mercredi 24 juin 2009

MAROCAINS DE BELGIQUE...


TROIS QUARTS SE DISENT HEUREUX MAIS UN SUR DEUX EST PAUVRE. ILS SE PLAIGNENT DU RACISME MAIS REJETTENT LE MARIAGE MIXTE. ILS ONT DES PAPIERS BELGES MAIS SE SENTENT D'ABORD MUSULMANS. QUE DE PARADOXES
Ils étaient exactement 461 en 1961, ils sont désormais proches des 300.000: les Marocains de Belgique sont plus que jamais la communauté non européenne la plus présente dans notre pays. La plus visible aussi, logiquement. Et cela ne va pas toujours sans mal. Il y a ce voile qui heurte l'idéal occidental d'égalité homme-femme, cet islam qui parfois effraie, ces quartiers-ghettos où l'on se sent étrangers. Les Belgo-Marocains cristallisent l'ensemble des problèmes liés à l'immigration et à l'intégration de cultures différentes dans notre société. C'est souvent vers eux que sont dirigées les manifestations de rejet, parfois de haine. Et certains d'entre eux le rendent bien à cette Belgique qui ne les accueille pas toujours à bras ouverts.
Belges "de souche" et d'origine marocaine ont une histoire commune d'un demi-siècle. Les incompréhensions existent encore. Et les zones d'ombre aussi. Connaît-on vraiment ces personnes venues chercher un meilleur destin dans notre pays? Et leurs enfants et petit-enfants qui ont grandi au milieu des nôtres? La Fondation Roi Baudouin apporte, sans tabous, une contribution importante à toutes ces questions délicates: elle publie une étude inédite - Belgo-Marocains des deux rives, une identité multiple en évolution -, dont nous vous révélons les points forts en exclusivité.
La Fondation a soumis un large questionnaire à 401 personnes, formant un échantillon représentatif tant géographiquement que socioéconomiquement des Belgo-Marocains. Des discussions de groupe et des entretiens individuels ont complété ces enseignements chiffrés. Des tendances fortes sont mises au jour, des idées reçues ramassent une claque et certains résultats relancent le vieux débat de l'intégration. Sans angélisme, ni diabolisation.

MAROCAINS OU BELGES?
78 % ont la double nationalité.
61 % ont des amis belges proches.
La naturalisation a du succès: sur les 401 personnes interrogées, seulement 5 % n'ont pas l'intention de la demander. C'est surtout l'acquisition de droits politiques et donc l'espoir de pouvoir améliorer leurs conditions de vie, grâce au vote notamment, qui poussent les Marocains d'origine à prendre la nationalité belge.

LA BELGIQUE, LE COEUR OU LA RAISON ?
16 % sont venus pour trouver du travail.
Le mariage, une porte d'entrée pour 67,5 %.
Intéressons-nous d'un peu plus près à la partie de l'échantillon née au Maroc, soit 46 % des gens interrogés: 16 % d'entre eux sont venus en Belgique pour trouver du travail, 13 % pour se marier, 10 % pour vivre avec leurs parents et 10 % pour les études.

LE CHOMAGE, FACILITE OU FATALITE?
53 % vivent sous le seuil de pauvreté.
32 % des actifs sont au chômage.
Au moment du sondage, le seuil de pauvreté était, pour la Belgique , de 860 euros par mois. Un revenu mensuel que n'atteignaient pas 53 % des personnes interrogées, le risque de pauvreté étant légèrement plus élevé pour les personnes nées en Belgique. Des disparités régionales ont également été remarquées: 32,8 % des Belgo-Marocains de Wallonie touchent moins de 1.000 euros par mois. A Bruxelles, ce chiffre tombe à 24 % pour Bruxelles. Et à 8,6 % en Flandre. A contrario, 16 % de Belgo-Marocains installés au nord du pays perçoivent plus de 2.001 euros de revenus mensuels. En Wallonie, ils ne sont que 7 % dans ce cas. Et 19 % à Bruxelles.

LE RACISME, FAUX OU VRAI PROBLEME?
23 % considèrent être traités comme des étrangers.
25 % des Belgo-Marocains flamands se plaignent du racisme.
Pour la communauté marocaine, cette discrimination à l'emploi ne semble être que le reflet d'une attitude générale de la société belge. Interrogés sur les problèmes sociaux les plus importants, ils en pointent deux principaux: "être traité comme un étranger" (23 %) et "racisme" (15 %). Ce dernier point est gonflé par les chiffres de la Flandre où 25 % des personnes d'origine marocaine se disent victimes de racisme (pour 3 % en Wallonie).

LA BELGIQUE, ENFER OU PARADIS?
87 % sont contents de leur sort.
53 % n'encouragent pas les Marocains à venir s'installer en Belgique.
Précarisés, victimes de discrimination et de racisme, les Belgo-Marocains dressent un tableau noir de leur quotidien. Et pourtant, 87 % des sondés se déclarent "heureux" et "très heureux". Les membres de la deuxième génération d'immigrés, nés en Belgique donc, se montrent en moyenne plus satisfaits de leur sort que leurs parents nés au Maroc. La confiance en l'avenir, par contre, reste moyenne: 2,6 sur une échelle de 6. Autre donnée très significative: 53 % des personnes interrogées n'encourageraient pas les jeunes Marocains à venir s'installer dans notre pays. Près d'un quart du panel juge sombre son avenir en Belgique et moins d'un tiers se dit optimiste.

L'ISLAM, TOLERANT OU RIGORISTE?
36 % se définissent avant tout comme musulmans.
12 % se disent croyants et pratiquants.
"Un musulman est d'abord musulman". Pour ce groupe de jeunes Gantois d'origine marocaine, cela ne fait pas l'ombre d'un doute. Leur certitude est partagée par 36 % des sondés, lorsqu'on leur demande de choisir l'expression qui les définit le mieux (musulman, Marocain, Belge, Marocain de Belgique.). Un score bien supérieur à la réponse qui arrive en deuxième lieu, "Marocain de Belgique" (24 %).

LE SEXE, TABOU OU LIBRE?
53 % estiment que l'homosexualité est un danger.
50 % des hommes ne s'opposent pas au mariage forcé.
Cette relative volonté d'adapter l'islam à la situation belge prend un coup dans l'aile si on examine plus en détail la question des valeurs morales. Ainsi, 53 % des sondés estiment que l'homosexualité est l'un des dangers les plus importants pour la morale. Une grande majorité des personnes interrogées (73 %) se prononce contre les relations sexuelles des filles avant le mariage, avec une différence notable entre natifs du Maroc (84 %) et personnes nées en Belgique (64 %). Pour les relations sexuelles des hommes avant le mariage, l'attitude est un peu plus clémente: 61 % sont contre. Et le mariage mixte entre une femme musulmane et un homme non musulman est fortement rejeté (62 %). Pour une union entre un musulman et une non-musulmane, le taux de refus retombe à 45 %. Au final, 86 % ont des conjoints de même origine tandis que 8,5 % sont mariés à des Belges.

LA POLITIQUE, INDIFFERENCE OU ENGAGEMENT?
42 % n'ont pas d'affinités particulières.
41 % votent pour les partis socialistes.
L'étude de la Fondation Roi Baudouin a été menée bien avant les dernières élections et les dernières affaires qui les ont précédées. Toutefois, le PS et le SP.A disposent de tellement d'avance dans le chef des Belgo-Marocains que ce leadership n'a sans doute pas été remis en cause. Le premier parti reste cependant celui des indifférents: les propositions "Je n'ai pas d'affinités particulières" et "Je ne me sens proche d'aucun parti" recueillant 42 % des voix contre 41,5 pour les partis socialistes, 9,5 % pour les partis écologistes, 7 % pour les sociaux-démocrates et 5 % pour les libéraux. Les extrêmes ne font pas recette avec 0,5 % pour l'extrême droite et 2 % pour les communistes.

COMMENTAIRE
Je dirais plutôt Belges d'origine marocaine ! La plupart des Belges sont d'origine étrangère, c'est notamment pour cette raison que la sauce interculturelle devrait prendre dans notre pays s'il y avait une réelle volonté politique pour ce faire. C'est ce qu'avait parfaitement compris le bruxellois Bert Anciaux. Qui sera de taille à poursuivre son immense contribution?
ALI DADDY

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