vendredi 16 janvier 2009

OUI, OUI ils sont devenus fous !

Et ils nous rendent fous. Sous nos yeux, en direct, un peuple est massacré. Des enfants, des femmes, par centaines, déchiquetés, mutilés. Des familles, des civils, vous et moi, cibles d'armes crapuleusement meurtrières. Des écoles, des hôpitaux, des mosquées, l'université, ... et même un cimetière. Que d'erreurs ... chirurgicales, disaient-ils.

Il est facile de se lamenter sur les génocides, les crimes de guerre, les infamies d’hier. Ils sont les lâchetés de nos Pères. Un autre temps, brutal, inhumain.
On pleurera plus tard. Aujourd’hui, on se tait. On donne du temps «pour accomplir des objectifs». Quels objectifs ?

Et voilà un demain possible :
Le présent des Indiens d’Amérique
Ou des Aborigènes, en Australie,
L’avenir des … :

Mon grand père est mort ce matin.
Il avait cent ans.
Il a traversé le siècle.
Il était né en 1993, le 13 septembre.
Il n’a pas voulu mourir à Gaza en janvier 2009.
Il a choisi de vivre.
Il l’a crié et écrit à Hanieh.
Ils étaient nombreux à vouloir la vie.
Le Hamas a levé le drapeau blanc.
Tous les Palestiniens ont levé le drapeau blanc.
Tous les Palestiniens ont reconnu la défaite … militaire.
Tous les Palestiniens ont reconnu Israël.
Tous les Palestiniens ont voulu vivre en paix.
La Communauté internationale s’est engagée:
Nous aurons un état.
Négociez et vous aurez un état.
Renoncez à la violence et vous aurez un état.
Nous avons renoncé à la violence et nous avons négocié.
Ils ont dit: ce sera un processus long et lent, mais vous aurez un état.
Ils avaient raison: le processus fut long et lent, tellement lent … qu’il n’est pas encore terminé, mais on négocie encore.
Il nous reste deux, trois villes et quelques villages.
Nous avons beaucoup de voisins … israéliens.
Ils habitent des colonies,
De vrais démocrates.
Les seuls démocrates du Moyen Orient.
On les aime bien.
Ils nous aiment, car on est paisible.
On est devenu paisible.
Ils nous promettent, chaque année, un peu de terre.
Pour nous, aussi, c’est le Terre Promise.
Et oui “Un tiens, c’est moins bien que DEUX tu l’auras”:
Notre nouvelle devise nationale!
Mon grand père, après un autre bombardement massif, en 2018, a été soigné en Belgique, où il est resté. Blessé par des armes belges. Soigné par des médecins belges. On te fauche d’une main, on te soigne de l’autre.
Il a failli mourir à Gaza.
Il ne voulait plus vivre à Gaza.
Il ne voulait surtout pas y mourir.
D’autres aussi sont partis.
Ils ont refusé de vivre en Cisjordanie.
Ils ne voulaient surtout pas mourir en Cisjordanie.

Ce matin, j’ai fait des démarches auprès de l’Ambassade d’Israël à Bruxelles.
Dernière volonté de mon grand père: être enterré à Gaza.
Ils ont refusé que je rapatrie le corps.
Il aurait aimé être enterré, de préférence, dans la réserve Mechaal-Hanieh (Ex-Gaza), ou même dans la réserve Arafat-Abbas (Ex-Cisjordanie).
Il n’avait qu’à mourir à Gaza! m’a lancé l’employé de l’Ambassade.

Non, mon grand père n’a pas voulu mourir à Gaza.
Il a voulu vivre à Gaza,
Entouré des oliviers de son grand père.
Il ne pouvait plus vivre à Gaza.
Il n’est pas mort à Gaza.
Il ne peut pas être enterré à Gaza.
Nous n’avons plus de cimetière à Gaza.
On n’a plus le droit de mourir à Gaza.
A la mort, on expulse les corps.
Il n’y a plus de place pour les Arabes dans l’ex-Gaza.
Il faut attendre la fin des négociations.
Et il y aura un … parking humanitaire,
L’Obama Refugee Camp,
Pour les 129 871 Palarabes qui restent.
(Ahmed Adriouche)

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Le silence est complice. Le silence tue. La musique contre les bombes, le choix de Michael Heart, chanteur folk américain, qu'on peut écouter ici:

http://michaelheart.com/Song_for_Gaza.html

Song for Gaza by Michael Heart:

A blinding flash of white light
Lit up the sky over Gaza tonight
People running for cover
Not knowing whether they’re dead or alive

They came with their tanks and their planes
With ravaging fiery flames
And nothing remains
Just a voice rising up in the smoky haze

We will not go down
In the night, without a fight
You can burn up our mosques and our homes and our schools
But our spirit will never die
We will not go down
In Gaza tonight

Women and children alike
Murdered and massacred night after night
While the so-called leaders of countries afar
Debated on who’s wrong or right

But their powerless words were in vain
And the bombs fell down like acid rain
But through the tears and the blood and the pain
You can still hear that voice through the smoky haze

We will not go down
In the night, without a fight
You can burn up our mosques and our homes and our schools
But our spirit will never die
We will not go down
In Gaza tonight

We will not go down
In the night, without a fight
You can burn up our mosques and our homes and our schools
But our spirit will never die

We will not go down
In the night, without a fight

We will not go down
In Gaza tonight

Et une autre voix de la Palestine qui s'est éteinte cet été, Mahmoud Darwich:

Tu n’as pas de frères , mon frère
Pas d’amis, mon ami
Pas de citadelles
Pas d’eau, pas de médicaments
Pas de sel, pas de sang, pas de voiles
Pas de front , pas d’arrière
Assiège ton assiégeant !
Nulle autre issue
Le masque est tombé du masque
Tombé le masque ! et nul autre que toi !
Dans cet espace ouvert aux ennemis et à l’oubli
Fais de chaque barricade un pays !
Le masque est tombé du masque
Tombé le masque !
Arabes soumis à leur Byzance
Arabes, et ont vendu leur âme
Arabes, et ont disparu !
Le masque est tombé
Et dieu, trempe dans ton nom marin la semaine de la nativité
Et il s’est reposé pour l’éternité
Sois toi-même pour qu’il soit !
Personne ! Il n’y a personne
O mon créateur en ces heures de néant , révèle toi !
Peut-être ai-je un dieu pour que je l’adore
Peut-être
Tu m’as enseigné les noms
Si ce n’est ces états bâtards, Beyrouth ne serait pas éplorée


Ou encore, Edward Saïd, que Darwich décrivait comme "notre conscience, et aussi notre ambassadeur auprès de la conscience humaine":

"Above all, I believe, criticism of authority is a moral duty. Silence or indifference, or compliance, in such a situation is immoral".

AA