samedi 25 juillet 2009

Obama fait amende honorable pour apaiser sa première querelle raciale

Barack Obama est vite intervenu vendredi pour éteindre l'incendie qu'il avait lui-même allumé en qualifiant de "stupide" l'arrestation d'un ami noir par la police, regrettant publiquement le choix de ses mots dans la première controverse raciale de sa présidence.
Au moment où la polémique enflait dangeureusement, M. Obama a fait une apparition inopinée devant la presse pour annoncer qu'il avait appelé le policier impliqué dans l'affaire et pour concéder qu'il aurait dû mieux peser ses mots mercredi quand il s'en est pris, devant des millions de téléspectateurs, à la police de la ville de Cambridge (Massachusetts, nord-est).
M. Obama a jugé que le choix de ses mots avait été "malheureux" et n'avait fait que causer "davantage de frénésie médiatique" autour de l'arrestation de l'éminent universitaire Henry Louis Gates Jr.
"Je crois que, malheureusement, j'ai donné l'impression de vilipender la police de Cambridge ou le sergent Crowley, et j'aurais pu mieux choisir mes mots", a-t-il déclaré.
M. Obama faisait face à l'un de ces accès de fièvre auxquels peut donner lieu la confrontation d'un policier blanc et d'un Noir, mais qui n'aurait pas atteint une telle intensité si l'universitaire n'avait pas été un ami de longue date du président et si ce dernier ne s'en était pas mêlé.
M. Gates, de l'université Harvard, a été arrêté le 16 juillet après avoir enfoncé sa porte parce qu'il ne retrouvait pas ses clés. La police avait été alertée par une voisine croyant à un cambriolage.
Les faits varient sensiblement selon qu'ils sont rapportés par l'universitaire ou le policier. Le premier juge l'incident révélateur de la manière dont la police traite les Noirs: le policier est entré chez lui sans sa permission, il n'a décliné son identité que sur l'insistance de M. Gates.
M. Gates s'est répandu en invectives, il a traité le policier de raciste, il a insulté sa mère, répond le sergent Crowley.
M. Gates a été arrêté pour trouble à l'ordre public, charges abandonnées cette semaine.
M. Obama avait admis mercredi qu'il avait peut-être un parti pris puisque M. Gates est son ami et qu'il ne connaissait pas tous les éléments du dossier. Cela ne l'a pas empêché de dire que la police s'était conduite de manière "stupide" et que l'affaire illustrait l'importance que continue à revêtir le facteur racial.
Ces déclarations ont ranimé les tensions raciales que M. Obama s'emploie constamment à contenir. Elles ont provoqué l'indignation de maints policiers, d'autant que le sergent Crowley est apparu dans les médias comme un officier estimé, dépourvu de préjugé racial.
Vendredi, les syndicats de policiers de Cambridge allaient jusqu'à exiger des excuses de M. Obama devant toute la presse rassemblée.
M. Obama n'a pas parlé d'excuses. Cependant sa conversation avec le sergent lui a confirmé qu'il s'agissait d'un policier "remarquable" et d'un "homme bien", a-t-il dit.
Mais il a dit continuer à croire que la réaction du sergent avait été disproportionnée, comme celle de l'universitaire. Il pense aussi avoir bien fait d'intervenir parce que le "fait que ceci a pris de telles proportions indique que le facteur racial reste un motif de préoccupation dans notre société".
M. Obama a tenté de décrisper l'atmosphère: au cours de sa conversation avec le policier, il a été question d'une bière que le président, le sergent et l'universitaire partageraient à la Maison Blanche.
M. Obama a appelé M. Gates plus tard et l'a invité à une telle rencontre, a expliqué la Maison Blanche.
Comme pour mieux faire taire la querelle, M. Obama a relayé plaisamment un appel du policier à la presse: "Le sergent Crowley serait heureux si vous arrêtiez de piétiner sa pelouse".
(AFP)

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