lundi 20 avril 2009

Tati : ceci n'est pas une pipe !

Sur l'affiche pour l'exposition que la Cinémathèque de Paris consacre à Jacques Tati, la pipe fétiche du cinéaste a été remplacée par un moulin à vent. Parce que fumer c'est mal. A qui doit-on cet excès de zèle grotesque? A la régie Metrobus.

Le scandale de la Ratp.
Droit sur son vélo, le grand escogriffe M. Hulot tire une bouffée de sa pipe en pédalant, un gamin souriant sur le porte bagage : inacceptable pour la Ratp ! Du bout des lèvres, le fantaisiste Jacques Tati, auquel est consacrée l'exposition de la Cinémathèque , a scandalisé les bonnes âmes de la régie pub des transports Metrobus qui ont substitué à la pipe un stupide moulin à vent.

Oh qu'il est bien rodé l'argumentaire du partenaire de l'exposition : la loi Evin imposerait d'éviter aux chastes yeux la vue d'une pipe, d'une cigarette ou d'autres appendices tabagiques. Une pudibonderie d'autant plus grotesque que, si Jacques Tati clopait au point de ne pouvoir se passer de sa pipe pendant qu'il tournait, son personnage de M. Hulot est l'archétype du rêveur sans vice qui sème dans son quotidien une poésie du geste, qui adoucit la violence de la vie moderne et l'absurdité des conventions sociales. Mais pour la Ratp , la barbarie est ailleurs. Dans la pipe.

Un briquet, s'il vous plait, pour enflammer les prudes
De là, on imagine avec quel zèle Metrobus tailladerait les grands classiques au nom du respect de la bonne norme : l'affiche de La grande bouffe de Marco Ferrerri serait peut-être barrée d'un aimable bandeau blanc «Manger trop gras ou trop sucré nuit à la santé»...

On avait déjà ôté en 2005 la cigarette du bec de Sartre, exposé à la BNF , pour outrage à la bonne hygiène de vie. Faudra-t-il alors réécrire l'histoire de l'art, des lettres et de l'humour tout entière ? Le brillant Bashung est mort de ses mégots et des bouteilles vides, Desproges grillait des Gauloises pendant les interviews, Diderot s'adonnait en nombre aux plaisirs de la chair et Rabelais a bâti une œuvre de trop manger et de trop boire...

Fumer tue, ce qui n'est pas le cas du ridicule. Metrobus a donc encore de beaux jours devant elle pour interdire diverses affiches de films «incorrects».

En voici, en exclusivité, quelque exemples :
La guerre des boutons à cause des enfants tout nus.
La grande bouffe, donc, car on n'y mange pas vraiment cinq fruits et légumes par jour.
Un singe en hiver : honteuse incitation à la soûlographie !
Les Quatre Fantastiques car on n'y respecte pas la parité (il n'y a qu'une femme pour trois hommes)
Affreux, sales et méchants car on s'y moque honteusement des pauvres.
Bambi car on y maltraite les animaux.
(Marianne)

COMMENTAIRE De DIVERCITY
ET TATATI ET TATATA
Aucun rapport avec la cohésion sociale ou avec l’interculturel. Mais quel merveilleuse caricature du politiquement correct qui agace reflets autant que ses lecteurs. Mais attention, les apparences sont trompeuses. Tati alias Jacques TatiSCHEFF est d'origine franco-russo-néerlando-italienne. Son père, Georges Emmanuel Tatischeff, né en 1875 à Paris (mort en 1957), est le fils naturel du comte Dmitri Tatischeff, général de l'armée russe, attaché militaire à l'ambassade de Russie à Paris, qui meurt peu après la naissance de l'enfant, et d'une Française, Rose Anathalie Alinquant. L'enfant connaît une période agitée : il est enlevé et emmené en Russie, et sa mère ne peut le ramener en France qu'en 1883. Elle s'installe dans un endroit assez retiré : Le Pecq, près de Saint-Germain-en-Laye[3]. En 1903, Georges Emmanuel Tatischeff épouse Claire van Hoof (décédée en 1968), elle-même d'origine italo-néerlandaise, dont il aura deux enfants, Nathalie (née en 1905) et Jacques. La famille Tatischeff est donc un exemple magnifique de cosmopolitisme distingué.
CQFD

Aucun commentaire: