jeudi 9 juillet 2009

Mur d’Israël : une autre histoire de dépossession de terres

© EPA.

Reportage La barrière de sécurité séparant l’Etat juif de la Cisjordanie a des conséquences humanitaires dramatiques sur la vie quotidienne des Palestiniens, affirme le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU. Il y a cinq ans, la Cour internationale de Justice jugeait ce mur illégal et en réclamait le démantèlement. Oxfam International donne la parole à une vingtaine de Palestinien(ne)s confrontés chaque jour au Mur. Correspondance de Jayyous (Cisjordanie occupée)
Notre envoyé spécial : "Une assurance-vie pour les Israéliens" / Oxfam donne la parole à une vingtaine de Palestinien(ne)s.

Un permis pour accéder à ses propres terres ? Au départ, les agriculteurs de Jayyous séparés de leurs champs par le mur ont refusé en bloc de se plier à cette mesure. Mais le rapport de force jouant en leur défaveur, ils ont finalement dû s’y résigner, à contrecœur.

Obtenir ce précieux document n’est pas de tout repos. Certains Palestiniens découvrent par exemple qu’ils sont repris sur une liste noire israélienne, et n’ont donc aucun espoir d’obtenir un permis. Ceux qui n’y figurent pas peuvent réclamer l’accès à leur terre, mais doivent pour cela présenter leurs papiers d’identité, disposer des documents prouvant qu’ils sont propriétaires des terres ou qu’ils en ont hérité, remplir divers formulaires et avoir des photos des parcelles. Cette procédure se déroule en coordination avec l’Autorité Palestinienne.

Les refus de permis sont de plus en plus nombreux et généralement justifiés par des raisons de sécurité. Un motif qui rend perplexe Sharif Omar, agriculteur de 66 ans : «Il y a deux ans, je suis resté sept mois sans pouvoir me rendre sur mes terres. Mon fils aîné Azzam est homme d’affaires. Il a un permis pour se rendre en Israël, à Netanya, Tel-Aviv ou Haïfa, mais il n’a pas de permis pour aller avec moi sur nos terres, ici à Jayyous».

Une fois le permis en main, il faut ensuite se rendre jusqu’à la porte agricole la plus proche. A Jayyous, cette porte est censée être ouverte une demi-heure trois fois par jour. «Le problème, c’est que les soldats sont souvent en retard, ne viennent pas ou ferment la porte un quart d’heure plus tôt le matin», explique Sharif. Le fait que la porte agricole de Jayyous ouvre à des horaires de plus en plus irréguliers est à ses yeux tout à fait délibéré. « Ils nous poussent à utiliser celle de Falamiya, à quatre kilomètres d’ici, où théoriquement nous n’avons pas le droit de passer mais où les soldats ferment les yeux. Pourquoi nous envoyer là-bas ? Parce que la porte de Jayyous est près de la zone où les Israéliens prévoient de nouvelles confiscations de terres ! Je suppose qu’ils veulent supprimer cette porte. Pourquoi pensez-vous que, comme par hasard, celle de Falamiya soit ouverte 12 heures par jour ?»

Subterfuges juridiques
«Comme nous n’acceptons pas de nous laisser déposséder de nos terres, tous les moyens sont bons pour nous les prendre par la force. Ensuite, les subterfuges juridiques font le reste…», poursuit-il. Une fois les agriculteurs palestiniens séparés de leurs terres par le mur ou par les zones militaires fermées, les autorités israéliennes font appel à des lois datant des Ottomans et des Britanniques, ainsi qu’à celle sur les « propriétaires absents» pour tenter de mettre un cadre légal à ces confiscations. La loi ottomane spécifie par exemple que toute terre négligée par son propriétaire tombe après trois ans dans le domaine public.

«En nous empêchant d’accéder à nos terres, les Israéliens ont beau jeu ensuite de déclarer que nous ne nous en occupons pas, dénonce l’agriculteur. La terre est sous surveillance constante et les autorités israéliennes procèdent à des prises de vue aériennes en mai et en novembre, c’est-à-dire avant les plantations et après les récoltes. Difficile du coup de prouver que vous vous occupez de votre terre tout au long de l’année…»

Autre technique de dépossession : celle des noms de famille. Traditionnellement les Palestiniens portent leur prénom suivi de celui du père et du grand-père paternel. Mais les Israéliens les obligent désormais à ajouter leur nom de famille, ce qui bouleverse profondément la donne. «Les terres de ma famille sont enregistrées sous le nom de mon père, Mohammad Omar Mohammad. Mon nom est Sharif Mohammad Omar Mohammad, ce qui devient pour les Israéliens Sharif Mohammad Omar Khalid. Mon fils ainé, Azzam s’appelle donc Azzam Sharif Mohammad Khalid, et mon petit-fils s’appelle Sharif Azzam Sharif Khalid. A priori, il n’y a plus aucun lien apparent entre leur nom et celui de mon père. Dans quelques années, les Israéliens pourront donc affirmer que mon petit-fils n’a aucun lien avec la terre familiale.»
VALÉRIE FÉRON (Oxfam)

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