vendredi 9 janvier 2009

"Qui a tué l'ayatollah Kanuni ?", de Naïri Nahapétian : terreur à Téhéran

On pourrait appeler cela la mondialisation du roman noir. Autrefois, la situation était simple : l'essentiel de la production en matière de fiction policière provenait de Grande-Bretagne, des Etats-Unis ou de France (on peut ajouter la Belgique pour ne pas fâcher les amateurs de Simenon, même si ses intrigues ont pour décor la France , la plupart du temps).
On pourra toujours trouver çà et là quelques exceptions. Mais globalement, la plupart des pays du monde se contentaient d'importer chez eux le roman policier en provenance de ces trois sources. Mais, depuis quelques décennies, la répartition géographique du genre a considérablement évolué. Il suffit de flâner dans le rayon "policiers" de n'importe quelle bonne librairie pour s'en convaincre. On peut y trouver en bonne place des romans islandais, sud-africains, indiens, japonais, turcs, brésiliens...
C'est que la fiction policière apparaît souvent comme le meilleur moyen d'évoquer pour un large public la situation sociale et politique d'un pays. C'est ce que fait Naïri Nahapétian dans ce premier roman, qui place pour la première fois l'Iran sur la carte mondiale du roman policier.
L'auteur, née en 1970 en Iran, a quitté le pays à l'âge de 9 ans, après la révolution islamique. Mais elle y retourne régulièrement pour les besoins de son activité de journaliste. Le héros de Qui a tué l'ayatollah Kanuni ? est lui aussi un jeune reporter né en Iran de parents ayant activement milité contre le régime du shah, et qui a grandi en exil à Paris. Sa mère est morte en Iran dans des circonstances mal élucidées. Quant à son père, avec qui il entretient des relations houleuses, il tient un magasin de photos à Paris et a rompu tout lien avec son pays d'origine et son passé.
Le jeune journaliste, Narek Djamshid, retournant pour la première fois en Iran en 2005, à quelques semaines de l'élection présidentielle, est bien sûr en quête d'un bon reportage. Mais il est aussi à la recherche de son passé. A peine arrivé à Téhéran, il est pris en charge par une amie de sa mère, Leïla Tabihi, militante "féministe islamique" qui envisage de se présenter à l'élection, si du moins le Conseil des gardiens de la Constitution l'y autorise. En attendant, Leïla Tabihi a obtenu un rendez-vous avec l'ayatollah Kanuni, chargé de la répression des opposants, auprès de qui elle entend plaider la cause d'un certain nombre de prisonniers. Elle emmène Narek avec elle au palais de justice, mais à leur arrivée, ils découvrent l'ayatollah assassiné.
Bonne occasion pour Narek d'étudier de près le fonctionnement de la police et de se familiariser avec les geôles iraniennes. Qui a tué l'ayatollah Kanuni ? La liste des coupables possibles est longue : des partisans du shah, la CIA , d'anciens Moudjahidin du peuple ? S'agit-il d'une affaire privée, politique, financière ? Car les ayatollahs se livrent une lutte sans merci pour la direction des fondations pieuses qui gèrent, prétendument au profit du peuple, l'ancienne fortune du shah.
Comment peut-on être persan ? Narek a bien des raisons de se poser sans cesse la question. Si son père est persan, sa mère était d'origine arménienne, et il est reçu en Iran par sa famille maternelle. Naïri Nahapétian, qui a publié dans la revue Cemoti ("cahiers d'études sur la Méditerranée orientale et le monde turco-iranien") un article sur "République islamique et communautarisme : les Arméniens d'Iran", s'intéresse particulièrement à cet angle de vue et évoque dans son roman comme dans cet article un lieu aussi improbable que le club arménien de Téhéran, le seul restaurant en Iran où les femmes peuvent ne pas être voilées. Un lieu, bien entendu, interdit aux musulmans.
La situation en Iran est pleine de paradoxes pour un lecteur français. La preuve, en 2005 dans le contexte électoral une seule chose semblait certaine, un candidat au moins n'avait aucune chance, c'était "ce nabot d'Ahmadinejad" qui, comme la suite l'a montré, fut élu triomphalement avec plus de 70 % des suffrages. Autre paradoxe : comment définir par exemple une "féministe islamique" qui propose une relecture du Coran favorable aux femmes, mais dans le même temps vitupère contre "les dégâts causés par ce vent de désinvolture qui soufflait depuis l'Occident" et contre ces couples modernes qui refusent l'aide d'Allah et paient "au prix fort cette mentalité permissive aux effets destructeurs". L'écueil dans ce genre de livre - et Naïri Nahapétian ne l'évite pas toujours -, c'est de privilégier la dimension didactique au détriment de l'intrigue policière. Mais la lecture de ce premier roman reste plaisante et instructive, particulièrement en ce début d'année 2009, à quelques mois de l'élection présidentielle iranienne qui doit désigner le successeur de Mahmoud Ahmadinejad en juin prochain. (Le Monde des livres)
(Gérard Meudal, le monde)

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
On ne peut certes lire tout ce qui paraît. N’ayant pas lu le livre il nous est difficile de le recommander, toutefois, il est écrit par un auteur cosmopolite originaire d’un pays appelé à jouer un rôle essentiel à l’avenir (ce sera la préoccupation prioritaire du président Obama) et que nous connaissons très mal : l’Iran. Film génial, Persépolis nous a donné une idée de ce qu’est la vie dans cette vaste république islamique fondée sur une terre de culture millénaire. A lire donc quand nous en aurons le temps car le fait que le point de vue éthique et la didactique prenne le pas sur l'intrigue policière ne nous dérange en rien. Au contraire!

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