mercredi 17 juin 2009

"Plus qu’une fraude : un coup d’Etat"

Le monde doit s'opposer à ce coup d'Etat, plaident l'auteur de bédé Satrapi et le cinéaste Makhmalbaf. Qui disent avoir la preuve que Moussavi a gagné.
Nous sommes présents en tant qu’êtres humains, artistes et Iraniens pour parler de la situation préoccupante en Iran.". L’auteure franco-iranienne de bande dessinée Marjane Satrapi et Moshen Makhmalbaf - l’une des figures tutélaires du cinéma perse - ont profité, mardi à Bruxelles, de la tribune offerte par Daniel Cohn-Bendit pour exhorter la communauté internationale à ne pas reconnaître la victoire contestée de Mahmoud Ahmadinejad à l’élection présidentielle iranienne du week-end dernier.
Devant une salle de presse remplie jusqu’à la gueule - surtout venue écouter comment le coprésident des Verts européen comptait empêcher la reconduction de José Manuel Barroso à la tête la Commission européenne - les deux artistes ont délivré leur message en anglais et en persan. "Parce qu’il est important que les gens en Iran sachent ce que nous faisons", a justifié Marjane Satrapi auteure de la tétralogie autobiographique "Persepolis" - succès mondial de librairie et d’estime et dont l’adaptation cinématographique remporta le prix du jury à Cannes en 2007.
Aux yeux des deux artistes, ce qui s’est produit en Iran le week-end dernier "n’est pas une fraude mais un coup d’Etat". Selon Moshen Makhmalbaf, le véritable vainqueur du scrutin n’est autre que Mir Hossein Moussavi. "Le vendredi 12 juin, le comité des élections a dit à M. Moussavi qu’il avait été élu et qu’il devait préparer un discours", avance le cinéaste. "Alors qu’il l’écrivait, des militaires sont entrés dans son bureau pendant que la télévision officielle proclamait la victoire d’Ahmadinejad et annonçait que tout rassemblement de plus de 40 personnes était interdits."
Si de profonds doutes - par ailleurs exprimés à haute voix par certains chefs d’Etat et de gouvernement - subsistent sur la légitimité de la victoire du Président sortant, personne n’a, jusqu’ici, établi formellement la preuve d’une fraude.
Marjane Satrapi a cependant produit lors de la conférence de presse un document provenant, selon elle, du ministère de l’Intérieur iranien qui prouve que M. Moussavi l’a emporté. Et largement, encore bien, a assuré la dessinatrice, chiffre précis à l’appui. Selon ce document, Mir Hossein Moussavi aurait reçu 19 075 723 voix, Mehdi Karoubi 13 387 104, et Mahmoud Ahmadinejad 5 698 000 votes seulement. "Ahmadinejad a récolté 12 % des voix, pas 62 %", a tonné Marjane Satrapi. Si la communauté internationale devait "valider" la victoire d’Ahmadinejad, cela équivaudrait à "ne pas reconnaître la légitimité du peuple iranien", a-t-elle averti.
Peuple iranien qui, de l’avis de Moshen Makhmalbaf, "ne veut pas d’armes nucléaires mais la paix et la démocratie". Avis relayé par Marjane Satrapi. "C’est avant tout une question de démocratie, pas de savoir si l’on est de gauche ou de droite, réformateur ou modéré. Est-ce que le peuple iranien a exprimé sa volonté d’aller vers plus de démocratie ? Oui, à 85 %" (le taux de participation à l’élection - NdlR) ", juge-t-elle. "La question avant les élections était de savoir si les Iraniens sont prêts pour la démocratie. La réponse est : oui, ils sont prêts."
En témoignent, estime Marjane Satrapi, les manifestations qui se déroulent à Téhéran, à Ispahan, à Shiraz ou ailleurs. "Il n’y a plus moyen d’envoyer des SMS, Internet est contrôlé, mais les gens descendent dans la rue spontanément". Et d’adresser cette dernière supplique aux Européens : "Nous avons besoin que vous souteniez le mouvement démocratique du peuple iranien qui veut vivre en paix, être capable de rêver et de définir sa place comme une grande nation au sein de la communauté internationale".

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
TOUJOURS LES ARTISTES
Une fois de plus, ce sont des artistes qui attirent notre attention sur le drame qui se joue en direct à Téhéran. "La question avant les élections était de savoir si les Iraniens sont prêts pour la démocratie. La réponse est : oui, ils sont prêts." clame Marjane Satrapi qui mieux que personne a montré avec Persépolis son film génial ce qu’est la vie quotidienne sous la dictature islamiste.
MG

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