dimanche 12 avril 2009

C’est l’éternel printemps..."

Dans un entretien à "La Libre", Mgr Danneels précise le sens de Pâques en 2009.

Le cardinal Godfried Danneels a fait le point sur l’Eglise pour "La Libre Belgique" à la veille de "la fête des fêtes" dans le calendrier liturgique catholique.

Monsieur le Cardinal, nous voici à la veille de Pâques. Dans quel état d'esprit l'Eglise belge a-t-elle célébré la Semaine sainte ?
«La Semaine sainte est le sommet de l’année liturgique. Elle célèbre un printemps de l’âme. Dans la nature autour de nous, les arbres bourgeonnent, les fleurs s’épanouissent et les oiseaux chantent. Nous nous sentons tous en meilleure forme que durant le long et monotone hiver. Pâques est plus qu’une fête de la nature, une affaire de poussins et d’œufs en chocolat. C’est la fête de l’éternel printemps : avec le Christ, la mort reste une réalité douloureuse mais elle n’a plus le dernier mot. Notre foi n’est pas tributaire de la ronde des saisons. Par le baptême, nous avons été greffés sur le tronc du Christ : un arbre qui ne connaît pas d’automne. Jésus est mort, mais ressuscité, et nous avec Lui; le cycle de la nature est rompu. Comment, dès lors, ne pas se réjouir de voir chaque année plus d’adultes se préparer à recevoir le baptême, afin d’entrer dans l’Eglise, qui est le peuple des chrétiens ? En Belgique, le catholicisme devient de moins en moins une religion sociologique, dépendant uniquement de l’ambiance familiale. Je me réjouis de voir de nombreuses familles continuer à donner une éducation religieuse à leurs enfants, mais je constate que, parvenus à l’âge adulte, ces enfants devront se réapproprier un tel choix. Le catholicisme passe du statut de religion sociologique à celui de religion de conviction. En cette Semaine sainte, il y a moins de monde dans nos églises, mais les fidèles savent davantage pourquoi ils ont fait le choix d’y venir.»

Le phénomène des baptêmes d'adultes est plus perceptible en Belgique francophone qu'en Flandre. Pourquoi selon vous ?
«En Flandre, une grande proportion d’enfants sont encore baptisés peu après leur naissance. Si certains redécouvrent la foi à l’âge adulte, ils sont déjà baptisés. Dans les régions plus sécularisées, il y a davantage de personnes qui veulent faire partie de l’Eglise en n’étant pas encore baptisés. Ce sont eux, nos catéchumènes. Leur préparation dure près de deux années ! Il est normal qu’il y en ait pour l’instant davantage en Belgique francophone qu’en Flandre et davantage en France qu’en Belgique francophone. Plus une société se sécularise et plus le nombre de catéchumènes augmente en son sein. »

Quel est le sens de Pâques en ce début de troisième millénaire ?
«Les difficultés économiques que nous vivons sont bien plus qu’une crise. Les analystes les plus lucides nous appellent à prendre un virage; à changer ou en tout cas adapter fondamentalement le mode de vie qui a dominé l’Occident depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Comme chaque changement de société, cela fait peur. C’est ici que pour nous, chrétiens, se greffe le message du Christ. Il nous lance : "Gardez courage ! La vie est plus forte que la mort. L’amour est plus fort que les épreuves en ce monde."
(la libre)

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE SIECLE DE LA SECULARISATION
Dur, dur pour un homme de son âge et cardinal de surcroît de voir ses églises se vider, même en Flandre qui fut quand il n’était que jeune séminariste avec la Pologne et l’Espagne une des terres les plus fertiles de la catholicité. Le vieux prélat s’adapte en se résignant :

«le catholicisme passe du statut de religion sociologique à celui de religion de conviction ». On aimerait qu’il en fût de même pour les autres religions, pour l’islam par exemple. Mais il n’est qu’en Europe que la sécularisation a autant progressé. Ailleurs la religion triomphe et le plus souvent dans sa version la plus intégriste, ce qui précisément tend à gonfler les effectifs islamistes ou évangélistes singulièrement en Amérique et en Afrique.

Et le vieux cardial d’emboucher timidement la trompette d’un christianisme plus radical, celui là même qui inspira les théologies de la libération : «Les analystes les plus lucides nous appellent à prendre un virage; à changer ou en tout cas adapte fondamentalement le mode de vie qui a dominé l’Occident depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.» Et Godfried Danneels de renouer en fin de vie de avec le Jésus radical des évangiles, celui qui chasse les marchands du temple et annonce au fils de riche que pour le suivre, il lui faudra renoncer à son confort et laisser tout derrière lui.

Et voilà que nous découvrons sur le forum de la Libre un commentaire sarcastique et sceptique contrastant hardiment avec le chœur des grenouilles de bénitier.

«Ne serait-il pas temps de grandir et de renoncer à nous bercer d'histoires de légendes pour esquiver cette vérité toute simple. Les hommes sont mortels. Tous mortels. Et redevenus cendres, il n'y a pas de retour. Sauf dans l'imaginaire et dans la mémoire des vivants. La résurrection, la réincarnation c'est gentil, c'est poétique, mais c'est du bidon. Mais pas un bidon gratuit, puisqu'il permet aux "professionnels" de la foi, de bien vivre de l'industrie de la croyance. A propos combien gagne "notre" cardinal ? »
Bidon ou pas, le vrai problème est ailleurs et se pose forcément sous forme d’interrogation sur le sens et les fins. En cela il ne peut être que de caractère éthique, qu’on ait la foi ou pas.
MG

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