samedi 10 janvier 2009

"De l’universel, de l’uniforme, du commun et du dialogue entre les cultures"

Y a-t-il des valeurs universelles ? Où situer le commun entre les hommes ? Comment concevoir le dialogue entre les cultures ? Pour y répondre, il nous faut suivre l’avènement du politique à partir du commun ; en même temps que remonter dans l’histoire composite de notre notion d’universel.
Mais il conviendra également d’interroger les autres cultures : la quête de l’universel n’est-elle pas la préoccupation singulière de la seule Europe ?


Pouvons-nous dialoguer avec toutes les cultures ?

François Jullien est philosophe et sinologue.
"Ne faut-il pas, avancer à la hache pour se tailler un chemin dans ce que l’immensité du savoir exigé rend inabordable et que le régime de l’opinion tient opaquement enchevêtré ?" Nous sommes prévenus dès le début : nous avancerons à la hache dans ce domaine où circulent tant de discours convenus et bien-pensant sur la diversité des cultures, l’universalité des droits de l’homme et le dialogue entre les peuples. Pour sortir de l’alternative entre un "universalisme facile" et un "relativisme paresseux", il faut en passer par le tranchant du concept.
Comment continuer à donner sens à l’idée d’universalité, et notamment à l’universalité des droits de l’homme, alors qu’il faut bien reconnaître que cette quête de l’universel est la préoccupation de la seule Europe, et que le contenu des droits de l’homme, inséparable de l’histoire européenne, semble en lui-même difficilement universalisable ? Et comment penser ce qu’il y a de commun entre les hommes tout en tenant compte de la pluralité des cultures, elle-même menacée aujourd’hui par l’uniformisation du monde ?

Le concept d’universel est un concept qui semble aujourd'hui aller de soi : or ce concept a une histoire, et il importe de comprendre ce qui a fait que dans notre tradition de pensée l’exigence d’universalité est devenue primordiale. (…)Force est ainsi de reconnaître que notre pensée de l’universel relève d’une histoire dispersée, composite, pour ne pas dire chaotique."

L’auteur poursuit alors son enquête en cherchant si la question de l’universel se pose dans les autres cultures. La question est audacieuse et toute réponse délicate. Là encore F. Jullien parvient à demeurer convaincant, mais dans ce chapitre, nous sommes contraints de lui faire confiance lorsqu’il explore les traditions de pensée arabe, indienne, japonaise et chinoise. Pour dire les choses outrageusement vite, la réponse est non. Car si on trouve une prise en compte de l’universel dans la logique arabe (et peut-être, aussi, dans la pensée logique indienne), l’universel ne semble plus prévaloir dès lors qu’on se tourne vers l’éthique et la religion. Ce chapitre permet à Jullien d’émettre une hypothèse intéressante sur la fonction de l’universel dans la culture européenne : l’Europe aurait (eu) d’autant plus besoin de valoriser l’universel (culturel) qu’elle s’est constituée à partir de poussées diverses, sans grand rapport entre elles .

Si les autres cultures n’ont pas théorisé et valorisé l’universel, il doit néanmoins y avoir des notions, des concepts communs à toutes les cultures, sans lesquels il n’y aurait tout simplement pas de communication ni de compréhension possibles entre les hommes. Bref n’y a-t-il pas des notions universelles, aussi générales que celles d’être, de temps, de vérité, de volonté, d’idéal, ne pouvant pas ne pas être présentes dans toutes les cultures et toutes les langues ?
Il s’agit donc de repenser le dia-logue entre les cultures en termes non d’identité et de différence, mais d’écart et de fécondité "seul ce pluriel des cultures permettra de substituer au mythe arrêté de l’Homme le déploiement infini de l’humain, tel qu’il se promeut et se réfléchit entre elles", nous dit François Jullien

Repenser donc le dialogue des cultures en termes non d’identité et de différence, mais d’écart et de fécondité en même temps que sur le plan commun de l’intelligible ; d’envisager ainsi ces cultures comme autant de ressources à explorer, mais que l’uniformisation du monde aujourd’hui menace. Car seul ce pluriel des cultures permettra de substituer au mythe arrêté de l’Homme le déploiement infini de l’humain, tel qu’il se promeut et se réfléchit entre elles.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
Décidément, plus on explore la galaxie du dialogue des cultures, de l’interculturel, de la diversité et du cosmopolitisme, plus les choses deviennent complexes.
Cette complexité ne doit pas nous impressionner ni nous réfréner dans notre élan exploratoire.
Après tout c’est en cherchant la route des Indes que Christophe Colomb découvrit l’Amérique. Comme l’Inde intriguait autrefois les Européens, l’interculturel exerce sur nous aujourd’hui une fascination qui va croissant. La découverte des possibilités de l’hybridation et des métissages n’est pas très éloignée culturellement de celle de la génétique et des infinités de combinaison du vivant qu’elle ouvre. Nous sommes tous, que nous le voulions ou non des mutants culturels qui passons nos vacances aux quatre coin du monde qui mangent aujourd’hui un moule frites, demain une choucroute alsacienne, après demain du spaghetti bolognaise et le surlendemain un couscous royal. On cuisine à l’huile quand nos grands-mères ne connaissaient que le beurre buvons du vin plus volontiers que de la bière et écoutons le jazz aussi volontiers que les musiques du monde.
En somme toute velléité d’homogénéiser l’horizon culturel humain nous fait horreur que ce soit par l’intermédiaire du communisme à la soviétique, du fascisme avide de purification ethnique, du néo capitalisme Nike-Coca-Disney-Macdo où de l’islamisme niveleur. A tous ces réducteurs de diversité nous opposons notre quête de respect de la différence et de la singularité de chacun et des identités plurielles.
L’Union européenne a décidé que 2009 serait l’année de la créativité et de l’innovation. Sortons tous, si ce n’est déjà fait de nos rails culturels, de nos petites habitudes et routines diverses. Sortons des rails qu’on aurait voulu tracer pour nous. Ayons cette audace qui manque tellement aujourd’hui à tous niveaux à commencer paradoxalement par le niveau européen.
MG

Aucun commentaire: