jeudi 25 juin 2009

Sarkozy demande à Israël un gel total de la colonisation

Nicolas Sarkozy a reçu mercredi à l'Élysée le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou. Crédits photo : AP

En visite officielle mercredi, le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a cherché à convaincre la France d'adhérer à sa conception d'une Palestine «démilitarisée».

Habilement, Benyamin Nétanyahou est arrivé mercredi à Paris flanqué de deux ministres «faucons», Yuval Steinitz (Finances) et Gilad Ardan (Environnement). Pour sa première visite officielle en France depuis son retour au poste de premier ministre, Nétanyahou a cherché à bien montrer la difficulté de faire avaliser par sa coalition gouvernementale la création d'un État palestinien, condition sine qua non, aux yeux de la France, d'une paix durable. Au cours de leur entretien à l'Élysée, Nicolas Sarkozy lui a demandé «un gel total» de la colonisation des Territoires palestiniens. Le chef du gouvernement israélien doit s'en tretenir jeudi avec François Fillon à Matignon.
La semaine dernière, Paris s'était félicité d'entendre «Bibi» accepter enfin le principe de deux États, même s'il y avait mis des «conditions», en particulier sur le caractère démilitarisé de la future Palestine. «Si un aval français pouvait être donné à cette exigence de démilitarisation, Nétanyahou aurait réussi son voyage à Paris», estimait mercredi un diplo mate israélien.

«Frustration» à l'Élysée
Mais la colonisation des Territoires palestiniens reste la principale pomme de discorde entre la France et l'État hébreu, comme le montre le rappel de Nicolas Sarkozy devant son hôte. «Nous n'acceptons pas les subterfuges israéliens consistant à déguiser leurs constructions sous le prétexte de permettre une croissance naturelle des colonies», insiste-t-on au Quai d'Orsay. Côté israélien, on voulait croire mercredi que, sur ce li tige, Nétanyahou dispose d'«une marge de manœuvre», vu «les approches quelque peu différentes» entre Américains et Européens. «Pour les Français, qui préconisent la tenue d'une conférence internationale pour régler le conflit, l'arrêt de la colonisation est une question à aborder dans le cadre de cette enceinte, alors que l'Administration Obama fait du gel de la colonisation une condition préalable à l'ouverture de négociations avec les Palestiniens», poursuit le diplomate israélien, qui ajoute : «Nétanyahou veut profiter de ces nuances pour gagner du temps.»
La fermeté du ton employé jeudi par le président français - qui s'est aligné sur les termes utilisés par l'Administration américaine - pourrait compromettre cette stratégie. Après s'être beaucoup engagé, durant la guerre qui opposa Tsahal au Hamas à Gaza en début d'année, Nicolas Sarkozy éprouverait «une certaine frustration». Car, depuis, rien ou presque n'a changé sur le terrain. Israël refuse de lever le blocus de la bande de Gaza. De son côté, le Hamas continue d'utiliser les tunnels entre Rafah et l'Égypte pour renouveler son stock d'armes, et la réconciliation interpalestinienne n'a pas encore produit le moindre résultat. La France attend encore de voir comment l'Administration américaine va abattre ses cartes. Au Quai d'Orsay, on voit mal comment «un clash» entre Washington et Tel-Aviv pourrait être évité sur la colonisation.
Également au menu des discussions, l'Iran, sujet sur lequel Paris et Tel-Aviv convergent largement, comme l'a souligné Nétanyahou à sa sortie de l'Élysée. Après l'élection «truquée» de Mahmoud Ahmadinejad, Israël presse la France de durcir les sanctions contre Téhéran, accusé de préparer la bombe atomique à des fins militaires. Devant Sarkozy, Nétanyahou a réitéré la demande israélienne de voir les Occidentaux fixer «une date butoir» à leurs discussions avec l'Iran.
(Figaro)

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