samedi 13 juin 2009

Tous ensemble, les Bruxellois doivent construire Bruxelles

Eric Corijn Philosophe de la culture et sociologue urbain, professeur à la VUB, directeur de Cosmopolis, City, Culture & Society, vice-président de la Commission régionale de développement et actif dans les Etats généraux de Bruxelles.

Le processus des États généraux de Bruxelles a ouvert un nouveau champ politique, celui d’un vrai projet pour la ville-région. Il semble faire consensus et est largement soutenu par des milliers de Bruxellois et par la plupart des partis. Les élections à Bruxelles l’ont d’ailleurs confirmé.

Les grands partis francophones ont perdu en voix et en sièges. Des gagnants, on attend maintenant un changement, une nouvelle gouvernance, un nouveau discours aussi.

Même tendance dans le collège flamand, qui n’a pas du tout voté comme en Flandre. L’extrême droite s’est effondrée. Et les voix n’ont pas renforcé le CD&V et à peine la N-VA. Les Flamands de Bruxelles ont voté pour un VLD qui s’inscrit dans un projet de ville, pour un SP.A qui gagne un quatrième siège avec une candidate francophone, pour Groen ! qui porte le même programme de ville qu’Écolo. Les élections ont été régionales et pas communautaires.

Reconstruire les vieux réflexes ethniques, parce que la N-VA a gagné en Flandre, ou parce que le projet Wallobrux doit être renforcé, c’est méconnaître une leçon importante : les Bruxellois ont choisi pour Bruxelles !

Il est dommage que les vieilles habitudes se moulent sans transition dans l’apartheid politique. Pourquoi n’y a-t-il pas formation d’un vrai gouvernement bruxellois ? Pourquoi négocie-t-on en cercles unilingues ? Pourquoi les médias transforment-ils la réalité bruxelloise ? Que vaut un programme commun Ecolo-Groen si les gagnants des élections n’invitent que leurs propres communautés ? Que signifie l’élection d’une francophone sur la liste SP.A s’il n’y a aucune entrevue avec le PS ? Et qu’en est-il des positions communes entre le MR et le VLD ?

Bruxelles a besoin d’un programme urbain et non de deux gouvernements ethniques collés ensemble. Il faut d’abord négocier une cohérence et un projet de développement et ensuite donner une place aux communautés : voilà l’ordre logique des choses. Sinon, on ne fait que confirmer le régime d’apartheid politique, la construction de deux opinions publiques et les dynamiques séparatistes. Se réunir entre Bruxellois après des élections régionales serait la moindre des choses, non ? Et un bon signal pour la Belgique !

Les défis sont là et il y a urgence. Crise économique et climatique. Crise dans l’enseignement, dans le logement, dans l’emploi et dans la mobilité. Voilà le cahier de charges : changer la gouvernance en développant un projet de ville intégré et cohérent. La Région doit être à la manœuvre pour faire collaborer les acteurs publics et privés dans la même pièce ! Pour forcer aussi les deux communautés à s’insérer dans un tel projet et à ne pas être les seuls instruments des autres Régions.

Il y a de quoi discuter. D’abord des grands enjeux pour un Plan régional de développement, un PRD III. Celui-ci doit intégrer les autres plans existants et être élargi à des volets social, culturel et éducatif. Pour le réussir, il faudra mettre en place dès la rentrée une bonne structure et obtenir la collaboration des communes, des communautés et aussi des autres Régions, du fédéral et de l’Europe.

Ce sera déjà un grand pas en avant vers la nécessaire « réforme de l’État bruxellois ». Plutôt que de lourdes réformes institutionnelles il s’agira de procédures et conventions de collaboration. Un partenariat public-public donc. Mais le processus du PRD doit aussi mobiliser les Bruxellois et associer les forces vives de la région. Profitons-en pour lancer de nouvelles pratiques de démocratie participative. L’enjeu est donc de produire un nouveau lien politique avec la population, c’est cela la question de la gouvernance. Le mot-clé est donc : travailler ensemble.

Et puis il faudra aussi discuter d’une orientation par rapport aux défis : le city-boom (l’explosion démographique attendue) ; le besoin d’une ambition et d’une image claire ; et la lutte contre la fracture sociale. Une population plus nombreuse et autrement composée nous impose de grands chantiers pour le logement, l’enseignement, l’insertion sociale, les services…

Ce city-boom nous forcera aussi à assumer pleinement notre réalité de petite ville mondiale, cosmopolite, multiculturelle et multilingue et donc de reformuler notre personnalité. Et puis il y a cette nécessité absolue de développer un modèle socio-économique permettant d’inclure les talents existants dans la population et de réduire le chômage et la pauvreté dans cette ville.

Mieux vaut construire la nouvelle gouvernance tant voulue par tous dans un tel processus mobilisateur. Redistribuer les compétences, construire de nouvelles alliances avec les communautés et les communes, allier tous les Bruxellois à un tel projet, réfléchir à la manière de refinancer et de réformer l’administration… : tout cela se pense mieux dans le concret que dans des « négociations institutionnelles ». Mettons en route le changement.

Et n’oublions pas le « test jeunesse ». Parce que le prochain gouvernement devra mettre la jeunesse au centre de ses préoccupations.

Rien de spécifiquement communautaire dans tout ça. Simplement un débat sur le modèle de développement pour la région.

De grâce, que les partis politiques ne se laissent pas entraîner par le jeu belgo-belge, la politique politicienne et les médias. Qu’ils n’oublient pas le dynamisme de la société civile bruxelloise qui s’est fait jour dans les résultats. Qu’ils ne gaspillent pas l’élan.

Le sort de Bruxelles dépend avant tout des Bruxellois. Lequel des partis politiques prendra-t-il l’initiative afin de les réunir au lieu de les diviser ? Faites-nous un gouvernement pour la capitale de l’Europe et laissez les deux autres Régions interpréter leurs résultats électoraux.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
BRUXELLOIS MAÎTRE CHEZ SOI !
Cet article est une bombe politique !
Le professeur Corijn invite le nouveau peuple bruxellois sans exception à prendre son destin en main : maroxellois, turxellois, flamanxellois, francoxellois, expatsellois, cosmopoxellois etcetraxellois. Qu’on arrête une fois pour toute de se vivre, de se gouverner, de se gérer de façon surréaliste comme deux communautés antagonistes francophone et néerlandophone !
Nous sommes en effet une seule communauté urbaine composée d’une diversité de communautés qui doivent apprendre à dialoguer entre elles pour organiser le vivre ensemble et apprendre à parler d’une seule voix, la voix des Bruxellois : «Voice of Brussels.» Que Bruxelles enfin s’émancipe du jeu belgo belge et qu’elle joue à fond la carte de capitale d’une Europe dont, ville monde, cosmopolite et plurilingue par excellence elle est le microcosme et le laboratoire urbain. Puisse la société civile bruxelloise devenir le moteur d’une cosmopolitique urbaine qui soit demain citée en exemple dans l’Europe entière. Que les Bruxellois, tous les Bruxellois prennent enfin conscience des véritables enjeux de leur ville région, ceux-là même qui ont été pointé par les Etats Généraux : le «test jeunesse» (Bruxelles est sensiblement plus jeunes que les régions wallonnes et flamandes qui grisonnent) ; induit par le «City Boom. «Une population plus nombreuse et autrement composée nous impose de grands chantiers pour la mobilité, le logement, l’emploi, l’enseignement, l’insertion sociale et la cohésion sociale». Avant tout autre chose il convient de toute urgence de réduire le chômage et la pauvreté qui induit l’exclusion dans la ville.
Il est donc devenu impératif de «changer la gouvernance en développant « un projet de ville intégré et cohérent».
Il s’agit de mettre en place une structure souple capable d’obtenir la collaboration des communes, des communautés et aussi des autres Régions, du fédéral et de l’Europe. D’autres villes l’ont fait avant nous. Barcelone, souvent citée en exemple, Marseille, Milan, Londres, Lille se sont métamorphosées en communautés urbaines puissantes communautés qui se livrent une âpre concurrence. Mais aussi, plus près de chez nous, Anvers, Ostende et surtout Gand. Chacune de ces villes s’est dotée d’un outil que Bruxelles ne possède pas mais envisage de créer : un agence territoriale urbaine capable de fédérer et faire collaborer les acteurs publics et privés, communaux et régionaux et ce bien au-delà des 19communes. «Le mot-clé est donc : apprendre à vivre et à travailler ensemble «pour changer la gouvernance en développant un projet de ville intégré et cohérent.
«Bruxelles a besoin d’un programme urbain et non de deux gouvernements ethniques collés ensemble. Il faut d’abord négocier une cohérence et un projet de développement et ensuite donner une place aux communautés : voilà l’ordre logique des choses. Sinon, on ne fait que confirmer le régime d’apartheid politique, la construction de deux opinions publiques et les dynamiques séparatistes».
Cela puissent les négociateurs réunis en conclaves divers le comprendre et le mettre promptement en pratique.
MG

CONTRE LE COMMUNAUTARISME :
UN COUP DE GUEULE SALUTAIRE !
intitulé "Je suis déçu" publié par Khalil Zeguendi su le blog "Bruxellois non peut-être!" nous inspire les réflexions suivantes :
Puisse cet éditorial musclé faire réfléchir en profondeur d’abord les vrais démocrates ensuite les partis traditionnels qui ont complètement raté le rendez vous avec les enfants de l’immigration pour retomber dans des réflexes que je ne puis qualifier autrement de néo colonialistes.
Avec ce style un peu rude dont il a le secret, Khalid Zegendi est le seul à dénoncer le double scandale qui choque profondément Reflets. D’abord les velléités communautaristes du PS et du CDH qui utilisent le vote ethnique non pas pour promouvoir la démocratie, ce qui est la vocation de ces partis, mais pour se maintenir au pouvoir coûte que coûte privilégiant le vote quantitatif sur le vote qualitatif. Ensuite il dénonce la stratégie actuelle du MR qui consiste à ne mettre en avant aucun(e) candidat(e) en place éligible. Le MR préférant privilégier par exemple la Bourgmestre faisant fonction de Schaerbeek au charisme nul à la très emblématique et très cosmopolite Afaf Hemamou. A terme et disons le avec force, à très court terme cette double erreur sera payée cash. Les politiques misent sur l’amnésie des électeurs ! Ils se trompent, l’électeur a une mémoire d’éléphant.
Personne à part le très lucide Khalid Zégendi ne pointe ce problème qui à nos yeux est fondamental et risque de transformer très vite Bruxelles en une mosaïque de communautés isolées et revendicatrices, comme à Londres, c'est-à-dire en poudrière. Cette stratégie s’est révélée gagnante (à très court terme) pour Philippe Moureaux et immédiatement perdante pour Armand De Decker qu’elle a privé non seulement de précieuses voix mais surtout de troupes fraîches pour les années à venir. La très prospère rue de Brabant comme bien d’autres (rue marie Christine, chaussée d’Helmet…) est le foyer d’une vie commerciale qui bourdonne d’activité. Autrement dit, c’est un vivier de petits et gros indépendants dont le MR qui se proclame libéral, se désintéresse autant que le PS semble bouder ses candidats ethniques à profil laïque. C’est pour nous la grande leçon de ce scrutin et en même temps notre très grande déception. Verrons-nous jamais à Bruxelles, capitale interculturelle des listes franchement et hardiment interculturelles, comprenant également des expats et des flamands ? C’est cela même que demande Eric Corijn avec talent et un sens prophétique de la vision. C’est aussi notre combat pour une démocratie cosmopolitique qui si elle voit le jour fera demain de Bruxelles une ville phare de l’humanité.
MG

COMMENTAIRE DE AHMED ADRIOUECHE :
"LES PARTIS POLITIQUES NE CONSTRUISENT PAS L’INTERCULTUREL, ILS RENFORCENT LES REPLIS COMMUNAUTARISTES"
En commentaires à l'un des billets du blog DiverCity, au courant du mois de mai, j'avais posté le commentaire suivant:

"Et revoilà les affichettes. Rouges. Bleues. Oranges. Et vertes… Les commerces dans mon quartier en débordent. La poissonnerie est arc-en-ciel, un vrai petit parlement ; le boucher, non plus, ne refuse pas de monde : toutes les couleurs y sont ; la boulangerie est aussi démocratique, sans oublier les épiceries, les solderies, les magasins de prêt-à-porter et tous ceux qui nous nourrissent sur place ou « à emporter » : restaurants et snacks !

Fadila, Afaf, Emin, Mohamed, Saït, … Et de temps en temps une petite photo avec Joëlle, Armand, ou Charles pour rappeler qu’il s’agit de la Région Bruxelles-Capitale ! Des élections communautarisées, un vote ethnicisé, une démocratie incapable de dépasser les origines pour s’adresser aux citoyens ! Peut-être est-ce un a priori, peut-être ? Mais quand je me ballade au marché et que je me retrouve avec 10 prospectus que l’on me donne à moi parce que je suis moi, il y a un problème. Surtout quand d’autres ne me proposent rien : Jean-Pierre est passé à coté de moi et de mon petit Mehdi 5 fois et il n’a jamais pensé nous tendre sa petite photo qui renforce l’équipe de la liste 2. La gauche n’est décidément plus ce qu’elle était !

Ce n’est certainement pas la voie qui nous donnera notre Bruxelles cosmopolite et cosmopolitique auquel nous aspirons. Notre région bruxelloise a besoin de projets politiques portés par des femmes et des hommes qui nous parlent à nous Bruxelloises et Bruxellois au-delà de nos langues et de nos cultures diverses pour les fondre dans des moules d’où ressortent des avenirs qui réfléchissent et vivent la diver-cité. On ne va pas à la pêche à la diversité, on la construit ; on ne cible pas les citoyens, on leur propose des idées, des débats, des projets ; on ne s’adresse pas à Karim et Naïma, d’une manière et Jean-Paul et Nathalie, d’une autre : la démocratie ne sera jamais à géométrie variable.

Les partis politiques ne construisent pas l’interculturel, ils renforcent les replis communautaristes : un Flamand vote flamand, un Wallon vote wallon (même pas francophone), un Bruxellois flamand vote Bruxellois flamand à l’image de son voisin francophone. La suite logique : un Bruxellois d’origine turque vote pour un Bruxellois d’origine … and so on. Et il faut imaginer NOTRE Bruxelles interculturel, même si notre Ministre de la Culture s’appelle Fadila, … tiens ! La Ministre est interculturelle, mais pas la politique qui la porte et qu’elle supporte."
Aussi, ce coup de gueule que pousse Khalid, que je connais d'une autre vie et que je respecte, m'étonne un peu à la lecture du Maroxellois, dont il est rédacteur en chef. Dans le numéro du mois de mai, le mensuel "de Khalid" fait la part belle à ces mêmes candidats qu'il cite dans son édito que tu reprends ! J'aurais aimé le lire dans ce sens AVANT le 7 juin. Après, en démocratie, seul le verdict des urnes compte, le reste n'est que regrets et voeux pieux! Les positions fortes, on les prend avant les élections; c'est là qu'il fallait pointer la dérive des candidatures alimentaires, les incompétences de certains candidats, les qualités des autres, bref l'importance d'un vote de conviction politique en dehors de toute considération d'appartenance nationale, religieuse, ... Seul ECOLO m'a paru avoir le sens de la mesure et une intégration harmonieuse de la diversité, dans tous les sens du terme, dans ses listes bruxelloises. Il mérite son 10 ... sur 10!

En date du 14 décembre, j'ai posté le commentaire suivant à l'occasion des 20 ans de la Région de Bruxelles-Capitale:
"Bruxelles mérite mieux que … nos politiques !

Voilà une ville, que l’Europe choisit comme sa capitale, et que ses hommes politiques n’ont de cesse d’étouffer. Les autres Européens croiraient-ils plus en Bruxelles que les Belges ? Et plus d’une ville lui envie son statut de capitale de l’Europe. Paradoxe ou histoire belge ?

La situation de Bruxelles montre le ridicule des replis communautaires. On est élu dans une région pour en imposer les vues à d’autres. Elle prouve le manque de courage et de vision d’une classe politique myope ou aveuglée par les échéances électorales.

Bruxelles n’est pas flamande, Bruxelles n’est pas francophone. Elle est cela et PLUS. Bruxelles est une mosaïque culturelle rare, un théâtre de cohabitation de toutes les diversités, un dynamisme économique unique dans notre pays, une promesse d’aujourd’hui au monde de demain, si elle est gérée intelligemment.

Prenons un seul exemple de meilleure gestion : l’éducation. Une éducation d’excellence et de qualité pour TOUS, voilà un vrai défi pour ceux qui aiment Bruxelles et ses gens. Je suis Bruxellois et j’ai bénéficié d’une ECOLE de grande qualité, humaine, éducative et formatrice. Le possible d’hier serait-il impossible aujourd’hui ? Et ce que, par décret, on tente d’imposer, la mixité sociale, se réalisait à plus d’un endroit sans intervention « extérieure ». Il revient au politique

- de transformer l’école en un lieu de vie convivial ;
- de lui accorder les moyens qu’elle mérite selon ses diverses populations ;
- de lui faire confiance ;
- d’en préparer les enseignants à la complexité et de l’éducation et de la société ;
- de respecter ceux qui prennent soin de nos enfants ;
- de … et de … encore et encore !

Notre Bruxelles est jeune et elle peut compter sur sa diversité dynamique et volontaire pour un « vivre ensemble » que j’espère exemplaire et qui montrera que perçue et vécue au travers du prisme multicolore et pluriculturel, la vie de notre Cité n’en sera que plus belle.

Notre richesse est en nous et n’attendons pas les autorités de notre Région pour essayer de nous en convaincre. Le grand Jacques a conjugué notre ‘ville’ au passé, à nous de la faire chanter, rêver et … brusseler demain … et tous les autres jours d’après."
Khalid est déçu aujourd'hui, d'autres étaient déçus hier et ... même un peu avant! Mais ma déception fut encore plus forte quand j'ai reçu, dans mon courrier, une lettre du CDh vantant les bienfaits de l'interculturel ... avec les seuls candidats d'origine marocaine de la liste bruxelloise. C'est dire l'envie que cela m'a donné de voter pour la société interculturelle sauce hUMANISTE, avec un vrai 'h' minuscule!
AA

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