lundi 27 avril 2009

La vraie langue de l'Europe, c'est la traduction

C'est par ces mots d'Umberto Eco que le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a débuté lundi matin la conférence sur la traduction littéraire organisée à Bruxelles par le Commissaire européen au multilinguisme, Léonard Orban. Le Président l'a conclue par des propos prometteurs, après avoir écouté les analyses des participants.
Léonard Orban a d'entrée de jeu insisté sur la nécessité de conserver cette diversité des langues au sein de l'Union. « La traduction est extrêmement importante, a rappelé le commissaire. Chaque année, ce sont 80.000 pages qui sont traduites dans chacune des 23 langues officielles. Et avec l'arrivée de migrants, on estime qu'au moins 200 langues seront bientôt parlées sur le territoire européen. »
Evidemment, la préservation du multilinguisme est essentielle pour les droits des citoyens, pour la démocratie, pour les institutions, dans les hôpitaux et les administrations… Mais bien au-delà de ces aspects pratiques, la question se pose sur le plan culturel. On imagine sans peine à quel point la traduction littéraire est cruciale pour connaître vraiment son voisin, via sa poésie, ses histoires et sa façon de les raconter. Et pour bâtir une identité européenne, qui se cherche encore.
« Des héros modernes »
« Les traducteurs littéraires sont des héros modernes, lance Ernesto Ferrerro, auteur, traducteur, éditeur et directeur du Salon du Livre de Turin. Ils doivent tout connaître mais sont des coauteurs quasi invisibles et très mal payés. Mais aujourd'hui, ici, le débat dépasse la question corporative, c'est une question de civilisation. En traduisant un livre, il ne s'agit pas seulement de traduire une langue, mais bien de comprendre une civilisation tout entière. »
La Commission avait déjà mis en place, en 2007, un fonds d'aide à la traduction littéraire qui permet d'obtenir des subsides pour la traduction d'un livre d'une langue européenne vers une autre et a déjà permis la traduction de 2.000 livres , dont 50 % dans les nouvelles langues de l'Union. Mais, comme le rappelaient certains des participants, « soutenir la traduction, ce n'est pas toujours soutenir les traducteurs ». Beaucoup ont réaffirmé ardemment la difficulté de leur statut. Manque de reconnaissance, manque de moyens financiers (« Si on nous paie des cacahuètes, il faut s'attendre à des traductions de singes », dira même un traducteur) et donc risque de traductions bâclées, déficit de formations, en ce compris les formations permanentes, importance grandissante de l'anglais…
Attentif dans toutes les langues, le Président a annoncé en fin de journée qu'il se mobiliserait pour le statut du traducteur littéraire en Europe. Envisagerait d'harmoniser leur formation, inclurait de nouvelles formes de traduction (sous-titres, surtitres, doublage…), vérifierait que les aides à la traduction soient bien adressées aux traducteurs, faciliterait l'information européenne sur les nouvelles publications et mettrait en place un observatoire des mouvements de traduction. Une nouvelle rencontre avec les représentants des réseaux de traducteurs est prévue.
S'il fallait une preuve que le multilinguisme est essentiel au dialogue interculturel…

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LES TRADUCTEURS NE SONT PAS TOUS DES TRAITRES
Un internaute commente avec beaucoup de finesse sur le site du Soir : « Bien sûr, "le multilinguisme est essentiel au dialogue interculturel". À cette évidence, j'aimerais ajouter ceci, que j'ai déjà eu l'occasion d'exprimer ailleurs et bien avant: traduit ou non, tout livre demande une "traduction" intérieure, une compréhension en profondeur, laquelle varie selon les lecteurs – que de culturalités personnelles! Celui ou celle qui lit un ouvrage écrit dans sa langue, devra le traduire selon son propre langage... »
Sans doute est ce la seule manière d’éviter que la langue de l’Europe ne soit demain le «globish» ou anglais du sukkeleir et le dialecte.
On ne dira jamais assez l’admiration que méritent les traducteurs dits littéraires qui sont nos plus précieux passeurs de culture. Ce sont de véritables cosmopolites de conviction et de profession. Il faut pratiquement être habité d’un double jeu et d’une double culture pour être capable de cet exercice de haute voltige. Quand leur rendra-t-on l’hommage profond qu’ils méritent.
MG

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