dimanche 18 janvier 2009

Harald Veen Fresed, médecin, a vécu l'enfer de l'hôpital Chifa à Gaza

(AFP/MEHDI FEDOUACH)
Harald Veen Fresed vient de passer une semaine à l'hôpital Chifa, dans la ville de Gaza. Ce chirurgien hollandais est épuisé. Envoyé par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), ce spécialiste des opérations abdominales a du mal à cacher son émotion après ce qu'il appelle "une véritable tragédie". Pourtant habitué aux guerres et aux situations de détresse – tout particulièrement dans les conflits africains –, il revient bouleversé par ce qu'il a vu.
Pendant huit jours, sans discontinuer, le médecin a vécu toutes les horreurs. "Des membres mutilés, des cervelles qui sortaient, des tripes à l'air, des blessés qui mouraient après s'être vidés de leur sang. L'afflux était énorme. Il était difficile de faire face. On parait au plus pressé, choisissant ceux que l'on pouvait sauver, délaissant ceux pour qui c'était trop tard."
Harald Veen Fresed explique que trois équipes de quinze médecins se relaient tour à tour, toutes les vingt-quatre heures, pour faire face à un afflux continuel de blessés. "A tel point que l'on peut à peine bouger et qu'il faut soigner au plus vite pour absorber ce trop-plein."
Le médecin rend hommage à la compétence et au dévouement des docteurs palestiniens. Il y a des médicaments, mais il n'y a pas suffisamment de matériels, ni de place dans les salles ou à la morgue. Les cas les plus graves sont expédiés en Egypte par Rafah. "Je peux vous dire que le chiffre de plus de 1 000 morts est certainement inférieur à la réalité. On croit déjà avoir tout vu, être bien préparé pour affronter l'inaffrontable. Eh bien je peux vous assurer que ce fut une véritable épreuve."
Grand, blond, filiforme, pesant ses mots, Harald explique que le plus dur fut d'assister "aux drames personnels". "Aux parents, aux familles effondrées face à la mort et à la souffrance. Vous assistez, impuissant, en silence, à ces tragédies. Certains voulaient suivre les blessés jusque dans la salle d'opération de peur de ne plus jamais les revoir vivants. Beaucoup avaient des blessures énormes provoquées par des éclats et je me demandais comment ils pouvaient encore survivre. On dit toujours que la guerre est horrible mais l'on ne peut pas s'imaginer ce que c'est, car l'on n'en voit qu'une partie."

"UN GRAND TROU DANS LE DOS"
Pour Harald, il y a tous ces morts mais il y a surtout tous ceux qui sont amputés, paraplégiques, aveugles. "La guerre ne s'arrête pas avec le cessez-le-feu. Pour beaucoup, elle dure pendant des années, toute la vie." Une chose est sûre pour lui : "J'étais content d'être là. Je me considère comme un privilégié d'avoir pu de façon infinitésimale apporter une aide."
Après être intervenu pendant le génocide des Tutsi au Rwanda, en 1994, il avait décidé d'arrêter pendant deux ans pour en digérer l'horreur. Puis, il est reparti. Et chaque fois que le CICR l'appelle, il reprend sa valise juste pour faire ce qu'il appelle "une petite différence". "Ce qui est important, c'est d'être là." Il se défend d'être un idéaliste. Il en a beaucoup trop vu pour cela. Cela ne l'empêche pas de faire des cauchemars, de revivre des scènes.
Lorsqu'il a quitté Gaza, ce ne fut pas facile, car il a eu le désagréable sentiment "d'abandonner" ses collègues d'une semaine. Harald est allé retrouver sa petite fille de 3 ans. Le même âge que celle qu'il a vue arriver à l'hôpital Chifa, l'air intact, les yeux grands ouverts. Lorsqu'il l'a retournée, elle avait "un grand trou dans le dos". Plus jamais, elle ne remarchera.
(Michel Bôle-Richard)

COMMENTAIRE
«Israël-Palestine: Europe réveille-toi!»
242 citoyens belges et européens interpellent « les responsables politiques, qu'ils soient belges ou européens, pour qu'ils s'engagent en faveur de la paix et de la sécurité, en Israël et en Palestine » et leur rappellent que « leurs responsabilités ne sont pas moindres que celles des belligérants. »
Parce que nous sommes des citoyens belges et européens, et en raison de nos identités multiples, nous nous sentons directement concernés par la nouvelle spirale de sang et de haine dans laquelle Israéliens et Palestiniens sont à nouveau entraînés.
Le plus important, est ce qui nous rassemble : une série de convictions fortes et inébranlables quant aux conditions politiques nécessaires pour sortir de l'impasse meurtrière dans laquelle se sont enfermés Israéliens et Palestiniens, Juifs et Arabes, descendants de victimes et victimes, possédants et dépossédés, occupants et occupés.
Ce qui nous rassemble, c'est notre volonté de contribuer à mettre fin à cette spirale suicidaire qui entraîne les peuples de cette région vers une tragédie dont on mesure difficilement les conséquences.
Ce qui nous rassemble, c'est notre volonté d'interpeller nos responsables politiques, qu'ils soient belges ou européens, et de, précisément, rappeler nos responsables à leurs responsabilités, qui ne sont pas moindres que celles des belligérants israéliens et palestiniens dans la nouvelle phase de la tragédie israélo-palestinienne.
C'est pourquoi nous avons décidé de nous rassembler, pour rappeler que seul le respect d'une série de principes communs, universels, forts et intangibles peut garantir l'avenir des Juifs et des Arabes d'Israël et de Palestine, sans insulter leurs passés et sans empêcher toute réconciliation future.
En usant d'une force disproportionnée et excessive tant contre des objectifs militaires que civils, en détruisant des bâtiments d'utilité publique et des habitations, en entravant l'aide humanitaire et les secours, les forces armées israéliennes se rendent coupables de crimes de guerre, au regard du droit international et de toutes les conventions internationales, et ce, quel que soit le devoir légitime et légal de tout Etat d'assurer la sécurité de ses citoyens.
En tirant indistinctement des roquettes contre des zones civiles en territoire israélien, les organisations armées palestiniennes se rendent également coupables de crimes de guerre, au regard du droit international et de toutes les conventions internationales, et ce, quelles que soient la légitimité et la légalité de toute lutte contre une occupation étrangère.
En poursuivant et en intensifiant la colonisation de peuplement dans les territoires occupés depuis 1967 (et en dépit de l'ouverture d'un processus de paix il y a 17 ans), le gouvernement israélien et son commandement militaire en Cisjordanie se rendent coupables de crimes de guerre, au regard du droit international et de toutes les conventions internationales.
En rappelant ces principes de base du droit international et de l'éthique la plus élémentaire, nous n'enfonçons pas de portes ouvertes. En effet, parmi les sympathisants de la cause nationale juive israélienne et de la cause nationale arabe palestinienne, de plus en plus nombreux sont ceux qui, au nom de droits exclusifs ou par la conviction de détenir la seule vérité vraie, sont tentés de brouiller les limites du droit et de l'éthique.
Nous interpellons tous nos mandataires politiques belges et européens, les seuls sur lesquels nous ayons raisonnablement prise, pour qu'ils s'engagent en faveur de la paix et de la sécurité, en Israël et en Palestine.
Nous interpellons en particulier tous les acteurs de la politique extérieure de l'UE :
la Présidence tchèque de l'UE et les ministres des Affaires étrangères des 27 siégeant au Conseil des ministres ;
le Haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune ;
la Commissaire chargée des relations extérieures au sein de la Commission européenne
et nous les invitons à revoir la position de l'Union européenne d'accorder sans condition un statut de partenaire privilégié à l'Etat d'Israël.
Enfin, nous interpellons tous les décideurs internationaux afin qu'ils prennent leurs responsabilités : les Etats-Unis, l'ONU, la Russie ainsi que les dirigeants des États arabes qui ont entériné à l'unanimité des États membres de la Ligue des États arabes, une initiative de paix historique formulée en 2002 et répétée en 2007.
Comment agir ?
En exigeant un arrêt immédiat et inconditionnel de l'offensive israélienne contre la bande de Gaza et des tirs de roquettes palestiniennes contre le territoire de l'Etat d'Israël.
En imposant une levée effective du blocus israélien contre la Bande de Gaza, un blocus dont les seules victimes ont été et restent les civils palestiniens, livrés pieds et poing liés à l'arbitraire des groupes armés et des contrebandiers.
En déployant les efforts diplomatiques nécessaires en vue de la mise en place d'une force internationale d'interposition.
En imposant, par un système de mesures de confiance et de sécurité, un rassemblement des protagonistes politiques et militaires autour d'une table de négociations. Sans exclusive aucune.
En encourageant un retour à un processus de paix fondé sur le droit à l'autodétermination des Juifs et des Arabes d'Israël et de Palestine dans le cadre de deux États pluralistes et démocratiques, dans le respect du droit international et des résolutions de l'ONU. L'initiative de paix arabe adoptée en 2002 est un acquis précieux. Il nous revient de la remettre au cœur du processus de réconciliation israélo-palestinienne et israélo-arabe.
En réactivant le projet d'une charte pour la paix et la stabilité dans la région euro-méditerranéenne que l'Union pour la Méditerranée pourrait inscrire à son agenda.
En l'absence de ces conditions nécessaires, Israéliens et Palestiniens, Juifs et Arabes continueront à vivre dans la peur permanente et collective de la négation, de l'expulsion, de l'exil et de la disparition avec des conséquences incalculables pour la région et pour le monde.
Cet appel a été rédigé à l'initiative de Mirjam Amar, Elyes Ghanmi, Zakia Khattabi, Simone Susskind, Jérémie Tojerow et Ilan Tojerow.
La liste des signataires
Vincent Engel, Ecrivain, Professeur à l'UCL
Béa Ercolini, rédactrice en chef ELLE Belgique
Jacques Forest
Eveline Forest
Yaron Pesztat, député bruxellois
Rudi Vervoort, député bruxellois
Diane Hennebert
Mario Telo, President de l'Institut d'Etudes Europeennes de l'ULB
Francis MARTENS, psychanalyste, anthropologue
François Martou, Professeur émérite UCL
Olivia P'TITO, députée bruxelloise
Frédérique Mawet, Citoyenne belge
Henri Wajnblum

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