vendredi 15 mai 2009

Goethe retraduit : Faust ce qu’il faut

GOETHE Faust Traduit de l’allemand par Jean Lacoste et Jacques Le Rider Editions Bartillat, 800 pp., 25 euros.
Grâce à Goethe (1749-1832), Faust (alchimiste qui signe un pacte avec le diable) a évolué de la légende populaire au mythe le plus important de la littérature du XIXe siècle. Faust est une œuvre sur laquelle le poète allemand a passé près de soixante ans. Elle est constituée de trois pièces de théâtre : l’Urfaust (1775), Faust 1 (1808) et Faust 2 (1833, posthume).
Les deux germanistes Jacques Le Rider et Jean Lacoste ont décidé de faire redécouvrir aux lecteurs français ces trois textes, en réunissant pour la première fois l’intégralité des «Faust» dans une seule édition.
Le présent volume permet ainsi de faire connaître les deux versions quasi inconnues de «Faust» qui entourent le Faust 1 connu de tous. Cette traduction de «Faust» a duré quatre ans.

JEAN LACOSTE :
«J’ai traduit l’Urfaust et Faust 1. Il s’agit de la première véritable traduction en français de l’Urfaust. Je suis parti de celle de Gérard de Nerval datée de 1828, qui est la plus utilisée, mais je me suis vite rendu compte qu’elle était imparfaite et que des points pourtant essentiels du texte original avaient été détournés de leur véritable signification. Voulant rester le plus fidèle possible au texte, ma traduction finalement n’a plus grand-chose à voir avec celle de Nerval.
«Le plus difficile dans ce travail fut, tout en respectant la poésie de Goethe, de la rendre abordable pour les troupes de théâtre contemporain. Donc de restituer un Faust avec sa problématique intellectuelle et un langage venant d’une traduction qui coule, de façon à être comprise par le lecteur.
(…) «Ce que je retiens de mon travail : la satisfaction et la fierté d’avoir donné l’ensemble des Faust dans une version moderne et pourvue de toutes les annotations nécessaires de manière à ce qu’on le comprenne. D’avoir montré le Faust de Goethe dans toute sa splendeur.»

JACQUES LE RIDER :
«Je me suis occupé du Faust 2. Cette suite est inconnue en France car elle n’a pas été rééditée, et sa traduction est ancienne et désuète. La grande difficulté de ce travail fut de rester fidèle au texte ; j’ai été étonné du nombre de traductions qui s’éloignent de l’original. Nous avons voulu laisser ce texte ouvert à tous les lecteurs tout en gardant en tête le souci de l’exactitude.
«Faust 2 fut pour moi une grande découverte. Je trouve que la beauté vient de la proportion monumentale de la pièce. C’est une œuvre à part entière. C’est une sorte de synthèse de la culture européenne avec ses aspects traditionnels, culturels, philosophiques et esthétiques. Culture européenne condensée avec un héritage grec et une présence de la littérature anglaise et italienne (allusion à Dante et à Shakespeare).
«C’est une œuvre d’une réelle variété et d’une grande intensité lyrique, poétique et dramatique. Cette pièce peut être vue comme une réflexion sur… le XIXe siècle ! Car, si Goethe est placé parmi les auteurs du XVIIIe siècle, Faust 2, avec le thème du triomphe de la technique et ses questions sur le pouvoir, est bien une œuvre du siècle suivant.
«Cette traduction fut pour moi un défi de chaque page. On n’insiste pas assez sur ce point : le public français connaît mal Faust, et énormément de choses restent à découvrir dans cette œuvre. C’est un texte inépuisable sur lequel j’ai appris quelque chose de neuf jusqu’au dernier moment. Ce que j’ai découvert ? Faust !»

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
L’ESPRIT D’EUROPE
Adolescent, je demandai à Paul Briot mon prof de philo ce qu’était l’esprit d’Europe.
Il me répondit sans hésitation. Le visage de l’Europe est celui de ses grands hommes : Homère, Virgile, Augustin, Averroès, Montaigne, Erasme, Dante, Da Vinci, Pascal, Molière, Cervantès, Goethe, Heine, Tolstoï, Marx, Freud, Heidegger, Churchill, de Gaulle, Brecht , Camus et beaucoup d’autres…Quant à l’esprit d’Europe il est présent dans les grands mythes européens :Prométhée, Antigone, Oedipe, Hamlet, Don Juan, Don Quichotte, Jeanne d’Arc et surtout, surtout Faust…
Ils participent ensemble de cette culture générale européenne à identités plurielles, pluriculturelle et cosmopolite qui habitait autrefois les humanités mais qui aujourd’hui se sont rétrécies comme peau de chagrin. Les humanités s’appellent désormais enseignement général : un vaste fourre tout qui tourne résolument le dos à notre héritage culturel commun : gréco, judéo, islamo chrétien. De moins en moins enseignée voire même transmise, ainsi que le déplore E.Morin, la culture européenne est un miel exquis fait d’une une diversité de pollens récoltés dans toutes les civilisations anciennes et modernes bordant ce cap avancé de l’Asie appelé Europe.
Prométhéenne et faustienne, Europe a servi et asservi la science et les techniques pour conquérir le monde et l’asservir à son tour. Sécularisée depuis un demi siècle, épuisée par deux guerres sanglantes et inutiles elle est à la recherche d’un nouveau souffle et d’un sens neuf.
Nous sommes convaincus que seule la construction d’une démocratie cosmopolitique européenne fondée sur le respect de la diversité et une dynamique résolument interculturelle est de nature à réveiller «Europe au bois dormant» et de la guérir cette moderne Antigone, de sa terrible haine de soi.
Dans le mythe goethéen, Faust toujours triomphe de Méphisto, «l’esprit du mal qui toujours nie», celui qui «divise l’humanité», Satan, Lucifer mais aussi Iblis, «le premier des dénégateurs», le «maître d’illusion», le «l’instigateur sournois» comme le nomme le Coran.
Puisse les jeunes Européens incarner le nouvel esprit d’Europe et accueillir le grand vent cosmopolite qui y souffle désormais avec force.
MG

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