mercredi 21 janvier 2009

Une leçon de morale à Washington

Philippe Paquet

L’Amérique a fêté mardi son premier Président noir et la magie du moment, Barack Obama l’a sobrement résumée d’une phrase, presque à la fin de son discours inaugural : "Un homme dont le père, il y a soixante ans, aurait pu ne pas être servi dans un restaurant, se dresse devant vous pour prêter un serment sacré entre tous".
Le destin personnel du 44e président des Etats-Unis illustre le chemin parcouru par son pays en un demi-siècle. Et plus que son plan audacieux de redressement de l’économie, plus que sa volonté de rendre aux Etats-Unis une place de leader respecté dans le monde, plus que sa détermination à dissuader les partisans de la violence et du terrorisme, ce qu’on retiendra du programme de gouvernement exposé mardi par le nouveau chef de l’Exécutif, c’est l’insistance mise à rappeler aux Américains les valeurs qui ont fait leur grandeur et qui doivent aujourd’hui refaire leur force.
Pour un homme qui avait érigé sa campagne électorale en croisade pour le changement, cette première allocution présidentielle s’est, de façon remarquable, solidement ancrée dans la tradition. Se réclamant des pères fondateurs (des ancêtres, aurait-on dit au Kenya) et des pionniers partis à la conquête de l’Ouest, Barack Obama a souligné que, si les défis sont nouveaux, les valeurs qui permettront de les relever sont aussi anciennes que l’Amérique : "le travail et l’honnêteté, le courage et le fair-play, la tolérance et la curiosité, la loyauté et le patriotisme".
S’ajoutant à la sollicitude exprimée pour les pauvres, à l’intérieur comme à l’extérieur des frontières, ce discours n’est pas loin de rappeler, curieusement, la "compassion" dont George W. Bush voulait faire le leitmotiv de sa présidence, avant que les attentats de 2001 ne le dévoient en l’égarant sur "l’axe du mal".
Le triste exemple de son prédécesseur rappellera au président Obama que les meilleures intentions peuvent être torpillées par la realpolitik. Et il doit savoir qu’en pareil cas, le reflux sera à la mesure de la vague populaire qui l’a porté au sommet. Ces jeunes, en particulier, qui ont soudainement cru aux vertus de la politique grâce à ce candidat charismatique, qui sont maintenant pressés de donner un nouvel avenir aux vieilles valeurs américaines, pourraient alors s’en détourner, et pour longtemps.
(la libre)

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