mercredi 24 juin 2009

Les dossiers qui attendent Frédéric Mitterrand

Frédéric Mitterrand avec François Fillon devant la Villa Médicis , en septembre 2008.

Outre les suites de la loi Hadopi, le nouveau ministre de la Culture devra s'atteler à poursuivre la réforme de l'audiovisuel et entamer celle du statut des intermittents du spectacle.

C'est la grande suprise de ce remaniement et un brillant coup stratégique de Nicolas Sarkozy : Frédéric Mitterrand, 61 ans, neveu de l'ancien chef d'Etat socialiste, prend mercredi ses fonctions en tant que ministre de la Culture.
Le successeur de Christine Albanel rue de Valois est un touche-à-tout reconnu : écrivain, réalisateur, scénariste, animateur, il a dirigé durant un an la célèbre Villa Médicis de Rome avant d'accepter la proposition de Nicolas Sarkozy. Il doit maintenant faire ses preuves sur le terrain politique, qu'il a toujours pris soin d'éviter jusqu'alors.
HADOPI : FINIR LE TRAVAIL. Frédéric Mitterrand n'aura pas, ou presque, à se positionner sur la très polémique loi Création et Internet : un texte de loi préparé par Christine Albanel sera normalement présenté en Conseil des ministres mercredi. Il est destiné à compléter la loi, amputée de sa partie répressive par le Conseil constitutionnel. La haute autorité pour la diffusion des oeuvres et la protection des droits sur Internet (Hadopi) devrait désormais transmettre les noms d'internautes suspects à un juge, qui devra faire la preuve, si besoin avec l'aide de la police, de la culpabilité du téléchargeur supposé. Une amende pouvant aller jusqu'à 1.500 euros pourra en découler en cas de culpabilité. Frédéric Mitterrand a rendu hommage au «courage» de Christine Albanel sur ce sujet «difficile», sur lequel Nicolas Sarkozy a répété lundi devant le Congrès qu'il ira «jusqu'au bout».
DROITS D'AUTEUR ET INTERNET : POLEMIQUES A VENIR. Les questions liées au droit d'auteur à l'heure du web ne se résument pas à l'Hadopi. Le nouveau ministre devra également plancher sur la question de la légalité des sites proposant des films en streaming un chantier ouvert par Frederic Lefebvre, qui avait réclamé un rapport sur la question.
AUDIOVISUEL PUBLIC : GERER LA FIN DE LA PUB ET LA FUSION. Voulue par le chef de l'Etat, la suppression de la publicité sur les chaînes publiques après 20 heures est entrée en application au prix de mois de conflit avec les syndicats de France Télévisions. Reste désormais à prouver la pérennité du financement des chaînes publiques par la redevance. Il faudra également surveiller la fusion entre toutes les filiales de France Télévision, qui doit être effective avant 2010, et penser à la succession de Patrick de Carolis à la tête de cet ensemble. Nicolas Sarkozy a également demandé une télévision publique de meilleurs qualité, qu'il faudra aider à mettre en oeuvre.
NOMINATIONS : TENSIONS EN PERSPECTIVE. Autre aspect, la nomination des patrons des chaînes et des radios publiques par l'éxécutif a fait grincer des dents. Frédéric Mitterrand risque de devoir rapidement déminer certains conflit, comme celui qui couve à France Inter, où Philippe Val, nouveau directeur, a supprimé la revue de presse d'un journaliste coupable à ses yeux de trop citer Siné-Hebdo, frère ennemi de Charlie Hebdo, l'ancien journal de Val.
INTERMITTENTS : RETOUR DE LA REFORME ? Nicolas Sarkozy l'a rappelé lors de ses voeux au monde de la Culture (PDF), le 13 janvier, «le temps de la décision est arrivé» dans le difficile dossier de l'intermittence et du financement de la création artistique. Le nouveau ministre de la Culture devra également réfléchir à une éventuelle réforme du statut des intermittents, régime responsable de 30% du déficit de l'assurance chômage, dont la mauvaise gestion a été épinglée par la Cour des comptes
GRATUITE DES MUSEES : SUIVRE LA MISE EN PLACE DE LA REFORME. Nicolas Sarkozy a également souhaité la gratuité des musées pour tous les jeunes de moins de 26 ans, qu'il faut mettre en place dans la pratique, ce qui devrait coûter 30 millions d'euros. Il a aussi fixé des ambitions en terme de patrimoine historique et architecturale, en promettant une enveloppe de 100 millions, dans le cadre du plan de relance, pour la restauration et l'entretien des monuments et des bâtiments historiques. Frédéric Mitterrand devra piloter la mise en oeuvre de cette promesse.
CONSEIL DE LA CREATION ARTISTIQUE : DEFINIR LES AMBITIONS ET LES MOYENS. Nicolas Sarkozy a également institué en février dernier un Conseil de la création artistique, présidé par lui-même et le ministre de la Culture. Il en a confié la direction au producteur et gestionnaire de salles de cinéma MK2, Martin Karmitz, une autre prise de l'ouverture. Que fera exactement ce nouvel organisme, chargé en principe de sélectionner les priorités de l'Etat en matière d'aide à la création ? Ce sera, en partie, à Frédéric Mitterrand de le définir.
(le figaro)

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
F. MITTERAND MINISTRE DE LA CULTURE MAIS PAS DE L’INTERCULTUREL !
Les chantiers assurément ne manquent pas. Mais constatons que dans ce vaste catalogue de défis culturels franco français on ne trouve pas la moindre allusion à l’interculturel qui est l’avenir même de la culture. Cela, André Malraux, ministre de la culture de Gaulle l’avait compris d’instinct avant tout le monde. Il n’est pas du tout certain que Frédéric Mitterrand, le dilettante, soit ravi de se plonger dans ces austères dossiers et d’ouvrir ces multiples chantiers. C’est un touche à tout génial et esthétisant. La direction de la prestigieuse Villa Médicis lui allait comme un gant. Le voilà, pris au piège de son orgueil, face à une montagne de dossiers qui sont autant de défis. Décidément l’interculturel est loin d’être entré dans les mœurs politiques. Relisons pour nous consoler le génial discours du Caire d’Obama qui est plaidoyer audacieux à la fois pour un dialogue interculturel et interreligieux. Bref un cri de paix (et non de guerre) en faveur d’une mondialisation cosmopolite.
MG

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