dimanche 4 janvier 2009

Les silences d'Obama

Barack Obama, Israël et la Palestine, par Gilles Paris.

Pendant sa campagne finalement victorieuse, Barack Obama avait pris rendez-vous avec le Proche et le Moyen-Orient, avec une liste de priorités qui ne comprenait pas nécessairement le dossier palestinien. Ses projets à moyen terme privilégiaient en effet un retrait en bon ordre d'Irak et une tentative d'ouverture de dialogue avec l'Iran pour l'empêcher d'accéder à l'arme nucléaire. M. Obama n'avait certainement pas songé devoir se pencher aussi vite sur Gaza et ses dépendances.

En la matière, l'incertitude est particulièrement grande à propos de ce qu'il entend faire ou ne pas faire. Hormis un écart à propos de "l'indivisibilité" de Jérusalem devant l'assemblée annuelle du groupe de pression pro-israélien Aipac, le candidat Obama, silencieux depuis le début de l'offensive et qui n'avait jamais évoqué directement le sujet au cours des trois débats télévisés organisés pendant la campagne, s'en est tenu jusqu'à présent à du très classique : maintien de la relation unique qui lie les Etats-Unis et Israël, réaffirmation de l'impératif que constitue la sécurité de l'Etat juif, constat de la nécessité d'un Etat palestinien dans le cadre d'un accord négocié.

Mis à part l'engagement de s'investir "dès le premier mois" dans ce processus de paix immobilisé par les échéances électorales israéliennes du 10 février, on est donc bien en peine de dire ce que la formule va recouvrir. Le poste d'envoyé spécial permanent pour la région, supprimé par George Bush, est en passe d'être recréé, mais pour y conduire quelle politique ?

Le contexte joue incontestablement en faveur de l'hypothèse d'un engagement limité. Selon Anthony Cordesman, du Center for Strategic and International Studies (CSIS), l'offensive israélienne contre Gaza aurait peut-être d'ailleurs comme objectif secondaire de dissuader le nouveau locataire de la Maison Blanche de prendre ce dossier à bras- le-corps.

En Israël, le chef du Likoud, Benyamin Nétanyahou, plaide ouvertement en faveur d'une mise entre parenthèses du processus politique. L'ancien premier ministre prône "une paix économique" à même selon lui de réduire les tensions, et d'éviter les sujets délicats comme le sort de Jérusalem, le sort des réfugiés palestiniens ou le tracé des frontières. Son adversaire Tzipi Livni, qui dirige le parti centriste Kadima, dissuade également les Etats-Unis de s'entremêler dans le dialogue asymétrique avec les Palestiniens que les Israéliens affectionnent parce qu'il leur est particulièrement favorable.

LES DISCOURS ET LA RÉALITÉ
Si Barack Obama devait faire ce choix d'un engagement minimal (que l'ancien émissaire Dennis Ross aurait résumé dans une formule assez saisissante "motion without movement", autrement dit le surplace), le camp assez homogène constitué par Israël, les Etats-Unis et l'Union européenne en serre-file illustrerait une nouvelle fois la formule utilisée en son temps à propos des Palestiniens par l'ancien ministre israélien des affaires étrangères Abba Eban, qui considérait que les premiers ne "perdent pas une occasion de perdre une occasion".

Les opportunités n'ont pourtant pas manqué au cours des dernières années. Après l'élection de Mahmoud Abbas à la tête de l'Autorité palestinienne, le premier ministre israélien Ariel Sharon avait préféré à des négociations un retrait tactique de Gaza dont on mesure aujourd'hui les limites. Par la suite, ni l'accord interpalestinien de La Mecque, en 2007, ni la relance la même année, à Riyad (en présence du Hamas), de l'Initiative arabe (la normalisation en échange d'un retrait des territoires conquis en 1967) n'ont été saisis par les Occidentaux et par Israël.

D'anciens conseillers de Bill Clinton du temps d'Oslo, comme Robert Malley, qui dirige le département Moyen-Orient du International Crisis Group qui voient leurs anciens collègues reprendre pied à la Maison Blanche, s'interrogent ouvertement sur leur capacité à prendre conscience des changements survenus depuis leur passage aux affaires et de tirer les leçons des échecs du processus d'Oslo que celui d'Annapolis, lancé en novembre 2007 par une administration Bush déjà en bout de course, a reproduits en accéléré.

Le principal défaut d'Oslo a été identifié de longue date : le contraste entre les discours et la réalité sur le terrain. La stratégie occidentale vis-à-vis des territoires palestiniens se réduit pour l'instant à une approche conflictuelle : faire de la Cisjordanie contrôlée par l'Autorité palestinienne le "laboratoire" d'un éventuel Etat palestinien, pour précipiter la chute du Hamas à Gaza, un territoire laissé à la déshérence. A l'aune de la capacité de manoeuvre que conservent les islamistes dans leur réduit, en dépit du pilonnage israélien, elle n'est sans doute pas une garantie de succès.
(lemonde.fr)

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LES SILENCES D’OBAMA
Les silences d’Obama sont certes de bonne tactique. Ils permettent de gagner du temps et de préparer avec soin la réaction que le monde entier attend du nouveau président des Etats Unis. Sera-t-il un Clinton III, un Bush III ou quelqu’un qui pratique une diplomatie de rupture. Nobody knows. Ce sera un test qui marquera le début de sa présidence bien plus que les cérémonies d’investiture. Wait and see. En attendant, le nombre des victimes civiles à Gaza ne cesse de croître au moment où l’offensive terrestre se met en place. Obama ne va plus pouvoir se taire longtemps !

Aucun commentaire: