mardi 21 avril 2009

"La Grande Révolte indienne", d'Yvon Le Bot : le "bon sauvage" change de rôle

Sociologue, directeur de recherches au Centre national de la recherche scientifique, fin connaisseur du Mexique et de l'Amérique centrale, Yvon Le Bot a écrit une excellente synthèse sur l'émergence des Indiens d'Amérique latine en tant que sujets politiques. Il y voit le "principal mouvement social" de la région, ces dernières années.

L'expérience du terrain et le sens des nuances, l'alternance de récits et de réflexions font de son ouvrage une lecture stimulante, à la fois pour le public universitaire et pour le simple curieux. Voilà en effet un saisissant panorama, capable de nous entraîner des massacres au Guatemala, du temps de la répression contre la guérilla d'extrême gauche, à l'enthousiasme suscité par l'élection d'Evo Morales, d'origine aymara, à la présidence de la Bolivie (2005), en passant par l'Equateur et la Colombie.

Evo Morales incarne un "néopopulisme à visage indien", qui consacre un "renversement historique" : "De la soumission à l'émancipation ; de la résistance passive à l'initiative ; du repli sur soi ou de l'insurrection sans lendemain à des actions collectives inscrites dans la durée ; de la reproduction de la tradition à la production de nouveaux liens sociaux et d'un nouvel imaginaire..."

Loin de céder à l'exaltation, l'auteur préfère analyser les diverses formes prises par le mouvement indien. Il est particulièrement à l'aise dans le cas du Mexique et du Guatemala, auxquels il avait déjà consacré d'autres ouvrages. En revanche, il est plus sommaire quand il s'agit de la Bolivie. Sa principale carence concerne néanmoins l'Amazonie, en dépit des avancées de la démarcation des terres indiennes au Brésil.

L'auteur procède parfois à des comparaisons, mais son intelligence le garde des amalgames. Il aborde des aspects délaissés, tels que la situation des femmes. En outre, un récent séjour en Californie l'amène à poser la question de l'avenir de cet éveil indigène face à l'essor de l'émigration, qui concerne des Indiens aussi bien d'Amérique centrale que des Andes.

La problématique identitaire subit une métamorphose aux Etats-Unis ou en Europe, quand les migrants se trouvent confrontés à d'autres mouvements sociaux. Cette question des identités aurait sans doute mérité d'être mieux articulée au phénomène du métissage. Surtout quand on voudrait nous faire partager une notion aussi fluide que le maintien des identités d'origine indienne en milieu urbain.
(le monde)

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