samedi 30 mai 2009

Cat Stevens / Yusuf adoubé par U2

Le retour sur scène du troubadour mystique appuyé par les quatre Irlandais.

C’était déjà, en soi, plus qu’un petit événement : le retour de Cat Stevens, encore assez peu connu sous le nom de Yusuf qu’il prit il y a trente et un ans, lors de sa conversion à l’islam. Dans le cadre du cinquantième anniversaire de l’étiquette Island, est organisée, au Shepherd’s Bush Empire à Londres, une semaine de concerts avec des stars comme Paul Weller, Grace Jones, Amy Winehouse qui a décommandé en dernière minute, normal, etc. Vieux routier de la marque au cocotier, Yusuf sort un nouvel album, l’excellent "Roadsinger". Puisqu’il vibre de nouveau à la musique séculaire, c’était l’occasion rêvée de remonter sur scène.

Après Noxshi, bon groupe prog-rock de Yoriyos, fils de Yusuf, la scène était chauffée par le Sénégalais Baaba Maal, pas très convaincu, donc guère convaincant. Voilà-t-y pas qu’après son set, Maal revient au micro avec des accords, une mélodie, mais oui, ça fait penser à "One". Attendez là, c’est quoi ça ? Emoi dans la salle, les gens se lèvent, crient, d’autres sont tétanisés : Bono en tête, les quatre U2 débarquent ! D’accord, ce sont des artistes Island, et ils devaient bien quelque chose au boss-fondateur Chris Blackwell, présent au Shepherd’s Bush toute la semaine, mais tout de même. Vient ensuite "Vertigo", acoustique et encore plus saisissant, dans une salle pas plus grande que l’AB à Bruxelles. Qu’est-ce qu’il chante bien, Paul Hewson, quand il ne doit pas hurler pour se faire entendre d’un stade

Ce moment de grâce absolue se poursuit quand Bono revient pour présenter "un des plus grands auteurs compositeurs interprètes du monde, icône, iconoclaste", Yusuf. Accolade, embrassade, quand ledit musicien entre en scène, devant une salle chauffée à blanc. Bono part, mais la grâce demeure pendant une bonne heure et demi de concert franchement sublime. Un spectacle quasi parfait, où, en cherchant la petite bête, on trouvera peut-être quelques touches de synthé superflues. Charismatique, Yusuf, lui-même à la six cordes, n’est entouré que de piano, basse et guitares, dont celle d’Alun Davies, le Gallois déjà là avec Cat Stevens entre 1970 et 1977. Le répertoire s’équilibre entre classiques ("The Wind", "Wild World", "Peace Train", "When The Children Play"), et modernes ("Roadsinger", "World O’Darkness", "Thinking’Bout You"), les uns comme les autres entonnés par le public. Entre ces deux époques, aucune solution de continuité. Ecrite en 1968, apparaissant sur le nouvel album, "The Rain" en témoigne. Avec, en elle, joie et lumière, la voix a traversé le temps, intacte, et semble encore plus chaleureuse. "Cette nuit est une nuit magique" : Yusuf ne croyait pas si bien dire. Si cela pouvait lui donner l’envie d’une tournée.
(Dominique Simonet, la Libre)

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