mardi 3 mars 2009

La fin de l'Euro ?

Quitter la monnaie unique : un scénario à éviter

La Grèce, l'Espagne ou l'Italie pourraient-elles être tentées de quitter la zone euro pour retrouver davantage de marges de manoeuvre, notamment en dévaluant leur monnaie ? La construction monétaire européenne n'a pas envisagé de clause de sortie, et cette hypothèse correspondrait à un cataclysme. Lire la suite l'article

'Je ne vois pas l'intérêt qu'aurait la Grèce à restaurer la drachme : le pays serait confronté à une crise de change, à une forte remontée des taux d'intérêt et à une crise bancaire, sous l'effet d'une fuite des dépôts. Les conséquences économiques et sociales seraient dramatiques. Athènes devrait aller mendier un prêt au Fonds monétaire international (FMI), se soumettre à ses conditionnalités et mettrait longtemps à restaurer sa crédibilité, explique Bruno Cavalier, économiste en chef de la société de Bourse Oddo. Et une simple dévaluation ne réglerait pas tous les problèmes. Au contraire, elle les aggraverait avec un coût de l'argent et une inflation plus forts. Le pays devrait soit rembourser sa dette en euros, ce qui serait impossible avec une drachme dévaluée, soit la convertir en drachmes, ce qui revient à un défaut de paiement identique à celui qu'a connu l'Argentine avec la crise du peso.'

'LA PESTE OU LE CHOLÉRA' Une sortie serait donc un échec terrible : 'Il faut tout faire pour l'éviter et pour cela que la récession soit la plus courte possible', explique Marc Touati, directeur des études de la société de Bourse Global Equities. 'Si elle dure longtemps et se transforme en crise sociale, un pays comme la Grèce pourrait avoir à choisir entre la peste et le choléra', et être tenté de ne pas rembourser sa dette.

Mais les Etats de la zone euro n'ont rien à gagner à laisser couler l'un de leurs partenaires. 'Si un pays a des difficultés, les quinze autres auront intérêt à l'aider. Tout le monde est dans le même bateau', souligne Sylvain Broyer, responsable du département d'économie de Natixis. Certes, ni la Commission européenne ni les autres pays membres ne sont tenus d'honorer les dettes d'un Etat défaillant. Mais ils peuvent lui porter secours : 'La manière de comprendre et d'interpréter les règles européennes évolue', note Bruno Cavalier. Si une émission de dette publique échoue, 'des solutions existent, comme une intervention coordonnée des Etats de la zone euro, de la Commission et du FMI', explique Natacha Valla, économiste de Goldman Sachs.

Plusieurs modalités d'intervention ont été avancées - garantie sur les emprunts, emprunt européen... Ayant des moyens limités, les Etats devraient aussi faire appel au soutien du FMI, qu'on est plus habitué à voir intervenir auprès des pays émergents. Mais "il n'y a aucune raison d'avoir une aversion à l'égard d'un soutien conjoint du FMI à l'égard d'un membre de l'Union monétaire : chaque année, les pays de la zone euro lui apportent leur contribution afin qu'il joue son rôle d'assurance", note M. Broyer.

Aux Etats-Unis, la Réserve fédérale s'est dite prête à acheter directement des emprunts du Trésor américain. "La Banque centrale européenne (BCE), en revanche, n'a pas le droit d'acheter directement la dette émise par les Etats de la zone euro. Elle peut contourner cette contrainte, en achetant des titres publics sur le marché mais elle ne semble pas encline à le faire : cela ne correspond pas à l'esprit du traité de Maastricht", explique Mme Valla. "Elle pourrait toutefois acheter des titres privés pour soutenir le financement de l'économie", ajoute-t-elle. Ce serait déjà une contribution à la sortie de crise.
(le monde)

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