samedi 11 avril 2009

Deux œufs dans un nid : fidélité et passage

Les chrétiens vont revivre la résurrection du Christ. Les juifs vont revivre la sortie d'Egypte. Pâques - Pessah se fête avec le printemps, autre retour à la vie.
Dans les jours qui viennent, beaucoup de gens autour de nous et parmi nous vont célébrer ces fêtes qui nous ramènent chaque année des œufs en chocolat, de la paskha ou des pains azymes. Les communautés chrétiennes vont revivre la résurrection du Christ. Les communautés juives vont revivre la sortie d'Egypte. Pâques se fête avec le printemps, autre retour à la vie que nous respirons avec soulagement et plaisir.

C'est une fête mobile, comme l'on dit. D'une année à l'autre elle se déplace de quelques jours ou semaines dans notre calendrier. Celui-ci est désormais calqué exclusivement sur le cycle solaire, tandis que la fête de Pâques est fixée par la première lune après l'équinoxe du 21 mars : le dimanche juste après la première pleine lune du printemps.

Ce sera le 12 avril, pour la plupart des chrétiens autour de nous et pour les magasins. Une semaine plus tard, le 19 avril, pour les Eglises d'Orient qui suivent le calendrier "julien" (de Jules César) - tandis que le calendrier occidental ("grégorien") a été adapté, au 16ème siècle sous le pape Grégoire, à une mesure plus précise des mouvements de la Terre et du Soleil.

Tout un tissage, déjà, que cette date qui lie ensemble le dimanche, la lune et le printemps.

Dimanche est pour les chrétiens le jour de la résurrection. C'est chaque semaine le jour où se vit de manière privilégiée cette eucharistie où les chrétiens revivent le geste du partage du pain et du vin accompli par Jésus, selon la tradition, lors du repas qui précéda sa mort. Pain et vin ("Vous ferez cela en mémoire de moi") qui deviennent pour eux le symbole de l'alliance. La résurrection du Christ, traversée de la mort vers la vie - fidélité d'un Dieu qui n'abandonne pas le vivant à la mort mais tient sa promesse. La tradition demande que les baptêmes, en particulier pour les adultes, soient accomplis ce jour de Pâques. C'est dire, avec l'eau du baptême et la lumière du cierge, que la vie chrétienne veut s'inscrire dans cette fidélité et dans cette traversée de la mort à la vie.

C'est la lune qui décide du dimanche où Pâques sera célébrée... C'est rappeler que la Pâque que célébra Jésus était la fête juive de Pessah, dans un calendrier dont les mois commencent avec la nouvelle lune. Au milieu de ce premier mois, quand la lune est pleine (cette année le 9 avril), les communautés juives revivent la sortie d'Egypte : la libération de l'esclavage, le passage à travers la mer, la traversée du désert, le don de la loi, la victoire sur la tentation du retour en arrière. "Ce jour là, vous en ferez mémoire" : l'agneau se mange grillé, et les pains azymes c'est-à-dire sans levain (comme le seront les osties de la messe). Les reins ceints, sandales aux pieds, le bâton à la main : sur le départ.

Tout cela, enfin, juste après l'équinoxe de printemps. C'est dire aussi que le temps humain, fût-il religieux, ne se fixe pas en dehors des réalités les plus immédiates et même matérielles de ce que nous sommes. Le soleil n'est pas seulement un astre lointain. Il nous réchauffe, son absence nous manque et son retour nous allège. Sans lui il n'est pas de vie. La lune n'est pas seulement une empêcheuse de tourner en rond, elle nous fait respirer, comme les mers et les terres, même si notre conscience qui veut être rationnelle l'oublie. Qu’est-ce que cela peut nous apprendre sur ce que l’on célèbre à Pâques ? Que sortir de l’esclavage, traverser, ressusciter, devenir libre, ce n’est pas sortir de la vie humaine, abandonner ce que nous sommes. La promesse et l'alliance ne se font pas en dehors de ce que nous sommes, ou en dépit (au dépit !) des réalités humaines. La résurrection n'est pas une négation. L'avenir messianique n'est pas une sortie du présent : le passage n'est pas sans fidélité.

Ce qui se tisse dans ces célébrations, ce qui se tisse ailleurs dans d'autres rites, d'autres manières et d'autres fidélités, c'est aussi l'aventure même de l'humain telle que nous la connaissons tous. La libération de l'esclavage, c'est l'émergence de l'humain comme liberté qui est. N'est-ce pas cette vocation que chacun de nous vit dans sa propre existence, quand nous cherchons à nouer librement et comme nous le pouvons avec les autres, nos désirs, nos engagements et nos fidélités ? N’est-ce pas cela que nous visons ou désirons, dans notre société humaine ? N’est-ce pas aussi cette aventure, la réponse à cette vocation, qui se cherche à travers l'invention d'institutions, d'un droit, d'une vie politique (1) ?

Cette aventure est difficile. Car tout ce qui émerge comme liberté, et cela même qui en serait le plus magnifique, peut se retourner en inexorable prison. Sitôt que quelque chose de cette liberté arrive à être, elle est tentée de se retourner en son contraire. Ce n'est que là pourtant qu'elle pourra devenir. Mais ses succès mêmes et ses victoires sont aussi ses plus grands risques. Qui ne voit qu'il en va ainsi du droit, de la religion, de la technique ? Et de la raison, de la science, de l'amour, de la parole, et du corps ? Des institutions, des sourires, et de la peau, et du vin, aussi, et des révolutions... Toute réalisation de la liberté peut se retourner en son contraire - sans abri sûr, donc. C'est pourtant là, à travers tout cela et non en-dehors de tout cela, que nous sommes appelés à être libres. Dans le temps, et non hors du temps.

Telle est l'aventure de l'humain : l'émergence de la liberté dans ce que nous sommes, ou en tant que être libre. Non pas simplement la liberté sans l'être, ce qui est pourtant une belle tentation, et permanente : une liberté qui serait détachée de toute contrainte, de toute pesanteur, de toute injustice comme de toute faute, de tout engagement comme de toute loi, de toute rigidité, la "liberté pure" - sans la vie, au fond. Mais pas non plus cette autre tentation, moins belle sans doute mais redoutable et tout aussi permanente : cette tentation que nous avons d'identifier la liberté à l'être, à la puissance, au pouvoir et à sa loi. Tout ce qui existe peut retomber - et même, il n'y a que ce qui existe qui peut retomber. Dira-t-on pour autant qu'il vaut mieux ne pas exister ? Non.

Pour avancer dans cette aventure humaine, il nous faut garder la conscience de cet "entre-deux" qu’à leur manière ces célébrations disent aussi. Une liberté sans abri sûr, sans cesse partagée entre les deux tentations de sortir d'elle-même (le passage, sans la fidélité) ou de s'enfermer en elle-même (la fidélité, sans le passage). Sans répit, tentée de se retourner exactement en son contraire et de se nier elle-même. Ces traditions sont aussi des manières fidèles de nourrir et de transmettre cette conscience.

Bonnes fêtes de Pâques.

(François COPPENS, enseignant)
(1) R. DRAI, "La sortie d’Egypte. L’invention de la liberté", Paris, Fayard, 1986.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
DEBAUCHE DE CHOCOLAT
Dieu que tout cela est compliqué à déchiffrer. N’y a-t-il pas moyen de le dire en termes plus simples, plus directs, plus conviviaux ? J’ai passé une partie de ma journée à écrire et à boire du café dans une chocolaterie très conviviale de la rue la Plus commerçante de Dinant avec vue imprenable sur la Meuse. Œufs en chocolat noir, blanc ou brun, lapins dans toutes les positions, poussins avec ou sans nids. Il y en avait pour tous les goûts. Le tout Dinant gourmand faisant la file, patiemment. Grands mères poules et pépés gâteaux faisant provision d’œufs pour aller les cacher demain au fond du jardin pour la chasse aux trophées déposés par les cloches de Rome. Pour le chocolatier bon commerçant , c’est le meilleur jour de l’année :il est sur les genoux et ses deux aides féminines également.
Mais pourquoi faut-il en occident que tout toujours se dénature en orgie de consommation .

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