vendredi 6 mars 2009

Obama lance la bataille de l'assurance-maladie

Barack Obama, qui a nommé jeudi Khathleen Sebelius à la tête du département de la Santé, veut faire de la réforme du système social américain l'un des grands chantiers de son mandat. Crédits photo : AP

Si 45 millions d'Américains n'ont aucune couverture médicale, le système n'en est pas moins ruineux pour le Trésor fédéral. Un argument qui pourrait convaincre l'opposition.

Les Américains ignorent les charmes de l'État providence. En matière de santé, plus de 45 millions de citoyens sont livrés à eux-mêmes : sans couverture médicale, ils en sont réduits à prier le ciel de ne pas tomber malades. Dans un CD préparé par la Maison-Blanche, qui va servir à mobiliser l'opinion en faveur de la réforme du système, un pompier raconte comment nombre d'habitants de la petite ville où il travaille ne peuvent être transportés en ambulance en cas d'urgence, car ils n'ont pas les moyens de payer. Le nombre de personnes mortes dans les couloirs des hôpitaux, où elles ne sont pas traitées faute d'assurance, est aussi honteusement élevé.

Réduire les coûts
Jugeant cet état de fait «indigne» des standards américains, Barack Obama a promis de faire de la réforme du système l'un des dossiers phares de son mandat. Dans son allocution récente devant le Congrès, il a promis de régler le problème «cette année», échéance ambitieuse en pleine tempête financière, qui devrait se heurter à l'opposition virulente du camp républicain et des lobbies antiréforme. «Je sais qu'ils se préparent à la bataille, mais voici mon message à leur intention. Moi aussi», a-t-il averti, résolu à étendre la couverture maladie à toute la population.

Mais, pour le président, cette extension de la protection médicale doit absolument aller de pair avec la réduction urgente des coûts du système actuel, selon lui obsolète. Lors d'un grand forum consacré hier à ce dossier à la Maison-Blanche, Obama a insisté sur l'urgence non seulement sociale, mais budgétaire de sa réforme, affirmant qu'il ne s'agissait pas seulement «d'alléger les coûts grandissants qui pèsent sur les familles, mais de sauver les entreprises et le budget de l'État», «dévorés par l'envolée des coûts», qui ont augmenté 4 fois plus vite que les salaires ces dix dernières années. «La plus grande menace pour la santé budgétaire de l'Amérique est le coût exorbitant de l'assurance médicale », a martelé Obama.

Dans la présentation de son budget, le président a fait figurer un fonds de 634 milliards de dollars sur dix ans pour financer son projet de santé. C'est Kathleen Sebelius, gouverneur démocrate du Kansas qui a été choisie par Obama comme secrétaire à la Santé, après le désistement de Thomas Daschle pour une affaire d'impôts impayés. Elle sera épaulée par Nancy-Ann DeParle, ancienne de l'Administration Clinton, nommée à la Maison-Blanche comme directrice du Bureau de la réforme de la santé.

Lors du premier mandat de Bill Clinton, la réforme de l'assurance-maladie, battue en brèche par un front de puissants lobbies structurés par l'opposition républicaine, s'était lamentablement ensablée, portant un coup très dur au premier mandat du président démocrate et à sa femme, Hillary, en charge du dossier.

Mais la situation a changé, affirment aujourd'hui les défenseurs de la réforme, persuadés de pouvoir constituer un front beaucoup plus puissant qu'à l'époque Clinton. Les démocrates disent avoir tiré les leçons de leurs échecs passés pendant leur traversée du désert et cristallisé autour d'eux nombre d'ONG, de lobbyistes et d'intérêts économiques capables de les soutenir dans la bataille.

S'inspirant de la méthode du gourou de l'équipe Bush, Karl Rove, ils ont mis sur pied toute une série de structures comme Media Matters for America ou le Center for American Progress, capables de mobiliser l'opinion publique. Ralph Neas, un lobbyiste influent a été embauché pour superviser une grande partie de la stratégie d'attaque, par la National Coalition on Health, qui a pris date avec d'influents bloggeurs. Le combat ne va pas consister à «laisser Barack Obama se faire clouer au pilori en solitaire par les intérêts spéciaux comme cela fut le cas dans les années 1990», avertit John Podesta, ex-pilier de l'équipe Clinton, aux commandes du Center For American Progress.

La grande force du projet Obama est qu'il répond aux angoisses de nombreuses entreprises privées, incapables d'assurer plus longtemps le financement de l'assurance de leurs salariés, et donc forcées de licencier massivement. Wall Mart ou ATT ont déjà rejoint les rangs de la coalition proréforme. Le pari d'Obama est que beaucoup d'autres devraient suivre. «Toutes les options sont sur la table, a-t-il lancé hier pour tenter de rallier aussi des républicains à sa cause. La seule option qui n'y est pas est le statu quo.»
(Laure Mandeville)

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