samedi 25 juillet 2009

Obama n’est plus en odeur de santé

Obama le 22 juillet 2009 lors d'une conférence depresse à la Maison Blanche sur la réforme du système de santé. (© AFP Jewel Samad)

L’état de grâce serait-il déjà terminé pour Barack Obama, comme l’affirme le stratège républicain Bradley Blakeman ? Alors que les débats sur son plan de couverture médicale s’enlisent au Congrès et qu’une série de sondages confirme les doutes des Américains sur sa conduite des affaires, Obama rendosse ses habits de campagne. Depuis une semaine, pas un jour n’est passé sans qu’il s’adresse au public pour le prendre à témoin dans le bras de fer qui l’oppose non seulement aux républicains, mais surtout aux élus démocrates les plus conservateurs. Cette omniprésence médiatique traduit les inquiétudes d’Obama qui se sait au premier tournant de son mandat. Le scénario catastrophe à éviter est celui qui avait plombé la présidence Clinton.

CHIENS BLEU
Plus encore que le retrait des troupes d’Irak ou que son plan énergétique, son projet de couverture médicale pour tous était la principale promesse de campagne d’Obama. Sans surprise, les républicains, qui ne veulent pas d’une caisse d’assurance gouvernementale, lui ont mis les bâtons dans les roues. Moins prévisibles, en revanche, sont les réticences affichées par plusieurs démocrates conservateurs - les «chiens bleus» - souvent issus de comtés ruraux. Effrayés par les coûts astronomiques de la réforme, ils exigent compromis sur compromis en échange de leur soutien.
Surtout, ils s’opposent à toute augmentation des impôts pour financer ce projet colossal, quand bien même les hausses proposées par Obama ne concernent que les individus gagnant plus de 280 000 dollars (198 000 euros) et les couples gagnant plus de 500 000 dollars (352 000 euros) par an. Plusieurs démocrates ont demandé un report du vote final, alors qu’Obama souhaitait que son projet soit adopté avant les vacances du Congrès, en août. La présidente de la Chambre des représentants propose d’augmenter le seuil pour toute nouvelle taxation, à 500 000 dollars par individu et 1 million par couple.
Ces atermoiements sont pain béni pour les républicains, qui se sont immédiatement engouffrés dans la brèche. Vendredi, le sénateur Jim DeMint encourageait ses supporteurs à faire de ce plan le «Waterloo» d’Obama. Le chroniqueur conservateur Bill Kristol surenchérissait en enjoignant les républicains à être des «tueurs». «Le plan de santé [d’Obama] est envoyé dans les cordes. [….] Ce n’est pas le moment d’arrêter de lui porter des coups. Visons le K.-O.», écrit-il dans son blog. Dans le même temps, les Américains, qui se disent à 75 % favorables à la création d’une assurance de santé gouvernementale, sont aussi, pour la première fois depuis l’arrivée au pouvoir d’Obama, moins de 50 % à avoir confiance dans sa capacité à faire passer son plan.
Face à ces critiques, le Président commence à hausser le ton, descendant dans l’arène pour dénoncer les manœuvres «du report et du défaitisme». Il a multiplié les interviews, convoqué ce soir une conférence de presse aux heures de grande écoute et s’envolera demain pour Cleveland (Ohio), pour un «Town Hall meeting», une session de questions-réponses avec le public, format dans lequel il excelle. Alors qu’il avait fait la sourde oreille aux exhortations des démocrates les plus progressistes, qui l’encourageaient à ne pas chercher à tout prix le compromis avec les républicains, Obama a prié les blogueurs de gauche les plus influents à faire pression sur les sénateurs récalcitrants. «Les blogs sont ce qu’il y a de mieux pour démonter les mythes, leur a-t-il dit.C’est la raison pour laquelle vous allez jouer un rôle important pour notre réussite dans les semaines à venir.»

TOURNURE.
En bon connaisseur des présidences passées, Barack Obama sait surtout que la tournure des événements ressemble à s’y méprendre à celle qui avait sapé la présidence de Bill Clinton en 1994, lorsque les républicains et une partie des démocrates avaient rejeté son plan de santé. Aux législatives, les républicains récupéraient pour la première fois en quarante ans les deux chambres du Congrès. En 2009, le climat politique n’est certes pas celui d’alors et les résistances au sein du Parti démocrate ne sont pas les mêmes non plus. Mais Obama sait qu’un échec sur cette réforme majeure diminuerait fortement son crédit.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE «WATERLOO» D’OBAMA ?
«Le plan de santé [d’Obama] est envoyé dans les cordes. [….] Ce n’est pas le moment d’arrêter de lui porter des coups. Visons le K.-O.», Obama a prié les blogueurs de gauche les plus influents à faire pression sur les sénateurs récalcitrants. «Les blogs sont ce qu’il y a de mieux pour démonter les mythes, leur a-t-il dit. C’est la raison pour laquelle vous allez jouer un rôle important pour notre réussite dans les semaines à venir.»
En somme, tout se passe comme si les blogueurs étaient regardés par le nouveau président comme des relais d’opinion influents disposant d’un poids et d’une influence pour infléchir l’opinion publique américaine dans son sens. C’est un point tout à fait intéressant qui requiert toute notre attention. En somme les blogs seraient envisagés comme les divisions de Grouchy, à supposer qu’elles ne s’embourbent pas dans les chemins détrempés qui mène à Waterloo.
MG

Aucun commentaire: