mardi 16 juin 2009

Ahmadinejad est réélu... Tant pis pour lui

(flickr - .faramarz - cc)
Des élections douteuses, suivies d'une répression qui a déjà fait sept morts après que la milice islamique des bassidji eût tiré sur la foule, lundi, lors d'une manifestation de partisans de Moussavi, à Téhéran : en révélant le caractère dictatorial d'Ahmadinejad, cette «victoire» électorale risque de faire de lui le grand perdant de ces élections.

LA CONTESTATION OUVERTE DE LA REELECTION DE MAHMOUD AHMADINEJAD MARQUE UN DOUBLE TOURNANT. En révélant les tensions internes propres à la « République » Islamique, elle va accentuer son caractère dictatorial, offrant à ses adversaires extérieurs le moyen de tenter de l’abattre.
Avec cette « bonne foi » qui le caractérise, Mahmoud Ahmadinejad a profité de la première conférence de presse de sa nouvelle mandature pour asséner un certain nombre de ces vérités qui lui sont chères.

AINSI, N’A-T-IL PAS MANQUE DE DECLARER QUE « EN IRAN, L’ELECTION ETAIT REELLE ET LIBRE », ajoutant, en parfait adepte de la méthode Coué, que « les élections en Iran sont les plus propres » au contraire des pratiques occidentales où l’on « inclut les voleurs, les homosexuels et autres personnes impures dans l'électorat pour gagner quelques voix ». Faisant chorus à la voix de leur maître, plusieurs milliers de ses partisans, assistant à son discours diffusé sur écran à Téhéran, scandaient son nom et lançaient à plusieurs reprises des slogans, les uns de soutien, les autres vouant les adversaires électoraux du président aux gémonies.
Pourtant, cette manifestation tout à fait spontanée (!) ne parvenait pas à faire oublier les scènes qui se déroulaient non loin de là. Devant les caméras, en effet, de jeunes gens des deux sexes étaient en train d’en découdre avec des forces anti-émeute, rejouant à Téhéran la scène classique de l’émeute urbaine avec provocation, jet de pierre, incendie de véhicules, etc.

CLASSIQUE ? PAS TANT QUE CELA DANS L’UNIVERS FEUTRE DE LA DICTATURE DU TAPIS DE PRIERE ET DU TCHADOR, PLUS HABITUEE A LAISSER DIFFUSER DES IMAGES DE CALME ET DE SERENITE ISLAMIQUES propres à une oumma pacifique, pacifiée et contente de l’être. Or... pour la première fois de son histoire, la République Islamique a fait tirer en l’air afin de disperser des opposants osant troubler l’ordre public en réclamant - et à Téhéran même ! - la prise en compte réelle de leurs votes et la publication de résultats électoraux conformes à la vérité des urnes. Et pour la première fois de son histoire, cette même République Islamique a laissé enregistrer et diffuser, dans le monde entier, des images discréditant Ahmadinejad qui, au même moment, affirmait « ce scrutin améliorera le pouvoir du pays et son avenir ». Vingt-quatre heures plus tard, sept manifestants étaient tués, et plusieurs autres blessés, lors d'affrontements avec la milice islamique des bassidji pendant une manifestation pro Moussavi à Téhéran.

CE HIATUS MEDIATIQUE N’EST PAS ANODIN. IL TRADUIT CERTAINS DESACCORDS SURVENUS AU MINISTERE DE L’INTERIEUR IRANIEN PEU AVANT LA PROCLAMATION DES RESULTATS, lesquels auraient placé Mir-Hossein Moussavi en tête avec près de vingt millions de votants en sa faveur - contre cinq millions seulement pour Ahmadinejad - avant d’être inversés pour offrir une victoire incontestable au président sortant, ce dernier se faisant fort de remarquer que l'écart entre ses voix et celles des autres était trop important pour être mis en doute vu le fort taux de participation ayant caractérisé le scrutin.

AHMADINEDJAD RESTE AU POUVOIR. IL SERAIT PLUS EXACT DE DIRE AHMADINEJAD, SON CLAN, SES AFFIDES, SA CLIENTELE - au sens romain du terme - celui de la Révolution Islamique : radicaux, Pasdarans et bassidjs et... ces déshérités que l’Etat islamique sait toujours stipendier au bon moment, c'est-à-dire avant le vote.
Mais ce maintien au pouvoir s’accompagne d’arrestations et de coupures répétées des réseaux de communication, signe d’une nervosité qui en dit long sur la fragilité et la fiabilité du résultat électoral. Pendant ce temps, Mir Hossein Moussavi a soumis au Conseil des Gardiens de la constitution une demande d'annulation du scrutin pour irrégularités, démonstration évidente de sa volonté de ne pas renoncer.

CE RECOURS VA PLACER LES « SAGES » DE LA REPUBLIQUE ISLAMIQUE DEVANT UN DILEMME : CHOISIR L’ORDRE EN PLACE OU TENTER L’AVENTURE DU CHANGEMENT. Cette alternative en forme de menace, Ahmadinejad en a bien conscience lui qui a déclaré : « Certaines personnes à l'intérieur et à l'extérieur du pays se sont unies pour dire que l'élection était faussée » afin de discréditer ses opposants et les faire paraître comme complices des ennemis du régime, au premier plan desquels il place les U.S.A. et... Israël.
Presque pour répondre à Ahmadinejad et à sa volonté de dénoncer la collusion des ennemis du dedans avec ceux du dehors, cette stance - complétée d’une dénonciation de l'aide apportée par l’Iran à des « organisations terroristes impliquées dans des tentatives de déstabilisation dans la région » - a servi au ministre israélien des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman, afin de commenter les résultats du scrutin iranien et rappeler tout le mal que l’Etat hébreu pensait de l’Iran islamique et de son programme nucléaire.

EN ECHO AUX AFFIRMATIONS DE SON MINISTRE, BENYAMIN NETANYAHU N’A PAS MANQUE DE REPETER, CE DIMANCHE 14 JUIN, QUE LE PROGRAMME NUCLEAIRE IRANIEN ETAIT UNE « MENACE EXISTENTIELLE » POUR ISRAËL en même temps qu’il semblait lâcher un peu de lest sur la question palestinienne en admettant l’existence d’un état palestinien démilitarisé, façon de renvoyer la balle à Barack Obama après son discours du Caire et de dire au président américain : « Je fais un effort dans ce dossier, faites en un dans l’autre et... laissez-moi bombarder ».

CAR, A DEFAUT D’UNE INTRIGUE PERSANE, D’UNE REVOLUTION DE PALAIS OU DE LA RUE QUI CHASSERAIT AHMADINEJAD, CE DERNIER A SANS DOUTE DE LONGUES ANNEES DEVANT LUI, TOUT COMME LE PROGRAMME NUCLEAIRE iranien. Or, il faut savoir que la question du nucléaire a toujours fait réagir militairement Israël. Bien que peu connue, l’une des raisons - peut-être « la » raison - du déclenchement de la « Guerre des Six jours » tient aux menaces que faisait peser Nasser sur les installations de recherches nucléaires israéliennes dans le Néguev, site que le « raïs » égyptien avait l’intention de faire bombarder, projet mis en échec par l’attaque surprise de l’aviation israélienne le matin du 5 juin 1967. Pareillement le 7 juin 1981, l’aviation portant l’étoile de David attaquait encore par surprise, détruisant au cours d’un raid le réacteur expérimental irakien « Osirak » d’une puissance de 75 MW, réduisant à néant les velléités qu’avait Saddam Hussein de se doter alors de la technologie nucléaire civile et... militaire.

DES LORS, ET FAUTE D’ACCEPTER UN CONTROLE INTERNATIONAL DES RECHERCHES IRANIENNES EN COURS, AHMADINEDJAD EXPOSE DONC SON PAYS A UNE ATTAQUE PREVENTIVE ISRAELIENNE, l’Etat hébreu préférant agir par une frappe directe plutôt que par une stratégie indirecte (déstabilisation interne du régime) trop longue à produire ses fruits.
Ce faisant, l’« impatience » israélienne ne sera pas sans désagrément. Et l’on parle d’impatience car le tempérament impulsif de Benyamin Netanyahu ne s’accommodera pas avec la logique du moyen terme de Barack Obama qui préfère attendre la fin de l’année 2009 avant d’entreprendre quoi que ce soit contre l’Iran et d’abord sous la forme d’un embargo.
Cette hâte, donc, ne sera pas sans conséquence dans la mesure où :
-elle pourra relégitimer Ahmadinejad aux yeux de son opinion publique, les Iraniens faisant corps face à une agression venue de l’extérieur,
-elle enflammera (et au sens propre d’abord), et le détroit d’Ormuz dont l’Iran est frontalier et par où transitent 30 % du commerce mondial de pétrole, et toute la région pétrolifère environnante (Arabie Saoudite, Koweït, Sultanat d’Oman, Emirats Arabes Unis) si les Iraniens décident d’impliquer les alliés des U.S.A. dans le cadre d’une stratégie de la tension,
-elle provoquera une envolée spéculative des prix du pétrole à un moment où l’économie mondiale encore malade a besoin de tout sauf d’un choc pétrolier,
-elle impliquera les soutiens de l’Iran... Chine et Russie,
-elle impliquera les alliés de l’Iran les plus actifs : Hamas et Hezbollah,
-elle créera des tensions entre Washington et Jérusalem si une attaque est décidée de façon unilatérale ou malgré un véto d’Obama,

Sur ce dernier point, toutefois, Benyamin Netanyahu dispose d’alliés arabes de circonstance.
AUCUNE DES (TRES) RICHES MONARCHIES - SUNNITES - DU GOLFE, EN EFFET, NE TOLERERA JAMAIS UN IRAN - CHIITE - NUCLEAIRE PRESIDE PAR UN AHMADINEJAD. Elles pourront donc, achats de bons du Trésor américain à l’appui bien utiles pour réduire le déficit U.S., convaincre un Obama souhaitant être à l’écoute des «bons» musulmans sunnites de laisser châtier les «mauvais» chiites par Israël, qui, pour l’occasion, fera le travail que personne d’autre ne souhaitera faire.
(Marianne)

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