mardi 14 avril 2009

Nous sommes (aussi) l’Eglise, par Karim Mahmoud-Vintam

Bien au-delà d’une mouvance généralement et paresseusement qualifié de contestataire, un nombre croissant de chrétiens s’interrogent sur la pertinence de leur affiliation à l’Eglise catholique. A vrai dire, la plupart ne s’étaient même jamais posé la question : ils étaient catholiques comme ils sont Français (ou Béninois, peu importe !), par héritage ou par convention, sinon par hasard. A travers ses propos littéralement planants (sur la contraception et le SIDA) et ses actions de réconciliation unilatérale (ces pauvres intégristes[1] n’avaient apparemment rien demandé…), sans même parler de l’affaire de Ratisbonne jadis ou de Recife naguère, Benoît XVI leur offre avec une insistance pour le moins singulière les raisons de s’interroger.

Faut-il pour autant quitter le navire, bruyamment ou sur la pointe de pieds, selon le tempérament, le degré d’exaspération ou de désespoir d chacun ? Imaginerait-on renoncer à sa nationalité pour cause d désaccord, même radical, avec le Pouvoir du moment ? Sans doute est-i plus essentiel que jamais de dire — et de faire entendre — que le Pape quel qu’il soit, ne saurait parler au nom de tous les catholiques quand i quitte son rôle de garant de l’unité de l’Eglise pour s’aventurer dan l’énonciation d’une loi naturelle introuvable dans les textes comme dans les faits ; quand il déserte son rôle de gardien du dogme — dont le Symbole des Apôtres livre la quintessence — pour affirmer comme vraies et intangibles des constructions théologiques conjoncturelles et précaires qui font débat parmi les théologiens eux-mêmes ; quand il abandonne son rôle de pasteur pour endosser la robe du monarque de droit divin, sourd aux préoccupations réelles de ses fidèles, hermétique à l’idée même d’entrer dans un dialogue bienveillant et amoureux — ce qui ne signifie pas complaisant — avec les femmes et les hommes de son temps. Sans doute est-il plus essentiel que jamais de dire — et de faire entendre — que nous sommes (aussi) l’Eglise, et qu’en dehors des quelques points précédemment évoqués, nulle autorité n’a le droit de parler en notre nom, de brader au passage la crédibilité de notre foi aux yeux des non-catholiques, et d’obscurcir l’annonce de l’évangile de Jésus-Christ qui demeure le fondement le plus sûr de notre foi.

Quousque tandem abutere, Benedicte…

Une autre question agite nombre de chrétiens de confession catholique faut-il réclamer la démission de Benoît XVI ? Là encore, on aurait tort d croire qu’il ne s’agit que de groupuscules contestataires — à moins de considérer comme tel un Alain Juppé qui affirmait récemment que « ce pape commence à poser un vrai problème » ! Laissons de côté la légitimité d’une telle revendication pour interroger son opportunité. D’abord, la crise que traverse l’Eglise ne date pas de l’élection de Benoît XVI. Sans remonter à Théodose, c’est sous le pontificat de Jean-Paul II que fut mené le détricotage méthodique des acquis du concile Vatican II — qui marqua une tentative inédite d’ouverture de l’Eglise aux préoccupations de son temps et de recentrage autour du peuple de Dieu. C’est sous son pontificat que fut menée la répression — orchestrée déjà par un certain Joseph Ratzinger — des théologiens qui entendaient interroger librement la foi chrétienne (Tissa Balasuriya au Sri Lanka, Hans Küng en Allemagne, Ivone Gebara au Brésil…), et l’on aurait tort de croire que seuls les théologiens dits de la libération étaient dans la ligne de mire car ce fut toute l’intelligence de l’Eglise qui fut contrainte à la censure — ou pire, à l’auto-censure — au service d’une restauration doctrinale et idéologique d’ampleur. C’est sous le pontificat de Jean-Paul II enfin qu’eut lieu la reprise en main méthodique des Eglises nationales (limogeage en France de Jacques Gaillot nommé évêque de Partenia, diocèse du désert algérien disparu au… VIIe siècle ; affaire d’Innsbruck en Autriche en 1995 qui suscita la Requête du Peuple de Dieu signée en quelques mois par plus de 500.000 personnes en Autriche et en Allemagne ; nomination d’évêques latino-américains ou africains signalés pour leur docilité à l’égard de l’Institution comme des pouvoirs en place) et le soutien sans faille à des mouvements dont le but affiché n’est pas le service de la société mais son noyautage et sa domination (Opus Dei, Légionnaires du Christ, Communion et Libération…). Benoît XVI n’est donc pas tombé du ciel, et les problèmes actuels dépassent très largement sa seule personne. Demander sa démission ? Soit, mais pour quel successeur après 30 années de créations de Cardinaux-électeurs majoritairement acquis aux thèses et orientations vaticanes actuelles ?

La sortie de crise, si elle existe (et elle existe forcément), est ailleurs. L porte est étroite et le chantier monumental. Mais il est auss extraordinairement stimulant, l’essentiel n’étant pas d’arriver à une Eglis parfaite (quel orgueil et quelle naïveté !) mais de cheminer, de trébucher de se relever, encore et encore, en direction d’une Eglise plus fidèle celui dont elle se réclame, c’est-à-dire au service d’une humanité plu libre, plus juste, plus humaine. Nous sommes (aussi) l’Eglise, et i appartient à chaque chrétien(ne) de construire non pas une autre Eglise mais une Eglise autre, moins pyramidale/cléricale et plu horizontale/laïque (au nom de l’égale dignité de tous les baptisés hommes et femmes) ; soucieuse d’approfondir la foi qui la fait vivre e d’en rendre raison avec humilité ; engagée aux côtés de ceux qu souffrent partout où ils se trouvent plutôt que confite devant les autels e les bénitiers ; soucieuse de revenir inlassablement aux Evangiles, pou interroger encore et toujours le texte et se laisser interroger par lui ; un Eglise plurielle où toutes les sensibilités religieuses puissent s’exprime (car il serait contradictoire de renverser un carcan dogmatique pour lui e substituer un autre) et communiquer dans le respect mutuel et la libr recherche ; une Eglise rassemblement de communautés diverses, don la communion est garantie par le collège des évêques en général e l’évêque de Rome en particulier, cheminant en pensée et en action ave tous les Hommes de bonne volonté, quelle que soit leur religion — si tan est qu’ils en aient une

Une telle métamorphose déconcertera ou rebutera plus d’un fidèl habitué à recevoir religieusement, d’en haut, le réconfort de ce qu’il fau faire, penser, croire. Mais la crédibilité de l’Eglise et sa fidélité l’Evangile sont à ce prix. Plus que jamais, l’Eglise catholique a besoin d tous ceux, quelle que soit leur histoire, leur origine ou leur vie, qui on soif de vérité et de justice, et sont en recherche de la force d’aimer e d’être aimé, cette force qui si souvent nous fait défaut et qui pourtant es la seule manifestation tangible de ce que nous chrétiens appelons Dieu dans nos vies

Auteur : Karim Mahmoud-Vintam, président de l’association Nous Sommes Aussi l’Eglise, éditeur (Temps Présent Editions, fondé entre autre par Ella Sauvageot, François Mauriac, et Jacques Maritain) et enseignant à l’Institut d’Etudes Politiques de Lyon.
(libé)

2 commentaires:

John a dit…

Les Belges et leur nouvelle haine du Pape....

Les mauvais journalistes et l'argent facile...

Anonyme a dit…

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
NON PAS UNE RÉSURECTION MAIS UNE MÉTAMORPHOSE
Ce texte magnifique nous apprend que Benoît XVI est moins le pape du hasard que celui de la nécessité, voulu par le courant romain le plus mercenaire au service d’une foi préconciliaire qui depuis trente ans regagne avec morgue tout le terrain perdu en faveur d’un christianisme plus éthique, plus authentique et proche de l’enseignement parabolique de Jésus.
Moins médiatique que son prédécesseur le pape bavarois n’en parvient pas moins à mobiliser davantage les médias en les choquant plus que le pontife polonais. Réactionnaire, Ratzinger réveille involontairement l’élan chrétien des humbles en soufflant sur les braises qui couvent dans les communautés et les paroisses rurales et citadines. Le peuple chrétien des humbles , choqué par la "faillibilité" pontificale se réveille avant de se dresser contre Rome comme le fit Luther autrefois ; contre «30 années de créations de Cardinaux-électeurs majoritairement acquis aux thèses et orientations vaticanes actuelles. »Nous assistons à un moment décisif dans l'évolution se l'Eglise catholique romaine!

La sortie de crise ne peut se faire que par la « porte étroite » celle qui ouvre sur « le chantier monumental » d’une théologie radicale, comme Jésus le fut et dite de la libération. Une théologie plus fidèle « à l’esprit de celui dont elle se réclame, c’est-à-dire au service d’une humanité plus libre, plus juste, plus humaine. .» Et citons pour terminer ce paragraphe fondamental pour le méditer et le questionner. « Il appartient à chaque chrétien(ne) de construire non pas une autre Eglise mais une Eglise autre, moins pyramidale/cléricale et plu horizontale/laïque (au nom de l’égale dignité de tous les baptisés hommes et femmes) ; soucieuse d’approfondir la foi qui la fait vivre e d’en rendre raison avec humilité ; engagée aux côtés de ceux qui souffrent partout où ils se trouvent plutôt que confite devant les autels e les bénitiers ; soucieuse de revenir inlassablement aux Evangiles, pour interroger encore et toujours le texte et se laisser interroger par lui ; un Eglise plurielle où toutes les sensibilités religieuses puissent s’exprimer (car il serait contradictoire de renverser un carcan dogmatique pour lui e substituer un autre) et communiquer dans le respect mutuel et la libre recherche ; une Eglise rassemblement de communautés diverses, dont la communion est garantie par le collège des évêques en général e l’évêque de Rome en particulier, cheminant en pensée et en action ave tous les Hommes de bonne volonté, quelle que soit leur religion — si tant est qu’ils en aient une»
En somme c’est ce qu’on peut lui souhaiter de meilleur ; comme on ne peut rien souhaiter de mieux aux musulmans sincères que d’appréhender le Coran, comme le veut un hadith: c'est-à-dire comme si il leur avait été révélé personnellement. C'est-à-dire avec esprit critique.
Puisse l’ Esprit, qui paraît-il souffle, où il veut, inspirer au prochain concile cardinalesque le choix d’un collègue sud américain gagné à une lecture plus radicale, c'est-à-dire plus politique et surtout plus sociale des évangiles. Le salut ou simplement le sauvetage de ce monde qui se démonde pourrait bien en dépendre !
MG