lundi 9 mars 2009

Comment la religion empoisonne tout", de Christopher Hitchens

"dieu n'est pas grand. Comment la religion empoisonne tout", de Christopher Hitchens : reste l'inexplicable mystère

Sa thèse est simple et reste pourtant inaudible pour la majeure partie de l'humanité. Elle n'est pas nouvelle, mais certains de ses arguments méritent que l'on s'y arrête, en dépit de quelques emportements. Avec son dernier ouvrage, Dieu n'est pas grand. Comment la religion empoisonne tout - un best-seller aux Etats-Unis -, Christopher Hitchens s'installe comme l'un des principaux penseurs de l'athéisme du moment.

Comme ses prédécesseurs, cet "anglican, éduqué dans une école méthodiste, converti par mariage à l'orthodoxie grecque, remarié par un rabbin" puise à l'envi sa matière dans les incohérences des textes religieux eux-mêmes, l'histoire de l'humanité ensanglantée par les croyances religieuses, les violences et la coercition justifiées par la foi. Au-delà des horreurs des croisades et de l'Inquisition, traditionnellement convoquées pour contester les vertus de la religion, il lit l'actualité la plus récente, en Afrique ou au Proche-Orient, à l'aune du fanatisme religieux ; il s'en prend même à des figures telles que Gandhi, Martin Luther King ou le dalaï-lama. Ce dernier, qui se définit comme un "souverain héréditaire choisi par Dieu lui-même", "édicte des règles absurdes en matière de sexualité et d'alimentation, et persécute les sectes dissidentes au sein de son Eglise", s'emporte Hitchens.

Son credo à lui est clair : "de fabrication humaine", les dieux, les Eglises et les religions portent forcément toutes les imperfections de l'homme. Les religions se révèlent donc "amorales et immorales" : la charité et l'humanitaire sont les héritages de la modernité et des Lumières. Les écrits saints, quels qu'ils soient, ne comportent aucune vérité historique. L'auteur consacre d'ailleurs une bonne partie de son ouvrage - la plus structurée et la plus convaincante - à décortiquer les reconstructions historiques et littéraires qui ont permis d'aboutir aux différentes "révélations". A l'heure où "l'archéologie, la physique, la biologie moléculaire, les sciences de la critique textuelle" ont livré des réponses à nombre des peurs ancestrales de l'humanité, Hitchens s'étonne et s'indigne que les mythes religieux inventés pour soulager l'homme de ses terreurs fonctionnent encore.

Mais, aussi argumenté, sensé et documenté soit-il, son ouvrage laisse inexpliqué le mystère qui porte toujours des millions de personnes à croire. Et c'est cela au fond qui semble agacer le plus Christopher Hitchens : la conviction que ses écrits n'ébranleront pas la foi des croyants.
(le monde)

Aucun commentaire: