samedi 25 juillet 2009

La mésaventure d'un professeur noir ravive la question raciale aux Etats-Unis

Les Américains n'ont pas fini d'entendre parler du 16 juillet, jour où Henry Louis Gates Jr., l'un de leurs professeurs les plus connus, titulaire de la chaire d'études africaines-américaines à Harvard, grand spécialiste de l'histoire du racisme et de la ségrégation, a été arrêté chez lui comme un vulgaire malfrat par un policier blanc du commissariat de Cambridge, dans le Massachusetts. La victime a promis d'en tirer toutes les leçons. "J'en ferai un documentaire, a-t-il juré. Le système de justice pénale est vraiment pourri."

Le professeur revenait d'un séjour en Chine, où il était allé enquêter sur les origines familiales du violoncelliste Yo-Yo Ma. Depuis que le recours à l'ADN s'est banalisé, Henry Louis Gates s'est spécialisé dans les recherches généalogiques. Avec l'écrivain Maya Angelou, il est remonté jusqu'en Sierra Leone. Avec l'acteur Don Cheadle, jusqu'à la tribu indienne des Chikasaw. A chaque fois, il en rapporte un documentaire vu par des millions de téléspectateurs. Il a aussi fondé un site Internet "black", financé par le Washington Post, The Root. A Cambridge, où il habite sur Ware Street, dans une maison à quelques blocs de l'université, les gens le saluent dans la rue.

Ce 16 juillet, la serrure de la porte de sa maison était un peu grippée, la clef tournait mal. Avec son chauffeur de taxi, M. Gates a forcé la porte. Voyant deux Noirs à l'ouvrage de ce quartier bourgeois, une femme (dont l'identité n'a pas été révélée) a appelé la police. C'était le début de l'après-midi. L'appel fait mention de "deux grands Noirs" munis de sacs à dos.

A ce stade, les versions divergent. Le professeur Gates a montré ses papiers, prouvé qu'il était chez lui, et à son tour, a demandé à son interlocuteur de justifier de son identité. Le sergent James Crowley, onze ans de métier, aurait refusé et le professeur Gates aurait dénoncé un délit de faciès.

La discussion s'est terminée au poste, où l'universitaire, un homme de 58 ans et d'allure plutôt chétive, est arrivé menotté. Il n'est ressorti qu'au bout de quatre heures et après l'intervention de Charles Ogletree, alias "Tree", célèbre professeur de droit de Harvard et mentor du président Barack Obama au début de sa campagne.

L'incident, qui s'est déroulé suivant un scénario bien connu des Noirs américains, a réveillé les réflexes classiques. "Les seules personnes qui vivent dans un monde post-racial sont les quatre habitants" de la Maison Blanche, a commenté M. Gates, amer. Dans le Washington Post, le journaliste Wil Haygood a raconté d'expérience ce moment où, quel que soit le statut social, les individus reproduisent des comportements qui les dépassent : "Oubliez Harvard, (M. Gates) est dans cette zone délicate où se rencontrent la peau noire et les forces de l'ordre (...) Ce moment où l'homme noir porte une éternité pour bagage."

Le sergent Crowley a refusé de présenter ses excuses. Il n'a probablement pas fini non plus d'entendre parler de l'incident. Le professeur Gates compte en faire l'emblème des contradictions de l'Amérique à l'heure de son premier président noir. L'élection de novembre 2008 n'a pas été suivie de "changements structurels", a-t-il constaté. Vu la popularité des démocrates à Cambridge, le policier a "probablement voté pour Barack. Cela ne m'a pas été d'un grand secours".

Pendant sa conférence de presse, mercredi à la Maison Blanche, le président Obama a été interrogé sur l'incident. "Skip est un ami, a-t-il dit, en utilisant le surnom du professeur. Je risque d'être partial." Toujours extrêmement prudent dès qu'il aborde la question raciale, pour ne pas apparaître comme l'homme d'une communauté, il a cette fois-ci pris parti. "D'abord, je crois qu'on peut dire, que nous serions tous assez en colère (dans cette situation). Deuxièmement, la police de Cambridge a été stupide d'arrêter quelqu'un alors que la preuve était établie qu'il était dans sa propre maison. Troisièmement, cet incident nous rappelle qu'il y a une longue habitude dans ce pays de contrôler les Africains-américains et les latinos de manière disproportionnée."

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LES DÉMON AMÉRICAINS
«Le Monde Stupide", commente un internaute et il s’explique comme suit :
«Quelle partialité dans la narration de ce fait divers de la part du Monde. Le méchant cop Blanc et la pauvre victime noire. En fait, le flic n’a fait que son boulot, en procédant a une vérification puis une arrestation âpres avoir été insulte de raciste. Aux US, on n’insulte pas les flics et on leur obéit quand ils vous "Check" , qui que ce soit!! Le prof s’est cru au dessus de cette procédure, et hurle maintenant au racisme ... lamentable! Stupide également d’Obama d’avoir pris parti . »

Certes, il faut être capable d’entendre ce type d’argument sans y adhérer nécessairement. Nous vivons en démocratie et toutes les opinions sont autorisées à s’y exprimer. Mais, en tout état de cause, Reflets–DiverCity n’est pas vraiement surpris par cet incident révélant un surcroît de crispation raciale aux Etats Unis. Seul l’école peut contribuer à changer les mentatlités en profondeur. Nous y reviendrons demain avec un long article sur les « Charter Schools » qui entendent réformer en profondeur l’enseignement public dans un sens interculturel et sont un des grands chantiers de Obama, son plus grand défi selon certains, celui qui lui tiendrait le plus à cœur. Plus le temps passe, plus il nous semble que le dialogue entre les cultures, les éthnies, les idéologies, les philosophie et les religions est d’une difficulté surhumaine.

Mais ou bien l’homme apprendra à devenir surhumain, c'est-à-dire à aller contre sa pente et ses penchants communautaristes ou bien l’homme périra de sa propre main et de ses propres contradictions et dans un horizon pas très lointain.
MG

LE MOMENT DE VERITE D'OBAMA
L'éditorial de Pierre Rousselin. Le Figaro

Pour Barack Obama, le moment de vérité approche. La bataille qu'il a engagée à propos de la réforme du système de santé est déterminante pour le reste de sa présidence.

Étendre la couverture médicale à tous les Américains, alors qu'ils sont 47 millions à en être privés, constitue un projet phare qui doit donner le ton des années Obama. C'était une des grandes promesses de sa campagne. Cela doit être, sur le plan intérieur, le principal résultat de son premier mandat.

Pour réussir, le président ne peut attendre. Six mois après son arrivée à la Maison-Blanche, il a promis de faire voter la réforme avant les vacances parlementaires de l'été, début août. S'il est aussi pressé, c'est parce que le calendrier politique est très serré au Congrès, où la fenêtre de tir pour le passage des grandes réformes va vite se refermer. Dès l'automne, les représentants ne vont plus penser qu'à leur réélection, un an après. Quant au président, sa «lune de miel» est en train de se terminer.

La crise économique n'aide en rien. Il a fallu jusqu'ici parer au plus pressé et faire passer des plans de relance. Les réformes ont dû attendre. Et le déficit s'est tellement creusé qu'il n'y a plus la moindre marge de manœuvre.

Barack Obama a beau être encore très populaire - davantage que ses politiques -, son parti a beau dominer largement les deux Chambres du Congrès, l'adoption de la réforme est loin d'être acquise.

Mercredi soir, lors de sa conférence de presse, Barack Obama était sur la défensive, ne réussissant pas à expliquer clairement comment la réforme serait financée sans peser sur les comptes publics.

La cohésion du Parti démocrate est à dure épreuve. Taxer les riches est évidemment la recette de l'aile gauche pour une réforme aux accents très progressistes. C'est la solution retenue par Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre des représentants. Mais il y a dans le parti du président un courant très important, celui des démocrates fiscalement conservateurs. Ces derniers ne veulent pas entendre parler d'un impôt sur les hauts revenus. Au Congrès, les uns et les autres se déchirent. Barack Obama tarde à trancher alors qu'il devrait imposer ses vues à ses propres troupes.

Les républicains ne se sont pas encore remis de leur déroute à la présidentielle, mais ils savent qu'ils tiennent là l'occasion de préparer leur revanche. La même stratégie leur avait souri au début du mandat de Bill Clinton lorsqu'ils étaient venus à bout de la réforme du système de santé préparée par Hillary.

S'ils parviennent à faire trébucher le président maintenant, sur une question aussi symbolique, la campagne pour les élections de mi-mandat sera très ouverte.

Barack Obama doit faire attention. C'est maintenant que se joue son premier mandat. S'il perd cette bataille, son autorité politique sera entamée.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
OBAMA TIENT PAROLE MAIS TIENDRA-IL LE COUP ?
Que n’a-t-on pas écrit sur Obama, au moment de son élection. Qu’à part sa couleur de peau, il ne serait pas fondamentalement différent de Bush ce qui à l’évidence est le contraire de ce que nous pouvons observer de puis un semestre. Que jamais il ne mettrait en question la théorie de Huntington sur choc des civilisations, bible des «néo cons». Son discours hardi du Caire et son intransigeance à l’égard d’Israël de même que toute sa stratégie à l’égard de l’Iran, de l’Afrique et de la Russie démontrent que le contraire est vrai.

Qu’il était soutenu par Wall Street alors que son gros problème aujourd'hui est de plus en plus de passer pour un président nettement orienté à gauche et carrément socialiste aux yeux de ses adversaires républicains les plus coriaces qui semblent reprendre du poil de la bête après leur désastre électoral.

Que jamais il n’imposerait aux Etats Unis un programme de soins de santé accessible à tous, ce qui était déjà au cœur du rêve des Clinton. Il a osé et le voilà dans le collimateur de tous les conservateurs, tant au sein du camp républicain qu’au sein de son propre camp démocrate.

Six mois après son élection Barack Hussein Obama se montre fidèle à lui-même, à son discours de campagne, aux espoirs qu’il a éveillés. Et voilà qu’à cause même de cette fidélité à ses idées, à ses valeurs, à son idéal il commence à être mis en difficulté. C’est que l’Amérique est fidèle à ses démons.

On a craint le jour de son investiture pour sa sécurité et celle de sa famille.

Il n’est pas bon, dans une république telle que celle des Etats Unis où tout le monde ou presque dispose d’une arme à feu, où les mafias sont hyperpuissantes d’avoir trop d’ennemis. DiverCity et Reflets qui soutiennent Barack Hussein Obama depuis le début de sa campagne, surtout depuis le discours de Philadelphie, lui souhaitent longue vie et plein succès dans les épreuves qu’il traverse et toutes celles qui attendent demain le vrai successeur et fils spirituel de Abraham Lincoln. Regrettons âprement que nous n’ayons à la tête de la Commission européenne, voire même de l’église catholique romaine un homme de sa qualité intellectuelle, de son ouverture d’esprit, de sa rigueur éthique et de sa force de caractère.
MG

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