jeudi 30 avril 2009

Un sondage édifiant auprès de 400 enfants

Schaerbeek. Les écoliers racontent leurs angoisses.
L'adage qui affirme que «la vérité sort de la bouche des enfants» sert le plus souvent à banaliser ce qu'expriment les plus jeunes. Le sondage sur la perception de la violence réalisé par des écoliers de 6e primaire des écoles 17 et La Vallée, à Schaerbeek, apparaît en tout cas comme une réplique édifiante à tous ceux qui prétendent prendre la parole à leur place.

Ce sondage a été réalisé par les « envoyés spéciaux » (1), un groupe d'une trentaine d'écoliers «coachés» par leur professeur de morale Hermine Bokhorst.

A l'origine, des enfants en décrochage scolaire, tous témoins de la violence quotidienne, en rue ou à l'école, décident de décrypter ce qui leur tombe sur la tête. D'identifier, en rencontrant des magistrats, des journalistes, des politiques, ce qui construit cette société qu'ils subissent et qu'ils voudraient meilleure.

Un livre de témoignages est sur le métier. Le sondage, dont ils viennent de livrer les résultats, est en quelque sorte la mesure scientifique de leurs perceptions. Paroles de gosses et chiffres de gosses…

Les «envoyés spéciaux » ont distribué des questionnaires (anonymes), dignes de ceux rédigés par des instituts de sondages, dans 22 classes de quatre écoles schaerbeekoises. Au total, ce sont 413 écoliers schaerbeekois qui ont apporté leurs réponses. Elles sont édifiantes et démentent parfois les discours de ceux qui s'expriment sur l'insécurité ressentie par les jeunes.

Les résultats quantitatifs renseignent que les deux peurs essentielles des écoliers sont de «se faire enlever» et de «se faire tuer». 54 % des filles, contre 26 % des garçons déclarent n'avoir jamais participé à une bagarre alors que 11 % des écolières et 42 % des garçons affirment « se battre souvent ». Un quart seulement des filles se sentent en sécurité en rue. Pour les garçons, les proportions montent à 45,5 % pour ceux issus d'un milieu favorisé, contre 36,4 % pour ceux issus d'un milieu défavorisé.

92 % des enfants interrogés se déclarent témoins de faits de violence à l'école. Elle s'exprime surtout par des moqueries. 29 % des jeunes constatent la pression du racket et des vols. Les stratégies d'évitement de la violence semblent surtout passer par «l'appartenance à une bande », comprise comme un «groupe de jeunes dans lequel on se sent en sécurité». Un tiers des jeunes issus de milieux favorisés en feraient partie, contre 20 % des écoliers issus de milieux défavorisés.

Dans ce monde à l'apparence si sombre, les écoliers semblent malgré tout heureux : 80 % affirment connaître ce sentiment, ce qui délaisse quand même 20 % de malheureux.

Les solutions que préconisent les écoliers ressortent des résultats « qualitatifs » du sondage.

A l'école, ils demandent que « les surveillants fassent leur boulot » : « Qu'ils arrêtent de papoter ; cette école est bourrée de gens ignobles, avec de meilleurs surveillants, je me sentirais mieux ! » Et encore : « Que les profs soient plus cool, le stress nous rend violents ! »

A l'extérieur de l'école, ils réclament plus de policiers et de caméras : «Il faut un agent de sécurité pour chacun d'entre nous.» Ils veulent aussi voir « condamner les gens plus longtemps » : «Mettre les enfants méchants en maison de correction » et « deux jours de prison pour les gens violents».

Les écoliers sondés pointent aussi l'effet néfaste de l'alcool, des jeux vidéo violents. Ils demandent à leurs parents de s'occuper d'eux : «Les parents doivent apprendre la politesse.» Ils veulent aussi plus d'égalité, moins de racisme. Plus de bonheur.
(le soir)

(1) http://lesenvoyesspeciaux.skynetblogs.be.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
COMME ZOLA ? HERMINE ACCUSE
Hermine Bokhorst ACCUSE. Hermine n’est vraiment pas quelqu’un de banal. Journaliste reporter à ses heures elle a ramené un témoignage terrifiant sur l’exploitation des prostituées en Albanie (voir ci-après). Puis par choix, par défi, par bravade elle a décidé d’enseigner dans le primaire, voire dans l’enseignement primaire spécial ou elle déplace des montagne par sa foi dans l’humain et son amour de l’enfance. Elle e choisi la plus défavorisée des écoles défavorisées, voisine de celle fut tournée la fameuse « Leçon de tolérance » qui est en fait une « leçon d’interculturel ». L’interculturel est son combat. C’est un prof de morale comme chacun rêve d’en avoir eu une dans sa vie. Cette femme magnifique est un Don Quichotte en jupon qui n’a pas peur de s’attaquer au moulin de maître Cornil qu’est devenue l’école. « Meunier tu dors, ton moulin va trop vite, Echevin tu dors ,ton moulin va trop fort ». Mais encore ? A l'école, ce moulin qui tourne fou, les enfants « demandent que « les surveillants fassent leur boulot » : « Qu'ils arrêtent de papoter ; cette école est bourrée de gens ignobles, avec de meilleurs surveillants, je me sentirais mieux ! »
Accusation terrible mais fondée à maints endroits mais pas partout. Et encore ceci : « Que les profs soient plus cool, le stress nous rend violents ! »
Constatation terrifiante !
« C’est la question qu’ on n’ ose pas poser mais qu’on pose quand même dirait Vrébos à RTL. » Hermine ose et du coup les enfants osent la réponse qui jamais avant son coup de gueule n’était sortie des classes et des cours de récréation.
Hermine sait que seuls les médias peuvent répercuter un tel constat que les directions d’écoles étouffent soigneusement : peur du PO qui dit « pas de vagues », peur de perdre des élèves, peur de se mettre son équipe à dos, peur des syndicats qui couvrent. C’est le nœud du problème : beaucoup de surveillants font tout son surveiller. En plus ils ont avalé un chronomètre et ils ne feront pas une minute de plus que de bois vert de la part de ses chers collègues (« pour qui elle se prend, cette star ? ») Les parents aussi en prennent pour leur grade : «Les parents doivent apprendre la politesse.» « Les enfants veulent aussi plus d'égalité, moins de racisme. Plus de bonheur. »
« Des écoliers de 6e primaire des écoles 17 et La Vallée , à Schaerbeek, donnent une réplique édifiante à tous ceux qui prétendent prendre la parole à leur place. » Tiens tiens Hermine a choisi deux écoles distantes de cinq kilomètres environ : l’une véritable école ghetto et l’autre, (la 17 ) surpeuplée à force d’être sollicitée pour sa « réputation de bonne école ». C’est dire qu’Hermine pratique à sa manière et à contre courant une politique de mixité sociale. Bravo, quelle audace. Que le PO en prenne de la graine. Hermine a un courage fou ! Hermine fait de la résistance contre le conformisme et le conservatisme terrifiant qui règne dans certaines écoles. Ce sont des gens de sa trempe qui sauveront l’école du marasme dans laquelle elle s’est enfoncée. Que le pouvoir organisateur, s’il a du cran la nomme vite chef d’école et surtout lui donne carte blanche.
Marc Guiot

Vous êtes sceptiques ? Allez y voir de plus près sur http://lesenvoyesspeciaux.skynetblogs.be.

VOICI QUELQUES EXEMPLES CONCRETS : C’EST DE L’INTERCULTUREL AU QUOTIDIEN. BRAVO HERMINE ET DE TOUT CŒUR MERCI

Canaliser sa colère par le sport
Béa Diallo est champion du monde de boxe, poids moyen, mais avant il était un garçon révolté. A 11 ans, il distribuait des badges ‘touche pas à mon pote’, contre le racisme, dans des lieux où les jeunes se rassemblaient. Il avait une bande de copains de toutes les couleurs et de toutes origines. Un jour, des grands skinheads racistes, l'ont coincé dans une ruelle. Béa a su s’échapper, les autres lui ont juste déchiré ses vêtements, mais son ami pas. Les grands l’ont frappé. Il a perdu un œil et a perdu l’usage de ses jambes. Il est en chaise roulante pour toujours. Alors Béa, il a eu la haine. La haine de tous les blancs. Les blancs qui avaient tapé son ami sans raison. Il était dans une bande dans la rue et se bagarrait tout le temps. Il était super en colère parce que c’était injuste ce qui était arrivé à son ami.
Un jour, il tombe sur un homme qui lui dit : « Toi qui aimes bien te battre, viens dans ma salle de boxe. » Béa a cru qu’il savait se battre, mais la boxe a des règles. On ne peut pas frapper n’importe comment. Il a fini par s’entraîner encore et encore. L’entraînement de boxe est l’un des plus difficiles au monde. Il est devenu champion du monde. Mais avant tout, il est devenu champion de lui-même.
Depuis ce moment là, il a créé des associations pour aider les jeunes violents à canaliser leur colère et leur révolte. A apprendre à faire attention aux autres. Durant les 20 km de Bruxelles, des jeunes délinquants ont poussé des jeunes handicapés pendant tout le trajet. Ils ont senti qu’on pouvait faire le bien au lieu de casser des choses.
Nous allons nous entraîner avec lui.

Auteur: Les envoyés spéciaux | Général | Commentaires: (0) -
Ma mère me fait confiance
28-04-2009 @ 00:53:43
Souvent, je pars avec mon vélo pour faire des petites courses au Delhaize Ma mère me fait confiance : j’ai un casque, des lumières et un gilet fluo. Tout est règlementaire. Je mets 10 minutes pour y aller. Souvent, dans le parking, il y a ce mendiant avec un chien. Je sens de la tristesse quand je le vois. Les gens l’ignorent et s’en foutent qu’il soit là.
Je fais des tours à vélo au parc aussi. Parfois des jeunes traînent. Je n’ai pas peur, ils ont le même âge que mon frère et son de la même origine que moi.
Je n’aime pas les racistes qui croient que les Marocains font tous des bêtises. Cela m’énerve quand les gens reculent dans la rue ou changent de trottoir quand je me promène avec mes parents ou mon frère.
Dans ma classe, les élèves sont de toutes origines : Albanais, Juifs. Il ne faut pas rejeter les gens par rapport à leur origine, mais leur caractère peut être déplaisant. Je n’aime pas quand les élèves se disputent par rapport aux vêtements. Je trouve cela complètement débile.
J’habite à Jette, près de Kinépolis et parfois, on va au cinéma avec les copines de l’école. Je vais souvent au marché place du Miroir, pour aller chercher des bonbons. Bientôt, je ne pourrai plus en manger parce que j’aurai un appareil.
Au parc Roi Baudouin, je roule à vélo ou je fais du foot avec mon père, mon père est secrétaire du club et jouait beaucoup quand il était jeune. Mes deux frères sont inscrits. Moi, je joue au parc. En général, quand on arrive, les autres jouent avec nous. Mais une fois, un jeune jouait au basket et sa mère nous a demandé s’il voulait faire une partie avec nous, mais il est parti. Un raciste, cela m’a dégoutée !

Auteur: Les envoyés spéciaux
Romantique
28-04-2009 @ 00:52:40
Mon appartement est situé au milieu de la rue. C’est là que c’est le plus calme. Je ne sors pas souvent. Je ne peux pas jouer dans la rue avec la balle en mousse. J’ai été une fois seul au Carrefour avec une copine pour aller chercher des bonbons. Ma mère ou mes grands-parents viennent me conduire et me chercher à l’école, en voiture ou à pied, s’il faut beau.. Je ne peux pas encore prendre les transports, seule. Et je n’en ai pas envie avec tout ce qui se passe maintenant. Des agressions. Plein de trucs dans les écoles. Toutes les catastrophes.
J’ai vu un film au cinéma avec un avion qui s’écrasait. J’i dû sortir de la salle. Et j’y pense souvent. Beaucoup d’avions nous survolent, ici à Evere. Depuis le film, cela me fait un peu peur.
Mes copines, je les vois à l’école. Chez moi, je vais souvent sur l’ordinateur sur mon blog, sur msn ou U-tube. Ma petite sœur et moi, nous disputons souvent pour aller à l’ordinateur. Plus qu’avant. J’aimerais bien retourner à l’époque Barbie. Quand je dis cela, les autres se foutent de moi.
Ce qui me met en colères se sont les disputes à l’école sur les marques de vêtements. Ils sont toujours sur le dos de ma meilleure amie à cause de cela. Tous les jours. Je pense qu’ils se moquent d’elle parce qu’ils sont jaloux. Ils sont jaloux aussi quand je donne une bonne réponse en classe. Ils me traitent d’asperge parce que je suis la plus grande de la classe ou de grosse. Alors, je crie et je pleure pour ne pas garder tout cela au fond de moi et me sentir mal pour le reste de ma vie. Mon amie me défend.
Parfois je ne parle plus à personne pour ne pas faire de dégâts. Je n’ai pas envie de me disputer pour un bête truc. La violence gratuite me met en colère aussi. Toutes ces informations. Le garçon qui s’est noyé stupidement parce que ses copains lui avaient donné un gage. Le père qui a tué son bébé avec sa chaussure. C’est tellement injuste.
Il m’arrive aussi d’écrire ma colère sur mon blog ou de mettre une photo où je pleure. Pour montrer aux autres que j’ai des sentiments.
Je suis en train d’écrire une histoire. Romantique. A cause d’un garçon, je me réveille tous les matins avec une boule dans le ventre, des nausées. Je sens que mon instit est triste.
J’ai souvent l’impression que tout est de ma faute.

Hermine BOKHORST
Pour son action au sein des Moraliens pour apprendre aux enfants la solidarité de manière très concrète
Ancienne journaliste, Hermine Bokhorst est enseignante dans une école communale schaerbeekoise. Avec ses collègues, enseignants de morale dans réseau officiel, elle a lancé le concept des «Moraliens sans frontières» dont l’objectif est d’apprendre aux enfants de sixième primaire la solidarité. Depuis 2005, les enfants récoltent de l’argent pour venir en aide à des écoliers de Yolo Nord à Kinshasa. Cette année, il s’agissait de restaurer le mur d’enceinte de l’école. Ils ont récolté des sous en vendant divers obkets, en récoltant des pièces rouges, en organisant un «car-wash de la solidarité» et un grand souper africain. Les «Moraliens sans frontières» ont remporté le prix de l’innovation pédagogique décerné au salon de l’éducation
Hermine Bokhorst a enquêté sur les réseaux de prostitution albanais en Belgique. Elle a publié " Femmes dans les griffes des aigles ", une véritable descente aux enfers. D'autant plus terrifiante que la réalité décrite se passe chez nous, en plein cœur de Bruxelles et d'autres villes belges. Nous l'avons rencontrée.

Quelques données pour cerner le contexte albanais et la réalité des filières de prostitution :
- 1/5 de la population d'Albanie aurait quitté le pays.
- 75 % vit en-dessous du seuil des 65 euros par mois.
- 40 % de la population active est sans emploi.
- Lors des pillages de 1997, les armes appartenant à l'armée ont été éparpillées dans toute la population.
- Le Kanun, texte de loi du Moyen Âge (15e siècle), qui établit notamment les " règles " de la vengeance, est toujours d'application dans les villages.
- Il y aurait 30.000 prostituées albanaises à l'étranger, chiffre avancé par des ONG, dont 16 % en Belgique.
- 44 % des filles renvoyées en Albanie retombent dans le trafic.
- La population de jeunes filles des campagnes isolées finissant dans la prostitution a augmenté ces dernières années. Les filles sont de plus en plus jeunes (14 à 17 ans).
- Les juges sont plus enclins à condamner les prostituées que les trafiquants.
- La mafia albanaise génère un chiffre d'affaires de plusieurs milliards de dollars par an.
- Chaque année, de 120.000 à 200.000 femmes sont victimes de la traite pour prostitution vers l'Europe.
- La prostitution est le 3e trafic mondial après celui des stupéfiants et celui des armes.

Prostitution : la réalité des réseaux albanais
Esprit Libre : La mafia albanaise est l'une des plus violentes qui soient. On a l'impression que l'Albanie est devenue une plaque tournante de la magouille, du bakchich et de la brutalité...
Hermine Bokhorst : Ayant passé dix jours en Albanie pour cette enquête, j'ai eu l'impression qu'il n'y avait plus qu'un seul Dieu : le dollar. Et une seule religion : le business. Là-bas, tout le monde prie la " Western union " (ndlr : une agence américaine de transferts de fonds qu'on retrouve un peu partout en Albanie) pour avoir de l'argent en provenance de l'étranger. Les Albanais ont longtemps dû subir le joug d'un dictateur, Enver Hoxha, qui appliquait un communisme à la chinoise. À l'intérieur du pays, on ne pouvait pas circuler librement. Les gens ont pris l'habitude de se méfier de tout et de tout le monde. Quand le communisme s'est effondré, en 1991, tout a basculé. Il n'y a plus de valeurs. Les personnes de bonne volonté sont vraiment désespérées. Rien ne fonctionne, en fait. Personne n'ose investir. La situation est vraiment très compliquée.

Esprit Libre : En Albanie, la prostitution est interdite et passible de 3 ans de prison. La prostitution reste un tabou. C'est pour cela que les mafias albanaises viennent chez nous ?
Hermine Bokhorst : Une passe en Albanie coûte 20 euros, c'est quasi le salaire mensuel moyen d'un fermier... Les filles doivent donc aller là où est l'argent, c'est-à-dire à l'étranger. Et comme il n'y a aucun avenir chez elles, elles viennent chez nous...

Esprit Libre : La Belgique et l'Italie ont adopté une loi qui protège les victimes de tels trafics. Est-ce que la Belgique est précurseur dans ce domaine ?
Hermine Bokhorst : La Belgique a souvent été citée comme exemple. Pour arrêter un proxénète et démanteler un réseau, il faut des preuves. Donc, il s'agit soit de prendre le mac sur le fait, au moment où il vient chercher la recette, soit on contrôle les flux financiers, ce qui est moins évident parce que parfois l'argent circule via des intermédiaires. Ou bien encore, on peut se baser sur des témoignages. En Belgique, la fille doit porter plainte contre son souteneur, quitter le milieu qui l'exploite et obtenir un permis de séjour quand le proxénète est condamné. Cela fonctionne assez bien. Il y a peu d'abus. Le problème, c'est le manque de place dans les structures d'accueil chez nous

Aucun commentaire: