peuples… : il peut cocher tous les items. Et ne parlons pas de ceux qui concernent les langues ! Et comme le livret de compétences valorise les engagements extérieurs, il pourra faire mention de ses cours de batterie et de son groupe de rock. Le matin, il travaille sur ses projets, et l'après-midi, on vérifie les connaissances acquises, on les fixe avec un enseignant. Mais plus de notes surtout : au dernier conseil d'administration, les lycéens ont voté contre ce couperet qui augmente le stress au travail. Et ils sont des travailleurs comme les autres. Arthur a un tuteur et pratique chaque matière dans des groupes de niveaux. Comme les modules sont thématiques, il n'aura peut-être pas traité le même programme que son voisin Yohann. Mais peu importe : il est jugé sur ses capacités méthodologiques, la qualité de ses recherches… Et si les notes ne suivent pas, il pourra toujours attribuer une mauvaise évaluation à l'un des professeurs, puisque les élèves donnent leur avis en fin d'année.

Ce qui existe déjà.
L'organisation en une demi-journée de projets et une demi-journée de vérification des connaissances, ou une demi-journée de cours et une demi-journée d'ateliers, est actuellement expérimentée dans plusieurs lycées en France. La rémunération des élèves assidus est une des dispositions mises en place par le Haut-Commissariat à la jeunesse. Le livret de compétences a été validé par Luc Chatel et Martin Hirsch ; il tient également une place dans la réforme du lycée. L'idée de faire évaluer les professeurs par les élèves est proposée par de nombreux travaux de recherche en sciences de l'éducation. Un site Internet finalement supprimé l'avait mise en place.
Natacha Polony