mercredi 1 avril 2009

100.000 chômeurs de plus d’ici fin 2009

Alain Dewez

La Belgique compterait 100.000 chômeurs de plus et près de 60.000 emplois disparaîtraient d’ici fin 2009, selon les dernières prévisions du Bureau fédéral du Plan. Le secteur industriel est le premier touché par la crise, mais les autres secteurs seront progressivement concernés.

Depuis septembre 2008, toutes les projections nationales et internationales font état d’une dégradation de plus en plus marquée des prévisions de l’évolution de l’activité. En Belgique, le recul de l’activité s’inscrit dans la moyenne européenne à -1,9 %. Près de 60.000 emplois devraient d’ailleurs disparaître entre la fin de l’année 2008 et la fin 2009 (25.000 pertes environ pour 2009).

L’augmentation du nombre de chômeurs devrait atteindre 100.000 unités sur la même période, selon des estimations réalisées par le Bureau fédéral du Plan et présentées mardi par le Conseil supérieur de l’Emploi (CSE).

Le secteur industriel est le premier touché par la crise, mais les autres secteurs seront progressivement concernés au fur et à mesure que cette crise va affecter la demande intérieure, a commenté lors d’une conférence de presse Jan Smets, vice-président du CSE.

Pour faire face aux conséquences de la crise sur le marché du travail, la ministre de l’Emploi, Joëlle Milquet (cdH), a avancé une série de mesures, déposées la semaine dernière au gouvernement fédéral. Elles ne doivent pas être appliquées de manière cumulative, précise Mme Milquet. Elle préconise notamment d’étendre aux faillites les mesures prévues pour les travailleurs licenciés lors d’un plan de restructuration ou de licenciement collectif, afin qu’ils puissent bénéficier de la « carte restructuration ». Celle-ci donne droit à une réduction des cotisations personnelles et patronales de sécurité sociale.

Pour Joëlle Milquet, il faut essayer de traverser la crise en sauvegardant au maximum les emplois et en évitant d’inscrire les travailleurs dans le chômage structurel. Elle propose à cette fin de nouvelles mesures en vue de sortir de la crise. Les entreprises pourraient ainsi recourir, pour 2009-2010, à la « réduction du temps de travail de crise », avec une réduction des cotisations patronales et une compensation financière pour les travailleurs concernés.

Mme Milquet propose également de lancer le « crédit temps de crise », qui ne serait pas comptabilisé dans la durée maximum de 5 ans dont dispose le travailleur sur l’entièreté de sa carrière. Le quota de 5 % des personnes qui peuvent prendre en même temps un crédit temps ne serait pas applicable dans ce cas.

La ministre parle également de « chômage économique de force majeure » pour les employés, notion actuellement débattue entre partenaires sociaux.

Le chômage temporaire est en outre une notion largement préconisée par le CSE, qui parle d’ « instrument flexible et approprié » pour maîtriser les coûts. Le CSE conseille toutefois de ne pas laisser trop longtemps le travailleur dans un tel régime afin de ne pas rompre le lien avec l’entreprise. Il recommande aussi l’accès à des formations plus larges pour accroître l’employabilité des travailleurs.

Toutes ces mesures temporaires, qu’elles soient prises « au choix ou de manière additionnelle », doivent faire l’objet d’un éventuel accord avec les partenaires sociaux, souligne Mme Milquet.

Joëlle Milquet entend par ailleurs préparer l’après-crise en investissant dans la formation et la reconversion des travailleurs licenciés. Ainsi, des travailleurs de plus de 45 ans, victimes de restructurations, seraient engagés comme formateurs par des opérateurs de formation publics ou reconnus par les services publics, tout en bénéficiant d’allocations de chômage. Ces formations seraient destinées aux jeunes, considérées par Mme Milquet comme la « force vive » de l’après-crise.

Les chômeurs temporaires devraient également pouvoir bénéficier de formations, ce qui n’est pas le cas actuellement.

La ministre de l’Emploi suggère aussi d’investir dans le secteur des services aux personnes, qui représente un important « gisement d’emplois ». Elle avait déjà développé ces propositions lors d’un congrès de son parti en février dernier.

Enfin, il est nécessaire d’investir dans les « emplois verts », un secteur en pleine expansion, a ajouté la ministre.

En février dernier, 533.000 personnes étaient recensées comme demandeurs d’emploi par l’ONEM, soit 25.000 de plus qu’en février 2008.

Pour le CSE, une stabilisation de la croissance économique devrait intervenir vers la fin de l’année 2009. Elle sera suivie d’un redressement lent et graduel.
(Belga)

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