mercredi 24 juin 2009

Armin Arefi: «Les Iraniens sont totalement schizophrènes»

By Armin Arefi

Dans «Dentelles et tchador» [1] [dont des extraits sont à découvrir ici [1]], Armin Arefi [2] raconte «la vie dans l'Iran des mollahs». 30 ans après l'avènement de la révolution islamique, il a répondu aux questions de François Sionneau
Armin Arefi, journaliste de 25 ans, correspondant en Iran de plusieurs médias français et étrangers, a voulu voir l'envers du décor. Dans «Dentelles et tchador» [1] (l'Aube), entre portraits et anecdotes, il dépeint un pays complexe où le tuning côtoie les traditions millénaires, où la drague flirte avec le puritanisme le plus austère, et où l'envie de vivre se heurte chaque jour à la répression d'un régime autoritaire. A lire pour ne plus voir l'Iran de la même manière.
F.S.
BIBLIOBS.- VOUS AVEZ CHOISI D'ECRIRE UNE SORTE DE CARNET DE BORD DE DEUX ANNEES PASSEES EN IRAN. POURQUOI UNE TELLE FORME D'ECRITURE?
Armin Arefi.- Il y a déjà beaucoup d'essais sur l'Iran, écrits par de grands spécialistes. Moi qui suis jeune journaliste, je voulais toucher un maximum de gens pour tenter de donner une image différente de celle habituellement véhiculée par les médias. L'Iran est un pays très accessible, jeune, où rires et larmes se mêlent à chaque coin de rue. J'ai voulu écrire un livre à l'image des Iraniens: simple dans la forme, mais avec un fond assez dur et dramatique.
BIBLIOBS.- UNE SORTE DE «PERSEPOLIS» EN FIN DE COMPTE...
Armin Arefi.- J'ai adoré le film de Marjane Satrapi [3] qui, lui aussi, oscille entre rires et larmes. Mais il faut bien comprendre qu'il ne montre pas l'Iran contemporain. «Persépolis» [4] renforce dans l'idée d'un pays-enfer. Moi, j'ai voulu montrer l'inverse. J'ai voulu dé-diaboliser l'Iran et sa population. Pas son gouvernement! Aujourd'hui, on peut vivre deux ans en Iran et prendre son pied.
BIBLIOBS.- CELA NE TIENT-IL PAS AU FAIT QUE VOUS AVEZ BEAUCOUP RENCONTRE LA JEUNESSE IRANIENNE ?
Armin Arefi.- C'est inévitable. Trois quarts des Iraniens ont moins de vingt-cinq ans. Ils sont donc nés après la révolution islamique. Ils n'ont pas connu les réformes du Shah et ont seulement vécu sous la République islamique. Mais qui dit jeune, dit aussi envie de bouger, de sortir, de vivre...

BIBLIOBS.- DES ACTIVITES DIFFICILES SOUS LA REPUBLIQUE ISLAMIQUE... OR VOTRE LIVRE MONTRE UNE JEUNESSE A LA FOIS OPPRESSEE DANS LES FAITS ET TRES LIBRE D'ESPRIT. N'Y A-T-IL PAS LA UNE SORTE DE SCHIZOPHRENIE?
Armin Arefi.- Les Iraniens sont totalement schizophrènes. Je dis dans mon livre que si les Oscars avaient lieu en Iran, il y aurait 70 millions de primés. On ne s'habille pas comme on veut. Surtout les femmes. Au travail, on doit montrer que l'on est un bon musulman. On ne peut se laisser aller à rien. En revanche, au niveau politique, les taxis, les épiceries... sont les théâtres de la libre expression ou même des insultes contre le gouvernement, contre les Iraniens. Les mollahs en sont conscients et ils le tolèrent. Seul bémol: dès que l'on commence à avoir une petite aura, le régime ne se gêne pas pour vous faire disparaître.
BIBLIOBS.- TRENTE ANS APRES L'AVENEMENT DE LA REVOLUTION ISLAMIQUE , UNE NOUVELLE REVOLUTION SERAIT-ELLE DONC POSSIBLE?
Armin Arefi.- Cela fait 30 ans que l'on dit: «Les mollahs vont partir cette année». Aujourd'hui, la jeunesse est un peu dégoûtée. Le fatalisme prédomine, notamment parce que le gouvernement ne supporte aucune opposition et que les Iraniens ne parviennent jamais à se réunir autour d'un but commun. Par ailleurs, le peuple iranien est très complexe: épris de traditions, de croyances, il n'a jamais connu la démocratie. Seul le temps désormais peut aider les Iraniens à avancer vers la démocratie. Enfin, la communauté internationale aujourd'hui souhaite-t-elle réellement un Iran démocratique?
BIBLIOBS.- FARHAD KHOSROKHAVAR EVOQUE DANS «LE NOUVEL OBSERVATEUR» UN «DIVORCE A L'IRANIENNE» [5] ENTRE LA SOCIETE IRANIENNE ET LE POUVOIR. QU'EN PENSEZ-VOUS?
Armin Arefi.- Ce divorce est assez clair. Il est même largement consommé. Mais il est bel et bien «à l'iranienne» dans le sens où il y a toujours cohabitation entre les deux époux. Le régime est un mari très violent et la société a l'envie et le droit de demander le divorce. Mais elle ne sait pas ce qu'il y aura après lui. Elle n'a pas encore trouvé mieux. La société n'aime plus le régime, mais ce qui est sûr, c'est qu'elle a cru en lui avant le mariage.

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