samedi 13 juin 2009

L'argent des migrants africains affecté par la crise

"Les fonds envoyés par la diaspora ont diminué de moitié". Dans une interview au site internet Co-développement.org, Soulé Mana Lawani, ministre de l'Economie et des finances du Bénin revient sur l'impact de la crise économique mondiale sur les économies africaines. Ce responsable politique a participé, vendredi 5 juin, au Forum économique international sur l'Afrique, organisé par la Banque africaine de développement (BAD) et le centre de développement de l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), au ministère de l'Economie, de l'Industrie et de l'Emploi à Paris.
"Le gouvernement béninois s’attend à une réduction d’environ 40 milliards de francs CFA de l’argent envoyé par les migrants, ce chiffre étant largement sous-estimé puisqu’il ne prend en compte que les flux formels qui passent par le système bancaire", poursuit Soulé Mana Lawani.
L'OCDE est plus alarmiste puisqu'elle anticipe un "tarissement" des envois de fonds des travailleurs émigrés. S'ajoutant à la baisse du cours des matières premières, à la chute de la demande des pays développés ainsi que de celle des crédits commerciaux et des investissements directs étrangers, cela fait peser "une lourde menace sur la viabilité de la balances des paiement" des pays d'Afrique subsaharienne.
Pour 2009, l'OCDE prévoit un "tassement brutal" de la croissance sur le continent en 2009 avec un produit intérieur brut (PIB) africain qui devrait progresser de 2,8% l'an prochain, soit moitié moins qu'en 2008 (+5,7%). Le FMI est encore plus pessimiste (+2,0%). "Néanmoins, la réorientation des échanges, les réformes macro-économiques prudentes et les initiatives d'allègement de la dette ont placé l'Afrique dans une meilleure position qu'il y a dix ans, pour affronter la crise", tempère l'OCDE.
Egalement présent au Forum économique international sur l'Afrique de vendredi, Louis Kasekende, chef économiste de la BAD a lancé un cri d'alarme. Pour lui, la récession mondiale risque de "provoquer des tensions sociales et être le déclencheur des conflits" en Afrique et d'effacer "les avancées en termes de gouvernance et de réduction des conflits" réalisées ces dix dernières années sur le continent. "Ma plus grand peur serait que la croissance du revenu par habitant soit inférieure à la croissance démographique, ce qui ferait de nouveau tomber les populations dans la pauvreté", a-t-il déclaré .

D'où son appel aux pays riches qu'il a appelé à "tenir leurs engagements" en termes d'aide au développement et à "limiter" la période de crise pour relancer l'activité mondiale. "Nous avons besoin de faire davantage de commerce et d'être à nouveau connectés aux marchés de capitaux", a-t-il précisé.

Vendredi, François Fillon a affirmé que l'effort global de la France pour les pays en développement ne diminuera pas en raison de la crise économique. L'objectif est toujours de consacrer en 2015 (Jacques Chirac l'avait promis pour 2012...), 0,7% du revenu national brut à l'aide au développement. La moitié de cet argent ira à "14 pays pauvres prioritaires" d''Afrique subsaharienne et sera axée sur cinq secteurs prioritaires: santé, éducation et formation, développement durable et climat, agriculture et sécurité alimentaire, soutien à la croissance.

Sur le fait de savoir quel impact a la crise sur l'émigration africaine, on dispose en revanche de peu d'éléments. Lundi 1er juin, le gouvernement espagnol a révélé qu'aucune embarcation d'immigrés n'avait abordé l'archipel des Canaries depuis le 30 mars. Selon Madrid, ce phénomène serait dû à la coopération avec les pays d'origine ou de transit des clandestins, Sénégal, Maroc, Mauritanie ou Mali ainsi qu'au dispositif européen Frontex de contrôle des frontières mis en place au large des Canaries et des côtes africaines et à la crise économique qui découragerait les candidats au départ vers l'Europe.
(Hexagone)

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Bonjour, et merci pour cet article.

Comme le souligne votre article, les diasporas sont un soutien matériel de premier ordre pour leurs pays d’origine. Mais la crise n’est pas la seule difficulté rencontrée : les coûts de transfert, parfois très élevés, peuvent représenter un vrai frein à l’envoi de sommes d’argent pourtant précieuses pour le soutien aux communautés et au développement.

C’est pour les soutenir qu’a été créé le site http://www.envoidargent.fr/, qui se propose de faire réfléchir les internautes et de faire émerger des idées sur le transfert d’argent. Autour d’un comparateur de coûts de transferts prenant en compte 21 pays, le site Envoi d’argent vous propose aussi de témoigner, de raconter vos expériences de transfert, de soumettre vos suggestions et vos idées à la communauté, etc. N’hésitez pas à découvrir cette communauté et à en apprendre davantage sur les projets soutenus, les offres des acteurs du secteur, ou les difficultés rencontrées par d’autres internautes !

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Vincent, pour l’équipe éditoriale Envoi d’argent