mardi 17 mars 2009

Pour saluer Khatibi














Vous ne le connaissiez pas ? Vous n’en aviez même jamais entendu parler bien qu’il fut, au printemps dernier à Paris, le premier auteur arabe à recevoir le Grand prix de la Société des Gens de lettres pour l’ensemble de son oeuvre ? Il n’est jamais trop tard, pour lui comme pour d’autres écrivains. Au lendemain de leur disparition, c’est tout le mal qu’on leur souhaite. Originaire d’El-Jadida, Abdelkébir Khatibi vient de s’éteindre à 71 ans à Rabat des suites de complications cardiaques. C’était l’un des écrivains les plus singuliers et l’un des intellectuels marocains les plus respectés. Une personnalité inclassable que ce sociologue formé à la Sorbonne, qui a écrit toute son oeuvre en français. Remarquable par sa discrétion, il n’en exerca qu’une plus durable influence sur la génération d’intellectuels qu’il forma dans tout le Maghreb, et pas seulement dans son pays, par le biais de son enseignement à l’université et par ses travaux de chercheur très lié à Jean Duvignaud.
L’écrivain en lui, assez généreux pour encourager de jeunes écrivains inconnus dès la lecture de leurs premiers textes (Tahar Ben Jelloun…), avait été découvert par Maurice Nadeau, éditeur de son premier roman La Mémoire tatouée (c’est par là qu’il faut commencer, si l’on n’a rien lu de lui) et de La blessure du nom propre ; ils furent suivis par Le même livre (éditions de l’Eclat), belle correspondance spirituelle avec un ami juif égyptien, le psychanalyste Jacques Hassoun, des essais sur la littérature maghrébine, qu’il enseignait, sur l’art de la calligraphie arabe ou sur l’au-delà de la double culture avec Amour bilingue (Fata Morgana) dans lequel la langue joue le rôle de l’amante.
Khatibi n’était pas seulement homme à admirer : il invitait à décrypter le motif dans le tapis, comme eut dit Henry James. Il en fit même un livre, l’un des plus originaux d’une riche bibliographie (ses Oeuvres complètes ont été récemment rassemblées aux éditions de la Différence), dans lequel il analysait la symbolique des tapis du musée des Oudayas à Rabat, ou d’autres du Batha à Fès. “Il faut apprendre à lire un tapis” disait-il en révélant, sous les lettres à peine décelables de l’alphabet tamazight, l’imaginaire des récits ainsi tissés pendant des siècles par les mains anonymes des femmes berbères.

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