dimanche 4 janvier 2009

Nous n'aurons plus les mêmes valeurs

par Xavier A., Travailleur immigre a Londres

Déjà presque un an de crise intense… Un an de plongées dans des abîmes financiers toujours plus profonds, des tunnels sans fin. Nous ne connaissions pas tant de variations de noir.

Beaucoup a été écrit sur la fin des plus prestigieuses banques américaines, celle des traders de Londres, de certains modes de transport, de styles de vie, ou de la consommation elle-même. Une génération spontanée de futurologues autodidactes lance un kaléidoscope de prévisions toujours plus sombres. Heureusement, les marchés nous apprennent que lorsque tous s’attendent aux mêmes futurs, ceux-ci ne se réalisent jamais.

En réalité, personne ne peut plus prédire comment ce tourbillon toujours plus complexe d’événements toujours plus inattendus va se terminer, tout simplement parce qu’il ne répond qu’au nom de chaos.

Qui peut dire les noms des cinq plus grandes compagnies américaines dans 10 ans ? Comment l’Iran va-t-il survivre à un pétrole à moins de $40 ? Le gouvernement de la Chine sera-t-il encore communiste dans cinq ans ? Aurons-nous des pirates en Méditerranée ? Irons-nous encore à des réunions internationales autrement que dans des salles de vidéo conférence ?

Mais au-delà des diseurs de mauvaises aventures qui croient en la crise éternelle, le monde est effectivement en train de muter à vive allure. Tout change, et tout change de plus en plus vite. En moins de deux mois, l’Amérique a perdu deux millions d’emplois. Le prix de pétrole vient d’être divisé par plus de quatre en quatre mois. Une journée de bourse à 10 % se produit toutes les quatre semaines.

Nous n’aurons plus les mêmes valeurs.

Quelles valeurs ? Les valeurs, mobilières et immobilières, ont déjà changé, dans le sens de la baisse. Ces valeurs, quantitatives, sont en proie à une volatilité inégalée depuis plus de 100 ans.

De tels bouleversements précèdent souvent des changements plus profonds encore. Ils méritent parfois le nom de révolution. Qui sait vers quels événements bien réels nous pousse une crise qui ne fut un temps qu’économique ?

Peut-être est-il temps de s’interroger sur le changement d’autres valeurs, celles dont le commun dénominateur est le fondement même des sociétés même dans lesquelles nous vivons, les valeurs dont nous nous réclamons dans nos meilleurs et nos pires moments.

Chaque société est caractérisée par un petit nombre de valeurs que l’on retrouve dans ses élites. Rien n’a plus créé l’admiration de nos sociétés du tournant du siècle que la capacité de créer une fortune par ses propres moyens. Nos héros furent Bill Gates, Warren Buffett, ou même Georges Soros, des héros qui ont réussi seuls, souvent contre tous. Nos valeurs étaient des valeurs pour des individus, libres de chercher leur succès par la création de richesses par eux-mêmes. Un peu auparavant, nous avons vécu, entre les années 1980 et 1990, la fin d’un certain romantisme. Nos enfants ne se suicident plus par manque d’amour, mais par manque de succès.

Même si la plus grande probabilité est que la roue de la fortune s’immobilise finalement juste sur le cran où elle était il y a deux ans, nous sommes peut-être effectivement à l’aube d’un temps nouveau. Dans ce cas, la première valeur qui tombera sera celle de la routine.
(Le Monde)

COMMENTAIRE DE REFLETS
REINVENTER LES VALEURS
C’est signé Xavier A., travailleur immigre à Londres. Xavier A comme Alpha, dans le meilleur des Mondes. Il s’agit donc bien d’un travailleur émigré de Paris, nouveau nomade et membre de l’hyper classe dont parle si bien Jacques Attali dans tous ses livres. Un cosmopolite de première classe à ne pas confondre avec un immigré de deuxième génération qui n’est plus tout à fait un immigré mais pas encore un cosmopolite. Vous me suivez. D’ailleurs il ne dit pas immigré en Angleterre mais à Londres, vraisemblablement dans la City, «the City». Tiens on dit City, comme diverCity, comme « urbanité », comme « cosmopolis », la ville monde. Intéressant ! En somme tous ces émigrés/immigrés ont quelques chose en commun, d’abord ils sont nomades, ensuite ils sont urbanisés, apatrides, ce qu’il veut dire qu’ils ne se revendiquent ni de la terre du père ni de la langue de la mère. Des mutants en effet qui nagent dans l’incertitude et la complexité comme des requins dans la mer.
«personne ne peut plus prédire comment ce tourbillon toujours plus complexe d’événements toujours plus inattendus va se terminer, tout simplement parce qu’il ne répond qu’au nom de chaos. »

Les nomades de l’hyperclasse ne l’avoueront pas facilement mais ils se sentent bien dans le chaos, surtout les plus créatifs d’entre eux, ceux que les villes s’arrachent et s’arracheront de plus en plus parce qu’ils sont porteur d’une valeur ajoutée, d’un potentiel d’avenir. Le chaos, c’est le règne de l’imprévisible ! D’où les questions pertinentes qu’il pose :
« Le gouvernement de la Chine sera-t-il encore communiste dans cinq ans ? Aurons-nous des pirates en Méditerranée ? Irons-nous encore à des réunions internationales autrement que dans des salles de vidéo conférence ? »

« Le monde est en train de muter à vive allure. Tout change, et tout change de plus en plus vite. » Maurice Weyembergh appelait cela l’accélération de l’accélération, Toffler le Choc du Futur ! On est en plein dedans.
« Nous n’aurons plus les mêmes valeurs. »
Quelles valeurs ? « Les valeurs, mobilières et immobilières, ont déjà changé, dans le sens de la baisse. Ces valeurs, quantitatives, sont en proie à une volatilité inégalée depuis plus de 100 ans. »

Et les valeurs éthiques ? « Celles dont le commun dénominateur est le fondement même des sociétés même dans lesquelles nous vivons, les valeurs dont nous nous réclamons dans nos meilleurs et nos pires moments. »

« Chaque société est caractérisée par un petit nombre de valeurs que l’on retrouve dans ses élites. »

Oublions une fois pour toutes les références à « Bill Gates, Warren Buffett, ou même Georges Soros, des héros qui ont réussi seuls, souvent contre tous » tous porteurs de valeurs individuelles. Qui alors, parmi les porteurs de valeurs collectives? Les Ché Gué Vara, les Maos, les Cohn Bendit et autres stars politiques dont le blason est aujourd’hui tout aussi terni ?

Qui nous reste-t-il ? Marx enfin revisité, Obama ? Gandhi ?

Gandhi incarnait, selon Jacques Attali, « La seule utopie qui permette d’espérer la survie de l’espèce humaine, celle de la tolérance et de la non-violence. Son action changea le XXème siècle en Inde. Il faudra l’entendre pour que l’humanité survive au XXI ème. Sa passion de la vérité le conduisit à faire connaître, par des écrits presque quotidiens, l’évolution de son caractère, de ses sentiments, de sa doctrine, de son éthique » (J. Attali, Gandhi, p. 9)

· « Pour cesser d’être humilié, il faut d’abord cesser soi-même d’humilier. Il faut changer le rapport avec l’Autre. » (p. 11)
· Gandhi préfère donner l’exemple que de donner des leçons (p. 107)
· Il n’envisage pas de changement de la société sans un changement de l’homme (p. 112)
· La véritable autonomie est la maîtrise ou contrôle de soi. (p. 137)
· Mahatma : celui dont les pensées, les paroles et les actes sont en complète harmonie. (p. 165)
· Si vous voulez que l’Inde vous écoute, ce n’est pas par des mots qu’il faut parler mais par des actes. (p. 172)
· La civilisation qui nous vient d’Europe est vorace et dominatrice ; elle consume les peuples qu’elle envahit, elle extermine ou anéantit les races qui entravent sa marche conquérante. C’est une civilisation toute politique, aux tendances cannibales ; elle opprime les faibles et s’enrichit à leurs dépens. C’est une machine à broyer. Elle sème partout les jalousies, les dissensions. C’est une civilisation scientifique et non humaine(…). Nous prophétisons sans la moindre hésitation que cela ne pourra durer éternellement, car le monde est régi par une loi morale souveraine qui s’applique aux collectivités comme aux individus. (P. 173)
· Si j’ai refus é d’obéir à l’ordre qui m’était donné, ce n’est pas par manque de respect envers l’autorité légale, mais en accord avec la loi supérieure qui nous gouverne : la voix de la conscience. (p. 176)
· C’est par la non violence que l’Inde contribuera à sauver le monde. (p. 190)
· C’est le devoir de tout homme ou femme cultivé de lire avec empathie les textes sacrés de tous les peuples du monde (p. 245)

«Nous sommes peut-être effectivement à l’aube d’un temps nouveau. Dans ce cas, la première valeur qui tombera sera celle de la routine. » Et le contraire de la routine c’est l’imagination, la créativité, la rupture avec les itinéraires pré mâchés, le prêt à penser, le prêt à parler, le prêt à vivre.

Tout serait donc à réinventer, à commencer par les valeurs.

Ca c’est une très bonne nouvelle !
M G

Aucun commentaire: