dimanche 12 juillet 2009

Le premier ministre turc dénonce "une sorte de génocide" au Xinjiang

Le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a estimé vendredi 10 juillet que les troubles survenus dans la province du Xinjiang, peuplée d'Ouïgours, turcophones et musulmans, constituaient "une sorte de génocide".

"L'événement survenu en Chine est une sorte de génocide, il n'y a pas d'autre façon de commenter cet événement", a déclaré M. Erdogan au cours d'une conférence de presse à Ankara, à son retour d'Italie, où il a assisté à une réunion du G8. "Il y a là des atrocités, des centaines de personnes sont tuées, et un millier sont blessées. Nous avons du mal à comprendre que les dirigeants de la Chine (...) puisse rester spectateurs face à ces événements", a-t-il également affirmé.

M. Erdogan a déploré que des mosquées du Xinjiang aient été fermées vendredi, jour de la principale prière hebdomadaire des musulmans, et appelé Pékin a poursuivre les auteurs des violences qui ont enflammé la région. "Nous voulons que la direction chinoise se penche sur la question des droits de l'homme et fasse le nécessaire pour juger les coupables", a-t-il dit. Ankara soutient la souveraineté chinoise au Xinjiang mais entretient des rapports culturels avec les Ouïgours, principale minorité ethnique du Xinjiang. De nombreux exilés ouïgours ont trouvé refuge en Turquie.

"LA TURQUIE EST CONFRONTÉE À UN DILEMME"
Jeudi, le ministre de l'industrie et du commerce turc, Nihat Ergün, avait déjà appelé au boycott des produits chinois face aux atteintes aux droits de l'homme à Urumqi. "Si le pays dont l'on consomme les produits ne respecte pas les valeurs humaines, il faut reconsidérer notre décision" d'acheter chinois, avait-il dit. M. Erdogan s'était alors contenté de déplorer à nouveau des "atrocités" au Xinjiang, ajoutant qu'Ankara était prêt à accorder un visa à la dissidente ouïgoure en exil Rebiya Kadeer. Selon Pékin, 156 personnes ont été tuées depuis dimanche, alors que Mme Kadeer évoque le chiffre de 400 morts chez les Ouïgours.
"La Turquie est confrontée à un dilemme. D'une part elle a des intérêts réels et forts avec la Chine (...), d'autre part le gouvernement éprouve de la sympathie et se sent responsable, et l'opinion publique et les médias sont très mobilisés", expliquait jeudi Hugh Pope, de l'International Crisis Group, auteur d'un livre sur les relations entre Turcs et Ouïgours.
(le monde)

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