vendredi 3 avril 2009

Préparez-vous, lisez Ratzinger !

(Photo D.R.)

Reprenons le film de la série noire que le Saint Père fait vivre à nombre de catholiques (à 43% d’entre eux en France) depuis quelques semaines : la levée de l’excommunication de quatre prêtres ordonnés par le schismatique Mgr Lefebvre, la découverte d’un négationniste des chambres à gaz parmi eux, l’excommunication d’une Brésilienne coupable d’avoir fait avorter sa fille de 9 ans enceinte à la suite de viols répétés, la dénonciation du préservatif comme agent de transmission du Sida en Afrique… Et encore, ils n’avaient pas remarqué sa sortie contre les gender studies !
Ni improvisation, ni maladresse dans ses décisions. Elles ne surprennent que ceux qui ignorent que Benoît XVI, qui gouverne seul et ne tient guère compte des avis de la Curie romaine, demeure l’homme qu’il fut toujours : un pur intellectuel, brillant, érudit, aigu, très structuré, mais d’un conservatisme étroit. Le théologien expert en lui fut un temps gagné par l’esprit de réforme avant de se laisser envahir par la dogmatique dont il est grand connaisseur. Il l’a prouvé durant ses années comme préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi ; elles ont laissé le souvenir de la répression des avancées théologiques jugées déviantes, de sa défiance envers l’oecuménisme, pour ne rien dire de sa condamnation de l’avortement et de l’homosexualité. De quoi lui tailler une réputation de réactionnaire, même si nul n’est assez naïf pour attendre d’un souverain pontife qu’il exprime ès-qualités une vision subversive de la société. Mais l’esprit d’ouverture à l’évolution du monde et la sensibilité aux nouvelles souffrances de l’Homme ne doivent pas relever pas du bolchévisme. Or tout en lui appelle depuis des années à une restauration de la tradition. Il est dans son rôle plus encore qu’on ne l’aurait imaginé.
Non seulement on ne doit pas s’étonner de ses récentes prises de position qui inquiètent et troublent tant de consciences, mais il faut s’attendre à en voir surgir d’autres de la même encre. Il n’y a qu’un moyen de s’y préparer : la lecture intensive de Discours fondateurs 1960-2004 (284 pages, 19 euros, Fayard) de Joseph Ratzinger. Tout y est, parfois clairement, parfois subliminalement, parfois en filigrane. Mais il n’est pas sûr que les lecteurs souffrant par sa faute de crise de foi, et tentés par la mise à distance de Rome, se satisfassent des solutions apportées par le professeur de l’université de Ratisbonne en 1970 au chapitre “Pourquoi suis-je encore dans l’Eglise ?”. Réponse : parce qu’on ne peut pas croire tout seul et parce que ce n’est pas mon Eglise, ni même notre Eglise mais “Son Eglise” :”Je reste dans l’Eglise car seule la foi de l’Eglise sauve l’homme. Cela semble très traditionnel et dogmatique, irréel, mais je le pense de manière tout à fait objective et réaliste.”
Au dos du livre, il est précisé que les paroles de l’auteur sont “toutes frappées au coin d’un sens aigu de la pédagogie et du rejet de la langue de bois”. On frémit à la seule pensée d’une version qui aurait intégré la langue de bois.

La République des Livres Pierre Assouline)

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