jeudi 12 février 2009

La fronde d'un archevêque autrichien contre Benoît XVI

Alois Kothgasser accuse le Vatican de vouloir ramener l'Eglise catholique au rang de «secte».

«Faut-il que l'Eglise catholique soit assainie pour être ramenée à une secte où ne resterait qu'une poignée de membres fidèles à la ligne officielle?», s'interroge l'archevêque de Salzbourg, Alois Kothgasser, dans une tribune publiée mercredi par plusieurs journaux autrichiens. Ironique, l'archevêque se demande si le Vatican ne va plus tolérer que des personnes intégristes, ou si, au contraire, «l'église catholique doit rester l'église de Jésus, qui fait de la place à la diversité», écrit-il. Cette «fronde» fait suite aux récentes décisions de Benoît XVI de réintégrer des évêques intégristes, dont Mgr Williamson, qui a tenu des propos négationnistes.
L'archevêque autrichien explique qu'il «comprend le désir d'unité du Vatican», mais considère que l'on «n'aurait pas dû réintégrer des évêques sans réfléchir auparavant aux conditions de cette réintégration». Et de souligner que si le Vatican a fait un pas vers ces évêques, «il n'y a pas eu d'effort de leur part». «Celui qui refuse Vatican II n'a pas sa place au sein de l'église», souligne-t-il. «En fait, les évêques se sont eux-mêmes exclus». Si les évêques intégristes persistent dans leur refus du Concile Vatican II, ce serait, pour l'archevêque, cette fois-ci, non pas un schisme, mais de «l'hérésie».
Hémorragie de fidèles en Autriche

La fronde du clergé autrichien ne s'arrête pas là. Parallèlement, lors d'une conférence des doyens du diocèse de Linz, 31 des 35 ecclésiastiques présents ont rejeté mardi la nomination par le pape de l'ultra-conservateur Gerhard Maria Wagner, 54 ans, comme évêque-auxiliaire. L'intéressé, qui ne figurait pas sur la liste proposée par l'évêque du diocèse, s'était notamment signalé ces dernières années par des déclarations où il assimilait à des châtiments divins le tsunami de 2004 en Thaïlande et l'ouragan Katrina qui avait dévasté La Nouvelle-Orléans en 2005. «Dans le souci de la crédibilité de l'Eglise et de l'unité du diocèse, cette nomination ne peut pas être approuvée», ont indiqué les doyens.
Ces critiques sont d'autant plus exceptionnelles, que le clergé autrichien est traditionnellement légitimiste, et n'a pas coutume de critiquer les décisions du Vatican. Mais les décisions controversées de Benoît XVI ont suscité l'incompréhension, y compris dans les cercles conservateurs, et accéléré l'hémorragie de fidèles, notamment dans le diocèse de Linz. Le nombre de catholiques demandant à être rayé des registres a ainsi triplé ces derniers jours. Mgr Kothgasser souligne : «Quand il n'y a plus de confiance dans l'Eglise locale, la confiance dans l'autorité centrale de l'Eglise universelle disparaît».

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