jeudi 23 juillet 2009

Hommage : L'opération "Mandela Day"


Symbole mondial de pardon et de liberté, Nelson Mandela a été inondé de messages, signés de personnalités comme d'inconnus, pour son 91e anniversaire © LIONEL HEALING/AFP
Nelson Mandela, premier président noir sud-africain, fête samedi ses 91 ans dans l'intimité, tandis que des concerts en son honneur sont organisés dans son pays et à New York et que des milliers de Sud-Africains lui rendent hommage en participant à des actions de bénévolat. Nelson Mandela, symbole de la réconciliation dans un pays marqué par des années de ségrégation entre Noirs et Blancs, va souffler ses bougies en famille dans sa maison de Johannesburg, entouré d'amis proches. Les déplacements du prix Nobel de la paix, de santé fragile, sont désormais rares.

La Fondation Mandela , qui veille au respect de l'héritage intellectuel et politique du prix Nobel, a d'ailleurs décidé de lancer cette année l'opération "Mandela Day", la Journée Mandela. L'idée est que chacun consacre à la date du 18 juillet, jour de la naissance de Nelson Mandela, 67 minutes à du bénévolat. Le chiffre 67 fait référence aux années qu'il a passées à lutter pour l'égalité en Afrique du Sud. Le principal événement, samedi, en l'honneur de Nelson Mandela a lieu à New York, où un concert doit réunir de nombreuses stars, comme la légende américaine de la soul Aretha Franklin, Stevie Wonder, ainsi que Carla Bruni-Sarkozy, épouse du président français Nicolas Sarkozy. En Afrique du Sud, des célébrations sont organisées dans tout le pays. Des chanteurs locaux et africains comme Ayo se produisent dans le centre de Johannesburg. Et la population est appelée à rendre hommage à Nelson Mandela en consacrant du temps aux autres.

SYMBOLE
Symbole mondial de pardon et de liberté, Nelson Mandela a été inondé de messages, signés de personnalités comme d'inconnus, pour son 91e anniversaire. "Nelson Mandela a contribué de façon unique à l'établissement de notre démocratie et à la réconciliation nationale", a estimé le dernier président de l'apartheid, Frederik W. de Klerk. "S'il y a une seule histoire qui doit être racontée sur une icône qui inspire le monde, se caractérise par l'humilité et une vraie humanité", c'est celle de Nelson Mandela, a déclaré, de son côté, l'actuel président Jacob Zuma.

Hommage à Mandela
Les admirateurs de Nelson Mandela ont rendu hommage au héros de la lutte anti-apartheid, qui célébrait ses 91 ans, samedi.
À New York, au Radio City Music Hall, des dizaines d'artistes, dont Stevie Wonder, Aretha Franklin, Cyndi Lauper, et Carla Bruni-Sarkozy, ont donné un concert, en soirée, au profit de la lutte contre le SIDA, la cause défendue par la Fondation Mandela.
La Fondation chargée de préserver l'héritage politique du premier président noir sud-africain a lancé cette année la Journée Mandela , en espérant en faire un rendez-vous annuel.
Les organisateurs de l'événement souhaitent que chacun consacre symboliquement 67 minutes de sa journée à des actions de solidarité. Le chiffre 67 fait référence au nombre d'années que Nelson Mandela a consacré à la lutte pour l'égalité raciale.

BIOGRAPHIE D’UN FILS DE ROI
FAMILLE ET ETUDES

Mandela est né le 18 juillet 1918 dans le village de Mvezo, au bord de la rivière Mbashe au Transkei dans la province du Cap-Oriental de l'Afrique du Sud[4]. Il est le fils d'une famille royale Thembu de l'ethnie Xhosa, qui règne sur ce Bantoustan[4]. D'après le généticien Luigi Cavalli-Sforza, il est pour moitié Hottentot, c'est-à-dire un bochiman, une population le plus souvent méprisée par les Xhosas qui font partie des Bantous[5]. Son arrière grand-père paternel est Inkosi Enkhulu, ou roi du peuple Thembu[6]. Un des fils du roi, qui s'appelait Mandela, est le grand-père du futur Nelson et l'origine de son nom de famille. Cependant les descendants de cette branche de la famille n'étaient pas éligibles à la succession du trône Thembu.
Le père de Mandela, Gadla Henry Mphakanyiswa, est chef du village de Mvezo[7]. Cependant il s'aliène les autorités coloniales qui le déchoient de sa fonction et exilent sa famille dans le village de Qunu. Malgré cela, Mphakanyiswa reste un membre du conseil privé du roi, et a un rôle capital dans l'ascension du nouveau régent Jongintaba Dalindyebo au trône Thembu. Dalindyebo se souviendra de son aide en adoptant Mandela de manière informelle à la mort de son père[8]. Le père de Mandela à quatre femmes[8] qui lui donneront 13 enfants[8]. Mandela est né de sa troisième femme (troisième d'après un système de classement royal complexe), Nosekeni Fanny du clan Mpemvu Xhosa, sur les terres duquel Mandela passera la plus grande partie de son enfance[9]. Le prénom de Mandela, Rolihlahla signifie « enlever une branche d'un arbre » ou plus familièrement « fauteur de trouble »[10],[11].
Rolihlahla Mandela devient le premier membre de sa famille à aller à l'école, où son institutrice Miss Mdingane lui donne le nom anglais de Nelson, pratique courante à cette époque[12].
Son père décède d'une tuberculose alors qu'il n'a que neuf ans[8] et le régent, Jongintaba devient son tuteur[8]. Il va alors à l'école d'une mission méthodiste située à côté du palais du régent. Suivant le coutume Thembu, il est initié à l'âge de seize ans et va au Clarkebury Boarding Institute[13]. Nelson Mandela passe son Junior Certificate en deux ans au lieu des trois ans habituels[13]. Désigné pour hériter de la fonction de conseiller de son père, Mandela va en 1937 à l'école méthodiste d'Healdtown à Fort Beaufort où étudie la plupart de la la famille royale Thembu[14]. A 19 ans il pratique la boxe et à la course à pied dans cette école[9].

Les méthodes non-violentes de Gandhi avaient inspiré Nelson Mandela

, il rejoint l'université de Fort Hare pour un Baccalauréat en arts. Il y rencontre Oliver Tambo qui devient son ami et collègue. Il y découvre le nationalisme africain, n'est pas convaincu par le marxisme diffusé par le Parti communiste sud-africain et adhère à la doctrine de non-violence pronée par Gandhi[15]. Gandhi, qui avait commencé sa résistance non-violente alors qu'il était en Afrique du Sud, influence non seulement les méthodes de Nelson Mandela mais aussi celle de plusieurs générations d'activistes anti-apartheid qui y voient une méthode pour lutter contre l'oppression et le colonialisme[16],[17]. À la fin de sa première année, en tant que membre du conseil représentatif des étudiants, il est impliqué dans le boycott du règlement universitaire qui veut transformer le conseil en simple chambre d'enregistrement. Il est alors renvoyé de l'université[18].
Peu après avoir quitté Fort Hare, Jongintaba annonce à Mandela et Justice, son fils et héritier au trône, qu'il a organisé un mariage arrangé pour chacun d'eux. Les deux jeunes hommes, mécontents de cet arrangement, choisissent de s'enfuir à Johannesburg[19] A son arrivée, Nelson Mandela trouve un emploi de garde dans une mine[20]. Cependant, l'employeur annule vite le contrat quand il s'aperçoit que Mandela est le fils adoptif en fuite du régent. Nelson Mandela travaille ensuite comme employé dans un cabinet d'avocat grâce à ses relation avec son ami et mentor Walter Sisulu[20]. Tout en travaillant, Nelson Mandela complète son diplôme de Baccalauréat en arts à l'Université d'Afrique du Sud par correspondance, et après commence des études de droit à l'Université du Witwatersrand où il rencontre de nombreux futurs activistes anti-apartheid.

ACTIVITE POLITIQUE CONTRE L'APARTHEID
RESISTANCE NON-VIOLENTE
Apartheid et ségrégation raciale: panneau interdisant l'accès d'une plage aux personnes de couleur et aux chiens.
C'est en 1944 que Nelson Mandela rejoint le Congrès national africain (ANC)[1] et fonde la Ligue de jeunesse de l'ANC avec Walter Sisulu et Oliver Tambo qui incite aux actions de masse afin de lutter contre la domination politique de la minorité blanche et la ségrégation raciale qui s'uniformise sur l'ensemble des 4 provinces depuis la fondation de l'Union Sud-Africaine. Depuis 1913, le Native Land Act (« loi sur la propriété foncière indigène ») interdit aux Africains d’être propriétaires de terres en dehors des « réserves » indigènes existantes, seul 7 % de la superficie totale de l’Union sud-africaine sont alors attribuées aux Noirs[21]. Cette loi provoque l’expropriation de nombreux paysans indépendants noirs et la constitution d’un prolétariat agricole. En 1923, le Native Urban Areas Act (« loi sur les régions urbaines indigènes ») introduit la ségrégation résidentielle. Ensuite en 1936 est abrogé le Representation of Natives Act (loi sur la représentation des indigènes), ce qui remet en cause le droit de vote des Noirs dans la province du Cap[22]. Enfin, en 1942, les grèves des travailleurs noirs sont interdites[23]. Mandela se marie en 1944 avec Evelyn Ntoko Mase. Le couple aura 4 enfants.
Aux élections générales de 1948, la victoire du Parti national, un parti alors exclusivement Afrikaner, entraîne la mise en place d'une nouvelle politique de ségrégation sous le nom d'apartheid[24], où le rattachement territorial puis la nationalité et le statut social dépendent du statut racial de l'individu, défavorisant largement la population noire et interdisant les mariages mixtes, entre autre. En 1951, Olivier Tambo et Nelson Mandela sont les deux premiers avocats noirs de Johannesburg[15]. En 1952, Nelson Mandela est élu président de l’ANC du Transvaal et vice président national[15]. Il mène avec l'ANC la «defiance campaign» qui prône la désobéissance civile contre les lois considérées injustes, qui culmine avec une manifestation le 6 avril 1952, date du 300e anniversaire de la fondation du Cap par le néerlandais Jan van Riebeeck et de la première installation de blancs en Afrique du Sud. Sur les 10 000 manifestants, 8 500 sont arrêtés, y compris Nelson Mandela. La «défiance campaign», continue en octobre avec des manifestations contre les lois de ségrégation et contre le port obligatoire de laissez-passer pour les noirs. Le gouvernement Malan modifie alors la loi sur la sécurité publique (public safety act de 1953) autorisant le pouvoir à suspendre les libertés individuelles, à proclamer l'état d'urgence et à gouverner par décrets[25]. Mandela est condamné à neuf mois de prison avec sursis, se voit interdit toute réunion et est placé en résidence surveillée chez lui à Johannesburg. Il organise pendant ce temps l’ANC en cellules clandestines[15]. En 1955 a lieu le congrès du peuple qui adopte la charte de la liberté qui donne les bases fondamentales du mouvement anti-apartheid[26],[27]. Pendant cette période, Nelson Mandela et son ami Oliver Tambo, dirigent le cabinet d'avocat Mandela & Tambo qui fournit un conseil juridique gratuit ou à bas-coût pour les nombreux noirs qui ne peuvent payer les frais d'avocats[28].
Nelson Mandela assouplit son fort anti-communisme chrétien pour demander l’union entre les nationalistes noirs et les blancs du parti communiste sud-africain dans le combat contre l'apartheid. Le Supression communist act du gouvernement qui considère comme communiste quiconque «cherche à provoquer un changement politique, industriel, économique ou social par des moyens illégaux», alors qu'il n'existe aucune possibilité, hors le système judiciaire, pour les Noirs de lutter contre l'apartheid, contraint tous les courants allant du nationalisme au révolutionnaire à s'unir[15]. Au niveau législatif, seuls le Parti Uni représentant l'opposition blanche et les métis, et le parti libéral de Margareth Ballinger essayent de lutter contre l'apartheid[29],[30],[31]. Alors qu'ils sont engagés dans une résistance pacifique, Nelson Mandela et 156 autres personnes sont arrêtés le 5 décembre 1956 et accusés de trahison. Un procès marathon qui dure de 1957 à 1961 s'ensuit, où tous les défendants, bien défendus notamment par des fonds internationaux, exploitent habilement toutes les imprécisions de la législation[32] et sont finalement progressivement relâchés puis finalement acquittés par la justice sud-africaine[33].
En 1957, Nelson Mandela divorce et épouse en 1958 Winnie Madikizela-Mandela[34].
De 1952 à 1959, une nouvelle sorte d'activistes noirs connus sous le nom d'Africanistes troublent les activités de l'ANC dans les townships, demandant une action plus drastique contre la politique du gouvernement[35]. La direction de l'ANC, qui comprend Albert Luthuli, Oliver Tambo et Walter Sisulu, pense que non seulement les africanistes veulent aller trop vite, mais aussi qu'ils remettent en question leur autorité[35]. L'ANC renforce donc sa position en faisant des alliances avec des petits partis politique blancs, indiens et colorés dans une tentative d'apparaître plus rassembleur que les africanistes[35]. En 1959, l'ANC perd son plus grand son soutien militant quand la plupart des africanistes, qui ont l'aide financière du Ghana et politique des Basothos, font sécession pour former le Congrès panafricain (PAC) sous la direction de Robert Sobukwe[36].

CAMPAGNE DE SABOTAGE ET PREPARATION A LA LUTTE ARMEE

Le 21 mars 1960 a lieu le massacre de Sharpeville, un township de Vereeniging dans le sud du Transvaal. Lors d'une manifestation du Congrès panafricain contre l'extension aux femmes du passeport intérieur (Pass book), que les hommes noirs sont obligé de porter constamment sur eux sous peine d'être arrêté ou déporté[37], une soixantaine de policiers[38] sur un effectif total de 300 hommes retranchés dans un local de la police et appuyés par des véhicules blindés, tirent sans sommations sur une foule d'environ 5 000 personnes dont seuls 300 sont encore à proximité des policiers, le reste de la foule ayant commencé à se disperser[39],[38]. Il y a 69 morts dont 8 femmes et 10 enfants ainsi que 180 blessés dont 31 femmes et 19 enfants[40]. La majorité des blessures par balles sont faites dans le dos sur une foule en fuite et qui n'était pas armée[39],[37]. Selon les policiers, les tirs ont été dus à la panique et à l'inexpérience suite à des jets de pierres alors que la Commission de la vérité et de la réconciliation conclura selon les témoignages de manifestants que les tirs étaient délibérés[39],[41],[42]. Le gouvernement déclare l'état d'urgence face aux manifestations qui s'ensuivent et interdit l'ANC et le PAC, dont les leaders sont emprisonnés ou assignés à résidence. Albert Lutuli, le président de l'ANC, obtient le prix nobel de la paix la même année[15].
La stratégie non-violente de l'ANC est abandonnée par Nelson Mandela qui fonde en 1961 Umkhonto we Sizwe (MK), réseau prônant l'action armée[43]. En mai 1961, il lance avec succès une grève générale où les grévistes restent à leurs domiciles, le «stay at house», obligeant le gouvernement à faire intervenir la police et l'armée[15]. Il écrit et signe un plan de passage graduel à la lutte armée[15]. Il coordonne des campagnes de sabotage contre des cibles militaires et gouvernementales, préparant des plans pour une possible guérilla si les sabotages ne suffisaient pas à mettre une fin à l'apartheid[44]. Nelson Mandela décrit le passage à la lutte armée comme un dernier recours; l'augmentation de la répression, des violences policières et de l'état le convainc que des années de lutte non-violente contre l'apartheid n'ont apporté aucun progrès[45],[11].

Nelson Mandela favorise le sabotage qui «n’entraîne aucune perte en vie humaine et ménage les meilleures chances aux relations interraciales» avant de s'engager dans «la guérilla, le terrorisme et la révolution ouverte»[15]. Un membre de l'ANC Wolfie Kadesh explique la campagne de sabotage à la bombe menée par Mandela: « (...) faire exploser des lieux symboliques de l'apartheid, comme des bureaux du passeport interne, court de justice pour natifs, et des choses comme ça... Des bureaux de poste et ... Des bureaux du gouvernement. Mais nous devions le faire d'une telle façon que personne ne serait blessé. »[46]. Mandela dira de Kadesh: « Sa connaissance de la guerre et son expérience de première main du combat m'ont été extrêmement précieuse. »[11].
Mandela collecte aussi des fonds à l'étranger pour le MK et organise l'entrainement paramilitaire du groupe[44]. Il suit une formation militaire dans l'Algérie nouvellement indépendante et étudie Clausewitz, Mao Zedong, Che Guevara et les spécialistes de la guerre des Boers [15].

ARRESTATION ET PROCES DE RIVONIA
Le 5 août 1962, Nelson Mandela est arrêté après 17 mois de clandestinité et est emprisonné au fort de Johannesburg[47]. L'arrestation a été rendue possible par la Central Intelligence Agency (CIA) qui a renseigné la police sur la cachette et le déguisement de Mandela en chauffeur de voiture[2],[48]. Il est en effet considéré comme «terroriste» et «communiste» dans le contexte de guerre froide où l’apartheid veut se se présenter comme une défense contre le communisme en Afrique Australe[15]. Trois jours plus tard, les accusations d'organiser une grève en 1961 et quitter le pays illégalement lui sont lus. Le 25 octobre, Nelson Mandela est condamné à cinq ans de prison.
Pendant son emprisonnement, la police arrête plusieurs dirigeants de l'ANC à Rivonia, au nord de Johannesburg, où est situé le quartier général de la direction d’Umkhonto, le 11 juillet 1963. Parmi les 11 personnes arrêtées figurent Walter Sisulu et Govan Mbeki. Nelson Mandela est lui-aussi mis en cause et avec ses compagnons, est accusé non seulement de sabotage et de trahison mais aussi de comploter une invasion du pays par l'étranger, ce que Mandela dément[49]. Le procès de Rivonia débuta le 9 octobre 1963 et s’acheva le 12 juin 1964. Dans sa déclaration pour sa défense le 20 avril 1964, devant la Cour suprême de l’Afrique du Sud à Pretoria, Nelson Mandela expose clairement le raisonnement qui l'a fait recourir à la violence comme tactique[50]. Il révèle comment l'ANC a utilisé des méthodes pacifiques pour résister à l'apartheid pendant des années, jusqu'au massacre de Sharpeville, la déclaration d'état d'urgence et l'interdiction de l'ANC par le gouvernement, qui leur a montré que leur seul choix était de résister à travers des actes de sabotage[37]. Faire autrement aurait été pour eux pareil à une capitulation sans condition. Nelson Mandela explique comment ils ont écrit le manifeste du Umkhonto we Sizwe avec l'intention de montrer l'échec des politiques du Parti National quand l'économie serait menacée par le manque de volonté des étrangers à risquer des investissements dans le pays[51]. Il finit sa déclaration par ces paroles:
« Toute ma vie je me suis consacré à la lutte pour le peuple africain. J'ai combattu contre la domination blanche, et j'ai combattu contre la domination noire. J'ai chéri l'idéal d'une société libre et démocratique dans laquelle toutes les personnes vivraient ensemble en harmonie et avec les mêmes opportunités. C'est un idéal pour lequel j'espère vivre et accomplir. Mais si besoin est, c'est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir[45]. »
L'avocat afrikaner Bram Fischer fait partie de l'équipe de la défense qui représente les accusés[52] Ils sont tous jugés coupable, à l'exception de Lionel Bernstein (acquitté), mais échappent à la peine de mort et sont condamnés à la prison à vie le 12 juin 1964[53]. Ils sont condamnés pour implication dans des actions armées, en particulier quatre sabotages, ce que Mandela admet, et aussi pour conspiration en vue d'aider d'autres pays à envahir l'Afrique du Sud, ce que Mandela dément[53].

EMPRISONNEMENT

Nelson Mandela est emprisonné dans l'île-prison de Robben Island où il restera 18 de ses 27 années de prison[54]. Alors qu'il est en prison, sa réputation grandit et il devient connu de manière internationale comme le plus important dirigeant noir d'Afrique du Sud[1]. Sur l'île, lui et d'autres prisonniers doivent effectuer des travaux forcés dans une carrière de chaux[55]. Les conditions de vie dans la prison sont très rudimentaires. Les prisonniers sont séparés par couleur de peau, les prisonniers noirs recevant les plus petites rations. Les prisonniers politique dont fait partie Nelson Mandela sont séparés des criminels de droit commun et ont encore moins de privilèges[56]. Mandela étant un prisonnier de classe D (la plus basse classe), il n'a droit qu'à un visiteur et une lettre tous les 6 mois[57]. Quand il reçoit une lettre, c'est souvent après qu'elle est été retardée durant une longue période et rendue illisible par la censure de la prison[11].
En 1971, il quitte la carrière de chaux et est transféré au ramassage du guano, d'où il peut voir la mer[34]. En septembre 1977, Steve Biko, fondateur du Mouvement de Conscience noire meurt torturé en prison par la police. En novembre, le Conseil de sécurité des Nations unies impose un embargo sur les ventes d'armes à destination de l'Afrique du Sud. Nelson Mandela ainsi que d'autres militants sont placés en isolement carcéral, où radio et journaux sont interdits ou bien censurés[34]. En 1979, il revoit après 15 ans sa deuxième femme, Winnie, qui subit aussi la prison ou l'assignation à résidence et le bannissement [34].
Pendant son emprisonnement, Mandela étudie par correspondance avec l'Université de Londres via son programme externe, et reçoit un diplôme de Bachelor of Laws. Il est même présélectionné pour le titre de Chancelier de cette université mais perd face à la princesse Anne du Royaume-Uni[58].
Pendant les années 1980, le MK lance une guerilla contre le régime de l'apartheid, dans laquelle de nombreux civils sont tués[44]. En février 1985, le président Pieter Willem Botha offre à Nelson Mandela, contre l'avis de ses ministres, la liberté conditionnelle en échange d'un renoncement à la lutte armée[61]. Mandela rejette l'offre, disant dans un communiqué transmis par sa fille Zindzi: « Quelle liberté m'est offerte alors que l'organisation du peuple demeure interdite ? Seuls les hommes libres peuvent négocier. Un prisonnier ne peut pas faire de contrats. »[60]. La même année, Botha annule les lois sur les laissez-passer et les mariages mixtes. Mais cela est considéré comme trop timide par Nelson Mandela qui réclame toujours avec l’ANC clandestin «un homme, une voix»[34].
La première rencontre entre Nelson Mandela et le gouvernement a lieu en novembre 1985 quand le ministre de la justice, Kobie Coetsee, rencontre Mandela à l'hôpital Volks au Cap, où il est opéré de la prostate[62]. Le long des quatre années suivantes, une série de rencontres posent les bases pour de futures négociations, mais aucun progrès réel n'est réalisé[60]. Il est en partie libéré le 7 décembre 1988 et mis en résidence surveillée.
Pendant toute la durée de l'emprisonnement de Nelson Mandela, la pression locale et internationale pour sa libération augmente sur le gouvernement sud-africain, sous le slogan « Libérez Nelson Mandela ! »[63]. En juin 1988 à lieu le Concert hommage des 70 ans de Nelson Mandela à Wembley regardé par 600 millions de téléspectateurs dans 67 pays, qui expose au niveau mondial la captivité de Mandela et l'oppression de l'apartheid, et qui, selon l'ANC, force le régime sud-africain à libérer Mandela plus tôt que prévu[64]. En 1989, tout en précisant que «la question de [sa] libération n’en est pas une», il écrit à Pieter Botha que «face au spectre d’une Afrique du Sud coupée en deux camps hostiles se massacrant mutuellement», il veut faire négocier «les deux principales organisations du pays», le gouvernement et l'ANC. Il détermine les principaux points à traiter : «premièrement, la revendication de la règle de la majorité dans un Etat unitaire, deuxièmement, les inquiétudes de l’Afrique du Sud blanche face à cette demande». Ils ont un entretien le 5 juillet 1989 dans la résidence de Botha[34]. Cette même année, l'Afrique du Sud arrive à un moment décisif lorsque Botha suite à une attaque cérébrale est remplacé comme président par Frederik Willem de Klerk[65]. Le 15 octobre 1989, De Klerk libère sept dirigeants de l’ANC qui avaient chacun passés 25 ans en prison. En novembre, Nelson Mandela dit de De Klerk qu'il est «le plus sérieux et le plus honnêtes des leaders blancs» avec qui il ait pu négocier[34]. De Klerk annonce la libération de Nelson Mandela en février 1990[66].

LIBERATION, PRIX NOBEL ET NEGOCIATIONS CONSTITUTIONNELLES
Frederik Willem de Klerk et Nelson Mandela au Forum économique de Davos, 1992.

Le 2 février 1990, F.W. de Klerk prononce la levée de l'interdiction de l'ANC et des autres organisations anti-apartheid, et annonce que Mandela sera libéré sous peu[67]. Nelson Mandela est libéré le 11 février 1990 et l'événement est retransmit en direct dans le monde entier[68].
Le jour de sa libération, Nelson Mandela fait un discours adressé à la nation. Il y déclare son engagement pour la paix et la réconciliation avec la minorité blanche du pays, mais annonce clairement que la lutte armée de l'ANC n'est pas terminée[69]:
« Notre recours à la lutte armée en 1960 avec la formation de l'aile militaire de l'ANC était purement une action défensive contre la violence de l'apartheid. Les facteurs qui ont rendu nécessaire la lutte armée existent toujours aujourd'hui. Nous n'avons aucune options à part continuer. Nous espérons qu'un climat propice à une solution négociée existera bientôt, ce qui rendra inutile la lutte armée. »
Mandela dit aussi que son objectif principal est de donner la paix à la majorité noire et de lui donner le droit de vote aussi bien aux élections nationales que locales[69]. Le 26 février 1990 il demande cependant à ses partisans: "Jetez dans la mer vos fusils, vos couteaux et vos machettes"», afin de pacifier les relations entre l'ANC et le gouvernement mais aussi la rivalité entre l’ANC et l’Inkhata zoulou qui a fait de nombreuses victimes. Le 6 août, Mandela confirme les accords avec De Kler, et l’ANC proclame la fin de la lutte armée[34]. Le 30 juin 1991, le parlement vote la supression des dernières lois pilliers de l'apartheid encore en vigueur qu'étaient la loi sur la classification raciale et celle sur l'habitat séparé[70].
En 1991, l 'ANC tient sa première conférence nationale depuis sa légalisation, et Nelson Mandela est élu président de l'organisation. Son vieil ami Oliver Tambo, qui avait dirigé l'ANC en exil pendant la captivité de Mandela, devient secrétaire national[71]. Nelson Mandela mène le parti dans les négociations sur le démantèlement de l’apartheid en Afrique du sud entre 1990 et 1994[72].

Les négociations sont parfois tendues comme lorsqu'en 1991 Mandela qualifie De Klerk de « dirigeant d'un régime illégitime, discrédité et minoritaire ».
Au début de 1992, les élections législatives partielles de Potchefstroom, provoquées par la mort du député et ancien ministre Louis Le Grange, virent au désastre pour le parti national au bénéfice du candidat conservateur. Le président de Klerk, qui avait fait de cette élection un enjeu national organise alors pour le 17 mars 1992 un ultime référendum auprès des électeurs blancs par lequel il sollicite leur appui. Mandela intervient pour appuyer De Klerk et calmer les ardeurs et les impatiences des militants de l'ANC. De Klerk obtient sans ambiguité un soutien de l'ensemble de la communautée blanche (68,7% de oui) à l'exception de celle du nord-Transvaal. Lors de son discours de victoire devant le parlement du Cap, il déclare que les électeurs blancs ont eux-mêmes décider de refermer définitivement le livre de l'apartheid (« Today we have closed the book on apartheid - and that chapter is finally closed »)[73] Suite sur Wikipédia[74].

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
FILS DE ROI ET HÉRITIER DE GANDHI
Dans une allocution vidéo, Barack Obama a aussi rendu hommage au prix Nobel de la paix dont la vie est, selon le président, la démonstration que même les rêves qui semblent impossibles peuvent se réaliser. Leader de la lutte des Noirs contre le régime raciste blanc d'Afrique du Sud, Nelson Mandela a passé 27 ans de sa vie en détention. Une fois libre, en 1990, il a négocié avec le régime ségrégationniste et a été élu triomphalement président lors du premier scrutin multiracial, en 1994, avant de se retirer cinq ans plus tard. Il a réussi le tour de force d'amener sans heurt son pays violenté par l'apartheid vers une démocratie multiraciale et stable, ce qui lui a valu une reconnaissance mondiale. Dans les journaux sud-africains, cette semaine, des lecteurs ont envoyé des messages à leur héros : "Merci d'avoir fait disparaître la peur entre les Noirs et les Blancs" ; "Au plus grand héros de l'humanité" ; "Je voyage dans le monde avec la tête haute comme les girafes, car je suis fier d'être africain et sud-africain.»
A plus d’un titre, Mandela est un fils spirituel de Gandhi qui lui inspira sa méthode, sa sagesse et son immense force de caractère de même que sa terrible efficacité.

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