dimanche 31 mai 2009

Réflexions d'un blogueur politique

Nicolas Vanbremeersch est un blogueur modeste. Pendant cinq ans et demi, sous le pseudonyme de "Versac", il a tenu l'un des blogs politiques les plus influents, qui a été fréquenté par trois millions de visiteurs. Il revient sur son expérience à travers un livre "écrit comme un blog", précise-t-il.
Lui qui se définit comme "un amateur" continue de se demander ce qui pousse certains individus à raconter leur vie ou à partager leurs opinions et leurs passions au jour le jour. "Comment se fait-il que ces millions de gens laissent accessible au tout-venant une part d'eux-mêmes ?", interroge-t-il.
Les raisons sont multiples. Le plaisir de l'échange, de voir les autres réagir et poster des commentaires, et aussi, il faut bien le dire, la recherche de la réputation. Celle-ci ne se gagne pas du jour au lendemain.
"Versac" fournit les recettes du succès : jouer le jeu de la participation, avoir un talent d'écriture, apporter sa valeur ajoutée dans le grand concert du Web. La notoriété se construit sur la longévité et la régularité. "Faites-vous rare, on vous oubliera", prévient-il.
L'auteur insiste sur l'importance du réseau. Le blog ne peut pas vivre en autarcie. Il ne serait rien sans la galaxie qui l'entoure, c'est-à-dire les autres blogs et la cohorte des "publicateurs" et commentateurs anonymes.
A ceux qui reprochent au Web de favoriser le communautarisme, Nicolas Vanbremeersh réplique qu'"Internet a plutôt tendance à ouvrir les communautés qu'à les fermer". Il est plus facile, explique-t-il, d'entrer en contact avec des adversaires politiques sur le Web que dans la vraie vie.
Pour l'auteur, le blog est aujourd'hui l'équivalent des cafés du XIXe siècle : une place où l'on se retrouve, où l'on discute.
C'est un lieu de formation de l'opinion, de tests d'idées, d'invention. Aucune formation politique ne peut désormais les ignorer, et leur rôle est sans doute voué à croître. Mais Versac ne va-t-il pas trop loin lorsqu'il affirme que "demain, le Web sera le centre de l'espace public" ? Après tout, les hommes politiques auront toujours besoin d'autres formes de médiation et de médiatisation : meetings, interviews et débats sur les chaînes de télévision ou les stations de radio...
Pas plus que les autres médias, le Web ne peut prétendre au monopole. Il est aussi un grand consommateur de nouvelles produites par d'autres sources que lui. Si l'on retire demain les autres médias, que restera-t-il de l'information sur Internet ?
De la démocratie numérique, de Nicolas Vanbremeersch, Seuil, 110 p. 14 €.

Versac : tuer la «star des blogs politiques»
Nicolas Vanbremeersch, l'auteur de Versac.net, l'un des blogs politiques les plus connus du grand public en France, met fin à son site après cinq ans d'activité. Il explique au Figaro.fr qu'il en a assez d'endosser le rôle de «blogueur influent».

Quelques milliers de visiteurs quotidiens, cinq ans d'activité et surtout le rôle de «porte-parole» des blogs dans les médias,Versac.net était l'un des incontournables de ce que les médias ont improprement appelé la «blogosphère», cette supposée communauté des blogs. Un terme que réfute Nicolas Vanbremeersch, l'auteur de Versac.net, vient de jeter un pavé dans la mare en annonçant qu'il mettait fin à son blog, après une série de polémiques parfois violentes, qui l'ont notamment opposé à certains journalistes blogueurs, comme Jean-Michel Aphatie ou Jean-Marc Morandini. Pour lefigaro.fr, il revient sur les raisons qui l'ont poussé à mettre fin à son blog.
VOUS N'AVEZ PAS CESSE DE DIRE QUE CETTE «BLOGOSPHERE» DONT LES MEDIAS VOUS ONT DONNE LE ROLE DE PORTE-PAROLE N'EXISTAIT PAS, LE PENSEZ-VOUS TOUJOURS ?
Oui, «la blogosphère» n'existe pas. Francis Pisani (1) parle à très juste titre de galaxie. Il faudrait se figurer des millions de petites étoiles, reliées de manière plus ou moins lâche. J'en tenais une, mon blog, comme il y en a des milliers. Cette vision exclut des notions de barons, papes, ou blogueurs influents. Il y a évidemment des étoiles plus grosses que les autres, des nœuds de réseaux, mais pas de hiérarchie entre blogueurs.
L'apparition et l'imposition, comme prisme d'analyse de cet espace, de classements et de hit parades nuit à la compréhension de ce qui se passe, et pervertit les échanges : nous blogueurs sommes dans une économie qui est inverse au hit parade et à la concentration. C'est la diversité et l'immensité qui importent. Pas les pseudo-stars.
RECEMMENT, ON A ASSISTE A UNE POLEMIQUE ENFLAMMEE ENTRE QUELQUES BLOGUEURS ET DES «JOURNALISTES BLOGUEURS» (MORANDINI, APHATIE) QUI N'EST APPAREMMENT PAS POUR RIEN DANS VOTRE DECISION D'ARRETER…. JOURNALISTES VS BLOGUEURS, C'EST ENCORE D'ACTUALITE ?

Journalistes contre blogueurs, c'est un faux débat, qu'entretiennent des journalistes perdus dans leur citadelle et qui se sentent menacés par des gens qui ne leur veulent pas de mal, mais exercent juste un droit de libre correction. L'heure est à la coopération, parfois complexe, entre les journalistes et leurs publics.
Certains font un remix, sans jamais citer ses sources ou presque, en pillant le web de ses pépites, pour les transformer en un prêt à mâcher à l'odeur souvent nauséabonde. Encore une fois, d'autres journalistes savent pêcher les pépites du web, et entrer dans une logique de collaboration et d'échange. Ils sont encore rares.
Depuis plusieurs mois, on assiste, dans les milieux journalistiques et politiques, à un retour du discours négatif à l'égard du web, qui ne serait que rumeurs, fausses informations, et relativisme. C'est évidemment une caricature. Ce prisme négatif entraine une démission de nombreux acteurs qui devraient prendre la responsabilité de s'investir positivement dans ce nouvel espace public. On aimerait qu'ils aient le courage de se déparer de leurs atours médiatiques pour entrer dans la conversation. ceux qui en font l'expérience, avec sérieux et authenticité, en retirent une expérience très positive, et apportent beaucoup à cet espace.
ON A PARLE DE JOURNALISME CITOYEN AVANT DE JETER LE CONCEPT AUX ORTIES. AUJOURD'HUI, ON A DES FORMES HYBRIDES COMME LE POST QUI SE METTENT EN PLACE. QU'EN PENSEZ-VOUS ?
Je crois que les deux sphères du web social et du web de l'information sont en train de se rapprocher. L'une a une logique plane, à vocation relationnelle, ou sociale. L'autre a une logique de contenu, professionnelle. A la frontière des deux se créent actuellement des initiatives qui tentent de conjuguer ces approches. Cela suppose de réinventer le rôle du journaliste, en tenant compte du formidable potentiel du web, et des pratiques effectives des internautes. Lepost.fr, Rue89 ou Mediapart, par exemple, tentent de définir de nouveaux modèles, pour de l'information générale, sur ces bases.
EN CINQ ANS DE BLOG, QUELS SERAIENT VOS MEILLEURS SOUVENIRS ET LES PIRES ?
Les meilleurs souvenirs sont nombreux. La première République des blogs (2), ou, tout simplement, mon premier dîner avec deux vrais blogueurs, qui sont devenus des amis. les souvenirs sont ceux de moments d'utilité du web dans le débat public, et de rencontres personnelles. relations et fond sont les deux mamelles du blogging politique.
ET FINALEMENT, DE PAR VOTRE EXPERIENCE, A QUOI SERT UN BLOG ?

Un blog sert à tout, pour qui veut s'en saisir avec intelligence. A moi, il m'a servi à confronter mes idées, à grandir politiquement, à faire des rencontres que je n'aurais jamais pu faire ailleurs, à découvrir des sujets,à changer d'avis, à partager mes envies, à redécouvrir le plaisir du débat politique avec de plus intelligents que soi, ... Pour d'autres, il peut être plus encore.
Je ne regrette pas ces cinq années de blog. Je ne dis pas que j'arrête de bloguer, d'ailleurs. C'est juste devenu impossible de le faire avec sérénité sur cet avatar qu'est versac.net. Je boguerai ailleurs. je me contente de tuer la «star des blogs politiques». Et je m'attelle à d'autres modes d'expression, parmi lesquelles un livre et des formats plus structurés.

(1) Journaliste au Monde, spécialiste d'Internet et auteur de «Comment le web change le monde - L'Alchimie des multitudes», un livre de référence sur le web social.
(2) Nicolas Vanbreemersh est l'un des fondateurs de cette réunion qui se tient une fois par mois et accueille les blogueurs politiques et leurs lecteurs
A mi-chemin entre l'essai politique et la publication sur les nouvelles technologies, ce premier livre de Nicolas Vanbremeersch est avant tout un ouvrage de vulgarisation sur le web comme outil politique.

L'auteur, diplômé d'HEC, directeur de l'agence de communication Spintank, ayant brièvement goûté à la politique puis devenu blogueur connu et reconnu sous le pseudonyme de Versac, analyse à la lumière de son expérience personnelle la notion d'espace public numérique, avec ce style, clair et direct pour expliquer des concepts complexes, qui a fait le succès de son blog.
Selon lui, l'espace public numérique, plus qu'une simple extension de l'espace public classique, tend à devenir une sorte d'agora immatérielle, où chacun peut devenir un média autonome, et où les tensions tocquevilliennes entre individualisme et communautarisme, entre fragmentation et décloisonnement, sont levées. De même que de nouvelles pratiques sociales émergent du fait de l'utilisation massive du web chez les générations nées avec Internet, l'auteur anticipe, reprenant des exemples tirés des dernières campagnes électorales, que la toile sera à l'avenir le terrain privilégié du débat politique. En donnant son email à la fin de la préface, Versac joint d'ailleurs la théorie à la pratique, et invite le lecteur à poursuivre cette réflexion... en ligne, évidemment.

LA TRIBUNE : A VOUS LIRE, ON A L'IMPRESSION QUE, SI LES MILITANTS SAVENT SOUVENT TRES BIEN SE SERVIR DES POSSIBILITES QU'OFFRE INTERNET, CE N'EST PAS LE CAS DE LA PLUPART DES POLITIQUES. LE WEB VA-T-IL ALORS REMETTRE EN CAUSE LE METIER D'HOMME POLITIQUE, DE LA MEME FAÇON QU'IL REMET DEJA EN CAUSE LA FONCTION DE JOURNALISTE TRADITIONNEL ?
Nicolas Vanbremeersch : Il faudrait déjà voir si c'est un métier, mais c'est un autre débat. Il y a des similitudes : sur le web naît une nouvelle concurrence, qui peut émerger, s'organiser plus facilement, et menace les partis politiques sur des fonctions essentielles : former l'agenda politique, former les militants, nommer les candidats, offrir une légitimité
ON A SOUVENT DIT QUE LA FRANCE COMPORTAIT UNE FORTE PROPORTION DE BLOGUEURS PAR RAPPORT A D'AUTRES PAYS. CELA VEUT-IL DIRE QUE NOTRE PAYS EST EN AVANCE DANS LA CONSTITUTION D'UN ESPACE PUBLIC NUMERIQUE ?
Ce sont ces blogs de toutes origines qui contribuent au débat public, toujours dans une logique sociale, mais en entrant vraiment dans une parole publique, et pas seulement quelques échanges avec ses proches.
LA THESE DE L'AVENEMENT D'UN ESPACE PUBLIC NUMERIQUE N'EST-ELLE PAS REMISE EN CAUSE PAR LE FAIT QU'AUJOURD'HUI LES BLOGUEURS COMMUNIQUENT SURTOUT ENTRE EUX, SANS VRAIMENT S'ADRESSER A LA POPULATION DES NON-BLOGUEURS QUI RESTE MAJORITAIRE ?
Les blogueurs ne parlent pas qu'entre eux. (il y a 30 Millions d'internautes Français) Il y a dans la partie la plus visible de la blogosphère politique ou technologique française un sentiment d'entre-soi qui peut donner à croire ceci. Mais la pratique marche ainsi : l'information circule de blog à blog, rebondit, et se transmet ainsi aux différents lecteurs. Bloguer sans se mettre en réseau avec d'autres, c'est ne pas exister. Ceci dit, les blogs français, contrairement à leurs homologues américains, ne se sont pas tellement développés et organisés, autour de grands pôles d'expression (aux Etats-Unis, je pense au Huffington Post, à Dailykos, ...). Le paysage des blogs connaît aussi de grands manques, de blogs d'experts, d'universitaires, de politiques qui entrent dans le jeu, de citoyens qui prennent la parole de manière solide. C'est ce qui explique que le web joue surtout, pour l'instant, un rôle de défiance, de complément critique à l'espace médiatique
DANS LES DERNIERES PAGES DE VOTRE LIVRE, VOUS EVOQUEZ LA QUESTION DE LA REGULATION D'INTERNET. EST-ELLE SELON VOUS INELUCTABLE? ET SOUS QUELLE FORME L'ENVISAGEZ VOUS ?
La tentation d'une régulation de ces échanges est permanente. Elle est souvent, malheureusement, mal renseignée, et prétend que le web manque de lois. De fait, toutes les lois sur la liberté d'expression s'appliquent au web. La question est celle d'une régulation efficace, qui ne vienne pas réduire ce formidable champ d'expression, en ratant sa cible. L'enjeu, ce n'est pas de limiter cette liberté, mais de faire en sorte qu'elle s'exprime dans un sens positif. L'issue positive pour que le développement de l'espace public numérique se fasse sans dérives.
C'est ce qu'Obama a compris, par exemple. Malheureusement, en France, on en reste souvent à un regard extérieur, de condamnation, plutôt que de prise en compte...

"De la démocratie numérique", de Nicolas Vanbremeersch, Seuil / Presses de Sciences Po (104 pages, 14 euros). Lire le compte rendu de l'ouvrage dans l'édition de La Tribune datée du 17 avril.
Propos recueillis par Vincent Chauvet

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
TO BLOG YES BUT HOW TO BLOG?
Un blogueur est un bon blogeur qui sait sait bloguer en blaguant.

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