vendredi 13 février 2009

"Les Secrets du Vatican", de Bernard Lecomte : jeux de pouvoir au Saint-Siège

Ce livre vaut mieux que son titre. Il n'a qu'un lointain rapport avec cette littérature de basses-fosses et de coulisses du Vatican - Dan Brown et son Da Vinci Code -, qui se repaît d'intrigues sulfureuses et de scandales. Auteur d'une biographie de référence de Jean Paul II (Gallimard 2003, "Folio" en 2006), Bernard Lecomte propose, sans fioriture, les clés de relecture d'une vingtaine d'affaires qui ont passionné l'opinion catholique et mondiale depuis un siècle.

Le parti pris n'est pas polémique, ni apologétique, mais narratif. On lit l'ouvrage comme un feuilleton. Il ressort des épisodes presque oubliés de l'histoire, comme les efforts du pape Pie XI pour restaurer une hiérarchie catholique en pleine révolution soviétique. Ou la condamnation par Rome des prêtres-ouvriers en 1954. Il retrace des controverses qui ont leur écho jusqu'aujourd'hui dans les rangs catholiques : le coup d'éclat des débuts du concile Vatican II (1962-1965), quand la ligne progressiste imposa son ordre du jour à celui de la Curie ; la naissance du schisme intégriste de Mgr Lefebvre ; la condamnation de la pilule contraceptive par Paul VI (Humanae vitae en 1968), désavouant les experts catholiques qui avaient donné des avis favorables.

Bernard Lecomte ne craint pas de s'attaquer à des dossiers beaucoup plus sensibles comme celui des "silences" de Pie XII face à la Shoah ou du traitement de faveur de l'Opus Dei à Rome. Il ne s'étale pas sur des polémiques toujours en cours, en décortique au contraire les éléments de base, les traite de cette manière mesurée qui est la marque de ce livre. Il n'omet pas de citer les interventions de Pie XII en faveur des juifs, tente même de nous convaincre de son "courage", mais explique, davantage qu'il ne désavoue, une attitude dictée par la prudence politique plus que par l'esprit prophétique.

Au total, on retiendra l'image d'une Eglise très humaine, experte, mais faillible, vulnérable, cultivant moins le "secret" qu'une vraie paralysie à communiquer. On saura gré à Lecomte d'allier la richesse de sa documentation à ses qualités de narration. On s'interrogera pourtant sur le choix d'épisodes mineurs qui ont rendu leur verdict depuis longtemps (la mort "naturelle" de Jean Paul Ier en 1978 ou le "secret de Fatima"). On en regrettera d'autant plus l'omission d'autres affaires plus délicates comme la condamnation des théologiens de la libération en Amérique latine ou les rapports du Vatican avec la Chine communiste.
(Henri Tincq)

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