jeudi 25 juin 2009

La discorde entre les hauts religieux iraniens s'amplifie

Ali Akbar Rafsandjani en plein discours à l'université de Téhéran en décembre 2008, sous un cadre montrant les photos de l'ancien guide suprême Khomeini et de son successeur Ali Khamenei.
Crédits photo : AP

Derrière le guide suprême, Ali Khamenei, les partisans d'une théocratie pure et dure affrontent les tenants d'un régime plus libéral, emmenés par Ali Akbar Rafsandjani.

D'ultime arbitre, d'ordinaire silencieux, le guide suprême de la République islamique, l'ayatollah Ali Khamenei, a dû descendre dans l'arène pour séparer «les fils de la révolution», qui s'entre-déchirent depuis dix jours. Son implication directe dans la pire crise qu'ait connue l'Iran depuis trente ans illustre la fracture au sommet de l'État entre «les partisans d'une dictature militaire populiste et vaguement islamiste, et les tenants d'un système, certes encore religieux, mais libéral et faisant une plus large place à la démocratie», estime l'universitaire, Yann Richard, spécialiste de la République islamique.
En adoubant Mahmoud Ahmadinejad, Ali Khamenei a choisi son camp. Nul doute que la fraude, le jour du vote, n'a pu être commise sans son aval. Du coup, son statut de leader suprême en ressort sérieusement affaibli. À l'intérieur de l'Iran, où Mir Hossein Moussavi, le malheureux perdant, a dénoncé les «dérives dictatoriales et les mensonges» du régime. Mais aussi à l'étranger. Or c'est avec le guide, davantage qu'avec un président de la République aux pouvoirs limités, que Barack Obama comptait négocier une ouverture avec Téhéran. Quel crédit accorder, désormais, à la parole d'un homme qui a cautionné une «escroquerie électorale» ?
Si les luttes d'influence ont toujours existé depuis l'instauration de la République islamique en 1979, c'est la première fois qu'elles éclatent au grand jour. Face au guide et à Mahmoud Ahmadinejad, se dresse Ali Akbar Rafsandjani, l'un des hommes les plus influents d'Iran. Entre les deux camps, les divergences sont à la fois idéologiques et personnelles.
Tout au long de la campagne, Ahmadinejad n'a cessé de dénoncer l'affairisme et la corruption, dont se seraient rendus coupables Rafsandjani et ses enfants - dont la fille aînée a été arrêtée dimanche avant d'être, semble-t-il, relâchée. Depuis son élection, le président de la République accuse Rafsandjani d'être derrière les milliers de manifestants qui contestent sa victoire. Ali Akbar Rafsandjani, de son côté, n'a toujours pas digéré la défaite que son rival lui infligea à la présidentielle de 2005.
Vendredi, le guide défendit nommément Rafsandjani devant des centaines de milliers de fidèles, réunis pour la grande prière à l'université de Téhéran. Ce rappel des services rendus par «un pilier de la révolution» sonne la fin des hostilités. À court terme du moins. Car sur le fond des divergences, les positions restent largement antagonistes.

LA «BUNKERISATION» DU POUVOIR
À la place de la République islamique, Ahmadinejad et les plus radicaux des ayatollahs, ambitionnent d'instaurer «un gouvernement islamique», qui se passerait de l'onction démocratique apportée par le suffrage universel. Rafsandjani, de son côté, appuie une ouverture sur l'Occident. «N'oubliez pas que Rafsandjani a une partie de sa fortune placée en Californie», rappelle Yann Richard.
Comment peuvent évoluer les rapports de forces entre ces pôles rivaux ? Rafsandjani dirige deux instances de régulation du régime, dont l'une - l'Assemblée des experts - a le pouvoir de destituer le guide suprême. Mais, en coulisses, ses dernières initiatives ont échoué. «Rafsandjani s'est rendu dans la ville sainte de Qom, mais il n'a pas réussi à mobiliser les ayatollahs et le haut clergé chiite contre Khamenei», souligne le chercheur Bernard Hourcade. D'où un mutisme remarqué depuis l'élection, malgré les virulentes attaques lancées contre sa personne.
Rafsandjani a servi deux fois comme président de la République , et il a joué un rôle dans la désignation de Khamenei comme guide suprême à la mort de l'ayatollah Khomeyni en 1989. Personne, en fait, ne le voit franchir le Rubicon. «Rafsandjani n'est plus un révolutionnaire, c'est au contraire un homme très prudent, constate Yann Richard. Il ne commettra pas l'erreur de faire des déclarations intempestives comme Moussavi, qui s'est dit prêt au martyre.» Aucun membre de la nomenklatura n'ignore que le régime a été ébranlé par les manifestations de rue. Même si la répression va certainement finir par étouffer la révolte, «la stabilité ne va pas revenir pour autant, poursuit Bernard Hourcade. L'élite sait que le processus de contestation resurgira tôt ou tard et pourrait être fatal à la République islamique». D'où le réflexe commun de sauvegarder un pouvoir affaibli. Quitte à se durcir encore en se «bunkérisant».
(Le Figaro)

COMMENTAIRE DE DIVERITY
IMPLOSION DE LA REPUBLIQUE ISLAMIQUE D’IRAN ?
Visiblement la contestation de la rue a fait long feu. Si on en croit cette analyse du Figaro, la contestation populaire massive aurait fait trembler le régime sur ses bases. Ahmadinejad serait-il le Gorbatchov iranien et Moussavi le nouvel Eltsine ? Assistons-nous, suite au génial discours du Caire de Obama, à un début d’implosion de la république islamique d’Iran. En somme la méthode Obama consisterait à poursuivre la politique de Bush (imposer la démocratie au Moyen Orient par les armes comme en Irak) avec des moyens (pacifiques) radicalement différents (main tendue et dialogue des civilisations) ? Il faut se souvenir que l’effondrement de la RDA et de l’union soviétique ont été précédés par dix années de Ostpolitik patiente (renonciation à l’usage de la force) conduite avec habileté par Willy Brandt et Helmut Schmidt. Certes comparaison n’est pas raison mais il est difficile de ne pas évoquer ce parallèle qui s’impose à l’esprit. Les enjeux sont de taille : l’Iran est une puissance pétrolière importante, sur le point de devenir une puissance nucléaire.

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