vendredi 20 février 2009

Immigration africaine : une goutte d'eau selon l'Ined

On est très loin des prédictions apocalyptiques de Jacques Chirac sur les Africains prêts à «inonder le monde» compte tenu de leur natalité galopante. L'immigration d'origine subsaharienne est «très minoritaire» en France, et après un «pic» en 1997-1998, elle diminue, révèlent David Lessault et Cris Beauchemin, deux géographes, dans le numéro de janvier de la revue de l'Institut national d'études démographiques (Ined), Population et sociétés. «En 2004, estiment ces chercheurs, les Subsahariens ne représentent qu'un peu plus d'un dixième de l'ensemble des immigrés en France (12%). Ils sont trois fois moins nombreux que les Maghrébins ou les Européens».
Sur les quarante dernières années, le nombre des Subsahariens s'est toutefois accru. Lors du recensement de 1962, ils étaient 20 000 en France contre 570 000 en 2004, soit une multiplication par 27. «L'augmentation est certes spectaculaire mais on partait de très bas», relativisent David Lessault et Cris Beauchemin.
En 1997-1998, l'opération de régularisation du gouvernement Jospin a provoqué un pic de régularisations. Pour les chercheurs, «cette hausse subite n'indique pas un surplus d'entrées», mais une augmentation du nombre de titres délivrés à des personnes présentes sur le territoire depuis plusieurs années. Les Africains auraient profité de cette opportunité pour sortir de la clandestinité. Tous pays confondus, ils ont alors représenté 40% des régularisés, soit 30 600 personnes. C'est peu, affirment en substance David Lessault et Cris Beauchemin. «Contrairement à l'image donnée couramment par les médias, les immigrés originaires d'Afrique subsaharienne ne constituent pas le gros des irréguliers», affirment-ils. Et d'ajouter que «quelle que soit la période considérée, aucun pays d'Afrique subsaharienne ne figure dans le trio de tête des bénéficiaires des régularisations». Dans l'ordre, Algérie, Maroc, Chine.
En réalité, les Africains migrent peu en dehors de leur continent, affirment encore ces géographes. Lors d'un colloque sur le sujet organisé début février à Dakar, David Lessault a cité les résultats du recensement de 2002 au Sénégal: «170 000 Sénégalais sont partis à l'étranger entre 1997 et 2002 (de façon régulière ou irrégulière). C'est à peu près l'équivalent de la population de la ville sénégalaise de Saint-Louis mais cela correspond à un taux d'émigration de 1,8%».
Dans Population et sociétés, les deux chercheurs soulignent que neuf réfugiés sur dix restent en Afrique, en général dans un pays voisin du leur. La minorité qui émigre choisit prioritairement l'Europe (à 63%) loin devant l'Amérique du Nord (31%). Mais, au sein de l'Europe, la France n'est plus la destination prioritaire. Elle est passée du premier rang au deuxième. L'Espagne et l'Italie figurant parmi les nouvelles destinations en vogue.
Lors du colloque de Dakar, David Lessault et Cris Beauchemin se sont interrogés sur les raisons de l'«extraordinaire visibilité de l'émigration subsaharienne dans les discours publics» en Europe. L'affirmation de Jacques Chirac en témoigne. Pour Cris Beauchemin, «les décideurs publics ont très fortement intériorisé l'idée que les migrants sont des miséreux et, comme l'Afrique, incarnent la misère dans le monde. On imagine, par association d'idées, que forcément il y a beaucoup de départs de l'Afrique». Or, l'équation «pauvreté = émigration vers le Nord» n'est pas démontrée, renchérit David Lessault. Comprendre que ce ne sont pas les plus miséreux qui émigrent. Selon lui, «les ménages avec migrants sont sous-représentés dans les classes les plus pauvres et sur-représentés dans les ménages les plus riches». «Pour préparer un départ vers le Nord, il faut une certaine somme d'argent», ajoute-t-il.

Par ailleurs, ces immigrés sont d'autant plus visibles en Europe qu'ils sont «noirs et souvent concentrés dans certains quartiers, certaines villes».

Enfin, «le caractère spectaculaire de l'émigration subsaharienne» clandestine, avec ces «images de pirogues qui débordent ou de corps échoués sur les plages», a marqué les esprits. Car, comme le souligne David Lessault, «on n'a pas l'équivalent de ces migrations spectaculaires pour les autres flux migratoires venant d'Asie» ou d'ailleurs dans le monde.
(Hexagone)

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