mardi 24 mars 2009

Comprendre Benoît XVI ?

Raphaël Jacquerye, auteur de "Tempête au Vatican". L’Eglise continue de fonder sa doctrine morale sur une encyclique, "Humanae vitae", vieille de 40 ans.

Benoît XVI a affirmé qu’on ne pouvait "pas régler le problème du sida [...] avec la distribution de préservatifs". Remontons à il y a un peu plus de huit mois, le 24 juillet 2008, quand Benoît XVI fêtait le quarantième anniversaire de la publication de l’encyclique Humanae vitae. Il en louait la clairvoyance.

Si les réflexions sur l’amour humain exprimées dans cette encyclique ont été appréciées, il n’en a jamais été de même à propos de la condamnation faite sans réserve de toute contraception dissociant l’acte sexuel de sa finalité procréatrice. Cette condamnation était rédigée dans le même chapitre et le même paragraphe que ceux relatifs à l’avortement et, pire, en des termes identiques. Cet amalgame malheureux, mais délibéré, avait déjà jeté le discrédit sur l’enseignement de l’Eglise, d’autant plus que la plupart des moralistes chrétiens n’ont pas suivi le Vatican et considèrent que la contraception est bonne en soi, car elle permet à un couple responsable d’espacer les naissances s’il le juge opportun.

Cet article n’évoque que le problème de la contraception et non celui de l’avortement qui est un tout autre sujet.

Depuis les pères de l’Eglise, le magistère a classé, par ordre de gravité, la contraception, en seconde place, juste après l’homicide. Le viol a toujours été pour l’Eglise moins condamnable que la contraception. Inouï, mais indiscutable.

Pourquoi donc cette obsession maladive à l’égard des méthodes contraceptives ? Et donc du préservatif. L’explication en vaut la peine. Aucun verset dans l’Ancien Testament, et encore moins dans le Nouveau, ne condamne explicitement la contraception, dont la seule application était à l’époque ce qu’on appelle le retrait, en d’autres mots, le coït interrompu. Et pourtant Dieu sait si l’Ancien Testament contient de nombreux versets d’interdits et d’obligations de toutes sortes.

Parmi les obligations de la loi juive, existe celle qui invite un homme à donner un enfant à son frère décédé sans descendance, en ayant des relations sexuelles avec sa belle-soœur. C’est en quelque sorte une obligation, très restrictive, de l’adultère. Pour illustrer ce devoir, la genèse nous conte l’histoire d’Onan dont le frère était décédé sans avoir d’enfant. S’il était disposé à honorer Tamar, sa belle-sœur, il n’avait aucune envie de respecter la loi du lévirat (beau-frère en hébreu). C’est pourquoi au moment crucial il se retira. Fâché par l’attitude de cet individu, Dieu le fait mourir, alors que peu de temps auparavant. Il laissait la vie sauve à Caïn qui tua son frère Abel. Dieu supprime Onan qui n’a pas assumé son rôle de "lévir". D’après l’Eglise, c’est moins le refus de donner une progéniture à son frère que la pratique du coït interrompu qui fâcha Dieu. Interprétation bien audacieuse, puisque parmi les centaines d’interdits repris de manière systématique dans le Lévitique ou le Deutéronome de l’Ancien Testament, et il est important de le répéter, jamais ne figure celui de la pratique d’un moyen de contraception.

Pour la petite histoire, après le décès de son beau-frère, Tamar était toujours décidée à avoir un enfant. Elle se déguisa, se fit passer pour une prostituée, racola son beau-père qui l’a mise enceinte. Ce n’est que trois mois plus tard que ce dernier apprit que la prostituée était sa belle-fille. Tout cela avec apparemment la bénédiction de Yawhé qui se garda cette fois d’intervenir pour punir l’un ou l’autre, rien n’étant, semble-t-il, répréhensible.

Ce bref rappel historique est indispensable pour démontrer que l’enseignement de l’Eglise s’est braqué sur le geste d’Onan qui ne voulait pas donner une progéniture à son frère. Tout un chacun doit savoir que c’est sur ce texte que l’Eglise a historiquement fondé sa doctrine.

De même, nul ne peut ignorer qu’en 1966 la commission mise en place par Paul VI pour examiner les problèmes de la contraception avait donné, consciente de l’aberration de la doctrine, un avis favorable quant à l’utilisation des moyens contraceptifs artificiels. Avis rédigé dans un rapport tenu secret. Ces prélats n’avaient sans doute pas été inspirés par le même Esprit-Saint qui avait durant des siècles soufflé des idées inverses. Paul VI préféra maintenir la doctrine séculaire, prit le contre-pied de cette commission et nous sortit cette encyclique qui condamnait sans distinguo la contraception et l’avortement.

Il est étonnant de constater que l’Eglise, après quarante ans, continue à fonder sa doctrine morale sur des textes que les théologiens, en général, n’osent plus rappeler tant ils en sont gênés et confus.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
TOUCHE PAS A MON ETHIQUE
En matière d’éthique, chacun devrait s’en remettre en âme et conscience à son libre arbitre. Se référer aux textes fondateurs des religions s’il est incapable de juger et d’agir seul en toute liberté de pensée, certes oui mais seulement dans ce seul cas de figure. Vouloir imposer à tous le point de vue de l’église catholique romaine qui est celui du Vatican et non point du peuple chrétien, ou celui d’un imam, d’un rabbin ou d’un moine tibétain est une aberration. Estimer que la morale papale est destinée aux seuls peuples d’Afrique qu’on entend continuer à évangéliser est une forme de paternalisme qui est passé de mode et ne grandit pas celui qui le pratique. En matière d’éthique, chacun est pleinement responsable de ses actes, toujours et partout. Ne pas agir en fonction d’un dieu vengeur mais obéir au juge suprême, celui qui est tapi dans le cœur, c'est-à-dire dans la conscience intime de chaque être humain.
« Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’il te fasse ». Aucune religion digne de ce nom ne saurait contredire l’impératif catégorique kantien.

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