samedi 18 avril 2009

Pourquoi diable Nederlands leren ?

Si nous voulons éviter que les générations futures de jeunes francophones voient se fermer les portes de l’emploi stable en Belgique, il faut rendre le néerlandais obligatoire.
Professeur de langue et linguistique néerlandaises; Directeur des programmes de "langues et littératures modernes" et de "communication multilingue" à l'UCL.
Pour trouver un emploi en Belgique, les francophones doivent plus que jamais avoir une bonne maîtrise du néerlandais : telle est l’une des conclusions du symposium "Met Nederlands aan de slag/Au travail, en néerlandais", lors duquel différents acteurs politiques et experts ont débattu de l’importance de la maîtrise du néerlandais au sein du marché du travail. Il est urgent de taper - à nouveau et de façon répétée - sur ce clou, en espérant que celui-ci finisse par s’enfoncer !
Ces dernières années, je suis en effet de plus en plus souvent confronté à de jeunes diplômés qui - parfois en dépit des conseils avisés prodigués par leurs parents, professeurs ou amis, mais surtout en dépit des résultats de toutes les enquêtes menées par des universitaires et par les acteurs du marché de l’emploi (dont la Fédération des Entreprises de Belgique et l’Union Wallonne des Entreprises) - ont délaissé ou laissé tomber l’apprentissage du néerlandais durant leurs études secondaires ou supérieures.
Ils s’en mordent très vite les doigts dès la fin de leurs études, lorsqu’ils prennent conscience que c’est, très souvent, la maîtrise suffisante de la langue du premier marché économique de la Wallonie qui procure à leur diplôme - fût-il de haut niveau - sa véritable valeur ajoutée. Et le premier marché économique de la Wallonie , ce n’est ni la Chine , ni l’Espagne, ni les Etats-Unis, ni l’Italie, ni le Royaume-Uni, mais la Flandre. Faire fi de cette réalité équivaut à se voiler la face et surtout à ne pas donner aux futurs employés et travailleurs qui se trouvent actuellement sur les bancs de nos écoles, hautes écoles et universités les compétences en langues étrangères nécessaires qui détermineront leur insertion à la fois professionnelle et sociale.
Malgré toutes les enquêtes qui montrent donc clairement qu’en Belgique le néerlandais est un atout indispensable en vue de l’employabilité et malgré le succès croissant de l’enseignement en immersion en Wallonie, le manque de francophones bilingues néerlandais-français sur le marché de l’emploi est criant, que ce soit dans le secteur privé ou dans l’enseignement où la pénurie d’enseignants de néerlandais est de plus en plus préoccupante. Par ailleurs, on constate que le néerlandais est de moins en moins souvent choisi comme première langue étrangère dans l’enseignement secondaire. Alors qu’au début du siècle, environ 61 pc des élèves de première année de l’enseignement secondaire en Région wallonne choisissaient le néerlandais comme première langue étrangère (contre 36,9 pc pour l’anglais), durant l’année scolaire 2006-2007 ce pourcentage n’était déjà plus que de 48,5 pc (contre 49,1 pc pour l’anglais).
Quant aux chiffres concernant l’enseignement supérieur non universitaire (publiés par Philippe Anckaert (HEFF) et Dany Etienne (UCL), ils sont particulièrement accablants : sur environ 700 possibilités de formations en Communauté française, 51 pc n’offrent aucun cours de langue et seulement 11 pc d’entre elles imposent des cours de néerlandais. Dans le paramédical, moins de 2 pc des écoles supérieures imposent le néerlandais, alors que la connaissance du néerlandais est obligatoire dans les institutions hospitalières de la région bruxelloise. De plus, lorsqu’un cours de langue est proposé ou imposé, le poids de celui-ci dans la formation est par trop souvent marginal, ce qui n’incite guère les étudiants à y consacrer le temps et l’énergie nécessaires.
Si nous voulons éviter que les générations futures de jeunes francophones glissent vers la sous-qualification ou - le cas échéant - voient se fermer les portes de l’emploi stable en Belgique, il faut non seulement remettre le néerlandais à l’honneur, encourager les échanges d’étudiants vers la Communauté flamande, mais également rendre le néerlandais obligatoire dans les filières d’études dont les débouchés requièrent une bonne maîtrise de cette langue (p.ex. dans le paramédical et dans les filières pédagogiques). Nous donnerions ainsi aux jeunes francophones toutes les chances de bien maîtriser - outre l’anglais, qui reste bien sûr un must, et leur langue maternelle - la langue de pas moins de six millions de compatriotes.
Pour leur part, les jeunes (et leurs parents ?) doivent prendre véritablement conscience du fait que "se donner la peine d’apprendre la langue du voisin - plutôt que de trouver naturel que lui apprenne la nôtre, ô combien supérieure - n’a rien d’un passe-temps minable ou futile : c’est un effort qui honore et enrichit celui qui le consent, et une condition cruciale pour améliorer la compréhension, instaurer la confiance et exprimer le respect" (Philippe Van Parijs, UCL).
Si les jeunes, les (hautes) écoles et universités ont un rôle à jouer, il en va - bien évidemment - de même pour la Communauté française, en particulier les ministres de l’Enseignement obligatoire et de l’Enseignement Supérieur, qui devraient impulser une politique volontariste en la matière. Les générations futures de jeunes francophones leur en sauront gré. Alors, mettons-nous tous sans plus tarder au travail, en néerlandais !
Philippe Hiligsmann (red.) Met Nederlands aan de slag/Au travail, en néerlandais. Louvain-la-Neuve : Presses Universitaires de Louvain, 2009 (http://www.i6doc.com/doc/hiligsmann). Le titre de cette carte blanche est d’ailleurs inspiré du titre de la préface de Philippe Van Parijs. Les autres auteurs cités ont également publié dans les actes du symposium.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
GEEN VLAAMS GEEN CENTEN
NO ENGLISH, NO JOB
Tout cela va sans dire mais se conçoit mieux en l’écrivant noir sur blanc. En tout état de cause ce beau plaidoyer appelle plusieurs réflexions. La première est exprimée avec beaucoup de pertinence par un internaute du forum de la Libre et nous la soumettons à votre réflexion critique ;
« Si des entreprises privilégient ouvertement les flamands de souche, à quoi sert d'apprendre une langue aussi difficile (car elle l'est pour les Francophones)? Des signes amicaux du nord seraient bienvenus, il me semble. Et des collaborations étroites entre écoles des deux rôles sont essentiels pour établir le contact linguistique et apprendre à apprécier la langue de l'autre. »


Deuxième observation relevée par un internaute qui reprend notre vieux raisonnement un peu simplificateur mais frappant : « pour oser parler une langue étrangère, il y a quelques conditions que l'école a des difficultés à remplir:
1) donner du temps pour que chaque élève puisse parler en classe. Or, faites le compte: 20 à 25 élèves par classe = 1 minute par élève pour parler par heure de cours. 4 heures de cours/semaine = 4 minutes par semaine dans le meilleur des cas et en partant de l’idée de l’idée que le prof ne parle que la moitié du temps. 4 minutes semaine à multiplier par environ 30 semaines annuelles soit 12O minutes années, l’équivalent de deux heures multiplié par six années correspond donc à douze heures d’oral au total. Impossible d’obtenir un résultat oral valable en si peu de temps.
2) « connaître du vocabulaire, sinon on répète toujours les mêmes petites phrases usuelles. Pour connaître du vocabulaire, il faut ...étudier et encore étudier des listes de mots. Et le faire régulièrement. Demander aux élèves d'étudier à la maison devient très difficile pour de multiples raisons.
Je dirais donc que l'enseignement d'une langue au secondaire permet de familiariser cette langue avec l'élève mais pas de le rendre bilingue.
La solution pour moi est la suivante: l'immersion totale, c'est-à-dire aller passer un an à l'étranger dans un milieu où on ne parle pas le français. » Voilà qui est l’expression même d’un parfait bon sens.

Troisième observation d’internaute : « en lisant les commentaires de certains sur ce forum, je me rends compte que la Wallonie n'est pas sortie de l'auberge ! D'aucuns se prétendent ouverts et citoyens du monde, mais quand il s'agit d'apprendre la langue du voisin ohlala !!toutes les excuses sont bonnes C'est vraiment pitoyable
En fait, la véritable explication est que tout au fond de nous même cela nous emm... Et le top du top,non seulement le français n'ouvre plus toutes les portes,mais en plus il nous faut apprendre la langue de ces boerkes (que finalement , nous méprisons depuis 200ans)».

Un quatrième surenchérit : « Les Wallons et les Bxl ont reniés leurs origines et se sont laissé franciser. Le fait de parler français allait nous apporter prospérité et le paradis sur terre. Nous seulement ce n'est pas vrai ( la Wallonie est en crise depuis 50 ans) mais maintenant nous constatons que les Flamands qui eux ont refusés la francisation s'en sortent mieux et continuent à parler leur(s) "dialecte(s)".»

Attention la roue tourne ! Où en sera la Flandre qui grisonne et blanchit dangereusement dans trente ans ? Elle devra faire massivement appel à l’immigration comme la Wallonie il y a cinquante ans. L’anglais sera alors à l’ordre du jour beaucoup plus que le néerlandais car le gros du peuple belge ne sera alors ni néerlandophone, ni francophone un peu comme c’est le cas dès à présent à bruxelles . Il n’est pas du tout impossible que dans trente le maître atout, à Bruxelles du moins, à moins que ce soit dans l’Europe entière , soit définitivement l’anglais. C’est en tous cas la conviction de Reflets. Vandaag= geen Vlaams geen werk ! Tomorrow=no English no job !
MG

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