samedi 7 mars 2009

Le premier succès diplomatique d’Obama... avant même son investiture

Obama. © AP.

EXCLUSIF Le rapprochement entre le Rwanda et le Congo – un virage à 180 degrés – n’a pas fini de surprendre les Européens. Et il passera peut-être à l’Histoire comme la première victoire diplomatique de Barack Obama. Avant même son investiture.

Juillet 2008. Les signes avant-coureurs d’une nouvelle guerre se multiplient : les hommes de Laurent Nkunda se sont retirés du processus de paix et, à Kinshasa, les Tutsis dénoncent à nouveau l’exclusion. Une délégation de la société civile congolaise décide alors de se rendre à Washington. Relevant que les chances de succès de Barack Obama augmentent, les Congolais prennent contact avec le staff du candidat démocrate. Surpris, ils découvrent des interlocuteurs très informés.

Le 28 août, la guerre reprend. Et le 29 octobre, les forces de Nkunda sont aux portes de Goma. La ville ne tombera pas, non seulement parce que le président rwandais Kagame estime que le général rebelle va trop loin, mais aussi parce que les Américains interviennent.

Louis Michel se rend à Kinshasa et encourage une rencontre qui se tient à Nairobi le 7 novembre. Pendant ce temps, une autre diplomatie s’active en coulisses. Les Américains rappellent que depuis deux ans au moins, ils ont déclaré que les seuls à pouvoir «faire le sale boulot», c’est-à-dire inciter les FDLR à quitter le Congo, ce sont les Rwandais eux-mêmes. Et surtout, ils plaident en faveur d’un rapprochement entre Kagame et Kabila.

A peine élu, Obama appelle les deux chefs d’Etat. Son message est clair : une solution doit être trouvée, de préférence avant son investiture. Une opération conjointe entre les armées du Congo et de l’Ouganda est alors décidée. Reste à activer une diplomatie secrète entre Kinshasa et Kigali.

Finalement, Kagame envoie à Kinshasa son chef d’état-major, James Kabarebe, qui s’entretient longtemps avec Joseph Kabila, le président congolais. Une double décision est prise : entamer une opération militaire conjointe pour provoquer le retour des combattants hutus, mais surtout neutraliser Nkunda. Kabila décide de laisser entrer l’armée rwandaise sur le sol congolais, et cela avant l’investiture d’Obama.

Le secret est rigoureusement gardé et, le 19 janvier, alors qu’Obama doit prêter serment le 20, les premières unités de l’armée rwandaise passent la frontière au-dessus de Goma. Lorsque les troupes rwandaises arrivent au Kivu et font leur jonction avec les hommes commandés par le général Numbi, les derniers fidèles de Nkunda comprennent qu’ils n’ont pas le choix : ils rejoignent les forces coalisées et sont immédiatement envoyés en opération contre les rebelles hutus.
(Colette Braeckman)

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